‹ Guide du Forum romain et du Palatin, d'après les dernières découvertesChapitre 3 sur 4 · DESCRIPTION DES MONUMENTS · texte numérisé non relu

DESCRIPTION DES MONUMENTS

1^^ Groupe de monuments.

L'enceinte de la Eome carrée — Les galeries souterraines de la colline — L'autel de Calvinus — Le Lupercal — Une porte de l'enceinte primitive.

Dès qu'on commence la visite, on voit à gauche en bas les ruines de plusieurs édifices qui bordaient une rue de communication entre le « viens tuscus > et le Palatin: on y reconnaît aussi des boutiques (tabernae).

^ L'entrée était dans la rue Saint-Théodore, près de l'église du même nom.

Cette entrée était très bien placée, parce qu'elle permettait de suivre un itinéraire logique dans la visite des ruines. Quoiqu'elle ait été changée, nous conseillons aux visiteurs

Vis i'i vis de l'entrée, on voit le massif de la colline du Palatin et au-dessous de la colline quelques parties de l'ancienne enceinte de la Rome carrée et au dessus de ces ruines les murs de la maison impériale. En continuant, on voit un monument bien caractéristique, c'est à-dire une petite maison creusée dans le tuf de la colline; et ici le mélange des constructions de différentes époques nous donne tout de suite une idée des vicissitudes du Palatin dont nous avons parlé dans l'introduction.

L'enceinte primitive de la Roma quadrata.

En arrivant à l'angle du Palatin qui regarde le Vélabre, on ne peut manquer de remarquer, à quelques pas à gauche du chemin d'entrée, un beau fragment de mur, construit de gros blocs rectangulaires (fig. 34). On y reconnait, un reste de l'enceinte de la «lioma quadrata ». Le plateau, à cet endroit, tourne brusquement de l'ouest au sud et le mur dessine de même un angle droit. Le raccord de l'angle a disparu ; mais un autre fragment, de même époque et de même construction, s'enfonce sous un amas de ruines, perpendiculairement au tronçon, devant lequel nous nous sommes arrêtés. D'ailleurs, nous connaissons par Tacite la ligne du Pomoerlum de la Rome primitiv^e, et par conséquent le dessein du mur d'enceinte.^ La ligne décrite

de commencer toujours l'excursion du côté de Saint Théodore, où commence notre description.

Pour rendre plus pratique et plus instructive cette visite, on a suivi un ordre qui puisse concilier le plus possible la commodité de l'excursion, sans obliger à faire trop de détours, et l'ordre chronologique des monuments,

^ Tacite, Ann, XII, 24 Le 2>o''noerium d'une ville était la ligne douanière, passant à une petite distance de l'enceinte, dont elle suivait les changements de direction. Cette ligne extérieure n'était pas purement conventionnelle ; elle était marquée par un alignement de cippes. Voir aussi Denys d'Halic. Antiq. Roman. IL 65; Plutarque, Momulus, c. 9.

par Tacite répond parfaitement sur ce point, à la direction des deux fragments conservés.

Fig. 34. — Un fragment de l'enceinte attribuée à la Roma quadrata.

Cette ligne, en effet, commençait àja placedu marché aux boeufs (Forum Boarium, Saint-Georges-du-Yéla-

MAErccHl, Forum Bomain et Palatin è

bre); elle passait ensuite auprès de l'autel d'Hercule {Arti maxima, Sainte-Marie in Cosmedin), de l'autel de Conso (Grand-Cirque), des Curiae veferes (vers le Coelius), du Sacelhim Larum (vers la colline de la Velia) et puis allait au Forum. A cette ligne extérieure du Pomoerlum répondait l'enceinte en pierre sur la pente de la colline ; et à cette enceinte appartiennent les ruines que nous avons devant nous.

