DESCRIPTION DES MONUMENTS
Pour suivre un ordre pratique dans la visite des monuments, nous commencerons par le côté nord ou était le Comice et nous suivrons la continuation du même côté; nous nous dirigerons ensuite vers le côté est, puis vers le côté sud et enfin vers le côté ouest.
On donnera ensuite la description des monuments du centre du Forum et on finira par la visite du groupe de Vesta et de la continuation de la voie sacrée jusqu'audelà de l'arc de Titus.
Description des monuments du côté septentrional»
Le Comice.
Le côté septentrional commence à l'église de saint Hadrien et comprend d'abord le Comice, (v. le plan général).
Le Comice était séparé du Forum, et sur un niveau un peu plus élevé, puisque l'on y arrivait par quelques degrés, dont parle Tite Live. C'était un lieu découvert, car les anciennes légendes rapportent qu'on vit dans le Comice des gouttes de sang, et qu'il y plut du lait.
C'est dans ce lieu célèbre que se réunissaient les comitia curiata et que le préteur élevait son tribunal.
Ce tribunal du préteur fut certainement le plus ancien; plus tard on en établit d'autres, dont un probablement auprès du temple de Vesta. Enfin les basiliques élevées sur le Forum offrirent un local plus vaste et mieux approprié pour les jugements plus solennels.
Dans le Comice on vénérait aussi des monuments de la plus haute importance.
La stèle archaïque et le " lapis niger. „
Le monument le plus ancien et un des plus vénérés du Comice était celui qu'on appelait « le tombeau de
Romulus », et qui est indiqué par Pestus comme étant à cet endroit et au-dessous d'une pierre noire (niger Lapis). Cependant les indications à ce sujet sont si vagues et si obscures, que les archéologues modernes qui ont décrit le Forum avant les derniers travaux, ont à peine signalé ce monument et ne se sont pas arrêtés à le discuter.
On peut rapporter à cette vague tradition du tombeau de Romulus deux passages de Denys D'Halicarnasse (I, 87; III, 1) et les vers d'Horace où il dit que le barbare, ayant pénétré dans la ville de Rome, aurait profané ce monument. (Epod. XVI, 13).
Un pavé en pierre noire, découvert au mois de janvier 1899, à peu de distance de l'arc de Septime-Sévère, entre le Forum et le Comice, a été promptement identifié avec ce « tombeau de Romulus » et avec le Lapis nlger rappelé par Festus (fig. 1 et fig. 2, p. 15, 16).
Mais cette identification ne fut pas acceptée tout de suite.
Quel qu'en soit le nom, nous avons à faire ici à un monument très ancien et qui était en vénération. C'est ce que nous atteste aussi l'enceinte qui entourait la pierre noire et qui est encore en partie visible (fig. 3, p. 17).
Au-dessous de ce Lapis niger, on a ensuite retrouvé deux bases très anciennes, en tuf, de la forme d'un rectangle allongé, et de style étrusque (fig. 4). Elles peuvent fournir un argument favorable à l'opinion qui reconnait là le monument appelé « tombeau de Romulus » ; ces bases rappellent en effet celles qui portaient les deux lions préposés à la garde de ce vieux monument, d'après une tradition qui nous a été conservée par Varron. Mais les deux bases et le tombeau furent recouverts et cachés à une époque fort reculée : Varron, quelques dizaines d'années avant l'ère chrétienne, en parlait comme d'une chose connue seulement par tradition. * Or, dans l'espèce de cachette formée au-dessous du Lapis niger, au milieu de débris d'ossements
^ V. Ckuquio in fforat. Epod., XVI 13.
et d'objets votifs, restes non douteux de sacrifices et d' oblations antérieurement offertes, s' élèvent deux
te
autres monuments également très anciens: un tronc de cône en tuf. placé sur une base carrée ; et une stèle aussi en tuf, dont les quatre faces sont couvertes d'une inscription gravée en caractères archaïques et contenant des mots en grande partie inconnus. Il est
hors de doute que ces antiques souvenir furent à une époque quelconque profanés. En tout cas, la profanation
Fig. 2. — Base d'un lion au-dessous du Lapis Niger. (L'inscription archaïque est à droite).
eut lieu avant que la pierre noire ne recouvrît le tout, puisqu'elle est posée au-dessus du cône et de la stèle privés de leur sommet. De nombreux puits, non moins
mciens, et sans doute destinés à des usages religieux sont creusés dans le voisinage.
Un argument pour lixer la date reculée du monument est l'antiquité même de quelques objets retrouvés tout près de la stèle (statuettes, fragments ie terre cuite, etc.), objets qui peuvent remonter au
Fig. 3. — Lapis niger avec son enceinte.
sixième siècle av. Jésus-Christ. Ces objets formaient la stipes votiva, qui confirme la destination sacrée du monument.
Enfin ce monument était sans doute un monument funéraire; nous pouvons le conclure de sa forme, du cône qui est à côté, et de la présence des deux ^ bases des statues des lions. On peut reconnaître par conséquent que nous avons ici un tombeau de la plus haute antiquité; et alors il n'y a aucune difficulté à admettre que les anciens mêmes pouvaient attribuer ce monument à un héros local, au fondateur de la ville, et qu'il ait été ce qu'on appelait sepulcrum Romuli.
Le texte de l'inscription n'est pas encore expliqué, mais dans la surface qu'on peut voir de Tendroit où
Marucghi, Forum Romain et Palatin 2
s'arrêtent les visiteurs, on reconnait le mot RP^GEI « au Roi ».
Quel que soit le texte de cette inscription, qu'elle ait contenu la mention d'un vrai roi ou du magistrat qui en portait le nom, elle a une fçrande importance jiour l'histoire romaine et aussi une iinpoi'tance topoiijraphique, puisqu'elle nous fournit un nouveau motif
Fig. 4. — Autre base de lion au dessous du lapis niger.
pour fixer dans la partie septentrionale du Forum Romain, et précisément dans l'angle situé au-dessous du Capitole, la position du célèbre Comice. La stèle en effet devait se trouver dans un lieu où on affichait les lois et décrets concernant le culte et où l'on faisait des sacrifices expiatoires, en un mot, dans un vrai sanctuaire, vénéré dès les temps les plus reculés. Or tel était certainement le Comice, qui avait été inauguré avec les cérémonies du rite étrusque, et où les Romains et les Sabins offrirent leurs premiers sacrifices communs.
La Curie, les Rostra et les monuments placés dans les environs du Comice.
Nous trouvons une très exacte indication de ce groupe dans Varron, qui, après avoir expliqué le mot Comitium, continue en donnant des reinseignements sur la Ciiria Ilostilia, sur les Rostres, la Graecosiasis, le Senaculiun et la Basillca Opimia.
L'édifice le plus important était la Curie, où se réunissait ordinairement le Sénat, tandis que le Senaculum devait être destiné à certains réunions spéciales ou plus secrètes.
La Curie devait être assez grande et consacrée par les cérémonies augurales, et il faut la reconnaître dans l'église de Saint-Hadrien. Nous devons placer à sa droite la Graecostasis, espèce de tribune élevée où se tenaient les ambassadeurs des nations étrangères, et devant ces deux monuments, la tribune d'où les orateurs haranguaient le peuple réuni dans le Comice. Cette tribune était ornée de pointes de bronze qui avaient armé la proue des vaisseaux, d'où son nom de Rostres. Tite Live nous apprend que ces vaisseaux furent pris sur les Antiates en l'an de Rome 416, et que ces rostres, ainsi placés comme trophées sur la tribune du Comice, lui valurent aussi le nom de templum.^ Les Rostres étaient donc principalement destinés aux harangues populaires ; outre que leur position en plein air le montre assez, on peut le déduire même d'un passage de Cicéron. '^ Et comme on ne peut supposer que tous ces monuments fussent pressés les uns contre les autres, et comme il fallait un espace libre pour les réunions, le Comice devait être assez grand.
Parmi les monuments sacrés du Comice, il faut considérer comme très important le Ficus ruininalis, sous lequel on croyait que les deux jumeaux, fondateurs de Rome avaient été nourris par la louve.
^ HisL, VIII, 14.
^ Pro Pisone, 3.
Cet arbre, d'après la légende, aurait été transporté par un miracle du pied du Palatin, où était le Lupercal, jusqu'au Comice.
Varron nous assure de même que le Figuier ruminai était dans le Comice, auprès de la Curie, comme on le voit par un texte de Festus et Tacite. '
Auprès des Rostres se trouvait encore la statue du Silène Marsyas, comme nous l'apprend un des scholiastes d'Horace.
Cette statue ornait aussi les autres forums, où elle symbolisait la liberté des citoyens.
Nous avons pour nous aider des indications d'une plus grande importance. La loi des douze Tables nous apprend que le lever et le coucher du soleil marquaient le commencement et la fin des procès et des autres affaires publiques. Et Varron dit que plus tard, d'après la loi Plaetorla, les affaires se terminaient lorsque le héraut dans le Comice en avisait le peuple. Pline répète la même chose. ' De ce passage de Pline on peut déduire qu'en tournant le dos à la Curie on voyait le Soleil, à midi, entre les Rostres et la Graecostasis; et que par conséquent la Curie devait être placée sur le côté nord du Forum.
La Curie.
Le Secretarium Senatus devait être à côté de la Curie car il était le bureau dépendant du Sénat. Or la découverte d'une inscription qui nomme le Secretarium, trouvée in situ dans l'église de Sainte-Martine, nous donne une preuve certaine que la Curie devait en être peu éloignée. Il faut observer en outre que l'église de Saint-Hadrien est construite dans l'intérieur d'un édifice ancien.
On doit conclure par conséquent que l'église de Saint-Hadrien correspond toutà-fait à la Curie; mais la construction en brique qu'on a déblayée tout récemment appartient sans doute à une reconstruction
' Festus de verb. sign.^ p. 169: Tacito, Annal., XIII, 58. 2 Eist. pat., VII, 60.
de l'époque impériale. On y peut reconnaître encore Tancieu escalier qui montait du Comice (fio-. 5^.
Sur les marches de cet escalier on doit observer un fragment en marbre où on lit jes mots Curiam oenatus . . .
Les fouilles au-dessous du pavé de l'église de S. Hadrien seraient de la pins grande importance, parce qu on retrouverait là certainement l'ancienne salle oi,
22 PRKMIKHK l'ARTIK
se réunissait le sénat romain; et cette découverte serait le couronnement des fouilles du Forum.
La j)]ace du Comice était pavée de grandes dalles en travertin (jui sont encore bien conservées. On peut reconnaître ainsi les différents niveaux du Comice; le plus profond, en tuf, de l'époque primitive où on voit encore des marches; le second, en travertin du temps d'Auguste, et le dernier, lui aussi en travertin, qui peut remonter au troisième ou au quatrième siècle de notre ère. Sur le dernier on reconnaît les traces d'une décoration circulaire, qui indique peut-être qu'il y avait là un bassin ou une fontaine placée devant l'entrée de la Curie.
L'antique Caria HostlUa subit une restauration qui, commencée par le dictateur Lucius Cornélius Sylla, en l'an de Rome 673, fut achevée par son fils Faustus: cette nouvelle Curie prit le nom de Cornelia, et nous devons tenir pour certain qu'elle fut reconstruite sur le même lieu que l'ancienne. Il semble toutefois qu'elle fut alors agrandie, selon un passage de Pline.
La Curie ainsi restaurée dura peu de temps: elle fut brûlée pendant les troubles qui accompagnèrent l(s funérailles de P. Clodius, en l'an de Rome 708.
Aussitôt après cet incendie, César fut chargé de reconstruire la Curie, mais il ne put l'achever; il transporta les Rostres dans un autre endroit, comme nous verrons plus loin. Ce fut Auguste qui termina la Curie et lui donna le nom de lulici'; il en fait mention dans son testament, que nous a conservé le marbre d'Ancyre.
La Curie lulla fut élevée dans le Comice, et probablement sur l'emplacement de l'ancienne : Pline nous atteste qu'elle était ornée de magnifiques œuvres d'art. Quant au Chalcldicum, c'était peut-être une salle jointe à la Curie, ou une aile de l'édifice, ou un portique ; peut-être encore était-ce l'édifice appelé plus tard le Secretarlum Senatus, dont parle l'inscription trouvée à Sainte-Martine. Dans cette Curie ainsi somj}tueusement reconstruite, Auguste dédia à la Victoire une statue et un autel célèbres depuis dans l'histoire.
LE FORUM ROMAIN 2o
Ils demeurèrent dans la salle du Sénat jusqu'aux dernières années du quatrième siècle; il furent alors 'enlevés ]»ar ordre de Gratien, en 882, ce qui donna lieu à la célèbre controverse entre païens et chrétiens, à laquelle prirent part le pape Damase et saint Ambroise.
Entin il faut dire qu'après les travaux de César, complétés peut-être par Auguste, la Curie fut tout-à-fait restaurée une dernière fois par Dioctétien ; à cette dernière restauration appartient la façade récemment remise au jour, où on voit les traces de l'escalier et l'ancienne porte.
L'agrandissement de la Curie fait par César eut pour résultat de restreindre de plus en plus le sol libre du Comice, ce qui obligea à transporter ailleurs quelques-uns des monuments qui s'y trouvaient.
Un monument dont nous connaissons positivement la translation, c'est la tribune aux harangues, ornée des rostres des vaisseaux des Antiates, et jusqu'alors placée devant la Curie. Elle eut lieu, d'après Dion, dès le commencement des grands travaux d'embellissement au temps de Jules César (Bist. XLIII, 48).
On construisit donc, au temps de César, une nouvelle tribune aux harangues dans un autre endroit que la première et hors du Comice, et on y fixa ces mêmes rostres de bronze, pris aux navires antiates, qui avaient jusqu'alors décoré la première tribune. Toutefois aucun écrivain ne nous indiquant la position des nouveaux Rostres, les archéologues ont eu sur ce point des opinions fort variées.
Nous donnerons la description de ce qui reste encore de ces rostres quand nous visiterons le côté ouest où la tribune aux harangues fut transportée par Jules César.
Un autre monument décoré de rostres, à côté du Comice, était la célèbre Columna rcstrata de C. Duilius, qui rappelait la victoire navale de la première guerre punique. L'inscription de la base de cette colonne, retrouvée au xvi*^ siècle dans ces environs, est maintenant dans la Cour du palais appelé « dei Conservatori » au Capitole.
Pour achever cette histoire des Rostres, je dois dire qu'une autre tribune ornée de rostres fut érigée dans le Forum, devant le temple de César; elle était ornée des trophées glorieux de la bataille d'Actium et portait le nom dô rostra hdia. Nous verrons plus loin qu'on doit reconnaître le temple de César dans une construction située à l'extrémité orientale du Forum, non loin du temple d'Antonin et de Faustine ; il avait certainement sa façade du côté du Forum et du Capitole. C'était donc devant ce temple, sur cette construction en opus quadratum dont il reste encore des débris, qu'étaient fixés le rostres d'Actium, destinés à rappeler la conquête de l'Egypte et la fondation de l'Empire. Les Rostres capitolins prirent alors le nom de Rostres anciens: comme nous l'apprend Suétone (Augusi. 100).
Il y eut donc au Forum, depuis l'époque impériale, deux tribunes ornées de rostres, situées chacune à une des extrémités opposées de la place^ et toutes deux tournées vers le Forum: les anciens Rostres transportés du Comice et placés au pied du Capitole, et les rostra Iidia en face, devant le temple de César.
C'est encore dans le voisinage de la Curie que devait se trouver la basilique Porcia, érigée en 184 av. J. C. par M. Porcins Cato, dont elle prit le nom.
Cette basilique était près du Comice et fut en effet brûlée, en même temps que la Curie, lors des funérailles de Clodius.
Nous pouvons donc placer cette ancienne basilique près de l'église de Sainte-Martine.
Le Vulcanal.
Près du Comice était aussi le Vulcanal que les topographes ont placé tantôt ici, tantôt là, l'éloignant même quelquefois du Comice dont il était certainement voisin.
Le Vulcanal fut regardé dès les temps les plus anciens comme un lieu de réunions populaires et plus .d'une fois il servit au même usage que le Comice,
Sa position vers le côté nord du Forum peut se prouver par un passage de Pline [Hist. nat. XVI, 86).
Nous savons encore que le Vulcanal occupait un lieu un peu plus élevé et au-dessus du Comice même. Aule-Gelle raconte que la statue d'Horatius Coclès fut enlevée du Comice et placée en un lieu plus élevé, à savoir dans le Vulcanal (Ncct. att. IV, 5).
Il faut s'imaginer le Vulcanal comme un espace consacré à Vulcain, assez étendu pour pouvoir servir aux réunions, et plus élevé que le Comice auquel il était contigu : par suite on ne peut guère l'éloigner de la prison Mamertine et de l'église de Sainte-Martine.
Dans le Vulcanal se trouvaient plusieurs statues et autres monuments tant sacrés que profanes. C'est là, par exemple, qu'était la colonne élevée à ce cocher frappé de la foudre dans le Cirque même.
On croit reconnaître une trace du Vulcanal dans ce rocher de tuf qui est derrière l'arc de Sévère et qui est couvert d'une toiture.
>^La prison.
Après avoir parlé du Comice et des deux principaux monuments qui s'y rapportent, il est nécessaire de dire quelque chose d'un édifice que nous avons nommé au passage et qui, d'après Vitruve, devait toujours se placer auprès du Forum et de la Curie, je veux parler de la prison. C'était en effet comme une dépendance du Comice et du tribunal du préteur; il est donc important d'en déterminer avec soin la position. Tite Live rapporte que sous le roi Ancus Martius, la population de Rome s'étant accrue et les délits devenant plus nombreux, on construisit une prison au milieu de la ville, au-dessus du Forum: d'où l'on voit que la prison était située sur la partie la plus élevée du Forum, c'est-à-dire au nord, et non loin du Comice: cela d'ailleurs était naturellement exigé par la proximité du tribunal (Liv. Hist. I, 33).
L'ancienne prison est encore en partie conservée au dessous de l'église du Crucifix et de St Joseph appelée aussi de St Pierre in Carcere.
Elle se compose de deux j)ièces de construction très ancienne, creusées dans le liane de la colline du Capitole: les murs sont en tuf, en opus quadratum, et les deux pièces communi(juent entre elles par une ouverture pratiquée dans la voûte qui les sépare; on croit que la prison inférieure fut ajoutée par Servius Tullius, et appelée pour cela Tulllanum.
