‹ Guide du chasseur de pelleterieChapitre 4 sur 40 · L'OURS · texte numérisé non relu

L'OURS

l'oI'RS de la cote nord (URSUS AMF.RICANUS) MONTAONAIS, MESK — ANGLAIS, BLACK BEAR.

L'ours du Canada est d'une indifférence absolue quand il s'agit de nourriture. Il mange de tout : de la viande, du poisson, des fruits et même de l'herbe.

J'ai vu, à la baie des Homards et à la rivière à Vachon, des prairies de cette sorte d'alfa qui couvre le sommet des plages sablonneuses, entièrement broutées, complètement tondues par les ours. La première fois que je pus constater ce fait curieux je me refusai longtemps à y croire. Nous étions alors au printemps. Les ours venaient à peine de quitter leurs retraites d'hiver et, quoique leur appétit dût être singulièrement aiguisé par un jeûne de plus de cinq mois, je ne voulais pas croire à ce broutage, qui dérangeait toutes mes idées. Il ne pouvait cependant y avoir aucun doute. Les fumées abandonnées par ces animaux permettaient de constater, sans hésitation, le genre de nourriture qu'ils avaient adopté.

Je dis des fumées et je m'explique. Je suis chasseur et rien de ce qui touche à mes victimes ne m'est indifférent ou étranger.

Mes confrères en nemrodisme me comprendront. Ils savent, comme moi, combien l'étude des fumées est importante. Elles sont quelquefois les seuls indi-

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ces, les seuls vestiges qui permettent au chasseur expérimenté d'avoir une connaissance suffisante de l'animal qu'il \ç.\\1 porter bas. Nous ne sommes plus au temps de Gaston Phœbus et de du Fouilloux. Heureux temps où l'on appelait, sans rougir, les choses par leur nom ! Après tout, le mot fumée peut être considéré comme une métaphore. Métaphore hardie, j'en conviens, mais reçue, acceptée sous les doujons les plus pudiformes et consacrée par vingt générations d'illustres chasseurs. Je continuerai donc à m'en servir... et je m'en sers.

Il est certain que les /«;«m ou yf^«/« chez l'ours tout au moins, sont très sensibles à la couleur des aliments et en indiquent toujours la nature. C'est ainsi qu'au printemps l'ours broute littéralement l'herbe des plains et que les souvenirs de son passage sont verts et garnis de particules herbacées de même nuance. Lorsqu'il a la chance de rencontrer sur la plage des viandailles de loup marin, de cétacé ou de poisson, ses fumées deviennent roussâlres et contiennent des particules de la peau, du poil ou des écailles de l'animal ingéré. Si Vairellc ou b/iiet est sa principale nourriture, elles prennent une teinte bleue, noirâtre. Elles ressemblent enfin à des confitures de mandarines au Curcunna, lorsqu'il se nourrit des baies du sorbier des oiseaux (masquabina).

Les fumées, comme il est facile de s'en convaincre, sont des indices de la plus haute valeur. L'examen de ces précieux vestiges fournissent des données presque certaines sur les habitudes momentanées de

l'animal, sur la durée du séjour qu'il a fait ou qu'il fera au m" me lieu, s'il se nourrit au plain ou à la lisière du bois. Si la nourriture qu'il vient y chercher est encore abondante, on est presque sûr de le voir par corps et de le tuer, '^oit à l'affût, soit au moyen d'une attrape construite avec toutes les précautions nécessaires, soit au moyen d'un piège de fer placé avec discernement.

L'ours noir à museau orange, notre ours, aux approches de l'hiver, se choisit une retraite au milieu des roches, dans une excavation de terrain ou dans un tronc d'arbre creux. Il passe là, toute la saison froide dans un engourdissement particulier, qui le rend plus lourd et moins propre à se défendre, mais qui, contrairement à ce que l'on croit, ne lui enlève point toute perception des objets extérieurs.

Lorsqu'un chasseur a la bonne fortune de rencontrer une cabane d'hivernement de cet animal, et qu'il la démolit pour s'emparer du dormeur, ce dernier sait manifester son mécontentement par des grognements accentués et par des coups de griffes parfois beaucoup trop bien dirigés. Il est même arrivé, et cela s'est surtout présenté en mars et en avril, que des ours surpris au gîte se sont dérobés par la fuite au triste sort que leur préparait le chasseur. Cependant, l'ours se défend relativement beaucoup moins pendant la saison froide et lorsque les vapeurs qu'il exhale et qui sourdent à travers le sol, viennent déceler sa pré.=ence, il est assez facile de le tuer.

