CHAPITRE V
Germination. — Conditions favorables. — Cellules, fibres et vaisseaux. — Composition d’une jeune tige. — Racines. — Feuilles. — Boutons. — Circulation de la séve ascen-
dante. — Transformation dans les feuilles. — Assimilation du carbone. — Action de la lumière. — Séve descendante. — Cambium. — Formation des tissus. — Accroissement de la tige et des racines. — Effets du couvert. — Périodes de la vie des arbres. — Jeunesse, maturité, décrépitude et mort naturelle. — Des maladies
et de la mort anticipée.
Lorsqu'on place une graine d'arbre, un gland par exemple, dans un sol meuble, humide et abrité par des feuilles contre la vive lumière du soleil, on voit, au bout de quelques jours, si la température est suffisamment élevée, ce gland se gonfler, son enveloppe écailleuse se fendre et laisser passer une petite saillie qui s’allonge et se divise en deux fila-
ments, dont l'un se dirige dans le sol, tandis que l’autre se redresse du côté de l'atmosphère.
Le premier de ces filaments, celui qui pénètre dans le sol, est le rudiment de la racine, c’est la radicule ; le second formera la tige et ies feuilles, on le nomme figelle.
Voici les phénomènes qui se produisent pendant cette phase de l’existence des arbres qui constitue la germination :
Le gland que nous avons pris pour exemple est formé de deux lobes symétriques accolés par leurs faces et à l'extrémité desquels se trouve placé le serme ou embryon. La masse de ces deux lobes, qu'on nomme cotylédons (fig. 1, a), est composée d’une multitude de cel-
lules très-petites, juxtaposées les unes contre les autres et :
remplies d’une substance farineuse qu’on nomme fécule ou amidon. |
Sous l'influence de la chaleur , le tissu des coty-
Fig. 1. — Gland dont le germe développé a donné naissance à la tigelle et à la radicule,
NUTRITION. 43 lédons absorbe l’eau qui, comme nous Pavons dit précédemment, est imprégnée d'oxygène emprunté à l'air, et de sels dissous dans le sol. En présence de ces éléments, la fécule, qui est un composé de carbone et d’eau, cède à l’oxygène une partie de son carbone, se combine avec une nouvelle quantité d'eau et se transforme en une matière sucrée, laiteuse, soluble, analogue à la séve et capable d'alimenter la jeune plante. Pendant cette période de sa vie, le jeune chêne, encore attaché au gland d’où il est sorti, se nourrit de sa substance, comme le petit poulet, du jaune de l’œuf où 1l est renfermé. Mais bientôt la radicule s'implante dans le sol, la tigelle se développe et donne naissance à deux feuilles qui s’étalent au-dessus du sol; les cotylédons épuisés, . flétris, devenus inutiles, se détachent et le petit chêne vit de sa vie propre. Il est, à la vérité , à l’état d’ébauche ; mais il est complet, car son accroissement ultérieur s’opérera par la Seule multiplication des organes dont il est pourvu à ce:moment.
C’est avec ces organes si frêles et d'apparence «i
simple que la nature saura transformer en un arbre
énorme la petite plante produite par le gland. Toutes les graines qui tombent sur le sol ne germent pas. Beaucoup servent de nourriture aux animaux ; il s’en perd un grand nombre qui se décomposent faute d’avoir trouvé, sur le point où elles sont
tombées, les conditions nécessaires à leur germination. Dans un terrain trop humide elles pourrissent; elles se dessèchent, au contraire, si l’eau fait défaut. Le froid arrête la germination, une chaleur modérée l’accélère, mais la vive lumière lui est défavorable.
La nature a d’ailleurs pris des précautions contre les nombreuses causes de destruction qui menacent les graines. Elle les a multipliées dans uné telle proportion, qu’il suffit de la réussite d’une petite partie d’entre elles pour assurer la conservation de lespece $
S1 toutes les graines que produit un seul arbre devenaient fertiles, le globe terrestre serait en peu d'années envahi par la postérité de ce seul sujet. Mais cet envahissement n’est pas à craindre, car si les semences sont innombrables, leurs chances de destruction ne le sont guère moins.