Ce lieu obscur et affreux répond bien à la description de Salluste qui, à propos des complices de Catilina que Cicéron y fit étrangler, l'appelle épouvantable.
Les deux pièces sont aujourd'hui toutes deux souterraines par suite de l'exhaussement du sol actuel au-dessus de l'ancien; autrefois le pavé delà prison supérieure était élevé de 2 m. 40 au-dessus des dalles du Forum, et l'inférieure n'était qu'en j)artie souterraine. L'entrée par laquelle on pénètre aujourd'hui dans la prison supérieure est moderne; l'ancienne entrée devait être dans l'intérieur même de la prison. Du côté du Forum la prison n'avait donc aucune porte, et à peine quelques petites fenêtres^: de ce côté cependant, sur une saillie encore en partie visible à rentrée de l'oratoire moderne, était une inscription destinée à rappeler les réparations faites à cet ancien édifice sur l'ordre du Sénat, par les consuls C. Viblus Rufinus et Coccelus Nervo, en l'an de Rome 775, 28 de notre ère, sous l'empire de Tibère. La prison avait un vestibule qu'il faut placer sur un des côtés de l'édifice. Devant ce vestibule passaient les Scalae ge monlae, escaliers qui d'une part montaient au Capitole et de l'autre descendaient au Forum.
La description des monuments voisins de la prison et placés entre le Forum et le Capitole sera donnée après avoir indiqué le coté ouest du Forum.
Les monuments placés sur le côté nord entre la Curie et le temple d'Antonin et Faustine.
Immédiatement à côté de la Curie on a retrouvé une ancienne rue qui va dans la direction de la Subure, On y peut reconnaître la rue appelée par les
anciens Argiletum. car on sait qu'elle mettait en communication le Forum avec la Subure. En suivant cette rue nous arrivons à la limite des fouilles.
Le Côté nord du Forum était appelé sub novis. s'est à-dire sub novis tahernis, car il y avait là ces boutiques indiquées par Tite Live.
<La basilique Emilienne.
Le monument le ])lus important de ce côté septentrional était la hasilica Fidvla Aemilia; on en peut voir quelques traces, retrouvées tout récemment, auielà de cette voie qui la séparait du Comice et que nous avons appelée V Argiletum. La basilique Emilienne fut fondée par les consuls 31. Aemilius Lepidus 3t M. Fidvius NobiUor en l'an de Rome 574, et restaurée ensuite à diverses reprises par plusieurs personnages de la gens Aemilia. Elle fut construite derrière les Tabernae nouvelles du Forum.
On connaissait déjà par les auteurs anciens la position de la basilique Emilienne, et on fondait de grandes espérances sur les fouilles de cet endroit jusqu'à ces derniers temps occupé par des maisons modernes. Les fouilles ont fait constater que tous les monuments qui devaient s'y trouver avaient subi une dévastation épouvantable et régulière. Néanmoins on a pu y reconnaître quelques traces de la basilique primitive en tuf, à un niveau assez profond, et audessus le pavage en marbre de la basilique de Paul, avec son mur d'enceinte revêtu de marbre. La basilique était parallèle à la voie Sacrée, c'est-à dire tout à fait symétrique à la basilique Iidia située du côté D]iposé. Parmi les décombres on a retrouvé plusieurs morceaux de colonnes en marbre africain, quelques fragments de bas-raliefs décoratifs et un beau fragment d'architrave en marbre avec le nom de Paulus en grandes lettres.
Ce nom est ici très important, parce qu'il nous confirme que cet édiiice était vraiment la basilica Paidi.
Au-dessous du pavage de la basilique, on a découvert aussi un embranchement, jusque là tout à fait inconnu,
PKKMIERK PARTIE
du grand égout (cloaca maxima) de l'époque républicaine, qui devait tiaverser le Forum pour se réunir à l'autre déjà mise au jour, il y a longtemps, près de la basillca lulla.
Une petite curiosité est montrée ici par les gardiens aux visiteurs; ce sont des monnaies de l'époque* impériale qui tombées sur le sol à l'occasion de quelque incendie sont restées adhérentes au pavé de marbre.
Entre la basilique et le Forum il y avait un portique et en avant de petits arcs ; on les appelait lani^ parce qu'autrefois les entrées étaient consacrées à cette divinité par laquelle commençaient toutes choses. Ces arcs étaient au nombre de trois, placés peut-être à égale distance; il y avait le Summus, le Médius et Vlnfimus. (Orace. Ejnst. I, 1 ; Satyr. 11, S).
^Le temple de Janus.
Le lanus médius était peut-être la même chose que le célèbre petit temple de Janns, fondé jadis à la suite de l'alliance entre Romulus et Tatius.
Le temple de Janus à deux faces était en effet placé entre le Comice et la basilique Aemilia, près de V Argiletum qui faisait communiquer le Forum avec la Suhura (Liv. Hist. I, 19)).
L'édifice primitif brûla dans l'incendie de Néron ; Domitien le reconstruisit à quatre faces, et il bâtit près de là les portiques de son Forum transitorium.
En avant du Forum transitorium, l'ancien temple de Janus ne pouvait être qu'entre le Forum Romain et celui de César augmenté par Auguste.
La forme primitive de ce temple se voit sur une monnaie de Néron (fig. 6). Il était carré, sans portique, avec deux colonnes seulement devant la porte et une espèce d'attique sur la corniche. Le nouveau temple existait encore au temps de Procope, qui, dans VHistoirede la guerre Gothique, nous atteste qu'il se trouvait près du lieu appelé des «Trois Parques» ou des « Trois Destins » (I, 25).
LE FOBUM ROMAIN
Or c'est précisément en cet endroit, entre Saint-Hairien et le temple d'Antonin et Faustine, que Labacco rit « un édilice de forme carré ». vraisemblablement les restes du célèbre temple,, signal de la paix ou de la guerre. Dans les dernières fouilles on n'a rien retrouvé ie ce monument: mais il devait être entre la basilique, l'Argilète et le Forum.
Un autre monument que nous devons placer sur le 3ôté nord du Forum, est le sacrum Chiacinae, élevé près du lieu où fut conclue la célèbre alliance, par suite non loin du Comice. Ce temple n'était pas éloigné des boutiques qui prirent plus tard le nom de neuves, et c'est tout près de la basilique Aemiiia qu'il faut le placer.
On peut reconnaître, avec quelque vraisemblance, une trace de cette chapelle dans le morceau de marbre de forme ronde, qu'on a tout récemment mis au jour entre la basilique et la branche de la voie Sacrée iv. le plaii).
Entre la basilique et les restes supposés de l'sedicule de Venus Ouacina. la protectrice des égouts. on a reconnu l'existence d'un portique dont on voit encore les marches, et où il y avait plusieurs bases de statues. Une de ces bases porte l'inscription d'un préfet de Eome du quatrième siècle de notre ère.
Entre la basilique et le portique, on voit les constructions en opus quadratum des boutiques qu'on appelait tahernae novae, dont le pavé fut plus tard décoré de marbres d'une disposition très élégante. C'est tout près de là que dût avoir lieu la célèbre meurtre de Virginie, à l'époque des décemvirs (Liv, III. 48).
Les dernières fouilles nous ont fait reconnaître aussi, dans cette partie du Forum, un portique de Caï'us et Lucius.
Fig. Ô. — Monnaie de Néron avec le temple de Janns
Les ruines que l'on voit entre la basilique Emilienne et le temple d'Antonin et Faustine, en face de la ligne de j)iolongement des tahernae novae, sont celles du portique en marbre de^dié par Auguste à ses neveux Lucius Caesar et Caius. Il les avait adoptés tous les deux, et désignés comme héritiers présomptifs. Ce monument devait être le porticus dont parlent Suétone et Dion Cassius.
Sur de gros blocs on a recomposé cette inscription monumentale, dédiée à Lucius, avec le titre de prlnceps inventutis (fig. 7).
Le portique primitif était tout à fait grandiose : mais à une époque tardive, peut-être au cinquième siècle de notre ère, on lui substitua un portique beai coup plus modeste, orné de petites colonnes dont deux sont encore debout.
Quant à la rue qui longe ce côté septentrional du Forum, elle devait être une branche de la voie sacrée.
Côté oriental du Forum.
Description des monuments du côté orientât, entre le temple d*Antonin et Faustine et le pied du Palatin,
^Temple de Jules César.
Le côté oriental formait l'entrée du Forum pour qui y venait par la voie sacrée: il s'étend depuis le temple d'Antonin et Faustine jusqu'à celui de Vesta situé vis-à-vis. Pendant toute la période républicaine, ce côté du Forum resta entièrement libre ; on y construisit ensuite un somptueux édifice, le temple de César, qui compléta la symétrie architecturale du plus célèbre forum de Rome. On reconnaît ce temj^le dans le soubassement qui est au milieu du côté oriental et V/qui est entouré de plusieurs fragments de marbre re- /rrouvés à ses pieds. L'érection de ce temple fut décrétée sous le triumvirat d'Antoine^ Lépide et Octave, en l'an 42 avant J.-C. ; la dédicace eut lieu 13 ans plus tard, sur le lieu où avait été brûlé le cadavre du dictateur assassiné.
Ce temple était près de la Eegia, suivant le témoiiçnage explicite d'Appien; et guidés par les anciens écri-
vains, nous pouvons en reconnaître la position avec me exactitude pour ainsi dire mathématique.
Or à l'endroit même occupé, suivant ces témoignages, par Vaedes Divi lulii, les fouilles de l'an 1874 ont ais à jour un grand soubassement de forme rectan-
Monnaie d'Auguste avec le temple de Jules César.
Une
monnaie
gulaire, que l'on peut voir entre les ruines du temple d'Autonin et Faustine et celui de Vesta : il est'donc évident que ce soubassement appartenait au temple de César.
Quant à sa forme, nous ne savons que peu de chose : il était assez étroit comme on peut le voir par les ruines, mais sa hauteur devait être considérable, puisqu'Ovide, par deux fois, l'appelle aedes excelsa; enfin l'entrecolonnement de sa façade était celui qu'on appelle pycnostylos, c'est-à-dire d'un diamètre et demi.' d'Auguste (fig. 8) nous montre ce temple avec la statue de César érigée devant l'autel sur la place même du bûcher. Sur une monnaie à Hadrien (fig. 9), on voit l'empereur parlant au peuple devant le pronaos de l'édifice. Sur les rostres et derrière lui on aperçoit les colonnes du temple.
Malheureusement les débris d' ornements d'architecture retrouvés dans les fouilles sont bien peu de chose : il ne reste que quelques fragments du frontispice, ornés de moulures de bon style. A la partie antérieure du temple, précisément devant le pronaos, était la tribune ornée des rostres de vaisseaux pris à la bataille d'Actium^ d'où son nom de rostra lulia. On voit encore la construction intérieure de tuf terminée en avant par une sorte de sillon semicirculaire, sur lequel était probablement une barrière destinée à séparer du pronaos l'espace réservé aux orateurs. On observe aussi que l'hémicycle de la tri-
Fig. 9. — Monnaie d'Hadrièn
avec le temple de Jules César
et les rostres nouveaux.
* ViTKUVE, De Archit., III, 2.
buiie a été postérieurement rempli par une construction irrégulière. Voici une restauration de ce célèbre monument ifig. 10).
Dans les fouilles de Tan 1899. on déblaya la partie antérieure du temple ; on y reconnut l'hémicycle qui avait été conservé libre pour indiquer l'emplacement
de l'autel érigé sur la même
du bûcher, et la base
Maeucchi, Forum Romain et Palatin
place et qui est représenté sur la monnaie d'Auguste. Cette découverte est de la plus grande importance; car elle nous rend un souvenir de la grande tragédie de la mort de César (fig. 11, p. 35).
Arc de Fabius Maxlmus.
A peu de distance du temple de César, se voyait l'arc élevé en l'honneur de Fabius Maxiraus après sa victoire sur les Allobroges, en l'an de Rome 633. Il fut construit sur la voie Sacrée, près de la liegia et du temple de Vesta.
On découvrit en effet, au seizième siècle, quelques restes de cet arc, avec des fragments de l'inscription honoraire; et les témoignages coatemporains nous apprennent qu'on les trouva entre le temple de Faustine et celui de Castor.
Ce monument formait une noble entrée pour ceux qui arrivaient au Forum du côté de la Sunima Sacra via. Que vraiment l'arc servît d'entrée au Forum, on peut le déduire d'un passage de Cicéron.
On peut attribuer à cet arc les fragments de travertin que on voit derrière le temple de Jules César.
.Arc d'Auguste.
Sur ce même côté du Forum, auprès du temple de César, s'élevait un autre arc de triomphe, dédié à Auguste, pour rappeler qu'il avait repris sur les Parthes les aigles romaines perdues par Crassus. C'est de ce monument que parle Dion Cassius, en disant seulement qu'il était placé dans le Forum. On a peutêtre une représentation de cet arc dans un des grands bas-reliefs, débris d'un monument de Marc-Aurèle, encastrés dans les murs du palais des Conservateurs; on y voit l'entrée triomphale de l'empereur au Forum, et il passe sous un arc placé presque en face d'un temple précédé d'un perron élevé: il se peut que l'arc soit celui d'Auguste, et le temple celui de Castor et Pollux. On pourrait même en reconnaître une reproduction
dans les célèbres bas-réliefs de Trajan que nous verrons plus tard.
La base de cet arc fut retrouvée par M. Richter et on \ieut la voir entre le temple de César et celui de Vesta. L'arc d'Auguste était à trois fornices, et décoré de marbres dont plusieurs fragments ont été retrouvés tout récemment et reportés à leur place primitive.
Tout ce qu'il y a au-delà de cet endroit, vers l'arc de Titus n'appartenait pas au Forum proprement dit, mais aux environs du Forum ; et c'est pour cela que nous en donnerons la description après avoir achevé la visite du vrai Forum.
Côté méridional du Forum.
Ce côté s'étendait du pied du Palatin jusqu'au Capitole, et il commençait à la ligne qui part de l'arc d'Auguste et qui va vers le Capitole.
Si nous tournons nos regards à droite du temple de César et de l'arc d'Auguste, un grandiose amas de ruines attirera notre attention.
^ ^Temple de Castor et PoUux.
Cette ruine, qui a reçu des archéologues différentes dénominations, est le fameux temple de Castor et Pollux ou des deux Dioscures, élevé en souvenir de la grande bataille du lac Régille et de la fondation de la République.
Ce temple avait été construit par le dictateur Aldus Postumins et dédié, quelques années plus tard, par son fils, créé à cet effet duumvir, en 472 avant J.-C. (an de Rome 275). On l'éleva dans le Forum, à l'endroit même où l'on croyait que les deux divins jumeaux, apparaissant le jour de la bataille, avaient abreuvé leurs chevaux à la fontaine de Juturne, et annoncé aux Romains leur victoire. La position du temple nous est indiquée par Denys, qui nous apprend que la source était près du temple de Vesta. Ovide à son tour nous atteste que le temple de Castor
était voisin de la fontaine, tout près par suite du temple de Vesta.
Nous savons encore que ce temple devait être immédiatement sous le Palatin, car Suétone raconte que l'empereur Caligula agrandit son palais jusqu'à toucher le Forum, et fit du temple de Castor le vestibule de sa demeure. De ce témoignage on peut conclure que le temple de Castor devait précisément séparer le Forum du palais de Caligula. Or on a reconnu les restes de ce dernier dans les magnifiques ruines qui occupent la pente septentrionale du Palatin ; c'est donc là qu'il nous faut chercher le temple dédié à Castor. La situation du monument se rapporte parfaitement aux témoignages cités. Le temple reconstruit d'abord au septième siècle de Rome par Lucms MeteUus Dalmatiens, fut splendidement restauré par l'empereur Tibère ; et le style des colonnes corinthiennes et de leur magnifique entablement convient entièrement à l'époque de ce prince.
Un de ses côtés est représenté dans un fragment récemment retrouvé du plan de Rome (Forma urbis); une partie de la façade et de l'autre côté se voient sur un autre fragment du même plan, depuis longtemps connu, et quoiqu'il soit sans inscription, on lui a donné son vrai nom à cause du voisinage de la basilique Iulia (fig. 12). Comme on le voit sur le plan, la façade était précédée de nombreux degrés, et le temple lui-même ét3iit périptère, c'est-à-dire entouré de colonnes isolées de la cella. On voit encore dans les ruines la construction inclinée qui marque les degrés, et les trois premières marches de marbre sont demeurées en place. Le soubassement était tout revêtu de marbre, et il reste encore, détachés de la construction massive, des fragments de corniches.
On peut encore observer les traces des deux petits escaliers latéraux ; celui que le spectateur a à sa gauche est le mieux conservé. Mais le grandiose soubassement du temple mérite aussi notre attention ; il faut y distinguer le noyau de la construction primitive en blocs de tuf carrés, et l'agrandissement fait à l'époque
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de Tibère; on ajouta alors à la façade un prolongement construit à emplecton (en béton), et on élargit les côtés, comme on peut facilement le voir du côté du temple de Vesta. De là on distingue très bien la construction primitive intérieure, une série de piédestaux s'avançant en éperon pour soutenir les colonnes. Montons maintenant sur ces ruines, et nous y remarquerons les quelques restes du mur qui entourait la cella ; dans celle ci se trouvaient les statues des deux Dioscures. semblables peut-être aux deux statues colossales que l'on admire sur la balustrade actuelle du Capitole. Le pavé en mosaïque, dont il reste quelques fragments, était décoré de fi gures géométriques, et il est beaucoup au-dessous du niveau extérieur du portique. La cella était sans doute ornée de colonnettes de vert antique, dont trois fragments gisent encore au bas des degrés, où ils sont tombés. Sur ce soubassement, épars çà et là, sont des restes mutilés de fûts cannelés, semblables aux trois grandes colonnes encore intactes, et des fragments de corniches et de modillons qui servaient à la décoration du temple.
Enfin on peut observer sur les degrés un débris de la frise du temple ; on y reconnaîtra deux grandes lettres, en creux, avec les trous pour fixer les lettres de bronze ; elles faisaient certainement partie de l'inscription monumentale de l'édifice.
Aux deux extrémités de la façade il y avait probablement les deux groupes des Dioscures à cheval. Le temple était isolé. Il faut peut-être attribuer cet isolement à l'empereur Claude, qui détruisit la communication établie par Caligula, et rendit au sanctuaire son ancienne forme.
