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198 SYLVICULTURE.
examiner le corps et la tète. Un garde qui marque comme réserve un arbre creux ou mort en cime s’attire de justes reproches.
L’essence et la qualité de l’arbre doivent être criées d’une manière nette et accentuée, suivant les indications qui sont données au commencement du martelage par les agents opérateurs. Il faut encore avoir soin d'appeler en tournant la tête vers les agents, et de bien prononcer les noms des essences ; ceux de hêtre, frêne, chène, sont assez faciles à confondre quand ils ne sont pas bien articulés. Les gardes doivent éviter d'appeler ensemble, car la confusion des sons occasionne souvent des erreurs dans le pointage. |
Estimations. — Les estimations se font en même temps que le martelage dans.les coupes marquées en délivrance et dans beaucoup de coupes en réserve ; dans les autres, elles se font immédiatement après. |
Les gardes, suivant les virées du martelage, appellent les arbres abandonnés, en indiquant l’essence et la dimension. Les indications à donner varient, l’alleurs, suivant la nature des exploitations. Dans les coupes de futaies, où les arbres ont des destinations différentes, d’après leur grosseur et leur hauteur, on appelle la circonférence mesurée à hauteur d'homme, la hauteur du tronc jusqu'au point
OPÉRATIONS DES COUPES. 199 où 1l cesse d’être propre à donner des bois de service et de travail, et le volume en stères du houppier : cette dernière indication se fait à vue d'œil.
Dans les coupes de taillis sous futaie, on indique seulement la grosseur et la hauteur du tronc; Île volume des branches est estimé par les agents suivant des moyennes qu'ils obtiennent à part. Les arbres abandonnés dans les coupes marquées en réserve sont désignés. par un large blanchis au corps pour éviter qu'ils ne soient estimés deux fois. Ces blanchis doivent être apparents et toujours marqués du côté de la virée suivante, afin que les gardes estimateurs puissent, en revenant, s'assurer qu'ils n’ont oublié aucun arbre.
La circonférence se mesure à hauteur d‘homme à la chaîne métrique. Mais les gardes. n’appellent pas les mesures marquées par les divisions de leurs chaînes, car les tarifs sont ordinairement calculés de 25 en 25 centimètres, et s'ils criaient les mesures de la chaîne, les estimateurs qui tiennent les calepins
seraient obligés, pour faire rentrer ces mesures dans *
les cadres du tarif, de faire de tête un petit calcul qu’il n’est pas aisé de suivre au milieu d’une opération. Les circonférences sont appelées par classes de 25 en 29 centimèlres, en comprenant dans chacune de ces classes les mesures qui s’en rapprochent le plus. Ainsi, par exemple, si un arbre a 80 centiniètres
TR Tr Re Le PONTUIE d 122
. 200 SYLVICULTURE.
de tour, 1l sera appelé comme mesurant 75 centimètres, car 80 centimètres est plus rapproché de 75 centimètres que de À mètre. Si l’arbre mesurait 90 centimètres, on l’appellerait comme ayant 1 mètre. Il s'établit ainsi une compensation qui diminue les erreurs. 14
Les hauteurs s’apprécient à vue. Pour se former le coup d’œil, les gardes peu expérimentés feront bien de se servir d’une gaule de 4 ou 5 mètres qu'ils appliqueront contre le tronc de l'arbre, ce qui leur permettra d'en évaluer exactement la hauteur. |
L’estimation du taillis se fait par appréciation à vue d'œil ou par places d'essai.
Les gardes doivent, pendant la durée des exploitations, estimer le volume des houppiers de quelques arbres à abattre, et vérifier ensuite leurs appréciations après le façonnage de ces bois; 1ls doivent, aussi mesurer la hauteur des arbres abattus pour se rendre compte de lexactitude de leur évaluation
avant l’abatage; ils tiendront un compte exact, des # produits æéels de chaque coupe.
Dans les coupes adjugées, il leur sera facile de connaître ce produit; soit d’après le registre des facteurs, soit d’après le dénombrement qui est ordiiairement fait par l’adjudicataire. [ls distingueront les produits en bois de feu, quartiers ou rondins, bois à charbon, fagots, bourrées etc.
OPÉRATIONS DES GOUPES. 201
Dans les coupes affouagères, le dénombrement auquel 1l est procédé, avant le partage des bois entre lés affouagistes, permet de connaitre très-exactement le produit en matière. Un garde doit pouvoir, à la fin de chaque exploitation, indiquer d’une manière précise le nombre de stères de bois de feu ou de charbon, de cents de fagots ou de bourrées, de perches etc., qu’elle a produit.
Il doit aussi connaître les prix du façonnage du stère de bois de feu ou de charbon, du cent de fagots, de bourrées, de perches etc., celui dé lPabatage des arbres et aussi le prix de vente sur feuille des divers produits, s’ils sont livrés en forêt aux acquéreurs.
Tous ces renseignements sont indispensables aux agents pour pouvoir vérifier les estimations des années précédentes: et baser leurs évaluations pour les coupes à estimer. En les recueillant, les gardes apprennent à se rendre compte du produit des exploitations et se forment aux estimations, que la pratique apprend mieux que le meilleur livre.
Dans quelques circonstances, les préposés sont obligés de faire eux-mêmes l’estimation de certains bois , notamment.des châblis et volis qu’ils reconnaissent dans leurs tournées; il est utile qu'ils sachent de quelle manière on procède; il est, au reste, indispensable qu’un forestier connaisse les éléments
202 SYLVICGULTURE.
des opérations qu'il voit journellement pratiquer. Nous indiquerons donc les diverses méthodes employées pour le cubage des bois, en accompagnant ces notions de quelques exemples destinés à en faciliter l’application.
On obtient le volume d’un arbre équarri en multipliant le chiffre de la longueur par le produit des chiffres qui expriment la dimension des côtés de l’équarrissage.
L’équarrissage se mesure sur le milieu de la lon œueur. La mesure se prend de centimètre en cenmètre; on néglige les fractions. |
Les longueurs se mesurent en décimètres, les fr actions de décimètres sont négligées.
Il est de règle que dans les cubages faits | pour l'estimation des bois en forêt, on ne considère que des pièces dont les côtés d’équarrissage sont égaux, car c'est à cette forme qu'on ramène tous les bois, sauf à les débiter plus tard en pièces à faces inésales,
Soit, par exemple, un arbre de 10,05 de lonqœueur ayant un équarrissage de 0,457 au milieu de la longueur : pour obtenir le volume, on multiphiera d’abord par lui-même le côté d’équarrissage qui est de 45 centimètres, en négligeant les millimètres, ce produit 0,45 x 0,45 = 0,2025 sera ensuite multiplié par la longueur, 10 mètres, car on
hfafes
OPÉRATIONS DES GOUPES. 203 néglige encore les 5 centimètres excédants, on aura alors 0,2095 >= 10 mètres — 2,095.