L'enceinte avait la forme d'un quadrilatère, plus exactement d'un trapèze, forme rituelle qu'on a constatée dans quelques autres centres primitifs d'habi tation et même dans quelques puits sacrés du Forum. Sur chaque côté il y avait une porte qui ne s'ouvrait pas au milieu, mais vers l'angle, entre deux côtés contigus. Nous connaissons les noms de deux seulement de ces quatre portes, c'est-à-dire la Romana et la Mugonla dont on indiquera plus loin la place respective.

L'appareil de notre mur est Vopus quadratum de la période étrusque: les pierres s'y présentent alternativement dans le sens de la longueur et dans le sens de la hauteur. L'enceinte de Servius est construite en appareil semblable et il est probable que le mur du Palatin est de la même époque que celui de Servius, qui a pu être substitué à un autre plus ancien.

Autel de Calvinus.

A quelques mètres du vieux mur de fortification, qui décrit à cet endroit un angle, on peut suivre bientôt le versant qui longe le Grand-Cirque. Or au point précis du changement de direction, sur le bord même du chemin, à gauche, nous trouvons un autel de travertin orné d'une inscription. L'autel, découvert en 1829, a été laissé à sa place. C'est un des rares exemples que nous connaissions d'un autel antique demeuré sur le lieu même où il fut érigé. Le style du monument permet de l'attribuer au temps de la Képublique; sa décoration rappelle celle du sarcophage de Scipion Barbatus. On peut, d'ailleurs, connaître

approximativement la date de son érection, au moyen de l'inscription dédicatoire (fig. 35):

SEI • DEO • SEI • DEIVAE * SAC C • SEXTIVS • C • F • CALV]NVS * PR DE • SENATI • SEXTENTIA RESTITVIT '

Ce Caius Sextius CaJvimis, préteur, qui a inscrit son nom sur cet autel réédifié par l'ordre du Sénat, serait, d'après Mommsen, le fils d'un autre Caius Sextius Calvinus, consul en Tan ()30 de Rome. C'est sans doute à ce même personnage que Cicéron fait allusion, en parlant d'un Caius Sextius Calvinus, candidat à la préture, l'an 645. * Le dernier mot {restituit) de r inscription prouve que l'autel que nous voyons en a remplacé un autre qui devait être très ancien.

Quelle est cette divinité, à qui fut élevé le monument? Une divinité inconnue ou plutôt anonyme. Le cas n'est pas unique d'une divinité mj'stérieuse, innommée, et cependant en possession d'un culte. Qu'on se rapelle l' inscription d'Athènes : Ignoto Deo, qui frappa saint Paul, et dont l'apôtre prit thème pour prêcher Jésus-Christ.' Les anciens, en effet, croyaient que leurs prières ne pouvaient être exaucées, s'ils faisaient erreur sur la désignation du dieu invoqué. Aussi se servaient-ils fréquemment de la formule dubitative : sive deo, sive deae. C'est surtout dans le culte des divinités topiques, des génies protecteurs d'un lieu, que cette formule était usitée. Et il y avait, alors, une autre raison de cette coutume. Les Romains croyaient que, si les ennemis connaissaient le nom du Génie protecteur, ils pouvaient l'invoquer, lui offrir

' « Autel consacré ou à uu Dieu ou à une Déesse — C. Sextius Calvinus fils de Cajus préteur releva ce monument — par l'ordre du Sénat ».

- Cicéron, De orat. c. 2, 61,249, et Epist. ad Brutum, 31, 130,

^ Actes des Apôtres, XVlî, 23.

Fig. 35. — Autel de Calvinus, dédié au Génie de Eomc.

des sacrifices et le distraire ainsi de la i^arde du site confié à sa protection.