Grande était la célébrité de ce temple, dont l'origine se rapportait à celle même de la République; aussi le Sénat s'y réunissait il souvent, comme il le faisait dans les temples les plus importants, et bien des fois aussi les orateurs parlèrent au peuple du haut de ses degrés, comme le fit le dictateur Cornélius Sylla.
Puteal de Libon.
Entre les monuments du côté sud du Forum, il faut mentionner le célèbre Puteal de Libon. C'était une enceinte sacrée, semblable à la margelle d'un puits, érigée autour d'un lieu frappé par la foudre. Ce Puteal était auprès de l'arc Fabien et du portique luUa voisin du temple de Vesta. On a cru le reconnaître dans le reste d'enceinte circulaire en marbre que l'on voit à gauche du temple de Castor. Sur cette base devait s'élever un pliiteus ou parapet orné de basreliefs, comme on l'observe sur les monnaies. A droite de celui qui regarde la façade du temple de Castor, il y a une rue qui va dans la direction du Vélabre. Cette rue était le célèbre vicus Tuscus dont nous avons parlé au commencement.
Basilique Iulia.
De la voie nous passons à un grandiose édifice élevé sur des degrés; il est rectangulaire, avec un riche pavé de marbre, sur lequel on a construit, il y a quelque temps, de nombreux pieds-droits en briques. Cet édifice, déjà en partie découvert dès 1848 et 1852, ainsi que l'attestait l'inscription placée là par ordre de Pie IX, a été entièrement déblayé et restauré dans les fouilles de 1872 ; c'est alors qu'on construisit ces pieds-droits, dans le but de montrer le plan de l'édifice (fig. 13).
C'était une immense salle rectangulaire, divisée en cinq nefs longitudinales par six longues files de pilastres; à l'extrémité des petits côtés étaient encore deux autres nefs transversales. La décoration des pilastres nous est connue par quelques fragments échappés à la ruine, et par d'anciennes représentations de ce monument, dont nous parlerons en leur lieu : des demi-colonnes doriques étaient engagées dans les pilastres sur lesquels couraient les archivoltes. La première découverte d'un partie de cet édifice eut lieu en 1848. Ce monument ne peut être que la célèbre hasilica Iulia..
Remarquons d'abord que le plan de cet édifice convient parfaitement à une basilique, et correspond aux fragments du plan capitolin, depuis longtemps rapprochés par Nibby.
Cette constatation suffirait à nous donner une entière certitude sur le nom de l'édifice, mais la découverte de plusieurs inscriptions vient encore la confirmer.
Fig. 13. — Vue de la basilique Julia et d'une partie de la voie sacrée Au fond on voit le Capitole.
Une importante inscription, relative à des embellissements faits à la basilique par un préfet de Rome, en l'an de J.-C. 377, fut trouvée en 1554, auprès du monument que nous étudions. Près de trois siècles après, dans les fouilles de 1835, on trouva, dans les ruines mêmes, un fragment d'une autre inscription semblable à la précédente, et placée par le même Gahlnius Vettins Prohlanus sous une autre statue dont il avait orné la basilique luUa.
Enfin, lors des dernières fouilles, on a retrouvé
dans -l'intérieur de l'édifice une nouvelle inscription du même personnage; elle est identique à la première et conservée encore sur place vers le viens liigarlus. On doit se rappeler qu'en ce même lieu s'élevait autrefois la basilique Sempronia, construite en l'an 578 de Rome; elle était en effet voisine des Tabernae veteres et de la statue de Vertumne. Il est par suite très probable que la basilique lulla fut substituée à la plus ancienne qui était tombée. Cet édifice servait, comme toutes les autres basilique, au jugement des procès, aux affaires des négociants, nummularii de basilica Julia, et aussi à la promenade et à la conversation.
Cet insigne édifice, monument de la munificence d'Auguste, fut gravement endommagé par un incendie sous le règne de Carin, et restauré par Dioclétien entre 283 et 305 de notre ère. On peut voir des traces évidentes de ces restaurations dans les pilastres encore debout à l'angle occidental, sous l'hôpital de la Consolazione ' leur construction en briques peut très bien convenir à l'époque de Dioclétien. Remarquons enfin ces pieds-droits d'ancienne construction en opus quadraturn que l'on peut voir tout auprèsj ce sont les restes de la basilique primitive.
Dans l'enceinte de la basilique sont disposés, sur les pilastres modernes, les quelques restes de l'ancienne décoration découverts dans les fouilles : fragments de chapiteaux, de frises, et de piédestaux qui supportèrent jadis les statues dont l'édifice était orné. Observons entre autres deux inscriptions de Gahiniiis Vettîus Probia7ius, ce préfet de Rome qui avait entrepris, nous l'avons déjà vu, de restaurer la basilique. Les statues qui surmontaient ces deux piédestaux étaient tombées, nous ne savons par quel accident, et Gabinius les fit relever et placer In celéberrimo Urbis loco.
Voici la reconstruction donnée par M. Dutert de ce côté méridional du Forum à partir du temple de Vesta et de Castor et Pollux à gauche, jusqu'aux temples du clivus capitoUnus à droite (fig. 14).
Fig. 14. — Conpe longitudinale du côté sud du Forum
d'après Dutert.
A gauche le t«mple des Castors, au centre la basilica Julia
à droite les temples du cUviis capitolin.
" Vicus Jugarius. „
Quand on[ sort de la basilique par l'extrémité qui est tournée vers le Capitole ou rencontre le <^ vicus jugarius ». Au point où il débouche sur le Forum on voit la base d'un arc de passage /^Janus^ et on arrive au soubassement du temple de Saturne, dont il sera que tion plus loin.
Nous sommes arrivés de cette manière au côté occidental du Forum qui va de ce temple jusqu'à la prison Mamertine dont on a parlé.
Le Côté occidental du Forum.
Description des monuments du côté occidental sous le Capitole,
Les rostres et les monuments environnants.
Du côté du Capitole. le Forum Eomain est limité par les ruines qui forment une ligne entre le vicus lugarius et l'arc de Septime-Sévère. Au delà commence le clivus capltolinus avec ses temples, et auiessus s'élève le Tahularium, sur lequel a été construit lu moyen âge le Palais sénatorial. Examinons d'abord les monuments qui bordaient le Forum, avant de monter le clivus et d'en visiter les temples.
^es Rostres.
Tout ce qu'on avait reconnu jusqu'aux derniers temps de cet insigne monument est le soubassement, construit en blocs de tuf carrés, situé entre l'arc de Septime- Sévère et l'endroit à gauche où était l'arc de Tibère. On voit encore sur ce mur les trous destinés aux crampons de fer, preuve que les rostres de bronze des vaisseaux d'Antium étaient fixés à la construction elle-même.
Sur une monnaie de Quintus Lollius Palikanns , tribun pendant l'an 684 de Rome, on voit un monument, qui, d'après une opinion acceptée, représenterait les Rostres (fig. 15).
' Sur cette médaille on voit cinq arcades, dans l'intérieur desquelles il y a les rostres des vaisseaux et audessus une espèce de chaise avec l'inscription PALIKANVS.
Mais le forme de ce monument célèbre nous est mieux connue par un bas-relief de l'arc de Constantin, où on voit l'empereur placé au dessus de la tribune et entouré de ses officiers (fig.'' 16).
F ig.îlS. -- Monnaie
de Palicanus
avec
les Rostres anciens
Fig. 16. — Bas-relief de Constantin représentant les Rostres L'arc de Septime-Sévére à droite, et l'arc de Tibère à gauche.
En étudiant ces reproductions et les ruines qui existent encore on peut imaginer que la tribune des rostres devait avoir à peu près la forme de la fig. 17
Tout près des Rostres s'élevaient des statues et des îolonnes honoraires ; car l'espace qui entourait la tri- Dune était destiné aux monuments élevés en l'honneur les personnages célèbres. Ces monuments étaient anîiennement dans le Comice, alors que les Rostres étaient auprès de la Curie; mais après que César les
Fig. 17. — Eeconstraction des rostres anciens a'après Hûlsen.
eut transportées devant le Capitole, ainsi que nous l'avons déjà vu, on y transféra aussi plusieurs de ces monuments.
L'un des plus anciennement placés en ce lieu était la Coloiwe ornée de rostres, élevée en honneur de C. Duilius, vainqueur des Carthaginois ; elle existait encore au temps de Pline — En 1565, on trouva, auprès de l'arc de Septime-Sévère, une partie de l'inscription qui ornait la base de la colonne de Duilius ; elle est aujourd'hui iixée près de l'escalier du palais des Corservateurs au Capitule. Toutefois ce n'est pas l'inscription originale du cinquième siècle de Rome, mais une copie du temps de Tibère on de Claude ; elle ornait le piédestal sur lequel s'élevait la colonne armée des éperons en bronze enlevés aux vaisseaux carthaginois.
Si on regarde à droite du soubassement des « Rostres », on voit une partie ajoutée au V""" siècle de notre ère, avec une inscription d'un préfet de Rome, « Valentinus ». On a donné à ce monument le nom de « Rostra vandalica » parce qu'on a supposé que on l'ait érigée pour garder le souvenir d'une victoire de l'empire romain mourant contre les Vandales en 472.
Derrière le grand soubassement on voit un mur semi circulaire de substruction. A droite on reconna t les traces de « l'umbilicus urbis Romae »; à gauche celles du « milliarum aureucn »,
Derrière le soubassement que nous venons d'indiquer, on voit un monument formé d'arcades en construction d'opus incertum. On a donné à ce monument le nom de rostra vetera; mais ce nom est fautif et on y doit reconnaitre tout simplement une substruction de la montée du Capitole.
On devait monter sur la base des Rostres par un escalier placé derrière le monument; et, comme on voit, sur la base il y avait une grille à laquelle les orateurs pouvaient s'appuyer en parlant au peuple.
On voit encore le piédestal de l' UmhUiciis du côté de l'arc de Sévère; le Milliaire d'or portant les mesures de toutes les routes, occupait l'autre extrémité, car nous savons qu'il était sous le temple auquel appartenaient les colonnes ioniques. Le Milliaire d'or était une colonne revêtue de plaques de bronze doré, indiquant la distance des principales villes de l'empire. Auguste éleva ce monument quand il eut achevé ses grandes opérations de recensement de l'Empire. Ce monument est de la plus haute importance, parce que il fut dédié par Auguste à la fin de ce recenseemnt de l' empire, l'an 747, à l'époque même de la naissance du Sauveur. Dans l'espace entre l'hémicycle et les Rostres étaient un certain nombre de colonnes qui sont représentées sur le bas-relief de l'arc de Constantin: d'autres encore devaient se trouver devant les Rostres, dans Fespace où se réunissait le peuple pour écouter les orateurs. De plus, la tribune devait être close à ses extrémités latérales par une grille de marbre,
dont on voit encore les traces du côté qui regarde l'arc de Septime-Sévère.
Aux deux extrémités des Rostres, il y avait deux arcs triomphaux célèbres: celui de Tibère à gauche et celui de Septiine-Sevère à droite. Le premier était placé « justa aedem Saturni » et on peut voir encore quelques traces de son soubassement sur la voie sacrée, devant la hasillca Julia.
Arc de triomphe de Septime-Sévère,
Le grandiose arc de triomphe de Septime-Sévère fut un des plus nobles ornements des Kostres et du Forum. L'inscription monumentale gravée sur l'attique, jadis en grandes lettres de bronze, nous apprend que cet arc fut dédié à Septime-Sèvère et à son fils Antonin Caracalla, en l'an 203 de notre ère, et qu'il rappelle leurs triomphes sur les Parthes, les Arabes et les Adiabènes, et la manière dont ils avaient réglé les affaires d'Orient (v. fig. 13, p. 41).
i L'arc est d'un style qui manifeste déjà la décadence de l'art: sur les piédestaux sont sculptés des prisonniers barbares chargés de chaînes et des soldats romains qui les traînent comme des trophées de leur victoire ; sur les cintres des voûte sont les personnifications des fleuves auprès desquels furent livrés les combats, et des Victoires ailées portant des trophées. De chaque côté de l'arc deux grands tableaux, avec de nombreuses figures en relief, représentant les principaux événements de la guerre; sur la face qui regarde le Forum ces sculptures sont très endommagées.
De ce côté, à gauche du spectateur, on voit d'abord, en commençant par le haut, Sévère haranguant son armée avant de partir pour la guerre, au-dessous, la première défaite des barbares, et en troisième lieu, l'armée romaine poursuivant les vaincus. A droite, divers épisodes de la guerre : l'empereur passant la revue de son armée, son conseil de guerre avec ses généraux, l'assaut et la prise d'une ville de Mésopotamie, où il faut remarquer la machine de guerre
connue sous le nom de bélier. Du côté du Capitole on voit à droite l'entrée de l'empereur à Babylone, reconnaissable au temple colossal de Bélus: au-dessous l'assaut d'une autre ville, où on voit l'emploi du bélier: à gauche la prise de Séleucie et de Ctésiphon.
Au-dessus des petits arcs règne une autre frise sculptée; on y reconnaît la ligure de Rome assise recevant les hommages des vaincus ; une autre figure, celle du pays des Parthes conquis, et enfin de nombreux chars tirés par des chevaux et des boeufs et chargés d'un riche butin.
Sur le sommet de l'arc était le quadrige triomphal des deux Augustes, placé au milieu de deux figures en toge et de deux statues équestres ; on peut le voir sur les nombreuses monnaies de Septime-Sévère et de Caracalla, où cet arc est représenté.
Le monument était plus élevé que le sol du Forum; jpour y arriver il fallait gravir quelques marches qui 'existent encore près des petits arcs.
Derrière l'arc de Septime-Sévère nous retrouvons le clivus Capitolinus, orné jadis des magnifiques monuments, qui formaient à l'ouest comme le fond du Forum. Les principaux étaient les trois temples de Saturne, de la Concorde et de Vespasien.
Le Clivus, tournant à gauche, montait jusqu'au temple de Jupiter, situé, comme nous verrons, là où se trouve maintenant le palais Caffarelli. A droite il y avait un escalier qui montait jusqu'à l'Acropole [Aracoeli).
Les temples placés sur la pente du Capitole.
Temple de Saturne (v fig. 14, p. 43).
S'il faut en croire la légende, il aurait été fondé par la colonie des compagnons d'Hercule venus d'Argos, les mêmes qui à cette époque auraient élevé le grand autel du forum Boarium. Ce temple lui-même n'était sans doute à l'origine qu'un simple autel, et il ne
LE FOKUM ROMAIN 49
fut construit, selon toute probabilité, qu'en l'an de Rome 256.
La position du temple de Saturne n'est pas douteuse; tous les auteurs anciens le placent près du iForum: Denys le met au pied de la colline, à savoir du Capitule, et précisant encore, il dit que le temple ;se trouvait auprès d'une des voies qui du Forum montait au Capitole.
Il n'en reste aujourd'hui que le portique formé par six colonnes de front, et deux autres sur les côtés ; c'est ce qu'on appelait un monument prostyle hexastyle. Mais ces ruines ne sont point celles de l'antique et vénérable édifice. Nous savons, il est vrai, qu'il fut restauré par L. Munatius Plancus, au temps d'Auguste, et on a en effet trouvé près de là, au seizième siècle, l'inscription destinée à en garder le souvenir. Mais ce n'est pas même à cette restauration que peuvent appartenir les ruines encore debout ; elles sont de trop mauvais style et d'une architecture qui ne peut être antérieure au troisième siècle de notre ère. Enfin l'inscription encore visibile sur la frise nous apprend que cette dernière reconstruction fut faite à la suite d'un incendie.
La chambre du trésor public était contiguë au temple, et s'appellait Aerarlum Saturni: et nous savons encore qu'il y avait dans V Aerarlum une partie plus secrète appelée Aerarlum sandlus. peut-être les favlssae ou souterrains du temple. Enfin devant ce temple ou auprès était un espace destiné aux négociants {Area Saturni).
Temple de Vespasien.
Il ne nous reste que bien peu de renseignements au sujet de ce dernier temple : les auteurs qui en font mention le disent construit par Domitien.
Il était prostyle hexastyle, d'ordre corinthien, avait sa façade, que précédaient des degrés, tournée vers le Forum et était revêtu de marbres superbes. L'édifice est d'un style élégant : sur la partie latérale de la frise on peut voit encore, représentés en relief, les emblèmes du sacrifice, Vacerra qui contenait l'encens, le bucra-
Mabugchi, Forum Romain et Palatin à
nlum, V aspergillinm pour l'eau lustrale, le cidtrum pour frapper les victimes, la paiera ou coupe sacrée, et le galericuhun, coiffure sacerdotale. Si l'on monte sur le soubassement de cet édifice, on pourra reconnaître sans peine les traces du pronaos, du mur qui formait la cella, de l'autel érigé au fond du sanctuaire, et placé sans doute devant la statue de l'empereur à qui était consacré le monument.
Temple de la Concorde.
Quant au temple de la Concorde, nous savons qu'il était placé entre le Capitole et le Forum, et qu'il était près de la prison ; enfin Plutarque nous apprend qu'il regardait le Forum et le Comice (in Cainillo, c. 42).
Les fouilles dirigées par Fea au contmencement du siècle dernier, mirent au jour ce grand soubassement adossé au Tabulariiim, à droite de celui qui regarde le temple de Yespasien. On y voit encore les traces des degrés, du pronaos, et de la cella ^ sa position correspond d'ailleurs à merveille avec celle du temple de la Concorde. Parmi les quelques débris épars sur cette construction informe, on peut voir encore le seuil en marbre, sur lequel est profondement incrusté un caducée de bronze : ce symbole convient parfaitement à la Concorde. Lors de ces mêmes fouilles on découvrit encore plusieurs inscriptions dédiées à la Concorde. Ces découvertes, jointes aux preuves que nous avons déjà données, ne permettent pas de douter que ce soubassement placé entre le Tabularlum et l'arc de Septime-Sevère n'appartienne à ce célèl)re temple.
Il ne peut rien demeurer du temple primitif, car nous savons que Tibère, encore jeune, en fit faire une magnifique reconstruction; aussi est-ce à l'époque de Tibère que nous attribuons les quelques débris incomparables qui nous sont parvenus, savoir ce grand fragment d'entablement avec des sculptures d'un goût exquis, conservé dans le Tabidariiim, et les élégantes bases de l'attique orné de feuillage, que l'on peut voir dans le vestibule du musée du Capitole.
