LE CARCAJOU
GULO VULGARIS—-CUVIER,—ANGLAIS, WOLVERENEF,
Ce sont les sauvages qui l'ont nommé £ar-la-700, mais ils le désignent plus souvent sous le nom d gnä-qua-sut— le diable des boïs,—et, tout pillard, tout voleur qu'il soit, on ne saurait l’accuser d'avoir dérobé cette épithète qui lui convient à tous égards. Aucun animal n'a été plus travesti par les naturalistes de tous les temps. Les uns lui on} prêté toutes les diableries, les autres les lui nient à peu près toutes et wettent en doutent celles qui restent. Cette divergence d'opinion tient à la différence très considérable du développement de lintelligence ou de l'instinct pour chaque individu d'une même variété. Les naturalistes de l’ancien régime ont observé de animaux très roués, très intelligents, car, à ces dates anciennes et bénies, les hommes de sciences étaient encore quelquefois des hommes de chasse et observalent de temps en temps, eux-mêmes, les animaux qu'ils se proposaient de décrire. Chasseurs, ils ajou-
taient foi aux récits des chasseurs, dont ils appréciaient la véracité connue.
Incrédules, ils accordaient néanmoins quelque créance à leurs récits, lorsque ces derniers se reproduisaient identiques sous des latitudes diverses et dans des circonstances différentes ; tout ou moins faisaient-ils une petite part au vrai, se gardant bien de le sacrifier à tout propos au stupide tyran moderne que l’on appelle le vraisemblable,
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Aujourd'hui le naturaliste ne décrit plus les animaux, il les empaiile, Il simplifite l'examen et l'étu de sur le vif par la négation qui dispense de travail et de fatigue et lui donne une structure savante aux veux du vulgaire ignare, abêti par je doute systéma tique. Bien plus, comme ceux qui l'ont précéde dans la science lui ont laissé peu de chose à faire, il trouve commode de saper où de nier les faits éta blis par ses devanciers
[1 complique leurs découvertes et leurs études de celles qu'il croit avoir faites et qui, la plupart du temps, n'existent que pour Jui. [Il modifie les clas sifications adoptées, tronçonne les ordres, multiple les families, gaspille les espèces pour en faire des variétés et les variétés pour en constituer des espèces, Croyant avoir gravi les hauteurs les plus élancées des sciences naturelles, lorsqu'il a donné son nom au * rat à trompe ” de joyeuse mémoire, où à une coquille de ‘ “ bigorneau” abandonné par un celte amateur de mollusques.
Me voilà, 1l me semble, un peu loin du Carcajou. J'y reviens.—J’avais besoin avant de parler de l'être invraisemblable oublié par nos législateurs, de m'atürer les sympathies de nos naturalistes modernes.
Les sauvages montagnais qui le connaissent bien lui trouvent une ressemblance saisissante de mœurs et d’allures avec le Ciabie, qu'ils connaissent non
moins bien, paraît-il. Je ne surprendrai donc personne en disant qu’auprès de Jui, le renard, dont les vertus laissent cependant considérablement à dé-
sirer, est un saint doublé d'un imbécile. Le Carcajou, j'entends le Carcajou digne de ce nom, ne respire et n'agit que pour satisfaire ses passions et entraver celle des autres. Pour atteindre ce but, tous les moyens lui sont bons. Il n’est pas un habitant des bois qui ne devienne plus où moins sa victime, mais sa victime préférée, entre toutes, C’est le chasseur, C’est avec une persistance infatigable, avec un acharnement endiablé servi par une force et une intelligence peu commune qu’il moleste ce dernier, qu'il le persécute, qu'il Pahurit au point de le contraindre à démohr ses ‘ tentures,” à fermer ses piéges et à changer de territoire de chasse.
L'odorat de cet animal tient du prodige. ‘Fout le monde a entendu dire que son passe-temps favori consistait dans le pillage et la destruction des chemins de chasse des trappeurs. Ce que lon sait moins, c'est qu'il atteint ce but, lors même que les chemins /eudus en automme ont été recouverts plus tard par deux ou trois pieds de neige, et que tout a contribué à dissimuler les émanations personnelles du chasseur et celles de ses appâts ou de ses piéges.