Le volume d’un arbre abattu, mais non équarri s'obtient de plusieurs manières différentes, suivant les habitudes du commerce dans le pays. Ces différents systèmes sont le cubage : 1° au volume réel ou comme bois rond ; 2 au 5° déduit; 3° au 6° déduit ; 49 au 1/4 sans déduction.
Le cubage comme bois rond est peu employé dans la pratique commerciale; 1l devrait cependant être exclusivement adopté par les forestiers, car il donne seul le véritable volume; mais 1l à été systé-matiquement repoussé par les marchands de bois, qui lui préfèrent les méthodes de cubage qui font
connaître, non le volume réel du bois vendu, mais le
volume des pièces qu’on en pourra tirer.
C’est ainsi qu'on a été conduit à adopter le mode de cubage au 5° déduit, procédé au moyen duquel s'obtient le volume de la pièce qu'on tirera d’un arbre en grume, quand on l'aura équarri à vive arête.
Pour euber un arbre au 5° déduit, on prend le 5° de la circonférence mesurée sur le milieu de la lon-
gueur, on multiplie ce 5° par lui-même, et le pro-
duit multiplié parla longueur donne le cube cherché. - La circonférence se mesure au milieu de la longueur du corps de l'arbre, la moitié de la culée est comptée dans la longueur, qui se mesure de décimètre
204 SNL VI CULTURE à en décimètre comme nous l'avons expliqué précédemment.
Si, au point où doit être prise la mesure du tour, il existe des nœuds ou des défectuosités qui altèrent les véritables dimensions, le mesurage sera fait un peu à côté.
Ainsi, soit un arbre de 9 mètres de longueur, don la circonférence moyenne est de 2,20, on prendra le 5° de 2,20, soit 44 centimètres, on multiplie par 44 centimètres, ce qui donñe 0",1936; on multiplie ce produit par 9, et le nombre obtenu représente le volume au 9° déduit. Ge nombre 1,742 est à 1 centième près égal à la moitié du volume calculé comme bois rond.
… Le cubage au 5° déduit donne un volume inférieur à celui qu'on obtient après Péquarrissage; il serait très-avantasgeux pour l'acquéreur si le prix du mètre cube n’était augmenté en proportion de cet avantage ; il est facile de voir, d’après la comparaison des résultats de ce mode de cubage et de celui comme bois rond, que, si le mètre cube mesuré comme bois rond vaut 30 fr., il ‘devra valoir près de 60 fr, au ot déduit. es
Pour cuber au 6° déduit, l’on prend le 6° de la circonférence moyenne, on déduit ce 6° de la cir-. conférence, on prend le 4/4 du reste, on le multiplie par lui-même, ei le produit multiplié par la
longueur donne le cube cherché; ainsi, reprenant l'exemple ci-dessus, le 6° de 2",20, chiffre de la circonférence moyenne, est de 36 centimètres, on le retranche de 2n,90, le reste est de 1,84, on prend le quart qui est de 46 centimètres, on multiplie ce nombre par lui-même, ce qui donne 0m,2116, on multiplie ce produit par la hauteur 9, et le résultat est le cube cherché, 1m,904.
. Enfin, pour cuber au 1/4 sans déduction , on prend le 4/4 de la circonférence moyenne , on on tiplie ce nombre par lui-même, et le produit multiplié par la hauteur donne le cube cherché. Pour appliquer ce système au cubage d’un arbre de 2,20 de circonférence moyenne sur 9 mètres de hauteur, nous prendrons le 1/4 de 2,20, qui est de 54 centimètres ; ce nombre, multiplié par lui-même, donne On,2916 , qui, multiplié par 9, chiffre de la hauteur, donnera pour résultat 2,624.
On évite les calculs qu’entraînent ces différents cubages par l’emploi de tarifs ou comptes faits, dont il existe un grand nombre. Chacun de ces tarifs est précédé d’une petite instruction qui indique la manière de l’emplover.
Dans l'impossibilité où nous sommes de joindre à ce volume des tables de cubage complètes pouvant servir pour estimer les bois ronds et les bois équarris, les arbres abattus et ceux encore sur pied,
9206 SYLVICULTURR:
nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer nos lecteurs aux tarifs de cubage de M. Goursaud!. Nous insérons toutefois à la fin de cet ouvrage un petit tarif, dressé de manière à pouvoir servir pour calculer le volume des arbres abattus, que les préposés sont souvent obligés d'estimer sans le concours de leurs chefs.
Ce tarif n’est bon que pour les estimations des bois abattus, mais non équazris. Il ne pourrait servir pour préparer l’estimation d’une coupe de bois encore sur pied. Lorsque les préposés auront à faire des calculs de cette espèce, ils devront avoir som de se munir de tarifs spéciaux.
Récolements. — Le récolement est l’opération qui
a pour but de vérifier si les adjudicataires ou les entrepreneurs des coupes ont satisfait à toutes les obligations qui leur sont imposées et s'ils n’ont exploité que les arbres compris dans l’adjudication. DA,
C’est au récolement que les déficits de réserves sont reconnus par le moyen d’un comptage général. C’est aussi au récolement qu’on relève les vices d’exploitation et en général toutes les contraventions commises par les adjudicataires ou leurs ouvriers , qui n’ont pas été constatées pendant la durée des exploitations.
1 Traité de cubage, de M. Goursaud, inspecteur des forêts. Paris, librairie Rothschild, pr. 1,50. f
Ces-opérations ne peuvent être faites que par les agents. Les préposés sont leurs auxiliaires et procèdent sous leur direction au comptage des arbres de réserve où des souches exploitées.
Pour préparer le travail des récolements, les adjudicataires sont obligés, par le cahier des charges, de faire ceindre d’un lien apparent tous les arbres réservés. Les préposés, prévenus à l’avance du jour où se fera le récolement de chaque coupe, doivent veiller à ce que cette obligation soit exécutée.
Ils doivent en outre rechercher les piquets et arbres de limites de la coupe ,-puis en jalonner le périmètre, afin que des arbres des coupes voisines ne soient pas compris parmi ceux que l’on compte.