Le " Tabularium „ (v. le plan).
Derrière les temples dont nous venons de parler, sVlève le Tabulariuin, construction en blocs carrés de l'époque républicaine; la façade, dont la partie supérieure manque aujourd'hui, était tournée du côté du Forum, et au moyen- âge on construisit sur cet édilice le Palais du /Sénateur.
Le Tahularium était destiné à conserver les archives de la ville, savoir les lois {tahulae, parce qu'on les gravait sur des tables ou plaques de bronze), les sénatuscon suites et les pUhiscites : il est donc naturel de penser que le Tabularhun remonte aux premiers temps de Rome. Mais la construction actuelle date, au moins en partie, des grands travaux d'agrandissement ou de restauration entrepris par Q. Lutatius Catulus en 652 de Home.
Les inscriptions nous prouvent que de grands travaux furent entïepris, sur l'ordre du Sénat, par ce Q. Lutatius Catulus pour l'embellissement du Tabularium. Il est probable qu'il construisit le portique supérieur avec ses arcades, encore en partie visibles aujourd'hui, car la partie inférieure paraît dater d'une épbque beaucoup plus ancienne. Il est probable qu'au-dessus du portique encore conservé, il en existait un autre.
Outre les deux entrées latérales par lesquelles la voie de communication, qui est en paftie conservée, pénétrait dans le Tabularium, il en existait une troisième au bas du Clivus; on en voit encore la porte cintrée, à laquelle correspond, à l'intérieur, un escalier long et étroit qui conduisait à l'étage supérieur.
Cette porte devint ensuite inutile et fut murée lorsqu'on adossa à la substruction du Tabularium le temple aux trois colonnes corinthiennes, que nous avons reconnu pour celui de Yespasien.
Portique des dieux " consentes „ [\. le plan).
Il reste maintenant à dire quelques mots du petit portique qui domine les tabernae ou scholae voisines
du Tabxilarlum. Il fut découvert en 1835 et restauré en 1856. C'est une sorte de terrasse ornée de petites colonnes d'ordre composite placées devant six cellules construites en briques. Les colonnes soutiennent une architrave sur laquelle est gravée l'inscription indiquant la destination du monument.
En l'an 367 de l'ère chrétienne, le célèbre préfet de Rome Vettius Agorius Praetextatus , consacra ces cellules, aux douzes grands dieux y plaça leurs statues, et construisit ce portique où l'on arrivait par le Clivus. Les statues de ces divinités se vénéraient })rès du Forum bien avant Prétextât, car Varron y fait allusion : par conséquent Prétextât ne fit que rendre au culte ces anciennes statues. Ce portique est peut-être le dernier monument public élevé à Rome au culte idolatrique, et il nous garde le souvenir d'un personnage très célèbre dans l'histoire de la dernière lutte entre le paganisme et le christianisme dans la seconde moitié du quatrième siècle.
N. B. Comme nous sommes au pied du Capltole nous donnerons quelques indications sommaires sur cette célèbre colline.
Le Capitole — Temple de Jupiter capitolin
(v. le plan général).
L'ancien nom de cette colline fut celui de mous Saturnins; le nom de « Capitole » vient du célèbre temple de Jupiter qui fit ce lieu le caput Urbis {mons Capitalis, Capitolium). Le temple de Jupiter fut bâti par les Tarquins et inauguré par le consul Pulvillus; il était dédié aux trois divinités lupiter, luno, Mi- 7îeri;a{"L'édifice s'élevait sur un grand soubassement carré, nîesurant sur chaque côté une longueur d'environ deux cents pieds ; sa façade regardait le sud et était ornée d'un triple rang de colonnes. En l'an de Rome 671, un incendie dévora le vieux temple, œuvre de style étrusque; mais presque aussitôt le dictateur L. Cornélius Sylla en entreprit la reconstruction.'Elle fut menée à terme par ce même Q. Ijutatius Catulus, qui construisit le Tabularium. Son
nom fut inscrit sur le temple de Jupiter, et quoiqu'Auguste l'eût restauré de nouveau en 745, il y demeura jusqu'au second incendie du temple, lors de la guerre civile des partisans de Vitellius. Vespasien le reconstruisit aussitôt et en célébra lui-même la dédicace solennelle en l'an de Rome 824. Mais il fut ruiné par l'incendie sous Titus, et ce fut Domitien qui le rebâtit pour la dernière fois avec une grande magnificence. L'édifice, tourné au midi, était entouré d'une enceinte sacrée, limite du Capitolium proprement dit; et l'on peut voir encore un reste du mur, construit en blocs de tuf carrés, le long de l'escalier moderne qui tourne à gauche, après le portique de Vignola.
Temple de Jupiter Tonnant.
Il faut placer encore non loin de là le magnifique temple de Jupiter Tonnant, élevé par Auguste à la suite de son vœu fait dans la guerre contre les Cantabres, alors que, surpris par un orage, sa vie était en grand danger. Ce temple était voisin de l'entrée du CopitoUum, comme on peut le conclure d'un passage de Suétone.
L'acropole.
Le sommet opposé de la colline, sur lequel s'élève aujourd'hui l'église de Sancta Maria in AracœJi. était occupé par VArx ou citadelle. C'était une pointe fortifiée qui, dans les temps les plus anciens, d'après M. Jordan, servait d'auguracuînin ou auguratorium. Là les augures prenaient le ciel, c'est-à-dire observaient l'état du ciel, en regardant aux quatre points cardinaux. C'est peut-être à l'enceinte de l'Acropole qu'appartiennent les ruines de très anciennes constructions en tuf. découvertes il y a quelque temps dans l'ancien jardin des pères Franciscains.
Temple de "Juno Moneta. „
C'est près de là que s'élevait le magnifique temple de Juno Moneta. bâti, à la suite d'un vœu. par Furius Camillus; on l'appelait ainsi a monendo, parce
54 PREMIÉRK PARTIE
que c'était de là, cioyait-on, que la déesse avait fait entendre sa voix ])endant un tremblement de terre. On y joignit plus tard la Monnaie, ce (^ui fit donner à l'argent le nom de moneta, monnaie. On retrouva récemment, non loin de là, une inscription dédiée à la Dea Caelestis; et il semble que de ce nom déi-ive celui (V Aracaell. Le temple de Moneta était précédé d'un escalier, qui partait près du temple de la Concorde. Ovide en rappelé le souvenir.
Après avoir achevé la description des quatre cotés du Forum nous devons étudier les monuments placés au milieu du Forum même.
Les monuments du centre du Forum.
Le centre du Forum était décoré aussi de monuments, très importants. On y gardait religieusement le souvenir du lieu appelé Lacus Curtlus. Ce marais ou même ce gouffre fut comblé de très bonne heure ; au moins jusqu'au temps d'Auguste, il y eut là un autel, peut-être sur un petit terrain soigneusement entouré d'une enceinte. Pline à son tour nous apprend que ce monument était sur la place, puisque César le fit enlever pour pouvoir plus librement célébrer les jeux de gladiateurs dans le Forum. C'est à cet endroit même qu'on éleva plus tard la colossale statue équestre de Domitlen^ ainsi que nous l'apprend la description de Stace. La description que nous en a laissée le poète, nous montre d'une manière indubitable que la statue colossale de l'empereur tournait le dos au Capitole, et regardait du côté du temple de Vesta et du Palatin. On avait à cause de cela reconnu comme un reste du piédestal de la statue une construction rectangulaire en briques, retrouvée en 1872, jadis recouverte de travertin, et placée au milieu même de la place. Après les fouilles récentes on a cru pouvoir identifier avec le lacus Curtlus des constructions très anciennes placées presque au centre du Forum. On a ainsi reconnu la base de la statue de Domitien dans ces grandes pierres sur les quelles on voit trois trous
très profonds qui auraient servir à fixer les trois jaml)es du cheval. De cette statue équestre Stace nous a laissé une belle description {Sylvae I, 22-66)
La statue l'ut certainement abattue après la mort du tyran, lorsque le Sénat condamna sa mémoire; et peut-être on y rétablit alors l'ancien autel.
Il est probable que sur l'autre base indiquée on avait élevé la statue équestre de l'empereur Constantin.
Bas-reliefs de Trajan.
Nous avons maintenant à examiner un précieux monument qui nous a conservé l'aspect du Forum, tel qu^l était au temps de Trajan.
(Je sont deux plutei de marbre, ornés de figures en relief et placés sur deux socles de travertin. On peut les voir auprès de la colonne de Phocas, où ils furent trouvés en 1872 (fig. 18, 19, p. 56, 57).
Sur ces bas-reliefs, on a représenté l'institution faite par Trajan des puer l et des pueJlae aliment ariae, et la destruction par le feu des listes arriérées de la vigeslma haereditatum ordonnée par ce même prince. En effet, le style des sculptures convient très bien à l'époque de Trajan, et le personnage impérial de haute stature paraît bien être cet empereur.
Voici maintenant la reconstruction de la partie topographiqae c'est à dire des groupes des monuments scu]23tés sur les deux plutées.
La suite de ces édifices doit indiquer le fond du Forum. Prenons pour point de départ la tribune aux harangues, dont on voit la partie antérieure sur le plutée (fig. 18 à droite) ; le monument est facilement reconnaissable, et nous en avons déjà fixé la position. TTe côté du Forum représenté sur le fond est le côté sud qui commençait au pied du Capitole.
Dans les deux temples qui ouvrent la scène, on reconnait les sanctuaires qui ornaient le cUvus, et dans l'édifice qui suit à gauche, la basilique luUa.
Le temple corinthien est, d'après sa position vers les Rostres, celui de Vespasien, dont trois colonnes sont encore debout. Quant à l'arc qui joint les deux
temples, quelques auteurs ont cru y reconnaître la vieille porte Pandana, située sur le Capitole ; mais il se peut que cet'arc représente l'entrée de l'enceinte
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sacrée qui entourait le temple de Jupiter dans le haut du Capitole.
Sur le second plutée (fig. 19), on voit la continuation du côté sud du Forum, à commencer par les arcs'de la basilique lulla qui manquent dans le premier. L'es-
pace considérable que l'on voit à gauche de la basilique correspond au viens Tusais ; le temple corinthien qui vient ensuite est donc le célèbre 'temple 'de Castor
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et Pollux dont il reste encore trois belles colonnes d'ordre corinthien, et on peut même reconnaître sur le plutée l'escalier élevé dont on voit encore les ruines. De tout ce qui précède, il faut conclure que la
tribuue ornée de rostres est celle que nous avons reconnue devant le temple de César, avec les ruines de ce dernier.
L'arc à gauche est l'arc d'Auguste orné des trophées rappelant les victoires de ce prince sur les Parthes. '
Ces scul[)ture3 nous rappellent deux faits glorieux du règne de Trajan, et les allocutions, et les applaudissements dont fut témoin le Forum en ces deux circonstances solennelles.
Ces plutei n'étaient pas placés primitivement où ils ont été trouvés. Les deux grossiers piédestaux de travertin, sur lesquels, moyennant deux plinthes modernes, sont fixés les plutées de marbre, ne posent pas régulièrement sur le sol du Forum, ils y sont appuyés et étayés tant bien que mal au moyen de pierres et de débris; et il est impossible d'attribuer au temps de Trajan un si pauvre travail.
Il est cependant bien difficile de déterminer avec certitude où ils étaient.
On pourrait dire qu'ils formaient une enceinte au-devant des rostres et parallèlement avec une ouverture au milieu ; on pourrait dire aussi qu'ils étaient disposés comme décoration latérale des rostres, l'un à droite et l'autre à gauche.
\Colonne de Phocas.
Le dernier des monuments, placé au milieu du Forum, existe encore; c'est la colonne dédiée à l'empereur Phocas, en 608 de notre ère, par Smaragdus, exarque d'Italie, ainsi qu'on peut le voir par l'inscription gravée sur le piédestal.
Elle fut dégagée en 1811, et alors se terminèrent toutes les questions qu'on s'était posées sur cette colonne isolée au milieu du Forum. Le style de la colonne indique clairement le deuxième ou troisième
^ Mon explication topographique de ces deux bas reliefs a été acceptée par Thédenat (Le Forum romain a. 1904, p. 129. note 1) et dernièrement par M.r Carter (Journal of archœology a. 19] 0).
siècle de l'Empire; elle appartenait doue à un monument plus ancien, dont on peut voir encore le piédestal en briques, renfermé dans les degrés grossièrement construits au septième siècle. Il est donc possible qu'en dédiant ce monument à Phocas on se soit contenté de remplacer l'inscription primitive par une nouvelle, de placer sur le haut de la colonne la statue de l'empereur et d'y ajouter les degrés.
La colonne de Phocas fut érigée sur la base d'un monument honoraire plus ancien. Cette base faisait partie d'une série de bases semblables, érigées à l'époque constantinienne pour décorer les bords du Forum à côté de la Voie Sacrée. Sur ces bases devaient être des colonnes et des statues, mais ces monuments nous sont inconnus.
Après avoir fait le tour des quatre côtés du Forum et visité le centre, on peut sortir du Forum proprement dit et visiter le groupe de Vesta et la continuation de la Voie Sacrée.
Le groupe des monuments de Vesta.
Tous les écrivains s'accordent à placer le temple de Vesta dans le Forum et au pied du Palatin. Auprès du temple était un petit bois sacré, lequel, d'après Cicéron, occupait le penchant du Palatin du côté de la via Xova. Or précisément à cet endroit, aux environs de l'église aujourd'hui détruite de Sainte-Marie- Libératrice, on trouva en 1497 quelques inscriptions relatives aux Vestales, et elles furent vues par fra Giocondo et Pomponius Letus; d'autres furent trouvées plus tard au même endroit, lors des fouilles faites par le cardinal Farnèse.
Ce temple était de forme ronde, par analogie avec la terre, dont Vesta était le symbole, comme aussi en souvenir des premières habitations des hommes, et du foyer domestique auquel présidait cette déesse. Si maintenant on considère ce soubassement de Ibrme ronde situé presque à l'extrémité du Forum tout près du temple de Castor et Pollux. on reconnaîtra sans peine, d'après tout ce que nous avons dit jusqu'ici, que
60 PHEMIKRE PARTIE
cette ruine informe, découverte par les fouilles depuis 1870, peut très bien être le stylobate ou soubassement da temple de Vesta. 8a construction très ancienne en gros blocs de tuf et sa forme ronde conviennent entièrement à cet ancien et célèbre monument.
Derrière le temple était V atrium Vestae, ou habitation des prêtresses, avec le petit bois sacré s'étendant jusqu'à la via Nova. Nous y entrerons après.
La " Reg-ia Pontîficis „.
Qu'on observe maintenant les nombreux restes de constructions qui s'étendent à notre gauche quand nous regardons les ruines du temple de Vesta: du premier coup d'œil on y distinguera deux édifices d'époques diverses et tournés dans des directions différentes. Les murs d'époque plus récente, peut-être du troisième siècle, et mieux conservés, oifent l'aspect d'une série de tabernae ou boutiques, tandis que les plus anciens, presque rasés jusqu'au sol et couverts par les autres, appartenaient certainement à un noble édifice splendidement décoré, autrement orienté que les boutiques. Cétait certainement une maison, comme le prouvent les traces d'un atrium entouré de demicolonnes et de quelques chambres latérales pavées en mosaïque; c'était même une maison richement ornée de peintures. Ses ruines s'étendent presque jusqu'au temple de Vesta, et font penser à un édifice qui put avoir avec ce sanctuaire quelque rapport.
Or nul n'ignore qu'à côté du temple de Vesta était jadis la Regia de Numa destinée à l'habitation du grand prêtre, et que la maison du Rex sacrificulus y était ; ointe. Auguste céda cette habitation aux Vestales lorsque, devenu grand prêtre, il rendit propriété publique une partie de sa maison sur le Palatin. Et comme en sa qualité de grand pontife il devait habiter près du temple de Vesta, il dédia à la déesse un nouveau temple sur le Palatin, après avoir divisé l'area en trois parties, dont il donna l'une à Apol-
Ion. l'autre à Vesta, gardant pour lui la troisième. La Régla était sans doute voisine du sanctuaire de Vesta; il est donc intiniment probable que cette maison contigiie au temple, et dont la construction peut très bien remonter aux derniers temps de la République, est précisément celle que le premier des empereurs donna aux Vestales, quoiqu'elle portât encore le nom de Regia. Elle avait été. peu de temps avant Auguste, reconstruite par Domitius Calvinus.
Dans cette même maison. Jules César passa la dernière nuit de sa vie (15 Mars 710 de Rome).
La Régla de Domitius Calvinus devint donc une partie de la Domus vlrglnea; c'est à elle qu'appartiennent les restes découverts en 1882. et sur lesquels s'élevèrent ensuite des constructions plus récentes. Depuis les dernières fouilles on peut apercevoir d'autres parties très importantes du célèbre édifice.
Parmi ces ruines on voit encore le soubassement d'un petit temple rond et un puit avec l'inscription Régla. On y reconnait le « Sacrarium > de la Regia.
Dans la Regia on gardait le calendrier et les fastes consulaires et triomphaux. Elle devait avoir à peu près la forme indiquée par la ûg. 20 à la page 62.
Temple de Vesta et maison des Vestales.
Le temple et la maison des Vestales avec la Régla pontlfîcls. tels qu'ils nous sont décrits par les écrivains du premier siècle de l'Empire, n'étaient plus les anciens édilices élevés par Xuma. Depuis longtemps ils avaient péri, détruits dans le sac de Rome par les Graulois.
Ces monuments, aussitôt rebâtis furent de nouveau consumés dans l'incendie de l'an de Rome 512.
Reconstruit encore avec plus de magnilicence. le temple fut une troisième fois détruit dans l'incendie de Néron, en l'an 64 de notre ère.
Néron lui même lit réédifier le sanctuarie vénéré.
Un peu plus d'un siècle plus tard, en l'an 191 de notre ère, sous l'empire de Commode, eut lieu cet ef-
froyable incendie dont Hérodien nous a laissé la description.
Une dernière reconstruction du temple fut aussitôt entreprise par Septime-Sévère ; mais on doit bien admettre que dans cette reconstruction du troisième siècle, le temple fut rebâti dans la même forme. C'est à cette reconstruction qu'appartiennent les ruines que nous voyons aujourd'hui.