On a souvent avancé que l'ours vivait en hiver aux dépens de sa propre substance et qu'il se léchait la paume des pattes pour satisfaire son appétit. Je s'iis loin de contester cette étrange particularité de la vie de l'ours, mais j'avoue, avec toute l'humilité dont je suis capable, que je n'y puis croire et que cette assertion m'a toujours paru le fruit de la plus pure fantaisie. Si l'ours vivait au dépens d'une partie quelconque de ses tissus, il sortirait de sa retraite ou plus gras ou plus maigre.

Il n'est rien cependant, ni de l'un, ni de l'autre. Tel il s'engourdit dans sa retraite d'hiver, tel il sort au printemps. S'il s'est cabane maigre, il sort maigre ; s'il s'est cabane rutilant d'embonpoint il en sort avec un embonpoint rutilant. Il semblerait que, dès les premières heures de sa claustration, les fonctions digestives restent suspendues et comme anesthésiées pour tout l'hiver.

L'ours arrive quelquefois au plus haut point de graisse. Il s'en est tué qui avaient sous la peau une couche de cinq pouces de lard. Sa chair, parait-il, est aussi succulente que le disait Alexandre Dumas qui, cependant, n'y goûta jamais.

Les chasseurs apprécient différemment les vertus de l'ours. Sa douceur est contestée, son aménité semble douteuse, quelques-uns le croient féroce, d'autres lui prêtent toutes les longanimités.

J'ai entendu raconter, sans y croire, malgré l'air Ijrofondément convaincu du narrateur, qu'un ours, chargé vigoureusement par un bélier plein de courage.

avait cédé le pas à ce belliqueux époux de la brebis. D'un autre côté, il est certain que quelques uns de ces animaux sont très dangereux pour le bétail J iiu'ils ne paraissent éprouver aucun remords du meurtre des moutons, de l'assassinat des jeunes vaches, de l'extermination des veaux ,■ qu'ils ne dédaignent, ni le rat-musqué, ni le castor et qu'ils font, étant en appétit, table rase de tout ce qu'ils rencontrent dans les pièges des chasseurs. Souvent même, ils ne se donnent pas la peine de dégager le gibier du piège. Ils emportent tout. Que de fois j'ai compati aux doléances des chasseurs dont les pièges avaient été ainsi enlevés sans espoir de retour. Faut-il conclure de tableaux si différents qu'il existe chez les ours, aussi bien que chez les hommes, des nuances de caractère aussi tranchées qu'inexplicables, c'est ma conviction, mais je laisse à la science le soin de se prononcer en dernier ressort.

Quoiqu'il en soit de la férocité ou de la mansuétude de l'ours, je veux taire ses mœurs domestiques. Cependant, je puis dire, sans blesser les convenances et surtout sans calomnier mon sujet, qu'il manque de galanterie et de fidélité. C'est un mormon, un des pires.

Si l'ours est féroce et peu continent, on ne peut, sans injustice, l'accuser de manquer de prudence ! En juillet, en août, il paraît peu flatté de la présence de l'homme qu'il n'évite, du reste, ni ne recherche. .\ toute autre époque, le chasseur lui cause une impression désagréable. Il le fuit non seulement du

plus loin qu'il l'entend, mais encore du plus loin qu'il le voit ou qu'il le sent. Approcher un ours sous bois est une chose peu facile dès que votre présence lui est signalée par le moindre bruit ou par la moindre émanation.

J'ai mainte fois entendu conter des histoires de personnes favorisées qui s'étaient trouvées inopinément en présence de cet animal ou qui l'avaient approché sans difficulté. Jamais pareil chance ne m'est advenue. Je ne fus jamais heureux.

L'ourse est bonne mère. Elle met bas deux ou trois petits au plus. Pendant la durée de la gestation, elle se cache au plus profond des bois avec un soin extrême. Les vieux chasseurs prétendent que de mémoire d'homme il ne fut jamais tué une femelle d'ours dans une situation intéressante.