Pour que la radicule puisse s’'insinuer dans le sol, afin d'y puiser l’eau nécessaire à l'existence de la jeune plante, il faut que le sol soit meuble et humide. S'il est compacte et dur, la radicule, trop tendre pour percer la croûte superficielle, se dessèche et la plante meurt. Elle meurt aussi quand le sol est trop aqueux, parce que l’eau , bouchanttous les interstices du sol, empêche l’ar d'y pénétrer et d’y apporter l’oxygène destiné à remplacer celui qui est absorbé.
Pendant cette première phase de la végétation, les
NUTRITION. 49 tissus sont pleins de liquides et par suite très-tendres. Un hâle de quelques heures, un coup de soleil, suffisent pour les flétrir. Aussi la nature a-t-elle pris soin de leur procurer des abris. Ce sont d’abord les feuilles mortes qui couvrent le sol, puis le feuillage des arbres. Plus les jeunes plants sont sensibles, plus ces abris naturels sont puissants. On voit toujours, en effet, les arbres à feuillage touffu produire de jeunes plants délicats, tandis que les graines des arbres à feuillage léger donnent naissance à des plants robustes dès leur jeune âge.
Le petit chêne dont nous avons suivi l’évolution jusqu’au moment où il a commencé à vivre de sa vie propre, est composé de parties bien distinctes, qui sont la fige , dont le prolongement dans le sol forme la racine; les feuilles, qui s’étalent à l’extrémité de la tige, et le bouton, qui la termine.
Si l’on examine à l’œil nu une section de cette tige naissante, on la voit composée d’une substance homogène, aqueuse, à demi-transparente, verte à la circonférence, et d’un blanc verdâtre vers la partie centrale. Mais si l'examen se fait au moyen du microscope, on reconnait que cette homogénéité n’est qu'apparente, car l'instrument laisse apercevoir, au lieu d’une masse compacte, une multitude de cellules juxtaposées comme les alvéoles d’un gâteau de cire. Chacune de ces cellules est semblable à une
petite vessie pleine de liquide. Comme elles sont
très-rapprochées, au lieu de rester rondes, elles
s’aplatissent dans différents sens. Les parois des cel-
lules ne sont pas toujours lisses, elles sont souvent
couvertes de points ou de lignes déliées (fig. 2 et 3). En poursuivant l'observation, on voit que sur
ceftains points, ces cellules s'ajoutent bout à bout; leurs cloisons intermédiaires disparaissent, et cette succession de petits globules creux produit des tubes très-fins, auxquels on donne lenom de fibres, lorsque leur longueur est peu considérable et que leurs parois, dures et épaisses, ne présentent pas d’étranglements. On nomme vaisseaux, les tubes formés par une série de cellules ou‘de fibres soudées bout à bout, et qui présentent des rétrécissements de dislance en distance. Les fibres et les vaisseaux ont leurs. parois lisses ou cribléés de points ou de lignes (fig. 4 ét5). La transformation des cellules en fibres et en vaisseaux se fait à mesure que le végétal se développe. |
Fig. 2. — "Tissu cellulaire grossi.
Fig. 5. = Cellules annelées, ray'ücs, ponctuees.
Les fibres se groupent en faisceaux disposés en couronne à l’intérieur de la tige. Le cercle de cellules qui reste englobé au centre de cette couronne
Fig, 4,
constitue la moelle. On nomme rayons médulluires , les portions du tissu cellulaire placées entre les faisceaux et reliant la moelle à la zone cellulaire extérieure, qui deviendra l'écorce: Cette zone est entourée d’un cercle de petites cellules serrées , qui firme l’épiderme. Enfin, cette enveloppe extérieure
est elle-même recouverte [TE par la cuticule, matière | homogène semblable à un vernis qui enduit toute la surface du jeune végétal. L'épiderme est marqué de petites taches, dans lesquelles l'examen microscopique fait voir autant d’ouvertures qui mettent l’intérieur des tissus en communication avec l’atmosphere ; ce soft les sfomatés.