On a pensé que l'autel de Calvinus a pu être consacré au Génie protecteur du mont Palatin. '

Mommsen, après Nibby. avait cru que le monument avait peut-être été érigé en l'honneur de VAîks LocuthiSj cette divinité mystérieuse, dont la voix se fit entendre dans le silence de la nuit, pour prédire l'arrivée des Gaulois. Une telle opinion est difficile à admettre. La voix fut entendue près de la Nova via et du bois sacré de Vesta. c'est-à-dire sur le versant opposé à celui où se trouve l'autel de Calvinus. Rien n'explique pourquoi on aurait, en restaurant l'autel, préféré au théâtre du prodifre un emplacement si éloigné. De plus, la divinité à laquelle on veut attribuer l'autel avait son nom consacré, puisqu'on l'appelait Aius Locxdlus. On pourrait donc croire que le monument de Calvinus fut dédié à la divinité protectrice de Rome. Nous savons, par Servius commentateur de Virgile, qu'il y avait sur le Capitole un autel consacré à ce Génie tutélaire, avec la formule: Genio Urhîs Romae slve mas sive femina. Maisjl est aussi vraisemblable que ce versant du Palatin, voisin du Lupercal. fut occupé par un bois sacré et protégé par un Génie topique.

L'autel de Calvinus est à une petite distance du mur d'enceinte, dont on voit un fragment important enchâssé dans des constructions de l'époque impériale. Nous pouvons remarquer que, d'un angle à l'autre, le mur de la Rome carrée ne suivait pas une ligne absolument droite. Non seulement les tours de fortification faisaient saillie sur la surface extérieure, mais encore la muraille, en suivant les parois à pic du plateau, subi-ssait quelques déviations peu accusées, sensibles pourtant en certains endroits.

En avançant un peu, nous rencontrons une petite maison moderne, dont la façade est ornée du buste de Bianchini le premier explorateur du Palatin dont

' Bullett. Archeol. Comun. 1894, pag. 188-202.

nous avons parlé. A côté de la maison, la ligne des constructions anciennes est interrom})ue pour livrer passage à un chemin montant, à un cllvus, qui, par une pente très raide, s'élève au sommet du plateau. Ce chemin aboutit à la mieux conservée des quatre portes du Palatin.

Nous connaissons deux noms pour le clivus qui aboutit à cette porte. Plutarque l'appelle montée du beau rivage^' Solinus, en souvenir de la fable de Cacus, le désigne sous le nom de Scala Cad. Quant au nom officiel de la porte, il reste ignoré. Par convention, on pourrait lui donner le nom de porte du Vélabre, ou mieux, peut-être, porte du Lupercal.

On verra mieux ce monument si important quand nous serons monté a la partie supérieure.

Le Lupercal.

Dans quelques guides on donne le nom de « Lupercal » à cette petite grotte qu'on voit à côté de la partie de l'enceinte primitive par laquelle nous avons commencé notre visite. Mais c'est une erreur et cette grotte n'est qu'un ancien réservoir d'eau.

Nous croyons, en effet, que c'est sous le versant du Palatin, qui s'abaisse doucement, à droite, vers l'église de Sainte-Anastasie, qu'il faut placer la grotte du dieu Faunus : le Lupercal. L'antre fameux, transformé en sanctuaire, resta en vénération jusqu'à la chute de l'Empire ; Ser vins, le commentateur de \ Enéide, qui l'indique à cet endroit, ne pouvait pas faire erreur en désignant son emplacement. Ainsi d'après Denys, la grotte était voisine du Grand-Cirque ; et une entrée spéciale mettait même en communication directe le cirque et le sanctuaire célèbre. De plus, la grotte, en souvenir des Jumeaux, était ornée d'une statue de bronze représentant la Louve allaitant Romulus et Rémus. Cette statue, de style archaïque, bien connue de ceux qui ont visité le musée du Capitole, où elle fut déposée, a été découverte près de l'église de Sainte-Anastasie. Ajoutons que, sous les murs mêmes de l'église, on voit les restes de grandes constructions. Enfin, à l'en-

droit que nous désignons, correspond parfaitement, sur le sommet du Germains, près de la porte dont nous avons parlé, la casa Bomiili, dont les soubassements sont encore conservés et que nous visiterons après. '

Le Lupercal devait être par conséquent au dessous de cette partie de la colline qui. de la maison ornée du buste de M^^^" Bianchini, va vers Ste-Anastasie.

