‹ Guide du chasseur de pelleterieChapitre 12 sur 40 · RAT-MUSQUE (OU-ONDATRA · texte numérisé non relu

RAT-MUSQUE (OU-ONDATRA

Montagnais, 0-tshe-esk — Anglais, Musk rat.

Voilà certainement de toutes les bêtes portant fourrure celle que la loi aurait dû le moins protéger, car le rat-musqué, malgré toutes ses qualités exquises, adore le foin des prairies fraîches et se pâme de joie dans l'avoine verte, qu'il dévore de tout son cœur.

On ne saurait s'imaginer combien ce petit animal, qui devient légion, peut produire de ravages dans les récoltes les mieux surveillées. Aussi les législateurs n'ont point hésité à le protéger avec une efficacité incontestable dans quelques comtés populeux et très cultivées. C'est ainsi qu'ils ont interdit sa capture du premier mai au premier avril, c'est-à-dire pendant onze mois sur douze, dans les comtés d'Yamaska de Richelieu et de Berthier. Admirons cette prévoyance, dont, à tout prendre, le petit animal qui nous occupe est digne à tous égards.

Le rat-musqué, malgré quelques différences spécifiques assez sensibles, est proche parent du castor, dont il a les mœurs vertueuses et les habitudes louables.

Comme ce dernier, sa nourriture semble exclusivement végétale, et dans nos territoires de chasse, où l'avoine est un mythe et le fourrage choisi assez rare, il se nourrit plus particulièrement de racines aquatiques, qu'il va chercher au fond de l'eau et

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qu'il viîiit manger sur lo rlwi^c ca élé. ou en hiver sur la glaça, dans laïuelle il fjre un trou qu'il recouvre d'herbage et qu'il entretient nlirité et couvert pendant toute la saison froide.

Il vit en ])arfaitc intelligence avec les castors, dont il partage (pielqu;fois la cabanj, où l'attirent et les prn\isions d'hiver accumulées pir celui-ci et aussi, sms di'ite, son adaiirati)n p tu cj membre influent de la famille des rongeurs.

Il sait reparer les denijarc> abandonnées ])ar les castors, et s'y loger confortable nj;it sur des lits de mousse qu'il y transiiortc. li se creuse également des terriers à double isiae dan> les falaises glaiseuses des ruisseaux et des rivières.

Lorsqu'il a choisi p.inr logi-^ u u cabane habitée par les castors, on est toujours assure de le voir, à la tombée de la nuit, prendre l'eau, quelques instants avant ca\. 11 semble leur servir d'éclaireur.

Lorsque les derniers rayons du soleil se sont éteints à l'horizon, il surgit avec précaution au milieu des branches entassées autour de la cabane, nageant doucement, ridant à peine la surface de i'eau et le corps entièrement snbinergj. O.i dirait qu'il explore les environs. Puis, après quelques instants de cet e.vercice, il plonge bruyamment, revient à la surface tt se dirige d'assu'-ance, soit vers le milieu du lac» sait veis le riv.ig. . Quelques minutes apiés son déjiar . le castor 1, it s m a;)] aritio;i,

.>a rtscmblai ce av c ce 1 i-.,i ■,' c-1 très grande. Il n en ilillè.c que pa; s.i i| .e . pias l.i.i^iij et [ilus

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étroite, par sa taille beaucoui) plus petite, et ]ku- les vésicules odorants, ou muso, ipic les chasseurs appellent y?(7/c,f ou rognons et ([ui lui ont valu le qualificatif de ;«;«^//p' qui orne son nom. Sous ce rapport on voit qu'il est moins bien partagé que son paient le castor, qui en possède quatre, mais cette infériorité blessante ne semble pas avoir modifié les bonnes relations ipii existent entre ces animaux.

Le rat-musqué est plein de courage. Il se défend avec la plus grande énergie. Il meurt sans faililesse, sans détourner la tète, regardant en face le coup ipii le menace et qui va le frapper, et cherchant ,à mordre son ennemi jusqu'à son dernier soupir.