SENAE
. Fig. 4. — Fibres du bois, — Section transversale d'un faisceau de fibres. Fig, 5, — Vaisseaux annelés, rayés et ponctués.
L'aspect que présente une section de la tigelle, dans les premiers Jours de son apparition est indiqué dans la fig. 6.
En examinant quelque temps après une section faite sur une tigelle du même arbre, on voit que son aspect n’est plus le même. Les faisceaux fibreux, qui formaient une couronne interrompue par de lar-
Fig, 6.
ges rayons médullares,se sontmulüpliés ; leur cercle, devenu plus complet, estseule-
les rayons médullaires, réduits à l’état de raies plus ou moins larges.
Ce cercle de tissu fibreux , qui sé-
Fig, 6. — Section d'une jeune tige. — La partie centrale blanche représente la moelle, qui se relie par les rayons médullaires de même cotleur à la zone corticale: les faisceaux fibreux sont représentés par les coins émoussés de couleur foncée disposés en couronne autour de la moelle, |
Fig. 7. — Portion de l’épiderme vue au microscope; les stomates sont figurés par de petits ovales.
ment traversé par
NUTRITION. 49 pare la moelle de l’écorce, formera plus tard le bois (fig. 8).
Arrivée à ce point de développement, la tige se compose des parties suivantes : Au centre, la moelle, formée de cellules lâches, grosses et transparentes dans la partie centrale, plus petites et vertes à mesure qu’elles s’en éloignent; autour de Ja moelle, un cercle de vaisseaux et de fibres, traversé par les rayons médullaires, qui sont les prolongements de la moelle. Les fibres sont serrées, leurs pa- | rois sont épaisses et leurs canaux intérieurs n’apparaissent sur la tranche que comme de petits points; au milieu de ces faisceaux de fibres, on voit des ouvertures plus larges, ce sont celles des vaisseaux. Cette couronne de tissu fibreux est entourée d'une
Fig, 8.
Fig. 8, — Settion d'une tige d'érable âgée d’un an. Au centre où voit la moelle entotürée d’un cercle de faiseeaux fibreux, au milieu desquels paraissent les orifices des vaisseaux. Les lignes noires qui séparent les faisceaux soït les rayons médullaires, Le cambium est figuré par la ligne noire ondulée qui entoure la zone fibreuse. La ligne blanche ponctuée, qui enveloppe le cambium , est formée de fibres corticales et de vaisseaux laticifères. La couche subéreuse, qui entoure les fibres corticales, est recouverte par l’'épidermé, figuré par rue ligne noire autour de liquelle sont implantés les poils qui couvrent la surface de ce tissu.
zone de-tissu cellulaire verdàtre communiquant avec
la moelle par les rayons médullaires. | Cette zone est le cambium. C’est elle qui sépare
l'écorce du bois, et c’est par elle que s'opère Pac-
croissement de la tige en épaisseur.
Le cambium est enveloppé par un cercle de fibres, dont les plus extérieures sont entremêlées de vaisseaux , ce sont les fibres corticales ; les vaisseaux sont les laticifères ; enfin, autour de ce cercle defibres on irouve une zone de tissu cellulaire, coloré en vert, et mis en communication avec la moelle par les rayons médullaires, dont les lames minces traversent toutes les couches précédentes. Cest lenveloppe cellulaire, qui est elle-même recouverte d'une couche de cellules de couleur souvent brune, disposées
Fig. 9. — Portioti de la même tige coupée dans le sens de sa longucur pour montrer la disposition des divers tissus.
‘NUTRITION. o1 par assises régulières ; cette zone, nommée l’enveloppe subéreuse, est recouverte à son tour par l'épiderme.