Au delà de cette maison moderne on voit très bien d'en bas l'ouverture de la porte de la Rome carrée et la trace de la montée dont nous avons parlé plus haut. Au lieu de poursuivre notre promenade sur le chemin principal, nous prenons un sentier qui s'en détache, à 2:auche. et monte sensiblement. Nous v rencontrons à gauche des constructions en appareil réticulé, avec angles en petits blocs de tuf, que nous pouvons examiner de plus près (ûg. 36). * En avançant, nous montons et puis nous laissons à gauche de petits sentiers, qui, à travers des bosquets, conduiraient sur le plateau. Nous continuons et nous passons par la brèche d'un mur perpendiculaire à la colline et nous nous trouvons dans des ruines de l'époque impériale. Ce sont, à droite, à un niveau inférieur, les restes du Paedagoghim que nous visiterons; à gauche, des dépendances d\\ pcJais d^ Auguste.

La " domus Gelotiana „ et le " Paedagogium. „

Dans les environs il y avait un monument qu'on appelait domus Gelotiana, du nom du premier propriétaire. Nous savons par Suétone que la maison de Gelotius, devenue probablement propriété impériale, était tout près du Cirque : il raconte, en effet, que Caligula regardait de cette maison les préparatifs des jeux du Cirque.

On pourrait croire que la domus Gelotiana arrivait jusqu'en bas près du Cirque ; et peut-être à cette maison

^ Le Germains était un des trois sommets de la colline, comme on a déjà dit.

^ La construction en opus reiicidatum (en forme de filet) n'est pas'^postérieure au règne d'Hadrien.

appartenaient les belles salles de l'ancienne vigna Loreti (ci-dessous) où l'on voit des peintures repré-

Fig. 36. — Construction en opiis reticulatuvi, sur ce côté du Palatin.

sentant des dapiferi, ou ministres qui servent le banquet. A la partie supérieure, où nous sommes, il y a

un autre édifice, incorporé à la domus Gelotiana ou isolé, qu'on appelle le Paedagogium ou maison d'éducation des jeunes gens attachés au service des empereurs. Ce groupe de ruines est célèbre dans le monde savant, à cause des nombreuses et importantes inscriptions graphites qu'on a relevées sur les murs. C'est à quelques-unes de ces inscriptions que le monument doit le nom de Paedagogium; deux ou trois noms propres sont suivis, en effet, de l'indication du Paedagogium. ' On a cru à cause de cela qu'il s'agissait ici d'un établissement où les futurs officiers du palais complétaient leur instruction militaire. Néanmoins comme il y avait certainement un Paedagogium sur le Cœlius, au lieu appelé ad cajnd Africae, on pourrait aussi croire que le Paedagogium rappelé dans ces inscriptions était celui-ci ; l'expression exit de Paedagogio. répétée plusieurs fois par les graphites sur les parois, pourrait indiquer que les jeunes gens, ayant terminé sur le Cœlius leur éducation, avaient été admis dans la maison impériale. Dans cette hypothèse, notre maison serait tout simplement une maison de service.

On peut reconnaître encore la moitié de l'atrium de la maison quelques chambres et au a il lieu un^ espèce d'éxèdre.

Dans la chambre à droite de l'exèdre centrale, on trouva, en 1857, le fameux graphite représentant un homme à tête d'âne attaché à une croix, que nous reproduisons ici (fig. 37).

Le graphite est au musée Kircher, au Collège Romain, et on voit encore sur le mur la place qu'occupait l'enduit emporté.

Auprès du crucifié, se tient un homme dans l'att'tude de la prière. La caricature porte la légende : AAEZAMKNOC Ci-BETE OEON, « Alexamène adore Dieu ». On peut reconnaître dans ce graphite une caricature blasphématoire à l'adresse d'un chrétien tracée par un de ses camarades, probablement au commencement

^ Ces inscriptions sont visibles surtout dans la petite chambre triangulaire à gauche de l'atrium.

du troisième siècle car Tertullien nous dit qu'à son époque on accusait les chrétiens d'adorer une tête

d'âne et Minucius Félix nous confirrae la même calomnie ridicule.

