‹ Guide du chasseur de pelletrie [microforme]Chapitre 13 sur 43 · MONTAGNAIS, WAB-IS-TAN, ANGLAIS, PINE, MARTEN · texte numérisé non relu

MONTAGNAIS, WAB-IS-TAN, ANGLAIS, PINE, MARTEN

Ce charmant et précieux petit animal, que l’on rencontre dans presque toutes les parties du monde, mérite, par la beauté de sa fourrure et la constance des lois qui régissent la durée de son séjour dans nos forêts, d'être considéré comme le prototype des bêtes à fourrures. Je glisserai sur ses vertus domestiques qui n'existent pas et sur ses vices qui D'EXIS tent que trop. On peut tout lui pardonner, sa fourrure est si jolie et son instinct relativement si peu développé, qu'on ne saurait lui faire un crime de ses imperfections.

Les chasseurs de la côte distinguent la martre jaune, la martre brune et la martre noire. La variété jaune se rencontre rarement dans le nord. La variété noire est presqu’exclusivement boréale ; c’est la plus belle de toutes, celle qui se rapproche le plus de Ia zibeline, dont rien ne la distingue à mes yeux, bien que l’on prétende qu'il existe une différence assez sensible dans la taille de ces deux animaux. La variété brune, fort belle encore, est celle que Îles chasseurs comme moi, qui s’écartent peu du littoral, prennent le plus communément.

La martre, quelle que soit la nature de son pelage. vit de perdrix, de lièvres. d'écureuils et de poissons quand elle en trouve. Elle ne dédaigne pas les bleuets et apprécie les baies de mascamina ou mas-

kamina (sorbier d'Amérique). Elle grimpe sur les arbres, poussée par les mêmes mobiles désintéressés

que le pékan, dont elle semble être d’ailleurs Ja

réduction très réussie. Ses fumées, comme celles de ce dernier, sont caractérisées par les mêmes élé ments, mais elles sont plus petites. Rien n’égale son habileté à se dissimuler entre les branches de sapins ou d’épinette. Elle sait les contourner de manière à les tenir entre son épiderme et les veux indiscrets du chasseur qui cherche à la découvrir ; aussi est-il très rare de la tuer au fusil, ce que, du reste, l’on ne pense guère à tenter.

On la chasse plus particulièrement au piège de fer No 2et à lattrape (fig. $ et 6). [l est une multitude d'attrapes à l'usage des martres, mais celle que représente la fig. 5 est la plus employée. Ilest inutile de la décrire tant elle est simple, mais elle a un grave défaut, comme toutes les attrappes qui ne sont point passagères, elle devient inutile lorsque l'animal ne se laisse plus séduire par l’appât, ce que les trappeurs expriment en disant qu'il ne word plus.

En outre, cette attrape devient peu sensible par les temps de grand froid ou sous une forte tombée de neige. Il en résulte que le piège de fer à ressort simple No 124 où No 2, et le piège sauteur à double ressort doivent toujours être préférés à tous les aurtres procédés de capture.

On doit concevoir facilement qu'avec l’un de ces derniers, même quand l'animal ne mord pas, il suffit que sa curiosité, qui est grande, le porte à pénétrer

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dans la cabane et à s'approcher d'un appât qu'il ne fera que flairer, pour qu'il se prenne dans le piège. Dans l'attrape, au contraire, ne touchant pas à l’appat, ilne peut provoquer la chute de la tombe et par suite ne peut se prendre. Cependant, les attrapes, quelques défectueuses qu'elles soient, sont très employées. ‘Tous les matériaux se rencontrant suus 11 main du chasseur et ne nécessitant aucun transport, ce qui est inappréciable lorsqu'on {end sur des territoires très-éloignés. On les établit comme les pièges, dans des cabanes construites avec des éclats de bois que lon édifie sur les vieilles souches ou les chicots qui abondent toujours dans les bois (fig. 5 et €).

En ceitaines années bénies, les martres sont très abondantes ; néanmoins, une saison de chasse qui permet le capture de trente de ces animaux peut être considérée comme ‘moult belle et fructueuse.”