Dans les coupes de jardinage, la souche qui porte l'empreinte du marteau de l’État doit être représentée par l’adjudicataire ; pour éviter des recherches trèslongues de la part des agents opérateurs , il convient que Eemplacement de ces souches soit indiqué par un jalon. Certains cahiers des clauses spéciales imposent aux adjudicataires l’obligation de faire placer ces jalons ; dans ce cas, les gardes n'auront qu’à veiller à l’exécution de cette clause ; dans le cas contraire, ils "doivent faire eux-mêmes ce travail avec l’assistance de l’adjudicataire ou du facteur.
Les récolements comme les martelages se font par virées ; les gardes, au nombre de trois, quatre ou
cinq, marchent en ligne, appelant par leur essence et leurs qualités de baliveaux, modernes ou anciens, tous les arbres portant l'empreinte du marteau ou le signe correspondant. Chaque arbre crié est immédiatement griffé, et le lien qui l'entoure coupé.
Il est bon de marquer les modernes de deux coups de griffe, les baliveaux et anciens d’un seul, afin que dans les vérifications qui peuvent être faites on reconnaisse comment les arbres réservés ont été qualifiés ; le griffage doit toujours être fait du côté de la virée suivante.
Avant d'appeler chaque réserve, le garde doit reœarder la marque; c’est l’empremte du marteau et non l’âge d’un arbre qui règle la qualification à lui donner au récolement. Ainsi, dans le balivage on a pu marquer un ancien comme moderne et le frapper de deux empreintes , c’est comme moderne qu’il doit être appelé; on appellera aussi comme modernes les brins de l’âge, s’ils ont été marqués de deux empreintes. Les réserves brisées ou abattues par les vents, les accidents d'exploitation etc. doivent être désignées par les mots brisé, chäblis etc.
Les arbres qui sont réservés par l’adjudicataire sans être marqués du marteau, sont distingués par les mots non marqués.
On doit vérifier avec soin si l . du marteau existe réellement sur les blanchis. Dans beau-
coup de contrées, les bûcherons ont l'habitude de ne Jamais laisser sur pied'un arbre non marqué, sans Jui donner ce qu'ils appellent le baptême, c'est-àdire sans le blanchir à la patte; lorsque la séve de deux ans a recouvert ces flaches , il est difficile, à moins d’un examen attentif, de les distinguer des véritables blanchis du martelage ; aussi arrive-t-il quelquefois qu’on trouve au récolement beaucoup plus de baliveaux qu’il n’en à été marqué.
Get inconvénient ne se produirait pas si, pendant la durée des exploitations, les gardes apposaient l'empreinte de-leur marteau sur tout arbre non
marqué, réservé par l’adjudicataire ou ses ouvriers,
auquel on aurait apposé un blanchis.
La eriée doit être nette et distincte. Il est plus difficile dans les récolements que dans les martelages d'éviter les criées simultanées, d’abord parce que chaque criée n’est pas précédée du choc du marteau, et ensuite à cause de la rapidité plus grande de l'opération ; en se regardant souvent, les gardes sauront prendre l’habitude d'appeler à leur tour et
sans confusion.
Les récolements de souches, dans les coupes en délivrance, deviennent fort pénibles si l’on n’a pas pris à l’avance le soin de marquer l’emplacement qu'occupait chaque arbre exploité; si au contraire
les souches ou les places qu’elles occupaient sont
210 SYLNICELTURE:
jalonnées, les gardes n'auront qu’à ramasser et à compter les jalons en ayant soin d’apposer l’empreinte de leur marteau à côté de celle du marteau de l’État. Cette marque sert à vérifier le.comptage et à éviter la confusion dans les exploitations subséquentes., :
DÉGATS DES ANIMAUX. J11
: CHAPITRE XIT.
DÉGATS DES ANIMAUX.
LEs rrRoupeaux. — Bêtes à cornes. — Effets du pâturage dans les bois. — Défensabilité, — Bêtes à laine. — Dévastation des montagnes. — Mise en défens. — Chèvres. — Porcs. — LE crBrer. — Le cerf. — Le daim. — Le chevreuil. — Le sanglier. — Le lapin. — L’écureuil. — Les petits rongeurs. — LEs carnassrers. — Le loup, — Le renard. — Battues. — Appâts empoisonnés. — Fouines, putois et belettes. — Chats. — LES o1SEAUx. — Gibier plume; moyens de le conserver. — Oiseaux de proie. — Utilité des oiseaux nocturnes et des insectivores. — Les INSECTES. -- Les bostriches. — L'’hylésine du pin. — Le bombyx du pin. — Le hanneton. — La courtillière.
Les troupeaux. — Les forêts servent de retraite à un grand nombre d'animaux sauvages ; elles sont en outre parcourues par les troupeaux que l’homme y introduit pour qu’ils s’y nourrissent des herbages et des graines des arbres. La présence de tous ces animaux a, sur la végétation, une influence qu’il est nécessaire de connaître afin de savoir distinguer ceux qu’il importe d’écarter ou de détruire de ceux dont il faut, au contraire, favoriser la multiplication.
Les animaux domestiques, réunis en troupeaux
212 SYLVICULTURE.
nombreux, à l’abri de tout danger, sont plus nuisibles aux forêts que les bêtes fauves disséminées et exposées à tous les hasards de la vie libre. Comme d’ailleurs les dornmages qu'ils causent peuvent être atténués et même supprimés au gré de l’homme, il est bien plus aisé d’en constater les effets. C’est pour cela qu'avant de traiter des dégâts occasionnés par le gibier, nous parlerons de ceux que font les troupeaux. |
Les animaux domestiques qu’on introduit ordinai- rement dans les bois sont: les bêtes à cornes, les bêtes à laine, les chêvres et les porcs.
Les bêtes à cornes, qui se nourrissent d'herbes et de feuilles, détruisent une grande quantité de jeunes plants , soit en les broutant en même temps que l’herbe, soit en les écrasant sous leurs pieds. Elles .mangent les feuilles tendres , les jeurres pousses, et, pour les atteindre, courbent avec leurs cornes les brins dont la cime est hors de la portée de leur bouche. |
Le sol des massifs forestiers bien complets étant ordinairement dépourvu d'herbe , le bétail se rejette dans les cantons mal plantés et dans les clairières où les herbages sont abondants ; là il broute tous les plants qui auraient pu garnir les vides, et il contribue ainsi à maintenir , en l’agsravant, le mauvais état de ces cantons. L'aspect d’un bois abandonné au par-
DÉGATS DES ANIMAUX. 215 cours diffère tellement de celui d’un bois en défens qu’il est impossible de s’y tromper.