Et en effet dans cette même maison on a retrouvé cette autre inscription tracée a la pointe Alexamenos fîdeUs qui doit se rapporter à un chrétien.'

Dans les autres chambres on voit encore plusieurs inscriptions tracées à la pointe par ces jeunes pages impériaux ou par des soldats. Dans la petite salle triangulaire on lit l'expression exit de paedagogio.

A côté de l'entrée à droite, on lit les lettres suivantes tracées sur l'enduit de la paroi M. V. D. N.

miles veteranus domini nostri.

« Soldat vétéran de nos empereurs » (peut-être de Septime-Sévère et Caracalla).

En sortant du Paedagoglum à l'extrémité opposée on monte et on arrive devant une grande exèdre.

Fig. 37. — Crucifix blasphématoire.

^ A côté de l'endroit où était cette caricature j'ai pu reconnaître une autre inscription tracée à la pointe, en grec, qui peut être interprétée « L'aide vient du Dieu E,oi » et qui pourrait être la réponse d'un chrétien (v. mon livre Le Forum et le Palatin, Desclée, 1903, pag. 340-41).

2me Groupe de monuments.

La maison d'Aug^uste — Le Stade et sa tribune — Le Palais et les Thermes de Septime-Sévère — Le Septizonium — Le Belvédère et la loge.

L'exèdre devant laquelle nous sommes arrivés formait la façade postérieure de la Domus Augustana et comme elle regarde vers le Grand-Cirque, on peut penser à la loge indiquée dans le testament d'Auguste qui cite, parmi les constructions de cet empereur, un piilvinar in Circo Maxlmo ^ L' exèdre domine en réalité le milieu du Grand-Cirque, qui occupait toute l'étendue de l'ancienne vallls Murcla, entre le Palatin et l'Aventin. L'empereur pouvait ainsi, de son palais, présider aux jeux et recevoir les acclamations des deux cent-mille spectateurs qui se pressaient sur les degrés de l'immense édifice, créé per Tarquin l'Ancien.

Il ne saurait y avoir de confusion sur l'emplacement à attribuer à la maison d' Auguste. En procédant par élimination, ce qui est facile puisque nous connaissons exactement la position des autres palais, on assigne à cette habitation la surface occupée par la villa Mills. Déjà du temps de Panvinio, on croyait que c'était derrière l'exèdre qu'il fallait chercher les ruines de l'habitation du premier empereur. En 1775, les fouilles de Rancoureil, confirmèrent cette opinion, qui était aussi celle de Bianchini. D'ailleurs, les do-

^ On appelle « testament d'Auguste » l'inscription composée par Auguste lui-même et gravée devant son mausolée à Rome, où ou lisait le récit des événements principaux de sa vie. Nous ne possédons plu.w le texte original de ce précieux monument, mais nous en avons deux copies en grec et en latin qui ont été retrouvées à Apollonia et à Ancyra. Voir Mommsen. Res gestae divi Augustin etc. Berlin, 1883.

On peut consulter Suétone, Augustus^ c. 26, 29, 52, 72 : Ovide, Fast. IV, v. 925: ProPERCE, II, jK^eâr. II: Vi.m. Hist. Nat. XXXV, 24, 25, 32, 36.

cuments du temps nous disent qu'a])rès avoir habité l)rès du Forum, Auguste élut domicile sur le sommet principal du mont: Habltavît postea in Palatio. ' Or c'est bien sur le point culminant du Palatin, que les vieux cyprès de la villa Mills dressent dans le ciel bleu leur fier profil.

Nous donnerons ici une descrij^tion de cette maison en commençant du côté opposée à celui oîi nous sommes, parce que c'était là l'entrée du palais ^ On ne peut pas suivre sur place cette description à cause des transformations ; mais on peut très bien la suivre sur le plan en s'arrêtant ici.

