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désiré lire la Brochure introuvable, dont tout le monde parlait, un de ses adorateuis dénicha, non sans peine, l'oiseau rare et le lui offrit. Elle le parcourut :
« N'est-ce que cela ? s'écria-t-elh; Voltaire en a dit bien d'autres, j'offre le livre contre un sac de marrons glacés. »
Un bibliophile avisé accepta-t-il l'enjeu / Cela est plus que probable, puisque la Brochure H. B. ne figura pas à la vente des livres précieux de la grande tragédienne.
Les vrais amateurs qui ont un caprice se mettent très souvent à l'affût de livres absolument rares et dont le nombre est connu. Lorsqu'ils ont constaté che^ un collègue la pi-èsence de l'exemplaire qui leur fait tourner la tête, ils attendent patiemment la mort de l'heureux rival, en demandant à Dieu que ses héritiers ne soient pas, il son exemple, bibliophiles enragés ? Enfin le possesseur de l'objet envié passe de vie à trépas; la vente de sa Bibliothèque est annoncée, affichée; le catalogue distribué; le numéro convoité s'y étale, avec la nomenclature de ses vertus, grâces et qualités; il a un demi-millimètre de plus en hauteur que celui, déjà très beau, de la Bibliothèque de l'Arsenal. L'amateur accourt, les poches bourrées de billets de banque; il va toucher au bonheur, à moins qu'un autre hiblioldtre plus riche ne sorte tout ci coup de dessous terre pour lui couper son livre sous la main.
Cela est arrivé il y a quelques années à la salle Sylvestre, pour un Coquillart. Un amateur allait s'en emparer à un prix convenable, bien qu'important, lorsqu'une enchère de cinquante francs surgit tout à coup; elle était lancée par un nouvel arrivant vêtu d'un costume de voyage et qui descendait du chemin de fer.
« Ah! s'écria le premier amateur, je suis perdu, vous êtes M.***, je suis perdu! Il n'y a au monde que vous et moi possédés de l'envie d'avoir ce livre, et vous êtes, hélas! beaucoup plus riche que moi. »
Mais quels plaisirs ineffables lorsque l'on rentre che\ soi porteur du livre désire, convoité, cherché, voulu et trouvé! C'est une conquête! c'est une victoire! oii le placer? sur quel rayon, particulièrement estimable par le choix des liâtes qui l'occupent déjà, le rangera-t-on ? Car les beaux livres méritent un beau voisinage et j'ai observé che\ tous les amateurs qui — après avoir aimé les livres pour les lire — se laissent aller peu à peu à la bibliophilie distinguée, qu'ils finissent toujours par avoir honte de leurs premiers bouquins. Alors ils les cachent volontiers sur les seconds rayons, s'ils ne poussent l'ingratitude jusqu'à s'en défaire.
Il convient toutefois de ne pas se laisser entraîner par un caprice, par une apparente occasion et n'acheter des livres qu'après les avoir bien examinés.
Avec un maître comme le Guide du Libraire-antiquaire et du Bibliophile, on devient vite expert dans la connaissance des livres. On sait par lui quelle est la bonne
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édition, quelle est l'année qui l'a vu naître, le nom du libraire qui l'a mise au monde, le nombre des gravures, le nombre des pages ; s'il y a une préface ou un avertissement en dehors de la pagination. Il vous apprend s'il est vraiment rare. Car cette qualité de rareté, sur laquelle je m'étends avec une complaisance un peu hors de proportion, est souvent, à mon avis, plus que contestable pour les livres jeunes.
Supposons que dans six mois, un an, on retrouve dans un coin, che^ tin libraire, un paquet de six ou dou:(e exemplaires complets des Chants et chansons populaires de la France; il faudra dire adieu, pour cinq ou six ans, aux prix de sept et huit cents francs. A moins d'une pnulence extrême de la part du libraire qui ferait dans un vieux fonds cette heureuse découverte, les prix d'aujourd'hui seraient tout de suite abaissés de vwitié et peut-être des trois quarts. Les vieux livres ne se perdent qu'à la longue, et les neufs se retrouvent toujours. 11 y a quelques mois, au. moment oii l'on rééditait un volume d'un auteur justement célèbre, volume qu'on croyait absolument épuisé, quelques centaines d'exemplaires de la première édition apparurent tout à coup. Comme l'œuvre était bonne, cela ne fit aucun tort à son débit, mais il ne s'agissait là que d'un petit volume du prix de ^ fr. /o.
Les premières éditions, les livres soi-disant raréfiés, qu'on achète cher, doivent être toujours dans icn état de perfection complète. Un vilain exemplaire incomplet, déchiré, maculé, rogné, ne vaut rien. Les raccommodages, le lavage, l'encollage n'y pourront rien: vilain il est, vilain il restera; et lorsque la nwde en sera passée, il ne tentera plus personne.
Au contraire, un beau livre restera toujours beau, s'il est bien traité, bien soigné et bien habillé.
Ce qui explique leprix exorbitant et un peu hors de proportion des grands papiers de Hollande, des papiers de luxe — Japon, Chine, et très beaux, mais très beaux vélins — c'est que jamais ces exemplaires ne s'abîmeront.
Les fabricants de papier ordinaire sont généralement des malfaiteurs — le mot n'est pas trop fort. — Us introduisent dans leur fabrication une foule de choses qui ne devraient pas y entrer. Le moindre de leurs méfaits est l'usage immodéré de la terre à porcelaine. Cela ne parait pas quand le papier est neuf, ynais à la longue — et à une longue généralement asse\ courte — la dite porcelaine forme des taches jaunes qu'aucun lavage ne peut faire disparaître et que VencoUage — fen suis convaincu — est impuissant à prévenir.
Les éditeurs n'y peuvent rien; le pli est pris dans la fabrique du papier, et sauf chei quelques rares manufacturiers qui ont encore l'honneur de leurs produits, c'est un article perdu. Le chiffon, le vieux papier, les plantes textiles tirées de l'Afrique et de l'Amérique ne suffisent plus, paraît-il, à la fabrication courante. Et puis la concurrence