Le bois interdit aux bêtes à cornes est peuplé de brins plus ou moins serrés, mais formant massif; les clairières, s’il y en a, sont garnies de morts-bois, au milieu desquels on voit surgir des bois blancs et de jeunes sujets d’essences précieuses. Les chemins intérieurs sont pelousés, des bordures épaisses entourent les limites extérieures; la végétation envahit tout. Les bois livrés au parcours sont, au contraire, toujours parsemés de clairières garnies d’une herbe courte et serrée. Le peuplement se compose de cépées : buissonnantes entremêlées d’arbres dont l'écorce est rendue luisante par le frottement réitéré des bêtes à cornes. Les chemins piétinés portent des traces nombreuses du passage répété des troupeaux. Ces em preintes se retrouvent dans l’intérieur du bois et forment, quand le sol est argileux, des trous profonds où l’eau séjourne. Les terrains ainsi pétris sont irapropres à la germination des graines. On trouve cà et là, dans les cépées, des brins ployés et brisés par les bestiaux ; partout enfin on voit des traces de destruction sans aucune apparence de recrü.
Le parcours des bêtes à cornes a pour résultat d’appauvrir le sol, de mettre obstacle au repeuplement naturel et de multiplier les clairières ; c’est dire assez combien il est à désirer qu’on puisse interdire com-
214 SYLNVICULTURE.
plétement l'accès des forêts à ces animaux. Si les agriculteurs savaient calculer tout ce qu’ils perdent en envoyant leurs troupeaux chercher dans les bois une nourriture msuffisante, ils renonceraient, comme on le fait dans tous les pays bien cultivés, à ce pàturage aussi mauvais pour le bétail que pour la forêt. Mais beaucoup de contrées sont privées de prairies naturelles et les prés artificiels n’y peuvent réussir ; là, pour entretenir le bétail nécessaire à la culture , on est obligé d'utiliser toutes les ressources. Le pâturage des forêts, qui permet d'économiser les fourrages pendant une partie de l’année, est donc un mal qu'il faut subir en essayant d’en atténuer les etiets.
Pour cela on devra ne laisser pénétrer les troupeaux que dans le cantons où ils ne peuvent causer de grands dommages. Ces cantons sont ceux qui portent des peuplements bien complets âgés d’au moins 40 ans pour les bois feuillus et de 15 à 20 pour les résineux. Toutes les parties des forèts qui sont clairiérées doivent être interdites: on interdira aussi aux troupeaux l’entrée des futaies en cours de régénération et celle des taillis pendant les deux années qui précèdent l’exploitation. |
Ces interdictions s'expliquent naturellement par la nécessité de conserver les jeunes plants qui doivent assurer l’avenir de la forêt.
DÉGATS DES ANIMAUX. 215
Quelques propriétaires se laissent persuader par leurs fermiers qu'après quatre ou cinq ans les bois taillis sont défensables ; d’autres, plus crédules en- coré , sont convaincus que le bétail ne mange que l'herbe, et ils le laissent pénétrer dans les jeunes coupes, où elle est très-abondante. Les bois ainsi livrés aux troupeaux sont voués à la destruction; il vaudrait autant les défricher tout de suite que de les laisser lentement se transformer en mauvais pàturages. |
S1 le parcours du gros bétail est nuisible aux forêts, le pacage des moutons et des chèvres l’est encore bien davantage. Quoique des lois très-anciennes aient prohibé l'introduction de ces animaux dans les bois, il est des contrées où ils y sont encore admis; ce sont les pays montagneux et pauvres, où l’industrie pastorale peut seule se soutenir. Ge que les moutons et les chêvres font de mal dans ces contrées est incaleulable, Ces animaux détruisent les forêts nonseulement parce qu'ils broutent avec avidité toutes les branches qu’ils peuvent atteindre, mais encore parce que leurs pieds durs et pointus dégradent le sol et font périr toutes les semences et les jeunes plants. |
La présence des bêtes à laine sur les montagnes est la principale cause de l’état de dénudation auquel elles sont arrivées. Les moutons marchant en trou-
216 SYLVIGULTURE.
peaux pratiquent sur les pentes des sentiers horizontaux; les touffes de gazon qui bordent ces sentiers sont peu à peu détachées du sol par les pieds de ces animaux et par les efforts qu'ils font pour en arracher quelques brins d'herbe. Les gelées de l'hiver , et plus encore les chaleurs de l'été, font périr les touffes dont les racines sont ainsi mises à nu. Comme les herbages sont toujours pacagés avant d’avoir produit leurs graines, les-vides vont sans cesse en s’accroissant. Les troupeaux qui suivent toujours les mêmes sentiers finissent par en désagréger la surface ; les eaux, n'étant plusarrètées par les végétaux, creusent des ravins dont la profondeur augmente à chaque orage; après quelques années, la terre a disparu avec la pelouse. Alors, au lieu du tapis de verdure qui les couvrait, les versants dénu-
dés ne présentent plus qu’une surface aride, sillon-
née de ravins et complétement improductive.
Quelles que soient le précautions prises pour dinunuer les inconvénients du pacage des moutons dans les montagnes boisées, on ne peut jamais empêcher qu’il soit très-nuisible. Mais on peut éviter qu'il devienne désastreux, en réduisant le nombre des animaux et la durée du pacage. Ainsi on pourri fixer, suivant la déclivité et la fertilité du sol, le nombre de moutons admis au pacage à 3 ou 4 tètes au plus par hectare. Cest à peu près tout ce que
DÉGATS DES ANIMAUX. a NT peut nourrir cette surface de terrain à l’état de pàturage boisé. Lorsqu'on s’apercevra que-le sol se ravine et que les gazons se dégarnissent par place, on mettra la montagne en défens pendant tout le temps nécessaire pour reconstituer sa couverture végétale.
Les chèvres sont encore plus nuisibles aux bois que les moutons, parce qu’elles préfèrent à tout les feuilles et les jeunes pousses, qu’elles savent atteindre en se dressant sur leurs pieds de derrière. Tout propriétaire désireux de conserver ses forêts en interdire complétement l’entrée à ces animaux.