Après avoir donné quelques détails sur la maison d'Auguste nous en visiterons les ruines qui restent.

Après la bataille d'Actium, Auguste se contenta d'abord de la modeste maison de l'orateur Hortensius: Habitavit postea in Palatio, sed nihilominns aedihus modicis Hortensianis ^ La maison modeste, embellie^ agrandie, devint bientôt le centre d'un groujje imposant de monuments somptueux. Auguste, pendant son absence de Rome, avait acquis les terrains limitrophes, jusqu'à la via Sacra et à la via Nova. L'en trée du palais fut établie près de la porte Mugonia (dont nous verrons les ruines sur le versant opposé à l'endroit où nous sommes). Cette entrée était vraisemblablement l'arc triomphal, ou propylée, mentionné par Pline l'Ancien, et dont le sommet était décoré d'un groupe de bronze, œuvre de Lysias : Apollon conduisant son char et ayant auprès de lui sa sœur Diane. Une petite montée, clivus Apollinis, menait de la via Nova au propylée, qui commandait l'area Apollinis. *

* Suétone, Augustus, o 72.

^ Voir aussi O. Marucchi, La casa di Augusto sut Palatino, dans les Atti dellAccademia roniana d'Archeologia, série II, vol. VI, pag. 91 et suiv.

^ Suétone, Augustus, c. 72.

* SoLiN, Polyhist. I. 18 : Acta lud. saec. Sever. II, 13,

Temple d'Apollon,

Auguste, avait, en exécution d'un vœu, édifié un temple à Apollon et consacré au dieu une partie de son domaine du Palatin: Temphim Apollinis in ea parte domiis Palatlnae e.jccitavit, quam, fulmine idam, deslderarl a deo haruspices pronuntiarant. ' Auguste édifia aussi près de là un temple à Vesta et il divisa son palais en trois parties entre Apollon, Vesta et soi même :

Phoehus habet partem, Vestae pars altéra cessit : Quod superest ipsis, tertius ipse tenet. ^

Le temple, entièrement construit en marbre blanc, était un périptère octostyle. 11 s'élevait au milieu d'un magnifique portique décoré de colonnes de giallo antico. Les portes du sanctuaire avaient des incrustations d'ivoire. Au fond, se dressait la statue du dieu: Apollon était représenté avec la robe longue et flottante, tenant en main la l^'re. C était, au dire de Pline, un des chefs-d'œuvre de Scopas. Le fronton du temple était orné de sculptures grecques; au sommet, resplendissait le quadrige du Soleil, en bronze doré. Les statues des Danaïdes décoraient les intervalles des colonnes du portique. Près du temple s'élevait un autel plus ancien, qui était probablement le Mundus de la Eoma quadrata, et qu'entouraient les quatre bœufs, dûs au ciseau de Myron. Le temple fut commencé l'an 718 de Rome ; huit ans après, on en fit la dédicace solennelle. Les fameux livres Sibyllins furcQt déposés dans le socle de la statue du dieu.

Je ne crois pas qu'on puisse mettre le temple d'Apollon là où est la petite église de St-Sébastien, ni à côté du temple de Cybèle, comme quelqu'un l'a pensé tout récemment. En effet l'autel de la Eoma quadrata était devant le temple d'Apollon, d'après Festus ' et la

^ Suétone, Augustus, o. 29.

2 OviD, Fast IV, 295.

' « Roma quadrata ante templum Apolliuis » (Festus).

Roma quadrata devait être presque au centre de la Colline. '

La façade principale de l'habitation d'Auguste regardait au nord. Par ordre du Sénat, l'entrée en fut décorée de lauriers, comme le rapporte Ovide, emblèmes des victoires du maître, et d'une couronne de chêne, symbole de la paix qu'il avait donnée au monde. Le palais proprement dit s'étendait jusqu'à l'exèdre, où nous nous sommes arrêtés.