Sa manière de procéder prouve une sagacité et une perversité inouïes, j'allais dire une instruction très soignée, s'il ne s'était agi d’un animal. Lorsque son odorat, ou une faculté spéciale que l’on ne saurait définir, lui a signalé la présence d'un piége sous
la neige, 1l calcule à peu près la longueur que peut avoir la chaine qui relie celui-ci au piquet de garde, puis 1l décrit un cercle ayant pour rayon une lon-
arCa- > rest entous itant time, chasavec une nier, conpié-
ut le avori che-
Le
gueur un peu moindre que la longueur calculée,
creuse une tranché en suivant la circonférence du cercle et, si son calcul a été juste, tombe sur une partie de la chaine dout il se saisit pour attirer le piége et le détendre.
Lorsque son appréciation primitive Jui a donné un rayon trop grand, il creuse une nouvelle tranchée circulaire concentrique intérieurement à la première, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il ait stteint le piége. Abandonner ce dernier sur le théâtre du vol, serait donner au chasseur une chance de le retrouver et de s'en servir encore. ;
Le carcajou se garde bien d'en agir ainsi; sa mansuétude ne veux pas se contenter des joies ina-
chevées d’une vengeance incomplète, Alors, il em-
( porte le piége et, s'éloignant le plus possible du chemin des features, 11 grimpe sur un arbre, aussi haut qu'il peut monter,—il connait les Inis de la pesanteur—et laisse tomber le fruit odieux de son larcin dans le banc de neige le plus épais qui soit au pied du tronc.
En voyant et en étudiant les vestiges du travail de Quâ-Quä-Sut, bien loin de lui en vouloir, j'ai sonvent été pris du désir immodéré de lui demander où il avait puisé les notions si précises qu'il possède sur le rapport de la circonférence au diamètre et sur les lois de la chute des corps. Il eut sans doute, dédaigné de me répondre, car il connaît les hommes et sait le prix qu'ils attachent au tégument poilu qui sert d'en véloppe à son éystinct, mris, s’il m'eut répon-
Ne re Me M dd tn ET Sent Fadela tn nds net FRS d
54 GUIDE DU pondu, il l'eut fait, j'en suis convaincu, auec toute 1 d l’érudition d’un géomètre de profession. 1 q Pour lui tout ce qui est propriété humaine est dis- à D sipable, brisable et salissable à merci ! [len agitavec l à les Zentures de bois comme avec les tentures de pié- | q ges ; avec le mobilier rustique et primitif d’un camp | à comme avec les provisions, et les armes du chas: 1 n seur. 1 t ne lui suffit pas de briser les pièges, de sperser É t les provisions, de voler les vêtements: il aime en- 4 a core à laisser les marques les moins discutables de , son passage détesté. [1 semble qu'il tienne absolu- j n ment à dissiper tout les doutes et, pour cet objet, 1l À d laisse sur le lieu de son crime Jes plus abominabies 1 C de ses /umées. Les premières qu'il m'ait été donné t d'étudier avaient été déposées précieusement par lui É exactement au centre d'un baril à demi plein de fari- Ë ne, dont il avait su enlever le convercle, sans rien ‘ répandre du contenu et sans renverser le contenant. k A quel entrainement ironique obéissait-il en accom- e phissant cet acte d’un goût douteux, surtout pour une à bête née st loim de la Sprée? Inexplicable, n'est-ce à \ pas ? | J'ai pu constater aussi le respect profond qu'il à À pour son épiderme, le sang-froid et l'habileté qu'il 1 apporte à le préserver de toutes les atteintes du 4 ! plomb. | | Il y a déjà bien des années, hélas! j'étais campé ; près d'une petite rivière de la côte nord du fleuve, :
la Mistassini. La nuit était complète et je dormais
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CHASSEUR DE PELLETERIf: 5
du sommeil d'un juste depuis plusieurs heures, lorsque je fus réveillé par un bruit inattendu dans ces parages. Un grognement se faisait entendre presque
à mes oreilles et les cordes qui s’attachaient aux pi-
quets de ma tente étaient, tour à tour, violemment secouées. Mettre la main sur mon fusil, réveiller mon engagé, l’armer d’une torche de bouleau et sortir, furent l'affaire d’un instant, En arrière de la tente prenait naissance la forêt, la mer était en avant.
Dès les premières lueurs jetée par la torche, l'animal avait prit le bois, néanmoins je l'avais vu assez distinctement pour le reconnaître. Je le voyais encore, où plutôt je voyais la moitié de son œil. Abrité derriêre un gros sapin, il n’'exposait de cette partie précieuse de sa personne que juste ce qu'il en fallait pour observer mes mouvements. Je marchais sur lui le fusil à l'épaule, chaque arbre me forçant à faire un détour.