Ses vertus prolifiques sont toutes canadiennes, c'est-à-dire, étonnantes. Sa femelle lui donne tous les ans deux portées de onze petits, et quelques I liasseurs prétendent même qu'elle renouvelle cet exploit jusqu'à quatre fois dans l'année. Une fois par trimestre ' .A.ussi, dans les lacs bien pourvus de plantes aquatiques se rencontre-t-il en abondance extrême, et sa chasse y devient au^si fructueuse qu'amusante.

Lorsque le crépuscule commence, on voit les ratsmusqués arriver en foule de tous les points du lac. Ils nagent ça et là, se croisent, s'entrecroisent et [ilongent à \-\ recherchent des racines charnues des nénuphars qu'ils arrachent du fond et transport, nt au rivage pour les mi'igcr .-i loisir. C'est le wnn-, nt de faire parler la iKUiJre. mais, ai isi que prjir le castor, i. faut vis.r juste et le plus pos'-ijjle ;i la tête, a:;n de w pas trop eil'ln-.Tii ■;or !.i \i m.i.

Pour cette chasse, je conseille remi)loi du plomb No 8, surtout si l'on se sert d'un fusil à bascule ; avec cette arme, les petits plombs garnissent mieux.

Le bruit du fusil les effraye peu, quelques instants à peine ; néanmoins il est bon de se tenir immobile et de conserver avec soin l'avantage du vent, car, s'ils paraissent avoir l'ouïe peu sensible, ils ont en revanche l'odorat excessivement développé, et les parfums qu'exhale l'espèce humaine leur paraissent, ainsi qu'à tous les animaux sauvages, profondément antipathiques.

On le chasse également avec l'attrape et avec le piège No I, appelé saut eux. Les attrapes les plus employées sont celles de construction simiile comme l'attrape à martre et comme le ô, de chifire. On le capture aussi avec des collets.

Les pièges, les attrapes et les collets se tendent dans les chemins, portages ou sentiers tracés et battus jusqu'à terre par le passage réitéré de ces animaux, au milieu des herbes et des abrisseaux qni tapissent les rives des lacs et garnissent les prairies, marécageuses environnantes. Le rat-musqué partage beaucoup la nuit et ses voies sont des plus visibles. Il est très facile à prendre, quoique doué d'un instinct très développé.

Sa trop grande témérité est presque toujours l'unique cause de sa perte.

La peau de cet intéressant petit animal s'incise entre les cuisses de derrière et se lève en la retour-

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nant sur elle-même comme on le pratique [Kuir écorcher un lièvre ; ou en incisant sur le ventre, de la tCtc à l'anus comme pour celle du castor. l!)ans le premier cas, la dépouille une fois séparée des chairs s'étend sur un moule courbe -une brandie de bois arrondie en arc, par exemple ;— dans le second cas, on la cloue sur une surface plane, en ayant soin de lui donner toute l'extension qu'elle est susceptible de rei evoir sans être déchirée.

I, a peau des rats-musqués est de saison dès le milieu de septembre, ou du moins vendable, mais elle n'acquiert toute sa beauté qu'à la fin de l'automne.

Les cas d'albinisme sont fréquents chez les ratsmusqués. J'ai vu plusieurs familles d'une entière blancheur, notamment à la rivière Pentecôte.

Cet animal clôt la liste des pelleteries proprement dite.

Sa dépouille est très recherchée et donne lieu à de nombreuses transactions. Son prix varie de 15 à 25 cents, suivant grandeur et qualité.

J'ai négligé de décrire ses fumées qui sont, sous un moindre volume, en tout semblables à celles du castor. Sa beauté comme celle de ce dernier, est toute morale.

Linnèe l'a nommé fibcr zibeticiis, et Lessing Ondatra zibeticus. Entre les deux épithétes, le choix est permis au lecteur. Elles sont toutes deux également jolies.

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