Les pores ne font pas autant de mal aux forèts que les autres animaux domestiques. En fouillant le sol pour y trouver les graines et les racines dont ils se nourrissent , ils déracinerit bien quelques petits plants; mais si l’on a la précaution de ne pas les laisser séjourner longtemps à la même place, ils ne causent pas de grandsdommages. Le porc détruit une orande quantité de larves d'insectes qu’il va chercher sous la mousse, 1l poursuit aussi les mulots et les serpents, et peut, à, raison des services qu'il rend sous ce rapport, être considéré comme un animal plus utile que nuisible. L'introduction des troupeaux de porcs dans les bois n’occasionnera pas de dommages si on ne les laisse pénétrer que dans les grands taillis et les perchis, où ils peuvent, sans inconvénient, manger les glands et les faines, car les
218 | FÉNLNICOREURE
plants que ces semences produiraient ne pourraient prospérer sous le couvert. [Il faudra leur interdire l’accès des coupes de taillis deux ans au moins avant l'exploitation, et celui des coupes d’ensemencement des futaies, afin de conserver toutes les graines qui doivent reconstituer les nouveaux peuplements. Si d’ailleurs on a soin de ne pas laisser le troupeau s’arrèter longtemps sur le même point et fouiller trop profondément, son passage, loin de laisser des traces fàicheuses , produira un bon résultat, parce qu'il aura pour effet d’ameublir le sol et de le purger d’une grande quantité d'insectes et de petits rongeurs.
Le gibier. — L'influence que les animaux sauvages exercent sur les forêts qu'ils habitent dépend de leur -mode d'alimentation. Ceux qui se nourrissent dé matières végétales, telles que feuilles, semences, écorces etracines, sont toujours plus où moins nuisibles. Les carnassiers devraient, au contraire , être regardés comme utiles, parce qu'ils détruisent les premiers, Mais à côté de l'intérêt purement forestier qui commanderait la suppression complète des herbivores et des rongeurs , il y a l'intérêt de la chasse, qui en exige la conservation. Il faut, pour concilier ces deux intérêts opposés, empêcher le gibier de se multiplier assez pour causer des dommages sérieux, et détruire les carnassiers, qui lui font une chasse trop active. | Es | F
DÉGATS DES ANIMAUX... 219
Les chasseurs mettent, en général, assez de zèle à s'acquitter de leur mission destructive pour que les forestiers aient rarement à intervenir afin d’empêcher le gibier de devenir trop abondant. Leur rôle le plus habituel est de favoriser sa multiplication; dans certains cas, cependant, ils sont obligés de suppléer à l'insuffisance des moyens employés par les chasseurs et de procéder eux-mêmes à la destruction d'animaux devenus nuisibles par leur nombre.
- On distingue, parmi les animaux sauvages herbivores, les grands fauves, les bêtes noires, et le petit gibier. Les grands fauves sont les cerfs, les daims et les chevreuils. Les sangliers sont désignés sous le nom de bêtes noires; les hèvres et les lapins forment le menu gibier. :
— Le cerf se nourrit des fruits des forèts, il broute les jeunes pousses des chênes, des charmes et les feuilles des ronces; il va au gagrage dans les plaines cultivées, où il cause d'assez grands dégâts.
Vers la fin de l'hiver, les cerfs perdent leur bois, qui repousse immédiatement. Ils ont refait leur tête vers le 45 juillet, époque où ils commencent à frotter leur bois contre les jeunes arbres, pour faire tomber la peau qui le recouvre. En termes de vénerie, on dit que le cerf touche au bois, et l’on nomme frayoirs les déchirures faites à l’écorce des arbres.
Les dommages que causent les cerfs ne sont pas très-sensibles dans les taillis et les peuplements naturels bien complets, où la perte de quelques suyets a peu d'importance ; mais ils font un tort très-appréciable aux bois déjà clairs et surtout aux plantations d'arbres verts, parce qu'ils brisent beaucoup de Jeunes arbres en touchant au bois. ;
Quand les cerfs deviennent assez nombreux pour compromettre l’état du peuplement, on les chasse en battues. Ces destructions se font aux mois de septembre et d'octobre. C’est à ce moment que ces animaux sont en venaison. La chair des cerfs tués au fusil, à cette époque, est assez bonne, tandis qu’elle devient mauvaise si l’on attend la saison du d'u.
— Le daim a des habitudes analogues à celles du cerf, sa nourriture est la même, et, au point de vue forestier , 1l n’y a aucune différence à faire entre ces animaux. [ls sont également nuisibles s'ils deviennent trop nombreux. Il est rare que les forestiers aient besoin de recourir à l’aide des tireurs pour arrêter cette trop grande multiplication; mais 1l n’est pas rare, au contraire, de voir les chasseurs demander aux forestiers les moyens de favoriser la reproduction de ces belles espèces. me
Les procédés de conservation les plus simples consistent d’abord à détruire autant que possible les
DÉGATS DES ANIMAUX. 291 loups et les renards, qui font une chasse acharnée aux jeunes faons; puis à s'abstenir de tuer les biches. Il faut ensuite réserver quelques ronciers, qui les abritent et leur fournissent du feuillage vert pendant l’hiver ; puis, quand la terre est couverte de neige, déposer dans les endroits fréquentés par les hardes de cerfs des fourrages, des faines et des pains fabriqués avec de la terre glaise et du sel.
Grâce à ces précautions, lareproduction des grands fauves sera assurée et l’on n’aura pas à craindre de les voir sortir du bois pour aller au gagnage dans la plaine, où ils sont exposés à être tués par les braconniers.
— Le chevreuil est moins nuisible aux forêts que le cerf et le daim; 1l fait aussi moins de dégâts dans les champs, parce qu’il quitte rarement le couvert où il trouve des jeunes pousses, des faînes et des feuilles de ronces , qu'il préfère à toute autre nourriture. Au printemps, 1l mange les Jeunes: pousses de bourdaine; cette nourriture produit chez lui une espèce d'ivresse qui lui fait perdre le sentiment du danger. Il n'est pas rare de voir, à cette époque, des chevreuils affolés pénétrer jusqu’au milieu des villages, et approcher de l’homme, qu'ils fuient en tout autre temps.
Le chevreuil mâle prend le nom de brocard ; la femelle celui de chevrette, Le brocard a, comme le
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cerf, la tête ornée de bois, qui tombent tous les ans vers le mois de novembre. Sa tête est refaite vers la fin de janvier.
On emploie, pour assurer la multiplication de ces animaux, qui sont fort recherchés des chasseurs à cause de la délicatesse de leur chair, les moyens indiqués plus haut pour le cerf et le daim. C’est en détruisant les loups et les renards, en respectant les chevrettes, et en réservant des ronciers, qu’on arrive le plus sûrement à conserver les chevreuils dans les forêts où il y en a déjà.