À tous mes mouvements correspondait un mouvement symétriquement inverse du carcajou, qui parvenait ainsi à gagner l'abri du sapin suivant, sans avoir exposé à mes plombs d'autre partie de sa personne que cette section d'œil, dont l'expression me parut bien plus celle de la gouaillerie que celle de la crainte, Peu à peu 1l gagna le bois épais, sans m'avoir donné une seule fois l’occasion de lui envoyer un coup de fusil ; cependant, quelques pas à peine me séparaient de lui. J'ai fait la guerre de partisan et retraité sous bois avec toute l’habileté que me
donnait l'amour particulier que j'éprouve pour une peau qui m'est chère—je veux parler de la mienne— mais, je l'avoue, à ma honte et à celle des armées modernes, je ne vis jamais un tirailleur quitter un
abri pour en gagner un autre, sous le feu de l’enne-
mi, avec un calme, une précision et un sans-froid comparables à ceux du carcajou.
On le croit peu agile. Il n'a point, 1l est vrai, la rapidité du lévrier, mais son intelligence lui tient lieu d'agilité. Jamais 1 ne se presse. La peur semble lui être étrangère. [Il bat en retraite et ne fuit pas. Sa force est peu commune, extraordinaire même si on la compare à l’exiguité relative de sa saille, qui atteint à peine celle d'un chien de moyenne grosseur ; il brise assez facilement les chaînes des gros pièges. Il a trente huit dents, dont douze incisives, quatre canines et le reste en molaires. Il perfore les cabanes de castor, détruit leurs digues pour faire assécher leur demeure et s'emparer de leur personne. [l.mange de tous et de tout. Il s'attaque aussi aux animaux de forte taille et il est incontestable qu'il sait arrêter, tuer et manger les jeunes caribous.
Pour cette chasse qu'il pratique en hiver, il met à profit les théorèmes d'Euclide et la connaissance approfondie des mœurs de l'animal qu'il convoite., Il sait que, dans sa fuite, le caribou ne suit jamais une ligne droite et qu'il d' it toujours une courbe plus ou moins allongée. Il sait encore qu'on le rencontre en hiver sur les lacs recouveits de glace et de neige.
une ; Lorsque les hasards de la chasse le mettent en préne— 1 sence d’une harde de ces animaux dans de sembla. mées | blables conditions, il se montre à l'improviste sur les r un bords du lac. Les caribous effrayés prennent nne- sur le champ leur course en décrivant la courbe froid | habituelle. Lui, coupe au plus court,et va se placer à l'extrémité de la corde de l'arc, sur un tronc d'arbre ï, la 1 penché au-dessus du lac et lorsque les fugitifs passent t lieu | au-dessous de l'arbre, 11 se laisse choir sur un mble | jeune canbou, et le tue en lui coupant l'artère caropas. 1 tide.
ne si k Le fait que je viens de narrer, je ne l'ignore pas, qui 1 est repoussé par certains naturalistes en chambre. grOs- 3 Je ne puis. pour leur plaire, recuser le témoignage gros 1 de mes yeux et, s'il était nécessait, je pourrais en 1ves, 1 appeler au témoignage de quelques officiers de la re les 1 baie d'Hudson et de beaucoup de chasseurs très exe as- . périmentés, Qui, ayant vu comme moi, pe sauraient )nne. hésiter à soutenir la rigoureuse vérité de mor récit. aux 4 Le carcajou n’est que bien peu sensible aux charlsait à mes des boulettes ernpoisonnées. Ils'en défie même : extraordinairement et lorsque, en dépit de son odonet à É rat subtil et de sa prudence achevée, il s'y laisse ance À prendre, ça n'est jamais qu'à demi. Puis. s'il échap e. Il 1 pe aux effets de l’intoxication. 1] prévient ses congéune 4 nères, et le lieu théâtre de l’empoisonnement d’un plus 1 frère est réprouvé et abandonné de tous les carcajous, CON- 4 qui, lorsqu'une impitoyable nécessité les contraint à t de à le traverser, le franchissent sans s'arrêter un seul ins- 1 tant et le plus rapidement possible.