Qu'on regarde maintenant le soubassement rond du temple primitif, dont on a retrouvé tout récemment le souterrain {favlssae). A côté on voit les fragments des colonnes et des décorations architecturales de répoque de Septime-Sévère qui nous permettent de reconstruir l'édifice. Il était donc entouré de colonnes qui soutenaient le dôme et au dedans il y avait l'autel du feu sacré. L'image de la déesse n'y était pas, comme nous dit Ovide (Fast. III, 45-46).
Quand on est monté à côté du soubassement du temple où sont les fragments des colonnes et des basrelief en marbre, on voit une petite cour intérieure, de laquelle on pouvait passer dans le temple et qui devait être renfermée dans un mur d'enceinte.
On voit aussi un édicule avec une inscription placée au nom du sénat romain ; là était peut-être une statue de la Déesse.
De cet endroit on peut pénétrer à l'intérieur.
Description de l'intérieur du " locus Vestae „.
L'entrée régulière de la maison était vis-à-vis du soubassement du temple rond de Vesta, au-dessous de la Nova via où l'on reconnaît encore les anciennes portes (On suivre le numérotage de la fig. 21, p. 65).
On voit tout de suite le vestibule et l'habitation du concierge et en continuant tout droit on trouve la cuisine récemment déblayée avec le foyer très bien conservé et plusieurs pièces destinées évidemment au service de la maison; de là on pénètre dans l'intérieur de cette splendide résidence (n. 1).
Néanmoins l'entrée ordinaire du public n'est pas la primitive. On arrive tout de suite à Vatrium de
la maison. Dès qu'on y pénètre on voit les différents niveaux du pavé de l'atrium qui a été exhaussé dans la reconstruction du temps de Septime Sévère, après que l'édifice primitif eut été détruit par l'incendie de Commode.
L'habitation des six prêtresses de Vesta était formée d'une magnifique cour ou atrium rectangulaire ; 44 colonnes corinthiennes supportaient le portique qui l'entourait, et dans lequel s'ouvraient les pièces destinées à l'habitation ou aux réceptions.
La maison était divisée en deux étages mais de l'étage supérieur seulement une partie est conservée du côté de la via Nova, limite entre le locus Vestae et le Palatlum. Sur le petit côté au fond de Vatrlum, à l'est, s'ouvre une grande salle voûtée décorée de marbres (n. 2). C'était sans doute le tahlinum, le salon de réception, comme il est facile de le conclure de sa position, de sa grandeur et des restes de ses décorations. Sur les côtés de cette pièce s'ouvrent six chambres, trois de chaque côté ; ce nombre fait penser qu'elles ont pu servir aux Vestales pour conserver les objets ou les vêtements qu'elles employaient pour le culte.
Sur les longs côtés de la cour s'ouvrent plusieurs portes qui conduisent à un corridor intérieur, et qui est, au midi, à un niveau plus élevé que celui de la cour; on va de là aux chambres, et l'on peut y reconnaître les restes de l'escalier qui conduisait à l'étage supérieur. En parcourant ce corridor près de l'atrium, on remarquera dans une chambre un pistrinum ou meule à moudre le blé, puis on verra une autre pièce qui devait servir pour la confection des gâteaux sacrés; il y a aussi quelques salles décorées de peintures et de marbres; dans l'une, plus riche que les autres, on voit l'inscription d'une Vestale. Si l'on revient maintenant au fond du corridor, tout près du pistrinum, on peut visiter une partie encore plus reculée de la maison, c'est-à dire une cour sur laquelle donnent les fenêtres de Tétage supérieur, et qui avait au fond une fontaine.
E-etournànt maintenant au milieu de la grande cour,
Marccchi, Forum Romain et Palatin
B8 Première partie
nous y verrons trois bassins dont deux ont été re* trouvés tout récemment: ils étaient destinés à recueillir l'eau de pluie. Cette particularité répond très bien aux usages religieux des prêtresses de Vesta; car elles ne pouvaient se servir pour les rites sacrés d'une eau qui eût passé par des conduits, mais seulement de l'eau de source ou des fleuves ou de l'eau de pluie.
On voit encore, au milieu de la cour, les restes d'un mur qui nous révèle l'existence d'un petit édifice de forme octogonale (n. 5).
La position même de cet édifice indique un sanctuaire, objet de grande vénération; on pourrait y reconnaître le penus Vestae, à savoir le lieu retiré où l'on gardait les objets les plus sacrés du culte de Vesta.
Le portique couvert qui entouraient Vatrium était orné des statues des grandes Vestales, placées sur des piédestaux pourvus d'inscriptions; ces statues leur étaient élevées par divers personnages, en reconnaissance de la protection qu'ils en avaient reçue. Plusieurs avaie t été trouvées dans les fouilles des siècles passés; plusieurs autres, échappées aux recherches de cette époque, ont été heureusement rendues à la lumière par les fouilles de l'an 1883 84.
Ces inscriptions sont postérieures à la reconstruction de Septime Sévère.
On a trouvé jusqu'ici douze statues de Vestales, dont une assise, presque toutes mutilées: trois seulement ont conservé leur tête. La découverte de ces statues est de la plus grande importance, les représentations des Vestales connues jusqu'à ce jour étant peu nombreuses et assez peu claires; dans l'atrium sont disposées les inscriptions dédiées aux grandes Vestales qui contiennent les noms des Vestales avec le titre de virgo vestalis maxirna (v. v. m) et d'autres qui ont trait aux vertus spéciales et aux soins exercés par elles dans le ministère sacerdotal (figg. 22-23).
Il faut même observer que sur un piédestal placé en l'honneur d'une Vestale, le nom fut effacé par le collège des prêtres qui avaient jurisdiction sur les Ve-
stales. Cette inscription, portant la date de 364, appartient à l'une des dernières grandes Vestales, puisque
Statue de Vestale.
Je collège de ces prêtresses fut dissous par les décrets de Théodose à la fin du quatrième siècle. Il s'agit é/idemment de la memorlae damnatio. J'ai donné l'ex-
gg PREMIÈRE PARTIE
plication de ce tait en démontrant que cette Vestale avait été condamnée après sa conversion au Ohri-
Fig. 23. — Statue de Vestale.
stianisme. Cette explication paraîtra bien Probable s. l'on réflécliit que cette -condamnation, qui dut certainement arriver après l'an 364, correspond a 1 époque d€
la dernière lutte entre le Christianisme et la vieille religion romaine.
Cette explication est si naturelle que tous les archéologues l'ont acceptée, mais presque tous l'ont présentée comme leur opinion à eux. *
Le " lacus Juturnae „ et la " statio aquarum „.
Un souvenir célèbre et vénéré près du temple de Vesta était le lacus Juturnae ou bassin de l'eau qu'on disait jaillie par prodige au pied du Palatin et qui était sous la protection de cette déesse, protectrice des fleuves, des sources et des eaux en général.
La tradition romaine nous a conservé le récit qui mettait en relation cette source avec la prétendue apparition de Castor et Pollux qui annoncèrent la victoire du lac Régille et y abreuvèrent leurs chevaux. De plus la célèbre source est indiquée près du temple de Vesta; et Ovide nous la montre aussi près du temple de Castor et Pollux.
Après la démolition d'une église (janvier 1900) on a mis au jour plusieurs murs de l'époque impériale, et parmi ces murs on voit un édicule qui avait supporté déjà une statue dont on reconnaît encore la base. Au-dessus, dans la frise en marbre on lit les mots: IVTi/RNai Sacrum, qui ne laissent aucun doute sur la destination du monument. Devant cet édicule il y a, encore à sa place, un puteal en travertin avec une inscription à peu près de l'époque d'Auguste (lig. 24, p. 70). , . ^
Nous avons ici un puits très ancien dédié à Juturne, qui fut restauré vers, le commencement de l'Empire par Barbatius Pollio, édile curule. C'était sans doute le puits d'où on tirait l'eau qu'on buvait par dévotion; tout près de là on retrouva un grand nombre de fragments de vases en terre cuite, qu'on peut voir dans une chambre voisine, et avec lesquels on distribuait peut-être cette eau sacrée.
^ Néanmoins M.r Thédenat a eu la délicatesse de me citer comme l'auteur de cette explication.
PRKMIKRK PARTIR
Devant l'édicule on voit un autel en marbre placé plus tard et à un niveau plus élevé que le primitif. Il y a un groupe que j'ai expliqué comme représentant les
adieux de Juturne et de Turnus, d'après la ^description de Virgile.
Un peu au devant de l'édicule et presque sur la petite ruelle qu'on pourrait appeler vlcus Vestae, on peut voir un bassin de forme rectangulaire décoré de marbre
blanc, au milieu duquel il y a une base en maçonnerie. On doit y reconnaître le vrai lacus luturnae de la célèbre jlégende, parce que ce lacus était à côté du
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0 cS
temple de Castor d'après le témoignage d'Ovide; mais il fut restauré peut-être au deuxième siècle. La base du milieu devait être destinée à supporter quelques sculptures; peut être un groupe représentant les deux Dioscures (fig. 25).
Sur le bord du lacus luturnae on a placé un cippe en marbre retrouvé tout près d'ici avec des sculptures du deuxième siècle. lupiter debout, Leda avec le cygne, les deux Diosciires et une figure de femme avec un flambeau qui peut être Diane Lucifëre ou Vesta.
A côté du lacus Juturnae il y a des chambres dans lesquelles, après la découverte d'une inscription de l'époque* de Constantin, on a reconnu un des bureaux de la Statlo aquarum, c' est à dire du service administratif des eaux qui était placé sous la protection de la déesse Juturne. Dans la plus grande de ces pièces, on voit quelques fragments d' un cheval en marbre qui faisait partie du groupe des dioscures placé au millieu du lac voisin.
A droite, au dessus du Palatin, on voit un groupe de ruines dans lequel quelques archéologues reconnaissent le temple -d'Auguste {aedes divi Augusti) rappelé par Suétone dans la Vie de Callgula. Le biographe raconte en effet que cet empereur fit passer au-dessus de cet édifice un pont reliant le palais au temple de Jupiter Capitolin.
Dans ce monument on construisit plus tard la célèbre église de S. Maria antiqua, dont on trouvera la description dans l'appendice sur les souvenirs chrétiens du Forum.
Et maintenant, pour finir la visite, il faut jeter un coup d'oeil sur toute l'étendue de la voie Sacrée quoique cette partie doive être considérée comme extérieure au Forum proprement dit.
La voie Sacrée et ses monuments au dehors de la place du Forum jusqu'au Colisée et à l'arc de Constantin.
La voie Sacrée primitive devait conduire du Palatin au Forum; ensuite elle fut prolongée d'un côté jusqu'au Capitole et de l'autre jusqu'à la vallée où, à l'époque impériale, on construisit l'amphithéâtre. C'est peut-être par suite de ce souvenir que le peuple
de Rome ne donnait le nom de via Sacra qu'au tronçon primitif.
La voie Sacrée, arrivée au plus haut point de cette hauteur appelée Vella, atteignait le niveau le plus élevé de son parcours et prenait le nom de Summa Sacra via, là où fut élevé plus tard Varc de Titus.
On peut donc dire d'une manière générale que la voie Sacrée, partant de la place où est maintenant le Colisée, longeait le magnifique temjde de Vénus et Rome, et après avoir passé sous l'arc de Titus, descendait dans la vallée du Forum, pour atteindre ensuite le Capitole. Mais s'il n'y a aucun doute sur la direction générale de cette voie célèbre, on ne peut en dire autant de sa direction précise depuis l'arc de Titus jusqu'au Capitole. A la suite des fouilles de Canina, et de celles plus récentes dirigées par M. Rosa, l'opinion la plus commune a été que la voie Sacrée, aussitôt après avoir touché l'arc de Titus, tournait à droite, passait devant la basilique de Constantin (appelé vulgairement le « temple de la Paix »), de là allait en droite ligne jusqu'au delà du temple d'Antom'n et Faustine : puis elle revenait à gauche en passant devant la façade du temple de César, et arrivée en face de celui de Castor et Pollux, fléchissait à droite pour longer la basilique Iulia, et atteignait enfin le cîivus Cupitolinus.
La voie Sacrée primitive devait se réunir avec Tancienne voie du côté nord du Forum (sub Novis), derrière le temple de César; et la voie formée de cette réunion allait d'un côté jusqu'au Comice et devait continuer de l'autre en ligne droite vers l'amphithéâtre Flavien. Il est donc admissible qu'à l'époque impériale on pouvait donner le nom de voie Sacrée aux deux branches, septentrionale (via Sacra sub Novis) et méridionale {via Sacra sub Veteribus). Mais la direction en ligne droite vers l'amphitéâtre dut être changée après la construction du temple de Vénus et Rome, bâti par Hadrien; et alors la voie Sacrée dut être déplacée dans la direction de la route qui va de l'arc de Titus au Colisée.
En conclusion on peut dire que la direction de la voie Sacrée primitive fut modifiée au moins deux fois; d'abord, après la construction du temj)le de César, à l'é])oque d'Auguste, et une seconde fois à l'époque d'Hadrien.
^Temple d'Antonin et Faustine.
Sur cette voie se trouve d'abord le magnifique temple d'Antonin et Faustine, si connu de tous (Saint-Laurent in Mirandn) qu'il est inutile de le décrire. Je dirai seulement qu'il fut consacré en 141 par Antonin à sa femme Faustine avec l'inscriptione DIVAE • FAV- STINAE • EX • S • C • (ex' Senatus consulto), etqu'a^^rès la mort de l'empereur, on se contenta d'ajouter au-dessus la première ligne: DI\'0 • ANTONINO • ET • On a déblayé l'escalier du temple où on peut voir la base de l'autel placée à l'extérieur de l'édifice; et tout récemment on y retrouva un beau fragment de la statue assise de l'impératrice Faustine, qui est rej^résentée sur une médaille d'Antonin le Pieux (fig. 26).
Nécropole et prétendu " Carcer „.
A côté de ce temple, on voit une ouverture et au fond on aperçoit des traces très importantes de tombeaux de la plus haute antiquité. On y a reconnu une partie d' une nécropole antérieure à la fondation du Forum et qui a très probablement servi aux habitants primitifs du Palatin, c'est à dire aux anciens pasteurs latins, compagnons du fondateur de la ville.
A droite on voit un petit édifice formé de quelques chambres aujourdhui souterraines. On a donné à ce monument le nom de Carcer] mais ce nom est tout à
Fia. -2(1 Monnaie avec le temple d'Antonin et Faustine.
fait arbitraire. On }'■ peut reconnaitre plutôt un local destiné à renfermer des objects précieux appartenant aux commervants du Forum.
L' édifice qui vient après, (aujourdliui église de SS. Côme et Damien), forme un groupe monumental bien important. On y reconnaît le Templum Sacrae Urbis et le Templum RomxiU.
" Templum Sacrae Urbis — Templum Romuli. „
Le premier contenait les archives de la ville. Il fut construit par Vespasien sur son Forum. A la suite du grand incendie de 191, il fut restauré par SeptimeîSévère et Caracalla qui y fixèrent le plan de Rome qu'ils avaient ordonné. L'édifice prit alors le nom de templinn Sacrae Urbis. Il était entièrement fermé du côté de la voie Sacrée, et avait une entrée latérale, précédée d'un portique, à droite de qui le regarde du Forum. Au commencement du quatrième siècle, Maxence voulant élever un heroon à son filsRomulus. construisit le petit temple rond adossé au templum Urbis, avec une entrée séparée sur la voie Sacrée. Les deux édifices demeurèrent indépendants l'un de l'autre jusqu'au sixième siècle; alors le pape Félix IV, vers l'an 526, fit du templum Urbis, depuis longtemps abandonné, une église dédiée aux Saints-Côme et-Damien.
Le grand mur en opus quadraium est ce qui reste de l'édifice primitif construit par Vespasien; et les grandes restaurations en briques sont de Septime- Sévère lorsque cet édifice prit le nom de templum Sacrae Urbis.
C'est au mur postérieur de cet édifice qu'on avait fixé l'ancien plan en marbre de la ville de Rome). (Forma Urbis). Dans ce mur, on voit encore les traces des tables en marbre de la Forme ; et devant on reconnaît le pavé en marbre du Forum de la paix bâti par Vespasien. C'est ici, dans le temple de la paix, (qui n'est plus visible), qu'on garde le candélabre du temple de Jérusalem transporté à Carthage par Grenséric, l'an 456 de notre ère.
76 PRKMIÈRK PARTIR
Basilique de Constantin.
En continuant sur la voie sacrée, nous pourrons admirer les restes imposants du magnifique édifice appelé vulgairement le temple de la Paix. Aujourd'hui tout le monde sait que, comme Nibby l'a démontré, c'était la basilique commencée par Maxence et dédiée par Constantin.
C'est une immense salle rectangulaire divisée en. trois nefs, dont le grand côté donne sur la voie Sacrée. Elle avait deux entrées principales: l'une sur la voie Sacrée, au milieu de la façade, et qui était précédée d'un escalier, encore bien reconnaissable, l'autre sur le côté court, du côté de Sancta Maria Nova, donnant sur une rue transversale. Chacune de ces entrées correspondait à une abside, dont Tune, celle qui est en l'ace de la voie Sacrée, renferme un autel. La nef du milieu est beaucoup plus grande que les deux autres, et elle était magnifiquement ornée de grandes colonnes de marbre, sur lesquelles courait un riche entablement, dont des fragments, en énormes blocs de marbre, se voient encore sur le sol; au-dessus s'élançait une immense voûte qui recouvrait tonte la basilique. Une des colonnes était encore debout du temps de Paul V, qui la fit trasporter sur la place de Sainte- Marie-Majeure.
Quand on a vu la basilique de Constantin on monte à la Sinnma Sacra Via où on voit le célèbre arc triomphal de Titus qui rappelle la prise de Jérusalem l'an 70 de J.-C, avec le bas-relief qui représente le candélabre du temple de Jérusalem. De là on descend toujours sur la voie sacrée ; et à gauche on admire les ruines imposantes du temple de Vénus et Rome bâti par Hadrien et à droite un monument où on peut reconnaître un édifice de bains. D'après quelques archéologues, cet édifice serait devenu plus tard une église chrétienne.
On arrive enfin à la place de l'amphithéâtre, où commençait à gauche la voie sacrée (capiit sacras viae apud sacellum Streniae). A droite, où est la voie qui passe
SOUS l'arc de Constantin, on doit reconnaître la voie triomphale qui conduisait jusqu'à la porte Capène et à la voie Appienne.