L'ours canadien ne devient jamais très volumineux. ]1 est rare que son poids dépasse trois ou quatre cents livres.

On le chasse au fusil, au piège de fer et même au collet.

L'affût de l'ours exige une grande habileté de chasseur et une abnégation de martyr. Il faut, avec soin, étudier ses habitudes, ne procéder, pour choisir son poste d'affût, qu'avec la plus grande circonspection, déterminer avant tout, d'une manière certaine, la piste fréquentée avec le plus d'assiduité par l'animal, et se tenir toujours sous le vent : la moindre émanation, je l'ai dit, perdrait tout. Lorsqu'on est parvenu à mettre sa défiance naturelle en défaut et qu'il se pré-

sente enfin à portée de fusil, il ne reste plus qu'à le tuer. Œuvre moins facile qu'on ne pourrait le croire au premier abord. Il faut dompter ses nerfs, viser juste et surtout au bon endroit, car l'ours blessé perd son égalité d'humeur et peut devenir aussi désagréable que dangereux.

Suivre au sa;ig un ours blessé est une entreprise souvent bien difficile à mener à bonne fin dans nos forêts presque toujo\irs parsemées de jeunes taillis.

Il vaut mieux attendre et tirer l'ours de très près, le guidon du fusil s'écarte moins, la balle se place mieux et sa pénétration est plus grande. Quelques chasseurs préconisent le tir à chevrotines (postes). Je ne suis pas de leur avis. Les chevrotines tuent rarement sur le coup, même à courte distance ; de plus, elles abîment la peau de l'animal qu'elles trouent en plusieurs endroits. Je recommande comme arme à toutes fins le fusil Lefaucheux, calibre 12 à canons lisses. Les armes rayées ont plus de pénétration, il est vrai, mais à petite portée elles placent une balle avec moins de justesse que le fusil de chasse ordinaire à âme lisse.

La forme du piège de fer est connue de tout le monde. Je crois donc inutile de le décrire. Avant de se servir du piège de fer il faut soigneusement en examiner les îssorts, éprouver leur élasticité, leur force et la plus ou moins grande facilité qu'ils ont à se détendre, lorsqu'on presse sur la palette. Il est nécessaire que la chaîne du piège soit assez longue et que l'organeau qui la termine ait un dia--

mètre suffisant ; c'est dans cet organeau que doit s'engager la tige de ho.h destinée à retenir le piège, et l'on comprend qu'il est de toute nécessité que ce piquet soit assez gros et assez solide, pour offrir une résistance suffisante aux efforts d'un animal aussi vigoureux que l'ours. Quand on a eu connaissance d'un ours et que l'on veut lui tendre un piège, on construit, proche de son portage, une enceinte semicirculaire ou carrée de trois pieds environ. Cette enceinte, ouverte sur un côté, se bâtit avec des pieux de bois de quatre à cinq pieds de hauteur et de trois pouces de dianjétre, plantés dans le sol et suffisamment rapprochés les uns des autres pour que l'ours ne puisse introduire sa patte dans les interstices. Cela fait, on pl^cq le piège à peu près à l'entrée de l'enceinte en le dissimulant de son mieux. Quelques chasseurs, au lieu de retenir le piège au moyen d'un piquet solidement enfoncé dans le sol, préfèrent le laisser libre. Ils passent, à cet effet, un long et fort bâton dans l'anneau de la chaîne et le déposent au bord de l'enceinte, près du piège. L'ours, une fois pris, entraîne tout à sa suite, mais le bois solidement assujcti au bout de la chaîne ne tarde pas à s'engager entre les troncs d'arbres, à fatiguer l'animal et à l'arrêter complètement. La première de ces deux méthodes est préférable dans les bois clairsemés où le piquet s'enfonce dans une terre consistante, mais pénétrable. La seconde est la seule possible dans les bois épais ou sur un fond rocheux, quoiqu'elle

CHASSKVR DE PELLETERIE ij

offre l'inconvénient de ne j»s maintenir l'animal sur place, et de lui laisser taire, quelquefois, un asseï long trajet avant d"ètre entièrement arrêté.