A propos de cette faculté singulière, voici ce que me contait. ‘Th. vieux trappeur qui, depuis 45 ans, promène ses tentures un peu partout sur la côte et dont le caractère rigide se prête peu aux fumisteries sportfves. Je donne son récit tel que je l'ai reçu, en lui conservant tout son laconisme.
“Un jour, je montai du poison, afin de me débarrasser d’un carcajou, qui mettait mes chemins de tentures au pillage. Je déposai de suite quelques boulettes. Il vint à l’appât et ne voulut en manger que la moitié. Aussitôt qu'il l'eût avalé, il se mit à faire des efforts pour vomir en reculant, laissant sur une espace d'au moins cinquante pas les résidus expulsés par ses viscères, puis, débarrassé du poison, il prit le bois et s'enfuit. Pendant deux ans, je ne vis plus un seul de ces animaux au même lieu, et plus tard, si j'en trouvais une piste, je distinguai que l'animal traversait sans s'arrêter et le plus vite possible l'endroit où j'avais autrefois jeté mes appâts empoisonnés. Ils doivent se prévenir entre eux. D'’ailleurs je ne suis pas le seul à qui pareille aventure soit arrivée. Demandez à M. de Godbout, il luiest arrivé la même chose.”
T..... a-t-:1l vu le carcajou en user ainsi? non, peutêtre, mais il est inutile à un chasseur d'assister aux
faits et gestes d'un animal pour savoir quelles ont
été ses attitudes, ses actions ou ses allures. Les pistes et les traces laissées par ce dernier suffisent, dans la plupart des cas, pour donner des certitudes ; et je ne met pas en doute un instant que les choses
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ne se soient passées ainsi que les contait mon vieux chasseur.
D'après ce récit, gw&-gud-sut est doué d’une faculté spéciele qui lui permet de restituer à l’occasion ce qu'il avale, quand la saveur lui en parait indiscrète, et, il n'est pas douteux, qu'il ne sache, que le plus sûr remêde contre lingestion d'une substance toxique est le vomissement.
À quoi doit-il ces notions d'une thérapenthique si bien conçue? En est-il redevable à l'expérience, au raisonnement ou aux leçons de ceux qui le précédérent dans la vie? Obéit-il simplement aux impulsions de l'étrange moteur auquel on a donné si improprement, à mon avis, le nom d’énsfinct ? Doit-on attribuer également à ce dernier l'abstention de ses congénères et leur répugnance, si nettement accusée, pour un Jieu témoin de tant d'angoisses et de tant d'efforts? Quels pouvaient être les mobiles et les causes d'une semblable attitude que lon ne saurait, sans anerie, rapporter à un développement anormal de l'adorat? Je ne jouis malheureusement pas de l'instinct du Carcajou, aussi, ne vois-je que deux solutions a ce problème. Sans doute, il y en a bien d’'autres, mais ce sont les seules, je l'avoue à ma honte, qui me soient fournies par mon intelligence hu: maine.
Ou j'ai été victime d’un vaste mensonge, ce que je me refuserai toujours à croire, les faits m'ayant été exposés par un chasseur ; ou, le carcajou est très fort en toxicologie et possède un langage très éloquent,
dont il se sert, au lieu d’en faire mauvais usage, pour avertir ses amis de même poil des dangers qu'il à courus et de ceux qu'ils sont exposés à courir.
Après tout ce que je viens de dire, il semblerait que s'emparer d'un carcajou, est une œuvre impossible, Il n’en est rien cependant, Il est même assez facile d'en capturer une grande quantité d’instinct moyen ou touchant à lidiotisme. Car, ainsi que pour le renard et pour toutes les bêtes du bois, l'étiage énstinetectnel—-puisse la Postérité me pardonner ce néologismes :-—de cet animal varie à l'infini. Qrdquä-snt ne se prend jamais.
Tous les animaux se chassent au fusil. On peut donc tuer un carcajou tout comme on tuerait un lapin. Mais il n’est pas toujours aisé de l’apercevoir. Cependant, le cas se présente, quoique bien rarement ; aussi, tuer un carcajou au fusil est une aventure, rien qu'une aventure, et 1] n'existe pas de coutume spéciale qui régisse cette sorte de chasse. Au piége, il est plusieurs manière de procéder. En voici une.