Et voici achevée la visite des monuments classiques du Forum.
Souvenirs chrétiens du Forum romain.
Comme on a dit dès le commencement, plusieurs monuments païens du Forum furent transformés en églises chrétiennes dès le cinquième siècle. Cette transformation matérielle est très importante, parce qu'elle nous représente la transformation morale de l'empire devenu chrétien.
ç Sainte-Marie Antique.^
'N. B. — A cause du gratid intérêt des visiteurs pour cette église célèbre fen donnerai ici tcne description détaillée.
Le monument chrétien le plus important du Forum est certainement l'église appelée « Sancta Maria antiqua » dès le huitième siècle et qui par conséquent doit remonter au moins au cinquième siècle. On peut considérer cette église comme un monument qui a consacré le passage de la ville et de l'empire du paganisme au christianisme ; et en effet cette église fut placée là où avait été le centre principal du culte idolâtrique dans le Forum romain et par sa dédicace on a substitué le culte chrétien de la Vierge comme Mère du Christ auteur de la nouvelle foi, au culte de Vesta et de Juturne. L'église de S. Maria antiqua avait été abandonnée au ix^ siècle quand on transporta sa dénomination à l'autre église dite S. Maria Nova; alors l'ancienne basilique fut cachée sous les décombres et on éleva au dessus l'église de S. Maria libératrice démolie en 1900.
Dès qu'on a traversé le vestibule de la maison de Caligula derrière le temple de Castor et Pollux, on se trouve dans une grande salle où l'on remarque les
^ J'ai donné la première description de cette découverte dans le Nuovo Bullettino di arch. crist., 1900, p. 285-320.
PRKMIKRE PARTIE
divers éléments ar(;liitectoni(|uei> dont se composait la. basilique chrétienne: V atrhim, le narthex, la nef, le presbyterlnm et l'abside ffig. 27). '
Piau de :S.iiicta Maria Antiqua.
JJatrium, comme tout le reste de l'église, était orné de peintures aujourd'hui très endommagées. Sur le mur de droite, on reconnaît quelques figures, entre autres celle de la Vierge (MAEIA REGINA), du pontife Saint Silvestre (SCS • SILBESTRVS) et le portrait
^ Au milieu de l'atrium on voit les traces d'une construction très ancienne ensevelie au dessous.
• l'un autre personnage que j'ai reconnu comme étant Hadrien I^'\ avec son nom.
Le nimbe carré indique qu'il était encore vivant quand fut exécutée cette composition (a. 772-795). A la paroi de gauche, quelques portraits de Saints, puis dans une niche Saint Abbacire et sur l'épaisseur de la muraille, la scène de la sépulture de saint Antoine.
L'église était divisée en trois nefs par des colonnes en marbre, appartenant à l'ancien édifice; et la partie antérieure de la nef centrale était occupée par la schola cantorum. Au fond on voit le presbytère et l'abside où était le maître autel.
Au millieu de la schola cantorum, on voit le soubassement de l'ambon ; et de cet ambon on a retrouvé une base en marbre avec une inscription grecque et latine du pape Jean VII (a. 705-707) où le pape se déclare < serviteur de la sainte Mère de Dieu ». Ce marbre est très important pour identifier Téglise parce qu'on sait par le livre pontifical que Jean YII fit un ambon en marbre dans l'église de « S. Maria An tiqua » (fig. 28, p. 80).
Les parois de l'église étaient aussi entièrement peintes; les fresques les mieux conservées sont celles du mur de gauche en entrant. Il y a, dans le haut, toute une série de tableaux représentant des épisodes de l'histoire biblique de Joseph, avec des légendes explicatives en latin (huitième siècle). En commençant par la gauche, on rencontre successivement: Le songe de Joseph - Joseph caché dans un puits et vendu par ses frères aux marchands ismaélites - Joseph devant Putiphar - La scène de la tentation - Joseph mis en prison avec Véchanson et le panetier - Le festin de Pharaon, où Ion voit, selon la prédiction de Joseph, l'échansou rentré en grâce et le panetier pendu à un gibet.
Au-dessous se déroule une composition grandiose de la même époque. Le Sauveur est assis sur une chaire, le livre des Evangiles en main; deux groupes de Saints l'entourent, appartenant, l'un à l'Eglise latine, l'autre
à l'Eglise grecque. A côté de chaque figure est tracé verticalement le nom du Saint, en lettres grecques de couleur blanche sur fond d'azur. En voici l'ordre: à
droite du Sauveur, dix saints latins : Saint Clément, Saint Sylvestre, Saint Léon, Saint Alexandre (?) Saint Valentin, Saint Abundius, Saint JEuthymius, Saint Sahhas, Saint Sergius, Saint Grégoire, Saint Bacchus, Saint Marnas (?) ; à gauche dix saints grecs : Saint Jean Chrysostôme, Saint Grégoire de Nazianze, Saint Basile, Saiîtt Pierre d'Alexandrie, Saint Cyrille, Saint Epiphane, Saisit Athanase, Saint Nicolas, Saint Erasme.
LE FORTJM ROMAIN 81
Ces fresques semblent être du huitième siècle ; celles de l'histoire de Joseph remonteraient donc à la même époque, puisqu'elles ont été exécutées sur la même couche d'enduit.
Sur le mur opposé, parmi de nombreux restes de peintures détériorées, il l'aut remarquer une niche avec les figures de trois femmes portant chacune un enfant dans les bras. Celle du milieu est la Vierge Marie avec V Enfant Jésus ; à sa droite, Sainte Anne avec la Sainte Vierge enfant; à gauche. Sainte Elisabeth avec Saint Jean-Baptiste. C'est un motif absolument nouveau et tout à fait gracieux. L'image de Sainte Anne présente un intérêt spécial pour l'histoire de son culte en Occident. Elle est peut-être la plus ancienne.
Suivent, dans les autres parties de l'église, d'autres scènes bibliques dont les sujets sont à peine reconnaissablés. Cependant, tout près de l'entrée du preshyterium, deux petits tableaux, dont l'un se rapporte à l'histoire d^Ezéchias, que l'on voit étendu sur son lit et recevant la visite du prophète, et l'autre à la mort du géant Goliath.
Mais les peintures les plus importantes sont celles des murs latéraux qui précèdent immédiatement l'abside et celles de l'abside elle-même où devait être l'autel. Commençons par le mur qui surmonte l'abside. Dans le haut, on aperçoit presque effacée la partie gauche d'un Crucifix, et tout autour divers groupes de chérubins et d'autres anges dans l'attitude de l'adoration. En bas, on distingue le monceau de pierres sur lequel la croix était plantée et, de chaque côté, deux grandes banderolles rouges portant une inscription grecque en lettres blanches. L'inscription de droite est seule lisible; elle se compose de treize lignes et renferme plusieurs passages des prophéties bibliques concernant la passion du Sauveur. Il y a des versets du Cantique des Cantiques, de Zacharie, d' Amos, de Baruch, de saint Jean.*
^ J'ai donné le premier la transcription et la traduction de cette inscription dans le Nuovo Bullettino^ 1. c.
Mabitcchi, Forum Romain et Palatin 6
Au-dessous de l'inscription est peint un groupe d'hommes et dt femmes tournés vers le Crucifix qu'ils paraissent adorer. Je suppose qu'on a voulu représenter les diverses nations attirées par la croix de Jésus-Christ, suivant la prophétie du Sauveur luimême : Si exaUatus fuero a terra, omnla traham ad me ipsum.
Plus bas s'ouvre l'abside, taillée dans le mur à courtine de l'époque impériale (fig. 29). Elle est couverte d'une fresque de grandes dimensions: au milieu, le Sauvetir, le livre des Evangiles dans la main gauche, ]a droite levée pour bénir; à ses côtés la Ste Vierge et deux groupes représentant les symboles des Evangélistes enveloppés dans des ailes de chérubins. A droite du Sauveur on remarque le portrait du pape Paul P''' (756-767)^ avec son nom et le nimbe carré, indice d' un personnage vivant.
Le mur dans lequel fut ouverte l'abside a été aussi décoré de peintures. Il y reste en haut quatre figures de pontifes portant les livres des Evangiles. Leur nimbe est rond, sauf pour la dernière figure à gauche, qui a le nimbe carré. Un nom accompagnait chaque portrait; il n'en reste presque plus de traces, j'ai seulement pu lire, à côté de la figure de droite, le nom, presque effacé, du pape Martin I®^ (649-655).
Sur le mur de droite (en regardant l'abside) il y a eu superposition de plusieurs enduits recouverts de peintures. La plus ancienne de ces fresques représente la Sainte Vierge; elle a le type byzantin caractéristique du sixième siècle. Sur une autre couche d'enduit on distingue deux têtes d'anges d'un type qui semble plus ancien, presque classique. Enfin les peintures d'une troisième couche sont du huitième siècle; elles ont été exécutées en même temps que les autres travaux du pape Paul I®^; parmi d'autres figures de saints on reconnaît celle de Saint Grégoire de Nazlanze.
Des tableaux de la vie de Notre Seigneur, d'après l'Evangile, devaient orner les murs latéraux et former un ensemble complet avec le Crucifix du fond. Il en
dd
reste la scène de V Epiphanie, où les Mages sont désignés par leur nom générique : saint Joseph par son nom propre; plus bas, la Marche vers le Calvaire, et le Cyrénéen portant la cioix. Au-dessous, dans douze
se
médaillons, les bustes des douze Apôtres; les seuls noms encore lisibles sont, du côté gauche, ceux des saints Paul, André et Jean. Toutes ces peintures appartiennent, semble t-il, à la couche moyenne sur laquelle sont les fresques de Paul I®^. Sous les bustes des Apôtres court une élégante frise de feuillages en
stuc; une décoration imitant le marbre et la draperie couvre la partie inférieure de la paroi, elle reparaît d'ailleurs ça et là tout autour de l'édifice.
Une inscription dédicatoire était peinte en bas sur le mur de l'abside, partie à droite et partie à gauche. Quoiqu'il n'en reste que peu de lettres, on peut en reconstituer sûrement la première moitié dédiée à la Vierge. {Sanctae Dei geniti-ici semperqiie Vlrginl Marlcie).
Cette inscription rappelait probablement la dédicace par le pape Jean VII (705-707), après la restauration de l'église.
Cette identification se trouve confirmée par les fresques de l'oratoire qui s'ouvre à gauche de l'abside et que nous allons voir maintenant (fig. 30). Sur la paroi du fond, dans une niche rectangulaire, est peinte l'image du Crucifix, dans le style du huitième siècle, comme sur d'autres monuments bien connus de la période byzantine, l'évangéliaire syriaque de la Laurentienne à Morence, la fresque du cimetière de Saint-Valentin et la mosaïque de Jean VII au Vatican. Le Sauveur, vivant, est couronné du nimbe cruciforme, vêtu du colohlum et suspendu à la croix par quatre clous sans appui pour les pieds. Le titre de la croix a la forme d'une cartouche à anses et porte en grec l'inscription : « Jésus de Nazareth roi des Juifs ». En haut sont figurés, comme à Saint-Valentin, le soleil et la lune: ils rappellent l'obscurcissement du soleil, arrivé en pleine lune au moment de la mort du Sauveur. La croix est plantée dans un terrain rocailleux, et le peintre y a tracé d'épaisses lignes ondulées pour indiquer que les rochers se fendirent : Et petrae scissae sunt. . . Au pied de la croix sont debout Marie et Jean, puis deux soldats, dont l'un, Longin. perce de la lance le côté du Sauveur, et l'autre l'abreuve de fiel. Les deux palmiers qui encadrent la composition font penser à la Palestine et achèvent de donner la couleur locale. Ce magnifique tableau a été retrouvé en parfait état de conservation.
Celui qui se développait au-dessous est malheureusement un peu dégradé. La Vierge, assise et tenant
sur ses genoux V Enfant Jésus, en formait le centre on n'en voit plus la partie supérieure, jusqu'à la poitrine. Cette ligure principale était accompagnée de quatre autres, ce'le de Saint Pierre et Saint Paul, et
Fig. 30. — Peintures du TIII siècle de la chapelle aes SS. Cyr et julitte à S. Maria Antiqua.
des martyrs Saint Cyr et Sainte Jiilitte, à qui était dédié l'oratoire. La date de ces ])eintures nous est connue d'une façon certaine. En effet le pape Zacharie (741-752), représenté à gauche avec son nom porte le nimbe carré. A droite, un personnage, revêtu de la tunique et d'un ample manteau, présente à la Très Sainte Vierge une réduction de l'oratoire. Il a lui aussi le nimbe carré, et de chaque côté de la tête est tracée une inscription très importante, qui nous indique son nom et ses fonctions. Il s'appelait Théodote et on y dit qu'il était dispensator (administrateur) de l'église de S. Maria antiqua.
Les tableaux des parois latérales représentent des épisodes de la mort des S. Cyr et Ste Julitte et sont accompagnés par des inscriptions peintes. En commençant par le mur à gauche en entrant on observe :
Sainte Julitte devant le juge.
Saint Cyr jeté en prison.
Saint Cyr flagellé.
Saint Cyr, à qui on vient de couper la langue, parle au président du tribunal:
Le président porte aussi son nom.
Saint Cyr et Sainte Julitte dans la prison. Sur l'autre paroi :
Les deux Saints étendus dans une grande poêle.
Saint Cyr tourmenté par les bourreaux qui lui enfoncent des clous dans la tête.
Mort de Saint Cyr ; un bourreau, le tenant par un pied, lui brise la tête sur les gradins du tribunal.
Deux personnages assez jeunes, un homme et une femme, portant le nimbe carré, entourent Sainte Julitte, donl il ne reste que la partie inférieure.
Sur le mur dans lequel est ouverte la porte, à droite:
Un personnage barbu, la tête entourée du nimbe carré, et un cierge à la main, se tient à genoux devant Saint Cyr et Sainte Julitte. Ce personnage et les deux autres dont il vient d'être question sont probablement des membres de la famille de Théodote, propriétaire de la chapelle.
Sur le même mur, à gauche:
Trois Saintes et un Saint.
Enfin, avant de sortir de la chapelle, il faut observer que devant la paroi du fond on remarque la base en marbre d'un petit autel.
Une seconde chapelle, ornée elle aussi de peintures, qui sont peut-être d'une époque un peu postérieure, est disposée symétriquement de l'autre côté de l'abside centrale. Les figures de Saints représentées sur les murs, et accompagnées de leurs noms, ont été bien endommagées. On peut néanmoins distinguer, sur la paroi du fond. Saint Corne, Saint Damien, Saint Abbacire et Saint Etienne.
Dans l'église on peut voir quelques sarcophages transportés d'un autre endroit et emploj'és comme sépulture ici au septième ou huitième siècle. L'ndeces sarcophages est très important, à cause des sculptures chrétiennes du quatrième siècle dont il est décoré, et qui représentent le Bon Pasteur, VOraute, le baptême du Christ et le cycle de Jonas, symbole de la Résurrection.
Avant de quitter l'église on peut observer la montée qui mettait en communication cet endroit avec le palais impérial. Elle appartient à l'époque romaine et servait aux empereurs pour monter, même à cheval, jusqu'à leur résidence. Cette voie de communication est imposante et aboutit au sommet du Palatin, devant cette porte de la maison de Caligula qui fut substituée à l'ancienne porte romaine de la Rome Carrée (v. le Palatin).
En revenant à l'église et en sortant, on peut voir à droite un oratoire latéral assez grand, terminé par une abside, et orné de peintures en assez mauvais état. Celle de l'abside représente le Supplice des quarante Martyrs de Sébaste. en Arménie, plongés dans l'eau glacée. C'est probablement à eux que la chapelle était dédiée. Sur le mur du fond, on voit en peinture des agneaux et des paons symboliques et ces lampes de forme circulaire, coronae, qui se suspendaient à la pergula devant l'autel des basiliques. Sur la paroi de
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gauche, une longue série de Saints que les nombreuses crevasses de l'enduit ont rendu méconnaissables.
Saints-Côme-et-Damien.
L'église des Saints-Côme-etDamien, située du côté opposé du Forum, est aussi un monument très important.
Elle est formée de deux édifices d'âge différent et à l'origine tout à fait distincts : une salle rectangulaire en opus quadratum, du commencement de l'époque impériale, le temple de Rome, templum Sacrae tjrbis; et un édifice rond, en briques, élevé au quatrième siècle par Maxence à la mémoire de son fils Romulus. Ainsi qu'on l'a déjà dit, le temphim Sacrae Urhis avait son entrée sur une rue perj^endiculaire à la voie Sacrée ; c'est là qu'on gardait les registres du cadastre et des impôts, et sur le mur qui regardait le Forum Pacis on avait fixé le célèbre plan sur marbre de Rome antique, aujourd'hui placé au Capitole dans le palais des Conservatori. Le temple de Romulus s'ouvrait sur la voie Sacrée; la façade formait un hémic^^'cle orné de quatre colonnes corinthiennes. Comme les autres monuments érigés par Maxence, celui-ci fut, après le triomphe de Constantin, dédié à l'heureux vainqueur.
Les deux monuments durent rester consacrés à des services publics jusqu'au pontificat de Félix IV. Le roi ostrogoth Théodoric, alors maître de l'Italie, autorisa ce pape à les réunir.
La dédicace eut lieu en 526, la dernière année du règne de Théodoric.
Le pape réunit les deux monuments, et dans l'édifice rectangulaire construisit une grande abside qu'il orna de la mosaïque que nous y voyons encore (fig. 31). Splendide composition, qui, malgré l'époque de décadence où elle fut exécutée, nous renvoie comme un reflet de l'antique magnificence romaine. Le centre est occupé par le Sauveur, debout sur des nuages et lar gement nimbé ; les Apôtres Pierre et Paul lui présentent les deux martyrs titulaires de l'église; aux extrémités se tiennent le martyr Saint Théodore, et
Fauteur même du monument, Félix IV, dont malheureusement la tête a été'refaite au temps d'Urbain VIII.
Tout ce tableau est de style byzantin. Au-dessous, la représentation accoutumée de V Agneau mystique entouré de son troupeau. Plus bas, une inscription métrique, en lettres d'or sur fond d'azur, consacrant
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l'édifice aux deux médecins martyrs et les donnant comme protecteurs au peuple chrétien.