Pour voir ce qui reste encore de ce grand palais on doit entrer dans le stade, qu'on étudiera après, et on doit tourner à gauche en pénétrant à l'intérieur, au dessous du terrain de l'ancien couvent de la Visitation, dans l'ancienne villa Mills. On y voit de grandes salles, de forme polygonale, qui devaient être décorées de statues et revêtues de marbre.

Elles donnaient sur une grande cour centrale ou atriu7n placée dans la partie postérieure de la maison.

Le stade.

Nous sortons maintenant de la maison d'Auguste et nous allons visiter la grande cour rectangulaire qu'on a déjà traversée et que sa forme et ses dimensions ont fait reconnaître pour un stade. Marx fut le seul à y voir un jardin; mais il serait bien difficile d'expliquer la présence de la grande loge impériale sur un simple jardin, tandis qu'on l'explique beaucoup mieux sur une cour où on devait donner des spectacles.

Cet édifice n'a été complètement déblayé qu'au cours des années 1892-93; maintenant il apparaît en son entier (fig. 38).

Sur tout le pourtour régnait un portique surmonté d'une galerie pour les spectateurs. Une grande loge dominant le portique, s'ouvrait sur le milieu d'un des côtés longs de l'enceinte. Les traces d'une espèce de ligne centrale sont encore visibles et à chaque extré-

' Marucchi, Atti deWAccad. rom. d^archeol., 1. c.

mité on conserve les restes de la meta en forme de fontaine.

Du portique il reste les bases des pilastres et des demi-colonnes d() Driqiies. dont quelques-unes ont gardé

leur revêtement de marbre rose. Le mur d'enceinte était orné de peintures et portait à la base des plaques de marbre. Le pavé de la galerie inférieure était eu mosaïque. On voit, sur le mur plein, les marques

de la voûte supportant la galerie supérieure, dont le balcon sans doute était orné de statues, correspondant aux colonnes du portique. Le mur méridional, de forme elliptique, forme caractéristique du stade, était percé de plusieurs fenêtres à la hauteur du premier étage; le mur qui lui fait face est droit. L'exèdre qui dessinait sa courbe dans le mur oriental avait, comme le portique, deux étages ; et elle servait sans doute de loge impériale. L'étage du haut était d'une seule pièce; le rez-de-chaussée est encore divisé en trois salles. Celle du centre, qui est la plus grande, était peut-être une chambre d'entretien ou une bibliothèque. On a voulu voir dans les peintures de la paroi du fond (aujourd'hui presque effacées) la représentation d'une encrier et d'un globe terrestre, document qui serait important à propos de la croyance très ancienne à la sphéricité de la terre. Jja petite salle de droite n'offre aucune particularité intéressante.

Cependant l'appareil de la construction indiquerait que le stade a été bâti par les Flaviens, quand ils restaurèrent la maison d'Auguste. Le Stade a d'ailleurs subi plus d'une transformation. La tribune centrale a dû être édifiée par Hadrien, car on a, dans les travaux de déblaiement, trouvé des briques de l'année 134. Mais il est certain que Septime-Sévère répara le Stade et ordonna une nouvelle décoration, après le grand incendie de 191, sous Commode. Pendant les siècles de décadence, le goût des jeux classiques étant perdu, le Stade fut abandonné, ou plutôt changea de destination. La partie méridionale conserve les traces d'une construction elliptique. C'est vraisemblablement ce qui reste d'un manège de chevaux installé par les empereurs du cinquième siècle.

Maison de Septime-Sévère.