On érige une attrape assez grande et on l’amorce avec un lambeau d’etoffe, dernier vestige d’un vêtement que vous avez abandonné. Derrière la cabane de l’attrape,— (je suppose que lon n'a pas oublié qu'une trappe est toujours protégée en arrière par une clôture en piquets solidement enfoncés et solidement recouverts qu'on appelle /& cabane, cabane qui empêche l'animal d'attendre l’avpât autrement que par le côté où peut jouer le piège ou la /ombe),—on plante sur un espace de quelques verges carrées un
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ment ;
bois factice, en enfonçant en terre des branches seches assez grosses et garnies de leurs feuilles. Puis au milieu de ce petit bois improvisé, on place deux ou trois pièges soigneusement dissimulés, comme on le fait pour le renard et en prenant plus de précautions encore, s’il est possible. [Le carcajou, qui voit la possibilité de priver le chasseur d'un vêtement pu’il lui croit indispensable, mais aussi qui connaît les effets de l'attrape ou du piège, se garde bien de se présenter de front, 1l contourne la cabane afin d'en briser la clôture et de s'emparer sans danger, croit-1l, de l’objet de sa convoitise ; et pour y parvenir, il pénètre dans le petit bois et se prend quelquefois, pas toujours, dans les pièges que vous avez disposés à cet effet.
Voici une autre méthode : On suspend à un arbre un paletot ou un pantalon, une poire à poudre ou un fusil, des provisions ou des bottes. Cela doit être fait sans prendre aucune précaution, de la façon la plus naturelle possible, puis, avec toute la ruse dont vous êtes capable, avec toute l’habileté dont vous êtes certainement susceptible, vous placez plusieurs piéges autour de l'arbre. L'animal, lorsqu'il a con: naissance de vos armes, de vos vêtements ou de vos provisions, se met en frais de s’en approcher afin de vos jouer un mauvais tour. Mais il ne se presse pas, il connaît trop le chasseur pour cela. Il tourne autour de l'arbre, il flaire, :l inspecte et il finit toujours par rencontrer quelquesuns de vos pièges dont il saisit la chaine et qu'il fait
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partir. Quelquefois, 1l les découvre tous, alors vous avez perdu, ou bien peu s'en faut, vos effets, vos pièges et votre temps. D'autres fois, tranquillisé par l'exécution de quelques-uns de vos pièges, il compose avec son astuce habituelle, s'approche trop vite et se prend dans l’un de ceux qu'il a dédaigné de découvrir. En dehors de ces deux moyens, applicables à la capture d’un carcajou d'intellect ordinaire, il y a l’attrape et le piège tendus dans un tout autre but que celui de le prendre. Le carcajou idiot se prend partout. J'en ai vu fuyant avec un piège à la patte, se reprendre dans la même journée, un peu plus loin, dans un autre piège tendu pour l'ours. Ce carcajou, de la variété imbécile, se rencontre plus souvent qu'on ne le croit, et c'est lui qui a fait douter des aptitudes du guu-guu-sut. Mais, à quelque variété qu'il appartienne, je ne saurais trop recommander de bien choisir le piège destiné à le prendre. I faut le choisir très solide, le munir d’une chaîne à toute épreuve et passer dans l’organeau un long bâton de mascamina (cormier) bois très dur qui résiste plus longtemps que les autres aux terribles mâchoires de l'animal. Un carcajou pris n'a plus qu'un seul désir en ce monde, s'échapper, et vous pouvez arriver sur lui, sans qn'il interrompe une minute le travail destiné à lui rendre la liberté.
Le carcajou ne se ferre pas. Il est plantigrade, mauvais père et détestable époux. Sa moitié soigne ses petits au nombre de deux ou de quatre, avec asssez de sollic tude. Elle met bas généralement vers
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rade, oigne avec
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le mois de mai. La fourrure du Carcajou est d’un marron foncé, très épaisse et croisée sur le dos d'une nuance plus pâle. Elle est assez belle et se vend de $2.50 à $5.00.
Cuvier l'a appelé Guvo vulgaris—Vulgaire glouon—et ce nom, quoiqu'il en ait reçu bien d'autres, iul Convient assez bien et suffira à mes lecteurs. Ja beauté n’a pas été donnée en partage au carcajou ; son portrait, au repos, se trouve dans tous les traités d'histoire naturelle. Sa dépouille plus ou moins bien empaillée se rencontre dans toutes les vitrines de Muséums un peu soignés. Je ne vous fatiguerai donc pas de son portrait, Le Carcajou s'étend sur moule comme le renard, et s’incise et se dépouille comme ce dernier animal.