La basilique du sixième siècle fut ensuite plusieurs fois restaurée et embellie. Son niveau était alors celui du Forum. Au moyen-âge, on orna le vestibule rond de peintures dont il reste quelques traces. Les marbres alors employés furent, selon l'usage du temps, tirés de diverses localités.
Le pape Urbain VIII, afin de soustraire l'église aux ravages de l'humidité produite par l'exhaussement du sol environnant, releva le pavé jusqu'au niveau actuel. L'église de Félix IV fut peu à peu ensevelie sous les ruines; on l'en a tirée récemment, lorsqu'on déterrant la partie de la voie Sacrée qui passait devant, on dégagea la façade et la porte d'entrée du temple de Romulus, et en même temps quelques restes de la diaconie primitive.
Oratoire des Saints-Pierre-et-Paul et souvenir de la chute de Simon le Magicien.
Près de l'église des Saints-Côme-et-Damien s'élevait jadis un oratoire rappelant un souvenir de Saint Pierre. Les Actes apocryphes des Saints Pierre et Paul et Grégoire de Tours racontent le célèbre épisode de la chute de Simon le Magicien au milieu du Forum, en présence du chef des apôtres. D'après une autre légende conservée par le Pseudo Marcellus, l'événement serait arrivé au Champ de Mars, mais la chute aurait eu lieu également sur le Forum, où on voyait encore les pierres qui y étaient conservées. En mémoire de ce prodige, le pape Paul I®"* construisit une chapelle sur la voie Sacrée qui était probablement à côté de l'église des Saints Côme-et-Damien.
L'oratoire érigé par Paul 1% s'appelait Sanctiis Pefriis in Silice, ubi cecidit Simon Magus. Quand il fut abandonné, on transporta à Sancta Maria Nova, où on y montre encore, un ancien pavé de la voie Sacrée, sur lequel, d'après la croyance populaire, saint Pierre aurait laissé l'empreinte de ses genoux quand il se mit en prières pour obtenir que le Sei-
gneur confondît le magicien. A cause de cette circonstance c'est bien ici la place d'une courte description de cette dernière église.
Sainte-Marie-Nouvelle.
Apres l'abandon de Sainte- Marie Antique, Léon IV construisit Sancta Maria Nova dans le temple de Vénus et Rome. La voie Sacrée passait primitivement à cet endroit. Le temple double de Vénus et Rome fut commencé par Hadrien en 121 et dédié en 134 ou 135 à l'occasion de l'anniversaire de la fondation de Rome.
Les lois de Théodose fermèrent le temple, mais le laissèrent subsister. En 625, le pape Honorius I®^ enleva la toiture décorée de bronze, nouvelle preuve qu'à cette époque il n'y avait pas encore là d'église chrétienne.
Dans ce temple abandonné et sans toiture fut érigée Sancta Maria Xova. Léon IV n'eut pas le temps de la faire orner de peintures. Ce fut l' œuvre de Nicolas I^^ son second successeur. Alexandre III (1161), la transforma et fit élever le clocher.
Il y avait à côté la célèbre turris chartularia, qui devait se rattacher au palais des papes sur le Palatin et qui renfermait les archives. Elle fut au moyen âge la propriété des Frangipani. Pie VII fit détruire ce qui en restait encore, afin de dégager l'arc de Titus; il n'en subsiste plus que quelques ruines, près des bains qu'on aperçoit à droite en descendant de cet arc vers le Colisée.
L'église fut restaurée par Honorius III (1216), puis, par Paul V (1615), qui construisit la façade. Il y a encore dans le pavé quelques traces à^opus des Cosmates. Les presbyterium est élevé, comme dans plusieurs anciennes basiliques. Les mosaïques de l'abside ne forment qu'une partie de celles qui décoraient autrefois l'église. Ciampini les rapportait au temps de Nicolas I*^^" (neuvième siècle); J. B.DeRossi les attribue avec raison au douzième siècle, au temps d'Alexandre III. Ce qui en reste représente la Très Sainte
Vierge au milieu de Saint Pierre, Saint André (à sa gauche), Saint Jacques et Saint Jean (à sa droite). La présence de Saint André peut être un souvenir de l'oratoire dédié à cet apôtre dans l'église de Sancta Maria Antiqua.
Il y a aussi à remarquer une image de la Très Sainte Vierge apportée, dit on, de Terre-Sainte au onzième siècle. La confession est ancienne; elle remonte sans doute jusqu'à Léon IV, qui dut y déposer des reliques transférées des catacombes; le Bernin la transforma pour y placer le tombeau de sainte Françoise romaine.
Dans la nef latérale, à droite, on a fixé au mur les pierres sur lesquelles, d'après la légende, saint Pierre se serait agenouillé pour attendre la chute de Simon le Magicien et qui y étaient déjà en 1375.
Il faut noter enfin plusieurs tombeaux : dans le sanctuaire, celui de Grégoire XI, qui ramena le Saint- Siège d'Avignon à Rome (1377) ; le monument n'a été élevé qu'en 1584: dans le vestibule latéral, le tombeau d'Antoine Riddo, dux copiarum, chef de l'armée pontificale sous Nicolas V. Le triste César Borgia fut cardinal-diacre de ce titre jusqu'à ce qu'il renonça à la dignité cardinalice après l'avoir déshonorée pendant cinq ans (1493-1498).
Saint-Laurent-în-Miranda.
Cette église voisine des Saints-Côme-et-Damien et dédiée à saint Laurent, était le temple d'Antonin et Faustine. Sa transformation en édifice religieux remonte probablement au septième ou au huitième siècle et doit se rattacher à quelque ancienne tradition rela tive au martyre de saint Laurent.
Le nom de Miranda est indiqué déjà dans les Mirabilia Urhis Romae au XII siècle. L'église moderne n'offre aucun intérêt.
Saint-Hadrien.
Cette église était, comme on l'a déjà dit, l'ancienne Curie placée au milieu du Comice. Honorius I®^, vers 630,
la" dédia au martyr saint Hadrien, dont les reliques venaient d'être rapportées de Nicoinédie. le lieu de sa mort sous Dioclétien. Le vieux palais du Sénat était donc, au septième siècle, déjà abandonné.
Les documents du moyen-âge joignent au nom de l'église de Saint-Hadrien l'indication in Tribus Foris. La dénomination de Templum fatale, que l'on rencontre quelquefois, pourrait tirer son origine des statues des Parques qui existaient autrefois dans le Comice, ou plutôt des nombreux monuments qui se rattachaient aux origines de E-ome et que l'on conservait avec un soin superstitieux.
L'église de Saint-Hadrien, devenue par la suite une des plus importantes diaconies, reçut au treizième siècle les reliques des célèbres martyrs Nérée, Achillée et Domitille, que Baronius rendit plus tard à leur siège primitif, le titre de Fasciola sur la voie Appienne.
Sainte-Martine (appelée aussi s. Lucas).
Il y avait là le Secretarium Senatus, c'est-à-dire les bureaux annexés au palais du Sénat. Du reste les deux églises de Sainte-Martine et de Saint-Hadrien n'étaient pas séparées par la rue actuelle.
Nous ignorons l'époque précise de la consécration de Sainte-Martine. Ln passage de la Vie de Saint Grégoire par Jean Diacre permettrait de penser que dès le septième siècle il y avait au moins un oratoire dédié à cette martyre. En tout cas l'église existait certainement au neuvième siècle: le Liber ponti/ïcalis en fait mention dans la Vie de Léon III.
Sainte Martine est une martyre romaine, dont l'histoire est restée fort obscure. Le Martyrologe Romain place sa mort au temps d'Alexandre-Sévère. C'est peutêtre une erreur de date, semblable à celle qui avait cours autrefois relativement à la mort de sainte Cécile.
Du tombeau primitif de Martine nous ne savons rien.
Nous pouvons seulement conjecturer que, comme les autres églises de la ville dédiées à quelque martyr
romain, celle-ci conservait un souvenir local de la sainte titulaire, et que l'histoire de Martine avait, peut-être, quelque relation avec les bureaux du Sénat.
Le souterrain a été orné de marbres magnifiques par la munificence d'Urbain VIII. Son niveau représente celui de l'ancienne église. Cette crypte renferme beaucoup de reliques de martyrs. Mais il faut tenir pour apocryphe une inscription qu'on y peut lire et qui a eu, bien à tort, un célébr. té mondiale, celle d'un prétendu architecte du Colisé Gaudentliis qui aurait été martyrisé sous Vespasien. Cette inscription n'est qu'une grossière contrefaçon du XVII siècle.
L'oratoire des Saints-Pierre-et-Paul dans la prison appelée Mamertine.
Dans la prison Mamertine, suivant une tradition, furent enfermés, au temps de Néron, les saints apôtres Pierre et Paul. L'histoire ne contredit pas positivement cette tradition, car sous l'Empire la prison au-dessous du Capitole et son cachot souterrain, le TaUlanum, servaient encore de prison publique.
Toutefois cette tradition est consignée pour la première fois dans les Actes des Saints Procès et Martmien, document légendaire qui ne remonte pas au delà du sixième siècle.
Un fait qui n'est pas douteux, c'est que le culte de saint Pierre se manifesta de très bonne heure dans cet antique monument du Forum. Nous le trouvons indiqué dès le huitième siècle dans l'itinéraire d'Ensiedeln où on montre parmi les monuments du Forum « Fons sancti Pétri ubi est carcer ejus ».
Du reste, si la légende relative à l'emprisonnement de saint Pierre est très ancienne, on ne doit pas la confondre avec les autres légendes qui sont venues postérieurement s'y ajouter, comme, p. e., la légende du trou fait par la tête de saint Pierre et celle de la source jaillie prodigieusement à l'occasion du baptême des saints Procès et Martinien.
Les églises que nous avons indiquées sont les plus importantes. Il y en avait néanmoins encore d'autres; mais comme elles ont disparu et que leur position est encore douteuse, il est inutile d'en traiter dans ce livre qui doit être un guide pratique.
La visite du Forum achevée, même pour les monuments chrétiens, nous dédierons la seconde partie, de notre ouvrage à la description du Palatin.
11"= PAETIE
Abrégé de V histoire du Palatin.
Le Palatin doit être considéré comme le berceau de Rome ; et on doit reconnaître sur cette colline un ancien village fondé par les pasteurs latins descendus des monts Albains i Alba longa).
La vieille cité latine dut s'appeler d'abord JRiima ou Borna, la vUle du Rumon, du nom du fleuve qui baigne ses pentes et la protège contre les peuples étrusques, établis sur l'autre rive. La «Ville du fleuve », voici rhumble origine d'un nom devenu plus tard si célèbre. On l'appela aussi Palantion et Palaiiitm du nom de la déesse Paies. Romulus au fond n'est que le grand citoyen de Rome, le Romain par antonomase : et ce n'est pas Rome qui doit son nom à Romulus. mais Romulus qui l'a reçu de Rome. '
L'historien Ampère commence par ces mots sou étude sur la fondation de Rome : « Je crois à Romulus : il faut, dans l'état actuel de la science, un certain courage pour l'avouer ». * Xous aussi nous crovons à Ro-
^ Cf. Ignace Guidi, La fondazione di Borna dans le Bull, archeol. comun. di Borna, 1881, pag. 63 et suiv. C'était déjà, bieu avant, l'opinion de Marianus. un commentateur de Servius : Borna ante Bomulum fuit, et ah ea nomen Boinulus acquisivit (Marianus apud Serv. Bucol. I. 20). De fait, les noms dérivés sont toujours jdIus longs que les noms dont ils dérivent. Bumon, dans la langue italique primitive signifiait « fleuve ». On donna ce nom au Tibre, le plus grand cours d"eau de ces parages, parce qu'il était le fleuve par excellence.
'Ampère, L'Histoire romaine à Borne, 2ème éd. I. 264.
Marucchi, Forum Bomain et Palatin 7
98 DEUXIÈMK PARTIE
mulus, mais nous ne saurions tenir pour véridiques les récits légendaires dont il est le héros.
Romulus peut donc être considéré comme le héros national, celui qui réunit plusieurs villages primitifs en une ville.
Il semble que les collines, autres que le Palatin, qui, plus tard, ont été enfermées dans l'enceinte de Servius, avaient, elles aussi, leurs habitants organisés en cités. Les Sabins de Tibur s'étaient, comme les Latins d'Albela-Longue, avancés jusqu'au Tibre; et la tradition nous les montre occupant les hauteurs du Quirinal. Les deux races, ainsi en présence, ont pu vivre longtemps en bonne intelligence. Les plaines environnantes offraient un domaine assez vaste pour les Sabins agriculteurs et les pasteurs Latins. Mais le jour vint oîi les besoins augmentant avec l'accroissement de la population, les conflits durent naître du désir d'étendre le territoire du pagus. Les Latins, en ce moment critique, ont-ils placé à leur tête un chef au cœur vaillant, au génie plein de ressources, qui fut le champion de la cité du Rumon et garda, dans la postérité, le nom de Romulus? L'hypothèse n'a rien d'invraisemblable. Avec ce premier roi, qui dota sa pauvre cité d'une muraille de pierres, qui sut organiser militairement un peuple jusque-là ignoré, commencerait, mêlée encore de beaucoup d'obscurités et de mystères, l'histoire du peuple romain.
La date traditionnelle de l'inauguration de la nouvelle cité, qui cesse de s'appeler Palatium et prend désormais le nom de Rotna, est, d'après Varron, la troisième année de la VI*^ Olympiade. Longtemps on avait cru que cette année était la 754*^ avant J.-C. Il est maintenant établi que le Christ est né l'an 747 de la fondation de Rome. La cérémonie d'inauguration, s'il faut en croire encore les vieilles traditions romaines, eut lieu au jour de la fête de Paies, le 21 avril. Ce jour des Paliliae resta toujours consacré ap,x fêtes de l'anniversaire de la fondation. '
^ En l'absence de documents authentiques il est raisonnable d'admettre un fond de vérité historique dans ces
On comprend qu'il ne se soit pas conservé de nombreux vestiges de l'époque préhistorique du pagus latin. Cependant la grotte du LupercaJ, transformée plus tard en un temple, ne gardait pas seulement le souvenir des Jumeaux; elle était avant tout le sanctuaire du dieu Faunus. La forme même de la Rome carrée rappelle sa parenté avec les vieilles cités italiotes qu'on a retrouvées sur plusieurs points de la péninsule et notamment dans la basse vallée du Pô. Toutes, comme le Palatin, ont la figure d'un trapèze, avec une porte sur chaque face et, au centre, l'autel de la ville ou Miindus.
Il est bien ditiÊcile de se faire une idée de la Rome primitive. Le sol a été si souvent remué, que l'aspect même de la colline a été profondément modifié. Les pentes étaient plus abruptes; les vallées, qui l'entourent, se creusaient plus profondes ; il n'y a, pour s'en convaincre, qu'à constater la diliérence de niveau entre le viens Tuscus et la rue Saint-Théodore qui lui correspond. Les eaux du Tibre s'avançaient jusqu'au pied de la colline et formaient tout autour des marécages remplis de roseaux. Le sommet n'offrait pas l'aspect d'un plateau à peu 23rès uniforme, comme celui que nous voyons aujourd'hui. La colline se composait de trois sommets, séparés par des dépressions sensibles. Le sommet le plus élevé, dominait la vallée du Grand- Cirque. C'est celui qui donna son nom au reste du mont. Il s'appelait Palatium. parce qu'il portait vraisemblablement le sanctuaire de la déesse Paies. Au nord, yne petite vallée le séparait du Germains, la colline des Jumeaux, qui s'étendait parallèlement au
vieilles traditions transmises par les auteurs latins, qui ont vu des monuments aujourd'hui disparus. Cela vaut mieux assurément que de regarder comme hors de doute les conjectures toujours savantes mais arbitraires de Mommsex et des autres historiens CDntemporains. L'autorit^ ciennes traditions sur l'histoire romaine ainsi par les découvertes récentes du Foi avons déjà parlé dans la première Partie// #»|ni lOTHH.CA
Vélabre. Le troisième sommet portait le nom de Velia, et s'avançait dans la direction du Foruin, vers le point où on construisit plus tard l'arc triomphal de Titus.
Sur ces sommets, dans les vallées intermédiaires, et sur les pentes de la colline, les temples, les bois sacrés, les autels occupaient vraisemblablement un assez large espace. Sans beaucoup d'ordre, les pauvres ca banes des pasteurs, à la fois étables et habitations, garnissaient le reste. Faites, à cette époque lointaine, de terre et de roseaux, dans cette forme arrondie, dont le modèle nous a été conservé par les urnes funéraires recueillies dans les tombeaux latins (V Alba Longa, et tout récemment encore à Frascati (villa Cavalletti), elles n'étaient pas sensiblement différentes des misérables huttes, éparses encore aujourd'hui dans les quartiers les plus déserts de VAgro liomano (fig. 32). Les temples un peu plus grands peut-être, habités par des idoles informes et ornés d'ornement grossiers, ressemblaient aux cabanes. Cependant on a reconnu dans le tuf même de la colline, des galeries de carrières très anciennes. Leur exploitation remonte certainement à une époque très reculée. On fit sans doute emploi de matériaux plus résistants pour assurer la durée aux monuments religieux; mais cette nouvelle méthode n'amena pas d'abord des changements appréciables dans leur forme et leur aménagement. L'usage des temples ronds persista même après que l'habitude fut généralisée de construire les habitation dans la forme rectangulaire. Mais on doit remarquer, que les sanctuaires en forme de rotonde servirent toujours aux cultes les plus anciens. Les temples de Vesta, celui d'Hercule, à Rome, le temple de la Sibylle, à Tibur, en sont un suffisant témoignage.
L'existence d'un village très ancien sur le Palatin a été confirmée tout récemment par une importante découverte dont il faut dire ici deux mots.
Dans les fouilles à côté du temple d'Antonin et Faustine, pendant l'été de 1902, on découvrit, à la profondeur de presque quatre mètres, un petit juits en tuf fermé paf une pierre. Au dedans il y avait une amphore
en terre cuite, avec son couvercle en forme de toit de cabane, et celle-ci renfermait un vase cinéraire où étaient les cendres du cadavre. L'amphore contenait aussi des vases de dimensions plus petites, comme on peut voir dans la reproduction ci-jointe (fig. 33).
Fig. 32. — Une urne cinéraire latine qui représente une maison primitive.
