SYLVICULTURE
Il y a des glissoirs naturels et des glissoirs artificiels. Les premiers sont des rigoles creusées par les eaux sur des pentes raides et qu’on redresse le mieux possible ; les autres sont construits au moyen de pièces de bois reliées de manière à former un canal ouvert. Quand le glissoir traverse des vallées, il est supporté par des étriers ou des chevalets. — L’extrémité inférieure des glissoirs débouche ordinairement sur des prairies ou mieux dans un étang. Les troncs amenés au haut du glissoir sont lancés le gros bout en avant.
Le moment le plus propre au glissage est celui où la neige est bien prise; mais on doit suspendre le lancement pendant les grands froids, parce que les troncs se brisent alors avec une grande facilité.
On appelle chemins de schlitte des sentiers en travers desquels se placent des morceaux de bois retenus par des piquets. Dans les Vosges, on nomme ravetons les bûches qui forment les barréaux de l’espèce d'échelle qu’on établit ainsi sur toute la longueur du chemin. La pente du chemin de schlitte est de 10 à 12 pour 100 , elle doit être aussi régulière que possible. Pour transporter les#ois sur ces chemins, on se sert d’un traîneau léger tiré par un homme qui appuie ses pieds sur les ravetons.
Jardinage. — On appelle jardinage un système d'exploitation des futaies, qui consiste à enlever çà
FUTAIES. 153 et là dans toute la forêt les arbres les plus âgés, les bois viciés, secs ou dépérissants, et même ceux bien venants que réclament les besoins du commerce. | C’est une méthode vicieuse, car elle ne donne pas le moyen de régulariser la consistance et la végétation des massifs ; toutefois elle présente certains avantages qui empêchent de la proscrire d’une mamère absolue. Les particuliers qui possèdent de petites forêts dans lesquelles le jardinage est depuis longtemps pratiqué, ne veulent pas s’astreindre aux sacrifices qu'ils seraient obligés de s'imposer pour les soumettre à un traitement plus régulier, ils aiment à trouver dans leurs bois les arbres de dimensions variées dont ils ont besoin ; l'application des - règles de la méthode naturelle présente d’ailleurs des difficultés qu'ils ne savent pas vaincre.
D'autre pàrt, certaines forêts, celles de hêtres et de sapins surtout, où l’on jardine le plus ordinairement, croissent en général dans des climats assez rudes ; les jeunes plants de ces essences ne souffrent pas trop d’un couvert même prolongé ; 1l y a donc des motifs sérieux de conserver quelquefois une méthode de traitement qui, malgré ses inconvénients, n’est pas sans raison d’être.
Le jardinage ne sera pas trop désavantageux sl est pratiqué dans certaines conditions qui tendent à
le rapprocher de la méthode naturelle, si les exploitations portent principalement sur les arbres qui dominent des jeunes peuplements déjà robustes. Si, par une combinaison bien entendue des règles indiquées pour les coupes de régénération et d'amélioration, on extrait avec les arbres les plus âgés les brins dominés, les bois blancs, on arrivera à des repeuplements partiels et par places qu'on peut conduire à l’'exploitahilité, tout en conservant à chaque partie de la forêt sa composition variée de bois de tout âge. . Ce mode de traitement demande une connaissance parfaite des exigences de chaque essence ; il présente des difficultés d’autant plus grandes que la consistance du peuplement présente plus de variété.
Au lieu de jardiner dans toute la forêt, comme on a trop souvent l’habitude de le faire, il est trèspréférable de concentrer pendant 10 ou 15 ans les exploitations dans des cantons déterminés. L’on y pratique des clairières de peu d’étendue qui se repeuplent naturellement ; quand les petits bouquets ainsi formés commencent à s'élever, on les dégage en abattant les arbres qui les gènent, puis on passe dans un autre canton, en laissant reposer pendant 30 ou 40 ans celui qui vient d’être jardiné. Il est bien entendu que, pendant ce temps de repos, on enlève les arbres secs et ceux qui sont accidentellement brisés.
Les forêts de mélèzes et de pins cembros ne pourraent impunément supporter les coupes de régénération faites suivant la méthode naturelle; car aux altitudes où croissent les massifs de ces essences, 1l est indispensable de conserver toujours sur les pentes des arbres assez vigoureux pour retenir les roches roulantes et les neiges.
Le jardinage est donc le seul mode de traitement applicable à ces forêts de défense, qui d’ailleurs s’en accommodent fort bien; car les arbres dont elles sont formées se reproduisent mieux par touffes isolées que
par massifs uniformes.