A l'extrémité du portique, à gauche de l'exèdre, un bel escalier conduit du Stade aux ruines du palais de Septime-Sévère '. L'escalier avait des degrés de

^ Pour la position de ce palais voir Spartien, Severus, c. 24.

marbre ; les murs de chaque côté étaient aussi décorés de pavonazzetto jusqu'à hauteur d'homme; les })arois, au-dessus de la rampe, sont ornées de grands panneaux peints. A la sortie de cet escalier antique, nous montons encore, à droite, quelques marches, qu'on vient de disposer pour permettre d'atteindre la terrasse qui domine le Stade. En nous approchant de la balustrade, sur le bord de la terrasse nous pouvons embrasser la surface entière du champ des courses. Au-dessus du mur qui fait face, apparaissent les bâtiments de l'ancienne villa Mills ; à droite, la vue s'arrête sur le couvent de Saint-Bonaventure, construit probablement sur l'emplacement de la bibliothèque du temple d'Apollon.

La tribune impériale est au même niveau que la terrasse. Une haute galerie, dont la voûte est encore décorée de caissons, suit la courbe de l'exèdre. Nous suivons la galerie jusqu'à une porte qui s'ouvre dans le milieu de la tribune. Le pavé s'est écroulé, entraîné ^ans doute par la chute de la voûte. Mais, de la porte, nous pouvons jeter un coup d'œil sur la loge réservée à l'empereur. Trois portes débouchaient sur la galerie. Un ordre de colonnes de marbre, dont les débris jonchent le sol du rez-de-chaussée, décorait la surface circulaire du mur intérieur.

Nous avons dit que Septime-Sévère, rivalisant de magnificence avec ses prédécesseurs, releva ou restaura les édifices endommagés par l'incendie de 19L C'est ainsi qu'on peut^lui attribuer en partie la décoration du Stade. Mais il voulut aussi attacher son nom à une construction nouvelle, et avoir, sur le Palatin, son palais à lui. L'angle compris entre le Cœlius et le Grand-Cirque restait seul disponible. Pour se ménager une surface plus étendue, Septime établit, sur le penchant de la colline, de vastes substructions, qui lui permirent d'asseoir son palais sur un niveau uniforme. Ce niveau est celui de la tribune impériale, comme le prouvent les ruines attenantes au mur extérieur de la galerie semi-circulaire.

11 reste très peu de chose du palais de Septime-

Marucchi, Foru?/i Romain et Palatin 9

lî)C DEUXIÈME PARTIE

Sévère, de même que des Thermes qui en dépendaient; et on ne saurait en reconstituer le plan.

Le " Septizonium. „

En regardant du palais de Septime-Sévère vers le Mont Coelius on voit en bas la voie triomphale (rue actuelle de St-Grégoire) qui était traversée par un aqueduc dont on voit encore les ruines. Cet aqueduc fut bâti par Septime-Sévère pour porter l'eau ciaudienne du temple de Claude, sur le Cœlius (Sts-Jean et Paul), à son palais.

A droite de l'aqueduc, et un peu plus bas, on trouva, à fleur de terre, les soubassements d'une construction. C'est tout ce qui a subsisté du *Sej t'^onium, le monument le plus somptueux de ceux que construisit Sévère. Il faisait face à la porte Capène, et se présentait le premier à la vue des étrangers entrant à Eome par la via Appia. Son nom lui vient, sans doute, du nombre des zones ornementales qui décoraient Yimmense portique, qui se développait, croit-on, sur une longueur de 96 mètres. Ce gigantesque portique, à la fois porte triomphale et façade principale du palais, garda intacts, jusqu'à la fin du seizième siècle, quelques-uns de ses ordres étages et un fragment de l'inscription dédicatoire qui fut copiée en partie dans V Itinéraire cCEinsiedeln. En voici le texte d'après ce manuscrit: '

In Septizonio. — Imp. Caes. Dlvi M. Antonini PU Germ. Sarni. fil. Divi Comodi frater Divi Antonini PU nep. Divi Hadriani pronep. Divi Traianl Parih. ahnep. Divi Nervae....

Un dessin du seizième siècle nous en a conservé l'aspect, et nous permet de supposer que les ruines découvertes au pied de la colline sont les bases de l'immense édifice (lig. 39;. Du reste il ne saurait y avoir de doute sur l'emplacement du Septizonium. Spartien, l'historien de Sévère, nous fait comprendre que le mo-

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