Il est beaucoup plus difficile de les introduire dans celles d’où ils ont disparu, car les animaux adultes qu’on y transporte, se trouvant dépaysés , n’ont pas de refuites , et vont souvent se faire tuer dans la plaine. Il est préférable d'élever en demi-domesticité des faons, qu’on rend à la liberté au moment du rut. Les chevrettes vont mettre bas dans les fourrés, et si l’on peut préserver les portées des atteintes des braconniers et des carnassiers, on aura de nouvelles générations habituées à la vie sauvage. R
— Le sanglier se nourrit, comme le porc, de fruits, de glands et de racines. Il sort des bois pendant la nuit et va dans les champs de blé, d'avoine, de maïs et de pommes de terre, où il fait de grands ravages. Il dévore aussi les levrauts et les lapereaux qu'il trouve dans leurs rabouillières, les faons de che-
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vreuils et les poules faisanes qu'il saisit sur leurs œufs. C’est un animal éminemment destructeur, que les forestiers aussi bien que les chasseurs ont intérêt à poursuivre à outrance.
Les sangliers ne sont point sédentaires; pendant quelques années ou les trouve en grande abondance dans certaines forêts ; puis on les voit tout d’un coup se porter dans des forêts très-éloignées, qu'ils quitteront de même sans qu’on puisse se rendre compte des causes de ces déplacements.
On donne le nom de marcassin au jeune sanglier, tant qu'il porte la livrée, c’est-à-dire tant que son pelage est marqué de bandes fauves et noires. Plus tard 1l devient bête de compagnie, ragot , liers-an , puis solitaire, lorsque, devenu plus âgé, il cesse de faire partie d’une bande.
On détruit les sangliers au moyen de battues, et plus sûrement encore en entourant de tireurs les enceintes, dans lesquelles on lâche quelques chiens. Les sangliers , harcelés par ces adversaires plus bruyants que redoutables, selassentde leurtenir tête, et finissent par se décider à vider l’enceinte. Cest ce moment que les chasseurs saisissent pour les tirer au passage.
Il est mutile de s’acharner à poursuivre un ragot manqué ; à moins d’avoir une équipage de vautrait, bien créancé, on ne le rejoindra pas de la Journée.
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La saison de la chasse au sanglier dure depuis le 45 novembre jusqu’au mois de février: Alors il s’est bien engraissé avec les faines et les glands, et sa chair est assez bonne: plus tard, elle prend un goût de sauvagine trop prononcé. Pendant que la terre est couverte de neige, la chasse du sangliér devient plus facile; c’est ce moment qu’on choisit pour opérer les orandes destructions.
On peut aussi tirer le sanglier à laffüt, lorsqu'il va, dans l’arrière-saison, retourner les champs de pommes de terre et de maïs; mais, comme cet animai a l’odorat très-fin , il évente souvent de fort loin le chasseur, qui se morfond en l’attendant.
Avec une bête aussi nuisible 1l n’y a aucun ména-, sement à prendre ; 1l faut s’en débarrasser par tous les moyens. Les précautions qu’on pourrait prendre pour réserver les portées seraient presque toujours sans profit, car l'humeur de ces animaux est trop vagabonde pour que le chasseur puisse espérer retrouver en automne les marcassins rencontrés au printemps.
— Le lièvre et le lapin, quoique très-rapprochés par leur conformation, diffèrent sensiblement par leurs mœurs. On trouve le lièvre dans les plaines cultivées, les bruyères, les buissons et les lisières des bois. Le lapin, plus exclusivement forestier, ne quitte guère les bois et garennes; il creuse des terriers profonds
DÉGATS DES ANIMAUX. 905 dans lesquels il se réfugie, tandis que le lièvre vif toujours à découvert et n'a, pour se préserver de ses nombreux ennemis, que la vitesse de ses jambes.
Les lapins, comme les lièvres, se nourrissent d'herbes , de céréales, de légumes, de bois tendre et d’écorces. | à
Les lièvres deviennent rarement assez nombreux pour causer des dommages sérieux aux forêts. C’est seulement dans les pares qu’ils se multiplient de ma. nière à devenir nuisibles; mais il est toujours facile d'en réduire le nombre. Il n’en est pas de même du lapin. Ce rongeur est un véritable fléau pour les bois , et les forestiers ne sauraient prendre trop de soins pour le détruire. mE.
Les lapins font les plus dégâts en hiver, quand la neige couvre la terre; il rongent l'écorce des jeunes brins de charmes, de trembles, de chênes et broutent les feuilles et les bourgeons terminaux des plants d’essences résineuses.
IL est impossible de faire des repeuplements et de conserver des pépinières danssune forêt infesiée par ces petits animaux, qui se multiplient avec une effrayante facilité; car la femelle peut faire cinq ou six portées par an.
On détruit les lapins au moyen de battues souv Li répétées. On emploie aussi les furets, qui les font sortir des terriers où ils se réfugient; beaucoup de
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propriétaires donnent à leurs gardes la permission de chasser le lapin : c’est une très-bonne mesure, à condition que les gardes ne les ménageront pas pour se réserver une ressource alimentaire qui est fort prisée par eux. Quand on veut sérieusement purger un bois de ces hôtes dangereux, il faut prendre le parti décisif de les considérer, non plus comme un oibier qu'il est amusant de tirer, mais comme un animal nuisible dont il faut se débarrasser à tout prix. Pour arriver à ce résultat, quelques propriétares donnent à tous les chasseurs du pays l'autorisation de tirer le lapin dans leurs bois, ils permettent d’y laure des battues, de fureter, et parviennent ainsi, sinon à détruire entièrement ces animaux, du moins à arrêter leur trop grande multiplication.
On peut atténuer les dégâts que les lapins causent en hiver aux jeunes peuplements, en plaçant autour de leurs terriers des brindilles coupées de charme, de tremble, sur lesquelles ils exercent leur activité ; mais ce sont là de fübles palliatifs, et le plus sûr est encore d'appliquer les procédés destructifs.
