‹ Guide du libraire-antiquaire et du bibliophileChapitre 5 sur 75 · XII PREFACE · texte numérisé non relu

XII PREFACE

a déprécié les marchandises honnêtement établies et il n'y aura pas besoin d'un nouvel Omar pour détruire nos bibliothèques. L'anobiuni panicum, Tanobium hirtum, le procus pulsatorius et autres insectes, amis des livres jusqu'à les manger, n'auront plus rien à faire; avant qu'ils s'attaquent aux œuvres des contemporains, la porcelaine sortant du papier aura tout gâté.

C'est à la prévision de ces sinistres que l'on doit — j'en suis certain — les précautions prises par les éditeurs de très beaux livres. Leur papier courant est du vergé; et pour les tirages d'amateurs ils emploient les papiers de luxe. Ils assurent leur ouvrage contre les ravages du temps et la scélératesse des papetiers et autres animaux graphophobes. Si les papiers ordinaires étaient bons, un encollage sérieux et intelligent produirait les mêmes résultats, mais les papiers ordinaires sont, je le répète, détestables.

Les amateurs et tous ceux qui s'occupent du commerce des livres sont prévenus : pour tous les livres fabriqués depuis cinquante ans, sans grand soin, les grands papiers et les papiers de luxe traverseront seuls le siècle jusqu'à sa fin. Le reste se détériorera plus ou moins, selon le hasard et les circonstances.

Je ferai la même observation pour les reliures.

Un relieur intelligent conserve un livre; un relieur inintelligent l'abimc. Si donc une reliure n'est pas signée d'un nom qui soit une garantie et comme un certificat des soins apportés à sa confection, il faut ouvrir les deux yeux, car rien ne se ressemble plus au premier coup d'œil et moins au second, qu'une reliure bien faite et une mal faite. On doit surtout se méfier des dos trop ronds et des dos trop plats. Un livre bien encastré entre ses plats et son dos se reconnaît dans la main de l'amateur, dès que ce dernier s.nt par expérience que les deux grandes qualités d'une reliure sont l'ouverture aisée, facile, constante du livre et l'absolue régularité des marges. La première de ces qualités ne s'obtient le plus souvent qu'au détriment de l'élégance; mais sans la secoiulc, un livre relié perd toute sa valeur. Donc on ne doit jamais acheter un ouvrage moderne rogné; on ne sait jamais les défauts que cache cette rognure souvent exagérée, non point que h relieur coupe pour avoir du papier à vendre, mais parce qu'avec la presse à rogner, il répare en apparence, et rien qu'en apparence, toutes les imperfections du pliage et de l'assemblage.

Les reliures à bon marché, les cartonnages ou reliures d'éditeurs faites à la grosse doivent être répudiées avec soin. Les dorures et les décorations, qui les distinguent, sont autant de pièges tendus à l'inexpérience des gens sans goût. D'ailleurs, pour être belle, U7ie reliure doit être simple dans son ordonnance et avoir été lentemmt confectionnée. Dans ces conditions, elle est d'un prix asse\ élevé; aussi depuis quelques années les marchands de livres, même ceux qui ont pour clientèle l'aristocratie de la

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