Oit tenJ à fifurs au mogen d'appàis \-aries, 11 est également friand de lièvre, de pervirix, de pwisson, de bieuets. de macasmina, tous n"ave* que l'embarras du choix On consulte les fumées de l'animal et l'on se procure la subs;ance qu'il semble le plus rechercher dans le moment. L'appât choisi, vous le fixez solidement sur un piquet que vous placex dans l'enceinte, dont j'ai parlé plus haut, à deux pieds ou deux pieds et demi derrière le piège. La distanc~e qui sépare l'appât du piège n'est pas arbitraire. Elle dépend de la taille de l'anim.Tl que l'on v^eu^ prendre. L'ours saisit toujours sa nourriture avec la patte, et l'on conçoit facilement que l'objet de sa convoitise doit toujours être j^acè à une distance proportionnée à la longueur de ses membres, de manière qu'il soit contraint, pour atteindre sa proie, de s'engager d.ins le piège qui est tendu dc\^Tnt lui.

Les chasseurs emploient quelquefois Yargibiùrt excellent moyen qui assure presque toujours le succès. L'argiboire est une pièce de bois tîxée solidement au sol par le pied, et courbée violemment en arc, jusqu'à ce que son extrémité soit venue rejoindre un taquet placé près du piège. On y attache ensuite la chaîne de celui-ci. Le moindre mouvement de l'animal, une fois pris, fait échapper le bout de l'argiboire, qui se redresse avec foi ce et suspend le prisonnier entre ciel et terre. Rien ne \-aut les jeunes

arbres, si l'on a la chance d'en avoir à proximité de sa tenture. Encore faut-il les choisir sains et de grosseur suffisante, lorsqu'il s'agit d'un animal comme l'ours, dont la force musculaire est surprenante. Je me rappelle avoir tendu à l' argiboire. J'avais, dans ce but, courbé péniblement avec l'aide de mes engagés deux jeunes bouleaux de quelques pouces de diamètre. Le lendemain, l'ours était pris et mort, mais dans son agonie, il avait fait de si puissants efforts, que les deux bo.uleaux étaient tordus et enlacés l'un sur l'autre comme les torons d'un fouet gigantesque.

Enfin, l'on prend l'ours à \i. tiappeowk l'attrape, engin de chasse qui a donné son nom à la classe d hommes énergiques si connus sous le nom de trappeurs. Il n'existe entre les différentes sortes d'attrapes que des nuances de construction presque insenbles. Elles sont de dimensions plus ou moins grandes selon les animaux qu'elles sont destinées à prendre. Qui connaît l'attrape du castor et de la martre arrive facilement à construire celle de l'ours et réciproquement.

L'attrape se compose de huit pièces essentielles, qui sont la tombe, la contre-tombe, les poteaux de soutien, Yamb/ette, \t piton de bascule, la. fiche, \ç. poteau de fiche et la charge. Décrire fans l'aide d'une figure la manière dont se combinent entre elles ces différentes pièces, serait assez difficile et sans nul doute, fort peu clair pour les personnes qui n'ont point vu ce piège.

Les figures i et 2 donneront une idée plus nette de l'ensemble d'une attrape que ne le ferait la plus pittoresque description d'un Théophile Gauthier. J'ai exagéré à dessein le volume relatif de certaines parties telles que l'amblette et le piton de bascule, afin de mieux faire saisir le jeu de l'appareil.

Le chiffre 1 indique Vainhlette, pièce de bois encochée à son extrémité supérieure, en son milieu et du côté opposé à la première entaille, et amincie à son extrémité inférieure où s'attache l'appât A. Le chiffre 2, représente le piton retenant Xambldte. Le chiffre 3 est le piton- bascule supporté par le poteau additionnel 5. La tombe 8, porte ainsi que l'on peut s'en rendre compte, sur le piton de basai/e, et, il est facile de voir que lorsque l'amblette i, sollicitée par la patte de l'ours, prend la position B, \t piton bascule échappe, prend la position C et laisse choir sur la contre-tombe F, la tombe 8 et les charges 6. 6. 6. Les chiffres z; 4. 4. 4. indiquent les poteaux qui maintiennent la tombe et la contre-tombe. Il doivent être enfoncés solidement et soliden ent assujettis par le haut au moyen d'une corde ou de harts tressées. Les deux courbes E. E. E. E. E. E représentent les lignes de piquets qui doivent former l'enceinte, pour la pose du piège de fer, et qui relient les soutiens 44a l'arbre 9. Cette enceinte, je l'ai déjà dit, est établie dans le but d'empêcher l'animal d'atteindre l'appât autrement qu'en passant sur le piège, ou, lorsqu'il s'agit d'une trappe, autrement qu'en s'iniroduisant entre !a tombe et la contre-tombe.