= Nous ne mentionnerons, parmi les autres ronveurs, habitants des forêts, que l’écureuil et le mulot. Le premier de ces animaux fait quelque tort aux arbres résineux , parce qu'il brise les pousses terminales et ronge les écailles des cônes pour se nourrir des graines qu'ils renferment; mais dans les bois feuillus 11 est
DÉGATS DES ANIMAUX. 297 à peu près inoffensif. On le considère cependant comme nuisible, parce qu'il pille les mds; mais, comme il ne s'attaque guère qu'à ceux des pies et des seais, on peut lui pardonner, à raison du peu d'intérêt qu'offre la conservation de ces oiseaux, beaucoup plus destructeurs que lui. | |
Le mulot fait de grands dégâts dans les pépinières et les semis artificiels. C’est un animal éminemment nuisible, dont il est difficile d’arrèter la multiplication; on le détruit avec des piéges ordinaires et des pots de terre vernissés à l’intérieur, qu'on enferme dans le sol, en les remplissant d’eau à moitié. Les mulots s’y laissent tomber et se noient après avoir fait des’efforts impuissants pour grimper sur les parois lisses.
Le moyen le plus simple et le plus économique de préserver les forêts des dégâts des petits ronseurs , est de ne pas détruire les oiseaux qui leur font une chasse acharnée. Ces derniers surtout devraient toujours être respectés à raison des services signalés qu'ils rendent. Un seul d’entre eux, remarquable par sa taille et assez rare, le grand-duc, chasse le lèvre et le gibier; tous les autres se nourrissent presque exclusivement de souris, de mulots et de rats. C’est donc un grand préjugé que de tuer, comme des bêtes malfaisantes, des oiseaux qui sont pour le forestier de précieux auxiliaires.
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Le hérisson est aussi un animal utile qu'il faut se garder de tuer, car il dévore les larves d’insectes , les vipères et les mulots. S'il détruit quelques couvées, c’est un petit inconvénient, eu égard aux services qu'il rend d'autre part.
Les carnassiers. —— Les carnassiers le plus répandus dans les forêts sont les loups, les renards, les chats sauvages , les fouines, les belettes et les putois. Tous ces animaux sont les ennemis les plus dangereux du gibier; aussi sont-ils regardés par les chasseurs comme des concurrents redoutables qu'ils poursuivent à outrance.
Le loup et le renard se chassent à courre et en battues. Nous ne parlerons pas du premier procédé, qui est du domaine de la vénerie; mais nous indiquerons quelques précautions nécessaires pour rendre les battues fructueuses.
La première de toutes est de garder le plus complet silence quand on place les tireurs et les rabatteurs. C’est compromettre bénévolement le succès d’une chasse que d’arriver à grand fracas près d’une enceinte où l’on a détourné l'animal. Îl est probable qu’il a depuis longtemps flairé le danger et pris les grands devants.
Dans certains pays, la population entière se met en mouvement pour üne battue aux loups. Les rabatteurs se font suivre de tambours; ils portent des
DÉGATS DÉS ANIMAUX. 229 crécelles et crient à tue-tête pendant qu'ils sont sous bois, Il est oiseux d’ajouter qu’on ne tue jamais rien dans ces bruvyantes expéditions. Quelques chasseurs placés à bon vent, à portée des refuites, valent mieux qu’une bande nombreuse de tireurs inexpérimentés. Si les rabatteurs sont guidés par des gardes connaissant bien leterrain,, s’ils marchent sans bruit, rapprochés autant que possible, les loups, aussi bien que les renards et les sangliers, s’empresseront de se dérober devant eux et iront se faire fusiller sur la ligne des tireurs, Si, au contraire, les traqueurs mènent grand train, les animaux effarés partent dans toutes les directions et forcent souvent la ligne des rabatteurs, |
On se débarrasse aussi des loups et des renards avec des appâts empoisonnés. Le poison le plus sûr est la strychnine, qu’on extrait de la noix vomique. Il suffit d’une pincée de cette substance pour faire périr instantanément un grand loup et à plus forte raison un renard. Quel que soit le poison employé, strychnine, noix vomique, arsenic. il faut bien se garder de le mettre , comme on le fait quelquefois, dans des bêtes mortes laissées au milieu du bôis. On risque d’avoir empoisonné tous les chiens du pays avant - qu’un seul loup se hasarde à mordre à l’appât. Pour éviter le danger qu'offre l'emploi du poison, on devra ne s’en servir qu à l’époque où, la chasse étant close,
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les chiens ne fréquentent plus les bois. Le meilleur moment est le mois de mai, époque où les animaux carnassiers , ayant des petits à nourrir, sont obligés de chasser très-activement. On se procurera des mulots, des souris, des grenouilles ou de petits oiseaux récemment tués. On introduira dans le corps de ces animaux une pincée de strychnine, d’arsenic ou de noix vomique, et on les placera dans les plaines qui entourent les forêts, et non dans les forêts mêmes. Les loups et les renards, qui font toutes les nuits leur randonnée autour des bois, pour prendre les levrauts, les oisillons et les mulots, trouveront les appâts et les dévoreront sans méfiance. Si l’on s’est servi de strychnine, ils resteront sur place; ils iront, au contraire, mourir dans quelque buisson éloigné, si l’on a em-
ployé la noix vomique ou l’arsenic, parce que l’ac- :
tion de ces poisons est bien moins prompte.
Les fouines, putois et belettes sont d’autant plus
dangereux que leur petite taille les rend plus difficiles à atteindre. Ces animaux se nourrissent exelusivement de proie vivante et d'œufs. Ils sont redoutables pour les faisanderies, les parcs et les bassescours, dans lesquels ils font de grands ravages.
On les prend avec des piéges dits assommoirs ou quatre de chiffre. — Ces engins sont trop connus pour qu'il soit nécessaire de les décrire.
La fourrure des fouines, et surtout des martes, à
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une assez grande valeur, lorsque l’animal a été tué en hiver. On paie une peau en bon état de 15 à 18 fr. Ce prix est assez élevé pour qu'il y ait avantage à en de jeunes martes dans les forêts de montagnes,
, d’ailleurs, le froid et les neiges rendent 1 pue he la conservation du gibier.
Le chat sauvage et le chat domestique lorsqu'il a pris l'habitude de courir les bois, sont de grand: destructeurs de gibier. Il faut les tuer sans aucune miséricorde.
Les oiseaux. — Les oiseaux qui habitent les forêts peuvent être classés dans trois catégories distinctes Ceux qui sont considérés comme gibier, savoir : les faisans, tétras, bécasses, perdrix, ramiers etc. ; les oiseaux de proie, diurnes et nocturnes : aigles, faucons, buses, chats-huants etc., et enfin les gra-. nivores et insectivores.