Le règlement de la possibilité des forèts jardinées ne peut pas se faire par des procédés aussi rationnels que ceux employés pour des forêts traitées par la méthode naturelle; mais l'observation des massifs fait apprécier assez exactement leur état pour qu’on puisse voir si les abatages sont en rapport avec l’accroissement. Après quelques tâtonnements, on arrive à déterminer à peu près exactement le nombre de vieux arbres qu’on peut abattre par an, sans que la forêt en soit appauvrie.
Ces abattis de vieux arbres faits çà et là, en jar dinant, dans les parties où il existe déjà de jeunes bois, doivent être suivis de nettoiements destinés à enlever les brins brisés par l’exploitation et les sujets mal venants , nuisibles au jeune peuplement.
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Tire et aire. — Le mode d'exploitation dit à fire et aire consistait à diviser toute la forêt en coupes d’'égale contenance, qu’on abattait successivement, en réservant un certain nombre de porte-graines. Cette méthode ne différait de celle du taillis que par la durée des révolutions. Dans les forêts traitées à tre etaire , la révolution dépassait souvent 100 ans et. atteignait quelquefois deux siècles. On comprend que des arbres croissant en massif serré jusqu’à cet âge ne devaient pas avoir des têtes bien développées, comme il convient à de bons porte-sraines, et que leurs souches ne devaient pas fournir beaucoup de re- Jets après l’exploitation. Aussi la régénération était- elle très-souvent insuffisante. Les bois blancs envahissaient souvent les forêts ainsi traitées , et quand le sol n’était pas de bonne qualité, 1l s’y créait de vastes clairières. | |
Longtemps considérées comme les plus avantageuses parce qu'elles utilisent à la fois les rejets de souche etles brins de semis , les coupes à tire etaire sont complétement abandonnées aujourd’hui, parce qu'on areconnu que ce système bâtard n’est pas plus propre à favoriser la croissance du taillis que celle des futaies.
Les inconvénients reconnus des exploitations à tire et aire ont suggéré l’idée de les remplacer par des coupes à blanc-étoc, repeuplées artificiellement après culture du sol,
PUTATES FT
Blanc-étoc. — Ce mode de traitement n’est usité que dans certaines forêts de plaine où le chêne forme l'essence dominante. Les repeuplements artificiels, exécutés méthodiquement après une récolte ou deux de céréales, ont une régularité qu’il est impossible d'attendre de lensemencement naturel. L’abatage des arbres se fait sans aucune réserve; il n’y a aucune précaution à prendre pour conserver le recru , qui est complétement sacrilié ; aussi les difficultés de l'exploitation sont-elles beaucoup moins grandes que dans les coupes traitées par la méthode naturelle.
Mais ce procédé de culture des forêts n’est applicable que dans les terrains peu accidentés, où le sol est assez profond pour n’avoir pas à redouter les suites d’un défrichement complet. La rareté des bras est d’ailleurs un obstacle très-sérieux à l’adoption d’une méthode qui exige une main - d'œuvre très-considérable pour le défrichement et la plantation artificielle de toute la surface des coupes annuellement exploitées.
La méthode des coupes à blanc-étoc, suivies de repeuplements artificiels et d’éclaircies, à un grand mérite, celui de la simplicité; il doit suffire pour la faire adopter, quand d’ailleurs elle n’entraine pas à des dépenses exagérées.
Gemmage. — On appelle gemmage l'extraction des produits résineux que fournit le pin maritime. L’in-
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dustrie du gemmage a pris depuis quelques années une grande importance ; c’est la source de la richesse de plusieurs départements du littoral de l'Océan. Voici comment on procède à cette opération, qui commence quand les pins ont 25 ans, âge auquel ils deviennent bons à gemmer. Un ouvrier muni d’une hachette légèrement courbe pratique, vers le pied de chaque arbre, une entaille de 12 à 15 centimètres de largeur, sur 35 à 90 centimètres de longueur. Cette entaille nommée quarre va jusqu’à l’aubier; la résine qui s'écoule par cette plaie est recueillie soit dans de petits godets, soit dans de petites cavités creusées au pied de l'arbre. Chaque semaine le résinier rafraichit la quarre, qui s’allonge successivement jusqu'à 4 et 5 mètres. Lorsque la première quarre est arrivée à cette hauteur, on en fait une seconde sur l’autre face et on continue ainsi Jusqu'à ce que les quarres fassent le tour du tronc. Vers l’âge de 60 ans, les pins sont gemmés à mort, c’est-à-dire qu’on ravive toutes les quarres, et qu’on en ouvre de nou-. velles partout où il est possible de le faire. L'arbre ainsi épuisé par l’écoulement de la résine est ensuite exploité et débité en planches, en échalas etc. ; la résine.distillée fournit l’essence de térébenthine, les brais, le galipot et tous les produits dérivés de ces substances.
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