La charge 6 6, qui se compose de troncs d'arbres lourds et assez longs pour exagérer l'action du levier sur la tombe, doit peser i,ooo ou :, 200 livres. Les chasseurs prétendent qu'il faut, pour casser les reins d'un ours, un poids représentant sept fois le faix que peut porter un homme vigoureux.

La distance qui sépare la tombe et la contretombe doit excéder de six à sept pouces la taille de l'ours que l'on se propose de saisir. Les brisées de l'animal donnent toujours une idée à peu prés exacte de sa grandeur. Quand on veut établir une trappe, si l'on ne peut la faire près d'un tronc d'arbre, on dispose l'amblette et le piton-bascule comme le montre la figure 2.

44 sont les poteaux de soutien de l'amblette, 22 la fiche, fixée entre les deux soutiens et où vient se placer par son encoche médiane l'amblette i. Le No 3, est le piton bascule. Les autres pièces se combinent comme dans la fig. i.

L'ours a l'odorat très développé et le plus profond souci de sa conservation ; il est donc nécessaire au chasseur d'effacer le plus possible les traces de son passage et de construire sa trappe dans le milieu du jour, moment où l'animal a presque toujours gagné les bois écartés, pour prendre du repos.

Il n'est personne qui ne connaisse le collet. Je ne le décrirai pas. C'est, du reste, un piège auquel je n'accorde qu'une bien médiocre confiance lorsqu'il s'agit de prendre l'ours. Cependant, il est des cas où, privé de tout autre moyen, on peut essayer

celui-là. Il faut alors, de toute nécessité, adjoindre au collet que l'on tend une argiboire de la plus grande force. Sans cette précaution, que je considère comme indispensable, toute tentative serait infructueuse.

A l'époque des amours, c'est-à-dire aux mois de juillet et d'août, la peau de l'ours ne vaut pas grand chose. A toutes les autres époques de l'année elle est considérée comme de saison. Une peau de saison vaut selon sa grandeur et sa qualité de lo à 20 dollars.

La peau de l'ours se lève à la façon de celle du mouton : on incise sur l'abdomen et entre les cuisses et l'on écorche prestement en ayant soin, lorsqu'on sépare les graisses et les tendons qui touchent au cuir, de ne pas endommager celui-ci. Une fois la peau levée, on l'étend sur un cadre carré ou rond, et on laisse sécher. Quelques chasseurs se contentent de clouer cette peau sur une surface plane, comme les murailles du camp on de la maison. Il va sans dire qu'en la fixant sur le cadre ou sur la muraille où elle doit sécher, il faut agir sur les bords avec assez de vigueur pour lui donner toute l'extension dont elle est capable, dans tous les sens.

S'il arrive de prendre ou de tirer un ours dont la peau ne soit pas de saison, on doit, avant de l'étendre sur son cadre, la saler et la laisser quelques heures sous l'influence de ce traitement. Cet artifice, très employé pour toutes les pelleteries, a pour but, en rendant la peau plus blanche et plus ferme, de donner le change à l'acheteur peu exercé.

J'ai dépeint la vie de l'ours de la côte nord du golfe, j'ai parlé de ses goûts, de ses habitudes, de ses mœurs. J'ai décrit les méthodes employées pour le tuer, indiqué la manière de préparer sa peau, établi sa valeur industrielle. Il me reste à dire encore, pour achever cette étude, ce que la science pure a bien voulu m'apprendre de mon sujet.

Il appartient au genre des quatrupèdes. Il est le type de la famille des ursiJœ, ordre àti/erœ. 50M%oxàxe. àfi carnivores, VûhM des plantigrades. Cette généalogie spéciale de l'ours ne peut manquer d'intéresser au plus haut point les taxidermistes et de plonger dans la joie la plus vive tous les chasseurs qui voudront bien me lire.

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