Le gibier-plume ne fait aucun tort au bois. Le procédé le plus certain de favoriser une multiplication , qui ne présente aucun inconvénient, consiste à détruire les animaux qui se nourrissent d'œufs, de petits ou d'oiseaux adultes. Nous avons déjà signalé comme les ennemis les plus dangereux du gibierpoil, les loups , les renards, les sangliers , les fouines et les belettes. Ces animaux sont aussi redoutables pour le gibier à plumes; mais ce dernier a en outre à craindre les grands oiseaux de proie, qui lechassent
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sans trève quand il est à terre aussi bien que lorsqu'il traverse les airs. Si l’on veut qu’une forêt soit œiboyveuse, 1l faut, par tous les moyens, en chasser ces oiseaux carnassiers. On détruira leurs eouvées , on tendra des piéges sur la cime des arbres où ils ont l’habitude de $e poster. On les tirera chaque fois qu'il se présentera une occasion favorable. a
Nous avons dit précédemment qu’à lexception du erand-duc, les oiseaux de nuit: chouettes, hiboux, chats-huants, sont de grands destructeurs de mulots; ils font en outre une énorme consommation de gros insectes , tels que hannetons, phalènes, sphinx, fort nuisibles aux arbres, et méritent, à raison de ces services, une protection toute spéciale.
Il faut que les forestiers s’affranchissent entièrement du préjugé absurde qui voue à la mort ces o1seaux de nuit, qui n’ont jamais fait que du bien. En Allemagne, la chouette, qui parcourt sans bruit les forêts pendant la nuit, en les purgeant de ses ennemis les plus dangereux, est considérée comme l’emblème du forestier vigilant et respectée de tous.
À l’exception du grand corbeau et de la pie, qu'on accuse de détruire les nids, la plupart des oiseaux | forestiers sont insectivores et sont, par cela même, de précieux auxiliaires du sylviculteur. Tous les becsfins , les mésanges , se nourrissent des larves et des insectes qu'ils récoltent sur les arbres; les loriots,
LA
DÉGATS DES ANIMAUX. 51388 les coucous, dévorent les grosses chenilles velues ; les pics eux-mêmes , auxquels on reproche de percer des trous dans les troncs d'arbres, ne font pas de dommages sérieux, car ils ne s’attaquent qu'à des arbres déjà envahis par les insectes.
En général, on peut dire que la présence des o1seaux dans les bois est éminemment favorable ; ‘es forestiers doivent donc faire tous leurs efforts pour
empêcher la recherche des nids, la chasse aux gluaux,
à la raquette et tous les moyens de destruction si fort en honneur dans les campagnes.
Ils devront surtout s'attacher à expulser les gamins qui vont, au printemps, courir les bois dans le seul but de fouiller les nids. Il est difficile de faire comprendre à ces dévastateurs inconscients tout le mal qu'ils font; mais quelques coups de gaule bien appliqués suffiront pour leur faire voir qu’il n’est pas permis d'aller récolter sur les arbres les matériaux d'une omelette.
La conservation des petits oiseaux est aujourd’hui considérée comme d'intérêt général; il est très-important que les gardes des forêts soient les premiers à donner l’exemple de l’obéissance aux règlements qui protégent ces utiles destructeurs d'insectes.
Les insectes. — De tous les êtres vivants qui s’attaquent aux forêts, les insectes, les plus petits de tous, sont les plus nuisibles. Leur nombre et leur
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voracilé les rendent dangereux, non-seulement pour - quelques arbres isolés, mais pour des peuplements entiers, dont ils peuvent amener la ruine.
Le plus redoutable des insectes destructeurs des bois est le bostriche. C’est un petit coléoptère, long de 3 à 4 millimètres. Aux mois d'avril et de mai, les bostriches voltigent autour des épicéas dépérissants ou récemment abattus , ils percent Pécorce , jusqu’au liber, creusent de petites aleries où la femelle dépose ses œufs, au nombre de 20 à 60.
L’éclosion a lieu quinze jours après la ponte. Les larves creusent à leur tour des galeries la- 4 térales qui vont en s’élargissant,
Fo elles se transforment en chrysalides à l'extrémité de la galerie, puis elles deviennent insectes parfaits, percent l'écorce et sortent
pour s’accoupler à l’extérieur. La durée de ces transformations est de deux à trois mois, suivant la température.
Le bostriche typographe (fig. 45) s ten éxclusivement aux forêts d’épicéas, dans lesquelles il cause de grands ravages. Il est fort difficile de détruire un
insecte qui vit sous l’écorce et'qui est, par suite,
Fig. 45. — Bostriche typographe (grossi).
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peu exposé aux attaques des autres animaux. Les seuls moyens qu’on puisse employer consistent à ne laisser dans les forêts aucun bois dépérissant, à enlever le plus promptement possible les chäâblis, les bois abattus, à faire abattre les arbres attaqués et à faire brüler les écorces.
On reconnait qu’un épicéa est infesté par les bos triches aux signes suivants : les aiguilles deviennent jaunes et tombent, l’écorce prend une couleur rougeâtre et se détache facilement, elle est parsemée de petits trous d’où s'échappe une poussière fine, qui est de la vermoulure. On voit, sous l'écorce, des sillons nombreux, noirs, pleins d'œufs et de larves d'insectes. L’arbre présente des caractères marqués de dépérissement, 1l finit par perdre son écorce et se dessèche complétement. |
Le sapin ordinaire est souvent attaqué par un bostriche qui diffère peu de celui de l’épicéa, mais les dommages qu’il cause sont moins sérieux ; les moyens préservatifs sont d’ailleurs les mêmes.
On peut dire, d’une manière générale, que ces insectes se multiplient de préférence dans les peuplements maladifs et affaiblis. C’est dans les bois dont le solest sec, maigre, aux expositions chaudes, qu’ils se reproduisent en grande quantité, et c’est de là qu'ils se répandent dans les cantons plus fertiles. On préservera done d'autant mieux les massifs des dé-
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oàts causés par les insectes, qu'on activera davantage la végétation par l'application des règles d’une . bonne culture forestière.
a L'hylésine du pin (fig. 46) est un coléoptière comme le bostriche. Il diffère de ce dernier par la forme de son corselet, qui est plus étroit. La femelle dépose ses œufs dans lécorce des arbres dépérissants ou récemment abaltus. Les larves, quiéclosent peu de temps après la ponte, creusent leur galerie dans le liber et y opèrent leur métamorphose. L’insecte parfait, qui sort au mois de juillet, attaque la base des jeunes pousses du pin’ les perfore dans leur Bee longueur jusqu’au bourgeon ter-
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