La radicule, à sa naissance, est formée par un petit sroupe de cellules, qui, tout en se multipliant, s’allongent et se transforment en fibres et en vaisseaux , dont les extrémités supérieures s'unissent aux fibres et aux vaisseaux de la tige. Aussi la composition de la racine présente-t-elle une grande analogie avec celle de la tige. La seule différence essentielle consiste dans l’absence de moelle; les fibres se développent au centre même dela racine, et laissent vers la circonférence toute la masse du tissu cellulaire. L’épiderme des racines n’est pas comme celui des tiges percé de stomates; mais les cellules, qui le forment, s’allongent souvent de manière à faire saillie, elles présentent alors l'aspect de poils trèsfins. | . Le tissu cellulaire des racines est en général gorgé de liquide, eton y constate souvent la présence d’une grande quantité de fécule.
Les feuilles, à leur naissance, présentent l’apparence de petites écailles minces et serrées les unes contre les autres; à mesure que la tige s'accroît, ces lamelles, qui sont le prolongement d’un des faisceaux fibreux dévié de la verticale, s’écartent et s’agrandissent. Si l’on examine au microscope une
feuille ayant pris sa forme définitive, on reconnait qu'elle est composée des tissus qui se retrouvent dans la tige et qu'ils y sont placés dans le mème ordre. | | | |
Tant que les faisceaux de fibres qui doivent cons-
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tuer la carcasse de la feuille, restent juxtaposés sur une certaine longueur, ils forment le pétiole ou queue ; à une certaine distance de la tige, ces faisceaux se divisent, se ramifient et forment le limbe où la feuille proprement dite. Les mailles du réseau
Fig, 10. = Fouille de peuplier noir. f
que produisent toutes ces petites ramifications sont remplies de tissu cellulaire.
Quoiqu’elles soient souvent très-minces, on peut reconnaître dans l’épaisseur des feuilles deux couches distinctes de tissu cellulaire: l’une, supérieure, est formée de cellules serrées , étroites, laissant entre elles quelques lacunes correspondant à autant de stomates; l’autre, inférieure, composée de cellules lâchement unies, présente de nombreuses lacunes, communiquant les unes avec les autres et avec les stomates, qui criblent la face inférieure de la feuille, Les nervures, qui viennent s’étaler au milieu de ce tissu de consistance spongieuse, sont, comme nous l'avons dit, le prolongement des fibres et des vaisseaux de la tige. Ces faisceaux de petits tubes, établissent une communication non interrompue entre la feuille , la tige et la racine.
L’extrémité supérieure de la tigelle est couronnée par le bouton, petit renflement situé entre les points d’attache des feuilles terminales; le bouton est le rudiment du bourgeon, qui doit contmuer la tige. C’est un amas de cellules, en commu nication avec l'extrémité de la moelle. Ce noyau cellulaire est recouvert de petites lames superposées, qui deviendront plus tard des feuilles.
Le bouton a beaucoup d’analogie avec l'embryon, mais il n’est pas comme celwi-ci pourvu de cotylé-
dons. Destiné à se développer sur place, il trouvera dans le végétal sur lequel il a pris naissance la nourriture que les cotylédons doivent fournir au germe. ;
On voit, par cette description, que depuis l’extrémité des racines jusqu'aux feuilles, toutes les parties du jeune arbre sont mises en communication par une multitude de canaux, qui permettent aux liquides de circuler dans son intérieur. Il nous reste maintenant à faire connaître comment s'opère cette circulation , et quelle est son action dans la vie végétale. | | Lorsque, après avoir épuisé les provisions de nourriture renfermées dans le gland, d’où il est sorti, le | jeune sujet demande aux milieux qui l'entourent les éléments de son existence, sa radicule va chercher dans le sol l’eau chargée de substances solubles.
Cette eau est absorbée par l'extrémité de la radicule , qui est formée d’un tissu cellulaire trèsperméable ; les poils déliés, qui garnissent la surface de cette jeune racine, sont, comme nous lavons dit, des cellules allongées; 1ls sont par conséquent creux et augmentent la surface d’absorption. Ces poils, pénétrant dans les plus petits interstices, s’appliquent contre les particules terreuses, qui renferment toujours un peu d’eau à cause de leur consistance spongieuse. L'eau absorbée passe de cellule