Quelques semaines après, en continuant les recherches au même endroit, on retrouva aussi deux autres tombes de la même époque, une seconde à crémation et une autre à inhumation, et on put établir que ces monuments appartiennent au huitième siècle av. J.-C, c'est à-dire à -peu près à l'époque traditionnelle de la fondation de Rome.
Or la présence de ce groupe de tombeaux nous mon-
DEUXIÈME PARTIK
tre l'existence d'une nécropole antérieure, sans doute, à l'origine du Forum. Il faut dire par conséquent que nous avons maintenant sous les yeux une partie de la nécropole du village des pasteurs latins établis sur le Palatin, et peut-être aussi des premiers compagnons de Romulus. Cette découverte inattendue a jeté une
Fig. 33. — Urne cinéraire découverte au Forum romain en 1902.
lumière nouvelle sur Thistoire de la colline sacrée, que nous allons visiter.
Le monument principal que le Palatin ait conservé de l'époque primitive est le mur d'enceinte, dont d'importants fragments sont encore visibles par endroits: mais il est certainement moins ancien que l'institution de la royauté à Pome. Bâti en gros blocs, il est contemporain du mur appelé de Servius et il a probablement remplacé la muraille plus simple élevée par Romulus, comme celle ci avait peut-être été substituée aux défenses primitives de l'antique pagus.
Quand Rome, eu s'étendant, eut annexé les collines voisines et formé V Urbs septicoUis, le Palatin, berceau de sa grandeur, demeura un lieu vénéré. Il fut considéré comme une citadelle sacrée, isolée du reste de la ville, avec son enceinte qu'on conserva intacte, qu'on rebâtit en belles pierres, avec ses portes traditionnelles et son Mimdiis, l'autel auguste de la Roma Quadrata.
L'histoire du plateau, pendant la période républicaine, est peu connue. Le Palatin n'est plus le siège du gouvernement; les affaires se traitent ailleurs; les guerres ne se font plus autour du petit bourg fortifié ; c'est la conquête de l' Italie que Rome entreprend, avant de devenir la maîtresse du monde. Cependant la Borna quadrata sera toujours le séjour des dieux. A côté des antiques autels, d'autres sanctuaires s'élèvent, en ces siècles de luttes héroïques, pour marquer le souvenir d'une intervention providentielle dans les affaires de Rome, ou pour abriter le culte d'une nouvelle divinité. Vers le Forum, l'autel, érigé à VAius Locutius, rappelle la voix mystérieuse qui, dans le silence de la nuit, vint avertir les Romains de l' invasion des Gaulois. Le grand temple de Jupiter Vainqueur est un monument votif, qui perpétuera la mémoire du triomphe des Romains sur les Samnites. Un siècle plus tard, au cours de la seconde guerre Punique, la Cybèle des Grecs fut rapportée de Pessinunte ; et on construisit, en son honneur, un magnifique temple, sur le Germalus.
Comme le Palatin était la colline des grands souvenirs, il fut le lieu de résidence préféré des grands hommes de la république. Marcus Livius Drusus, le chef du parti national, y construisit sa demeure, qui devint ensuite celle de Cicéron. Quintus Lutatius Catulus, le vainqueur des Cimbres, habitait, près de là, une maison précédée d'un portique que les dépouilles des barbares ornèrent de trophées. Le tribun Clodiiis, Catilina, l'élégant révolutionnaire, l'orateur Calvus avaient leur domicile sur la colline vénérable. Un autre orateur, Luciiis CrassuSy y construisit le premier palais décoré de marbre qu'on eût vu à Rome; et ce luxe
lui valut des vieux républicains, le plaisant sobriquet] de Venus Palatlna (Plin. Hlst Nat. XVIJ, 1, 2).
Avec l'époque impériale, le Palatin entre de nouveau dans l'histoire. Il devient la demeure des princes et le siège du gouvernement, quand le Sénat ne fut plus que le souvenir d'un grand nom.
Octave était né dans la région du Palatin appelée ad Capita buhula (Suet. Aug. 5). Il demeura d'abord près du Forum au-dessus des scalae anularlae, dans une maison qui avait appartenu à l'orateur Calvus ; et, après sa victoire d'Actium, il fixa sa demeure sur le sommet du Palatin {ih. 72). Rêvant de rétablir à son profit la monarchie, disparue depuis si longtemps, c'est peut-être par politique, qu'il élut domicile là où les rois avaient habité et où la ville elle-même avait eu son berceau. Ses souvenirs d'eni'ance suffiraient cependant à expliquer son choix. Auguste avait commencé par acquérir, sur le Palatin, la maison très modeste et très simple du célèbre Hortensius } il acheta ensuite les terrains voisins et devint ainsi propriétaire de toute la surface de ce noble sommet qui a donné son nom au reste de la colline. Quand il ajouta à ses nombreux titres celui de grand pontife, ses nouvelles fonctions le mettaient dans l'obligation de résider près du temple de Vesta. Afin de n'avoir pas à quitter la maison de son choix, qu'il venait d'agrandir et d'embellir, il construisit, tout près, un nouveau temple à la déesse et céda aux Vestales son habitation du Forum. Un portique de marbre entoura l'espace libre qui s'étendait devant la façade orientale du palais; au milieu du portique, près du Mundus de la Borna quadrata, un temple fut dédié à Apollon. Ainsi transformée, cette partie de la colline devint le noyau des splendides constructions qu'élevèrent, sur le Palatin, les successeurs d'Auguste. Pendant deux siècles, les palais s'ajoutèrent aux palais, envahissant la surface entière de la Rome carrée, englobant dans leurs dépendances, enserrant dans leurs portiques les vieux sanctuaires, les bois sacrés, voire les maisons particulières, jugées dignes d'être conservées. Tibère construisit son palais sur la crête
qui domine le Vélabre. Caligula, s'y trouvant sans doute à l'étroit, étendit ses constructions vers l'angle nord-est de la colline, jusqu'au temple de Castor et Pollux.
Le Palatin fut momentanément abandonné par Néron, qui tenait à se singulariser en toutes choses. La place lui aurait manqué pour la maison de ses rêves; il l'éleva sur les pentes de l'Esquilin.
Les Flaviens revinrent sur la vieille colline ; Domitien, renchérissant sur ses devanciers, entreprit, entre la maison d'Auguste et celle de Tibère, la construction d"un palais somptueux. Sans regarder à la dépense, il combla la dépression profonde, qui séparait le Palatium du Germains, engloutit dans le remblai des maisons entières, et, sur ce plateau artificiel, éleva les grandes salles d'apparat, dont les ruines nous remplissent encore d'étonnement et d'admiration.
Adrien, le grand bâtisseur, ne pouvait manquer de laisser sa trace dans les palais des Césars. Il embellit le Stade que les Flaviens avaient aménagé au sud de la maison d'Auguste, et construisit, sur l'une de ses galeries latérales, la belle loggia qui est demeurée debout.
Septime-Sévère fut le dernier empereur, qui entreprit de grands travaux sur le Palatin. Il ne trouvait guère d'espace libre que dans la partie sud-est de la colline. Pour se ménager une plus grande surface, il édifia d'énormes substructions et put ainsi asseoir son palais, établir des Thermes, et élever, vers le versant du Cirque-Maxime, une magnifique loggia flanquée de tours. Une porte monumentale, le Septizonlum, s'ouvrait, comme un arc triomphal, en face de la via Appia, et complétait l'ensemble de ses constructions.
Les empereurs, après Septime-Sèvère, ne firent dans les palais impériaux que des restaurations de détail. Dans l'état actuel des ruines, il n'est pas facile de constater ces modifications et de suivre le mouvement de décadence, qui dut s'accuser là comme ailleurs. Toutefois, la transformation qu'on fit subir au Stade, et les constructions qui vinrent restreindre sa surface,
montrent que les traditions de l'époque classique fu rent vite oubliées.
Constantin, tout de suite après la victoire sur Maxence, alla demeurer sur le Palatin où la foule s'entassait pour l'acclamer ' ; et nous pouvons supposer que ce même jour, si mémorable, du 28 octobre 312, le signe triomphal du Christ sur le labarum fit son entrée solennelle dans le palais des empereurs.
Constantin, revenu à Rome en 326, s'établit une fois encore au Palatin; * là demeurèrent aussi Constance, Honorius, Valentinien III, Pétrone-Maxime et Sévère. ' C'est aux chrétiens habitant le Palatin au quatrième et au cinquième siècle que l'on peut rapporter les lampes chrétiennes retrouvées ici dans les fouilles de 1867 et étudiées par de Rossi. *
Jusqu^au cinquième siècle le Palatin garda toute sa magnificence et même après les grandes invasions et les grands changements qui en furent la conséquence, il conserva sa richesse. Les rois barbares qui, pour un temps, prirent la place des empereurs, y demeurèrent aussi; et Odoacre et Théodoric habitèrent les palais des Césars. Au septième et au huitième siècle, les palais impériaux restent la propriété des empereurs byzantins et des exarques de Ravenne. ^ Une inscription de cette époque fait mention d'un administrateur régissant les palais au nom des empereurs. ® Le fils de celui-ci, devenu le pape Jean VII (705-707), transforma une partie du palais en évêché, comme on a dit dans la I'^ partie à propos de l'église de Sainte-Marie-1' Ancienne, qui fut aussi une espèce d'église palatine. En 629, le Palatin vit encore le couronnement d'un empereur byzantin: Héraclius. L'a-
^ Panegyr. incerti auctoris, c. 19.
2 Cod. Theodos. VI, 13, 1.
«Ibid. X, 8, 3.
* Bull. d'Arch. crist. 1867, pag. 3 et suiv. ^ A cette époque appartient Saint-Césaire in Palatio (Y. DucHESNE Nuovo Bull. di archeol. crist. 1900, pag. 11). ^ C'est r inscription de Platon, père du pape Jean VII.
bandon suivit de près. A partir du huitième siècle, nous n'avons plus de renseignements historiques sur le Palatin. Les empereurs d'Orient avaient alors d'autres soucis plus pressants que de faire valoir leurs droits sur leurs domaines d'Italie. Les Papes, par suite des victoires de Pépin sur les Lombards, étaient deveiius souverains de Pome et de Ravenne. Pourtant ils n'habitèrent pas habituellement les palais des Césars. Peut être, dans les jours sombres du dixième siècle, y cherchèrent- ils quelquefois un refuge; mais le Latran ne cessa pas d'être leur résidence officielle. Les palais impériaux délaissés cédèrent la place à des mo)iastères ou à des forteresses. Déjà au huitième siècle, on avait construit la petite église de Saint-Sébastien in Palatlo ou in Pallara. Un autre couvent de Bénédictins s'était abrité dans la partie inférieure du palais de Caligula, près de l'endroit où l'on voyait jusqu'à l'an 1900 l'église de Sainte Marie-Libératrice et où l'on a retrouvé Sancta Maria Antiqua. En même temps, les barons utilisaient les palais abandonnés pour y dresser leur forteresses, dont les traces se retrouvent, çà et là, à travers les ruines romaines. Du haut de la colline désolée, les Frangipani déliaient leurs rivaux et bravaient les foudres des Pontifes.
Pendant ces luttes les monuments du Palatin furent dévastés: et la dévastation devint même plus systématique au XY°^® siècle, quand on commença à rebâtir la ville de Pome. Comme dans le Forum, on établit sur le Palatin des carrières, dans le but d'utiliser les matériaux que léguait l'antiquité. Eien ne fut épargné. On ne craignit même pas de convertir en chaux les fragments de marbres dont on ne pouvait tirer autrement profit.
Au seizième siècle, la ruine était en grande partie consommée. Les carrières et les fours à chaux avaient, à leur tour, cédé la place aux cultures maraîchères et aux jardins de plaisance. La splendide villa des jardins Farnèse occupait toute la partie de la colline qui regarde le Forum. Ainsi transformé, le Palatin put se défendre contre l'envahissement de la ville
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moderne. Ses ruines, pendant deux siècles, restèrent ensevelies dans l'oubli, enfouies dans la verdure à l'ombre des chênes-verts et des cyprès.
I^ésumé de V histoire des fouilles.
L'histoire des fouilles entreprises au Palatin est des plus simples. Les explorations archéologiques y commencèrent très tard c'est à-dire dans la première moitié du dix-huitième siècle.
Les jardins Farnèse, Ortl Farnesiani, formaient la plus grande et la plus belle des propriétés particulières situées sur la colline. Ils s'étendaient au nord et au nord-est, dominant, d'un côté l'église de Saint-Théodore, et, de l'autre, le Forum Komain. Le « casino » de cette magnifique villa subsiste encore en face des trois arcades colossales de la basilique de Constantin. On a conservé de même la terrasse plantée de chênes-verts qui regarde vers le C^apitole.
Pendant les années 1720-27, le duc de Parme, propriétaire de la villa, mit à la disposition de Mgr. Bianchini les ressources nécessaires pour entreprendre des fouilles dans les jardins Farnèse. Le savant prélat s'acquitta avec intelligence de sa mission. Il put re connaître le palais de Tibère et de Caligula, et le palais des Flaviens. Il pénétra aussi dans le Stade, sans pourtant se rendre compte de la destination de cet édifice, qu'il prit pour un portique, servant de vestibule à la maison d'Auguste.
Le monde savant ne connut les découvertes de Bianchini que par leur publication; car les jardins Farnèse, après comme avant les fouilles, demeuraient propriété privée des ducs de Parme. D'ailleurs, les ruines ne restaient pas longtemps à découvert; les premières excavations étaient remblayées à mesure qu'on en faisait de nouvelles. La reconnaissance de tous ceux qu'intéresse l'antiquité romaine n'en était pas moins acquise à l'initiateur des recherches archéologiques au Palatin. Sur la pente du mont, qui s'abaisse doucement dans la direction de l'église de
SainteAnastasie, sur la façade de la petite maison moderne des gardiens des ruines, un buste érigé à l'illustre Bianchini rappelle ses fouilles et ses études.
En 1775, après l'exploration entreprise dans la villa du duc de Parme, un français. Rancoureil. tit à son tour des recherches, dans les limites de la villa Mills. Le casino de cette villa est bâti sur l'emplacement même de la maison d'Auguste. Il était occupé jusque à ces dernières années par le couvent de la Visitation^ dont le jardin en terrasse, ombragé de magnifiques cj'près, domine la vallée du Grand-Cirque. Rancoureil parcourut les chambres de la fameuse maison, dont quelques-unes servaient de caves à l'habitation moderne. Il recueillit, dans les décombres, un grand nombre de sculptures remarquables, qui furent malheureusement dispersées dans les musées de l'Europe. Toutes portent les caractères de la meilleure époque de la statuaire romaine ; plusieurs d'entre elles fournissaient à l'explorate:}r la preuve qu'il était bien, à n'en pas douter, dans le palais construit parle premier empereur, Rancoureil en visita toutes les parties, laissant à son compagnon Barberi le soin de faire le relevé du plan.
Pas plus qu'aux jardins Farnèse, le public ne fut admis dans la villa Mills, pour en visiter les fouilles. Après les travaux de Rancoureil, le gazon et les fleurs recouvrirent les vieux monuments, apparus un instant à la lumière. Tout rentra de nouveau dans l'ombre et dans le silence. Un temps considérable deva't encore se passer avant qu'on exhumât les vénérables débris des palais impériaux.
Quelques recherches furent entreprises, en 1845, dans la vigne Nusiner, achetée par l'empereur de Russie; ce qui donna l'idée au pape Pie IX, d'acheter cette même propriété en y ajoutant la vigne du Collège anglais et quelques autres. De cette manière on inaugura les fouilles en 1857 dans cette partie du palais où on reconnaît le Paedagogium. Tout cela détermina l'empereur Napoléon III à acheter du roi de Naples les jardins Farnèse en 1860.
Ce fut vers l'année 1862, que les recherches furent reprises, sur deux points différents du Palatin. Au sud, par le gouvernement pontifical sous la direction de P. E. Visconti dans une })artie des terrains parallèles au Grand Cirque, et sur la partie opposée, près du Forum, aux frais du gouvernement français, et de Napoléon III qui en confia la direction a M. Pietro Rosa.
Les travaux se continuaient ainsi, sur les deux points opposés de la colline, — car les fouilles, du côté du Grand-Cirque étaient conduites avec la même sagesse et la même activité qu'au sommet du plateau, — quand l'automne de l'année J870 amena la chute de Napoléon III et l'installation du gouverment italien à Rome.
Ces graves événements causèrent nécessairement une interruption dans les travaux commencés depuis huit ans. Mais le gouvernement italien qui s'était substitué au gouvernement papal dans l'exploration des terrains acquis par Pie IX, acheta, en même temps, les terrains avoisinants, et devint propriétaire des jardins Farnèse, que lui céda Napoléon. Rosa conserva la direction des fouilles, qui furent poussées avec ardeur sur tous les points à la fois. Le Stade fut dégagé, puis les Thermes et le palais de Septime- Sévère, dans la partie sud-ouest. On déblaya de même tout le versant du nord, et on disposa un chemin commode pour donner accès aux différents groupes de ruines.
Enfin les dernières explorations eurent lieu près du temple de Cybèle au milieu des ruines les plus anciennes du Palatin et tout dernièrement entre les murs du Monastère de la Visitation bâti sur les ruines de la maison d'Auguste et acheté par le gouvernement.
Bibliographie de quelques publications plus remarquables sur le Palatin.
BiANCHiNi, Il Palazzo dei Cesari, 1788.
GuATTAXi. Monumenti inediti, 1785.
NiBBY, Roma nel 1S38 (1839), Parte II, Antica, pag. 373 et suiv.
Beckeii, Handbuch der rôniischen AlterthUmer, Lipsia, 1843, pag. 215 suiv.
Caxina, GH edifizi di Roma antica, 1848-56.
GoRi, Sugli edifizi palatini, 1867.
Jordan, Die Kaiserpaldste in Rom, 1868.
ViscoNTi e Lanciani, Guida del Palatino, 1873.
Sturm. Das Kaiserliche Stadium auf dem Talatin, 1888.
Deglane, Le Stade du Palatin in Mélanges de l'École française, 1889.
HuLSEN, Das Septizonium und Septimius Secerus, 1898.
]\[ARrccHi, Guide du Palatin^ 1898.
Haugwitz, Der Palatin und seine Ruinen. 1901.
Marucchi, Le Forum Romain et le Palatin, Désolée, Rome, 1902. (Le même, édition anglaise).
Cancogni, h Palatino (Manuali Hoepli).