En temps ordinaire, pourvu que loms’'éloigne un beu du littoral, on les rencontre en quantité suffisante et l'on peut les chasser avec quelques succès sur tous les territoires. Mais, ilest, paraît-il un pays spécial que l'on appelle “le pays des Martres” Cette contrée merveilleuses objet des rêves du trappeur est perdue là-bas, très loin dans le Nord, seules indications que je puisse donner à ceux qui désireront l'atteindre. La, les martres ont tout dévoré. Il

n'y a plus ni lièvre, ni écureuil, ni mulot, ni bluets. ni baies de Mascamina. Il n'y a plus que des martres. La martre y mange la martre. On y amorce le piège

avec le fils pour se saisir du père, On y garnit l’at-

trape avec la mère pour s'emparer de la fille et l’on cle y dévore son neveu, Dans cet Eldorado du chasseur, la vie est difficile. Iln’y existe pas de bois et il faut ainsi que tous les êtres qui vous entourent, manger de la martre. Empoiter des provisions est

presque impossible, c'est si loin! Aussi, bien peu y ont chassé ; les aborigènes seuls ont penétré jusque-

la, et encore !

L'un d'entre eux, paraît-il, s'y rendit un jour. Dés son arrivée, il se mit à édifier cinquante attrapes, Car n'aimant guère la région, il ne voulait point y perdre un instant, de plus la perspective du régal qui l’attendait, régal dont je prie la Providence de me préserver ainsi que vous, stimulait encore son activité naturelle, La nuit tombait au moment même où il donnait son dernier coup de hache.

[I s'endormit près d'un maigre feu de mousse, et d'un seul somme gagna l’aurore du lendemain. Aus sitôt levé, il s'en alla visiter son chemin de chasse. re evant ses attrapes à mesure qu'il en retirait une martre ;etil en retira cinquante, car chaque attrape en contenait une. Arrivé au bout de son chemin, poussé par je ne sais quel pressentiment, il revint sur ses pas vers son feu de la veille. Chacune des attrapes qu'il venait de relever contenait encore une martre !

Gardons-nous de répandre le venin de notre scepticisme sur cette histoire; carilest certain qu'il existe des contrées tout particulièrement affectionnées par les martres et où on les rencontre en plus

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grande abondance que partout ailleurs ; mais j'estime que l'on fera peut-être sagement de ne pas chercher aretrouver le pays des martres, avant d'avoir obtenu des données plus précises sur sa véritable position céographique.

Je ne m'étends plus sur la maniére de placer les pièges. Je l'aiindiquée plusieurs fois déjà et il devient inutile d’insister, Cependant, j'appuie sur le soin que l'on doit apporter à cette opération. Si peu difficile à prendre que soit l'animal dont on se propose la capture, les soins que l'on donne aux chemins de chasse ne sont jamais perdus.

On drogue les pièges ou les attrapes à martre avec l'huile d’aspit, le jus de pomme et le rornon tondreux de castor.

On appate avec des petits oiseaux, des truites, du lièvre, du rat musqué, des bleuets et des baies de masCamina.

Je crois avoir déjà dit que la #rogue et l'appat sont deux choses bien distinctes. La drogue est destinée donner à la tenture une odeur qui plait à l'animal et l'attire, l'afpat sert à provoqu'r son appétit, sa vourmandise où sa curiosité.

L'on trouve chez les martres des cas assez nombreux d’albinisme partiel et de changement de pelage. Il existe des martres toutes blanches. Il en existe d'un roux ardent avec le cou blanc. MM. Wilson et l'hériault ont vu des martres dont le cou et les quatre pattes jusqu’à la première jointure étaient blancs. Le beau-frère de M. Thériault a pris un de

Re) GUIDE DU

ces animaux dont la poitrine était jaune et les quatre pattes blanches. Ce dernier a été vendu à M. Scott, du poste de la Cie d'Hudson au Sept-[les.

La martre (Mustela murtes, Linnée. A7... Ame ricana, Baird) songe à sa famille dès le rommencement du printemps et met bas fin avril trois ou quatre petits qu’elle protège et qu’elle soigne avec sollicitude.

Eile s'écorche comme tous les animaux à fourrure et se met sur moule (fig. 7 et 8). Son prix est variable, très-variable même, il va de $r.50 à $8.co,

suivant les nuances et la qualité. Sa chasse est per-

mises du rer novembre au 31 mars, ce qui est sagement entendu.

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