‹ Guide du libraire-antiquaire et du bibliophileChapitre 42 sur 75 · LE DIABLE BOITEUX · texte numérisé non relu

LE DIABLE BOITEUX

(par Le Sage). — A Paris, chei la veuve Barbin, au Palais, sur le Perron de la Ste-Chapelle. M.DCC.VII. Avec privilège du Roy, i voL in-12.

Édition originale. — Se compose de :

1° un frontispice gravé par Magdeleine Harthemels, avec ce titre : El Diàblo coiuelo; 2° 4 ff. lim. pour le tit., la dédicace : Au très illustre auteur Lui:( de Velei de Guevara, et la table des chap.; 3» 314 pp.; 4" 4 fï. pour la tab. et le privil.; 5° un f. bl. — Le privil., daté du 8 juin 1707, est accordé pour six ans à la V^ Claude Barbin.

Quoiqu'il y ait des éditions plus belles que celle-ci, cependant les bibl'aphiles la recherchent de préférence aux autres. Elle est d'ailleurs fort rare et ne se trouve point à la Bibliothèque Nationale. Il y a vingt ans qu'on l'obtenait pour 5 ou 6 francs au plus. Maintenant le prix en est très élevé. Voici quelques-unes des principales auctions:

m. r. de Trautz, 202 fr., Solar; veau, 260 fr., Chedeau ; viar. de Masson et Debonnelle, 381 fr., Rugiéri; mar. de Lortic, 400 fr., Luzarche; mar. de Chambolle -Duru, 580 fr., Labitte, janv. 1877 ; vuir. de Chambolle, 545 fr., Leb. de Montgermont; tnar. de Cuzin, 595 fr., Guy-Pellion, fév. 1882; mar. de Trautz, 700 fr., cat. Fontaine 1875; mar. de ChamboUe-Duru, 600 fr. , Répert. de Morgand et Fatout, 1882.

Bien qu'effacé par Giî Blas, le Diable

boiteux n'en est pas moin? un chefd'œuvre. L'idée, — on le sait, — est tirée de la gracieuse nouvelle espagnole de don Luiz Vêlez de Guevara, El Diablo cojuelo. Mais l'on sait aussi que Le Sage a prodigué là les paillettes d'or de sa plume enchantée.

Ce roman eut un succès fou. Il s'en fit deux éditions la même année. « On travaille à une troisième, annonçait le Journal de Verdun (déc. 1707); deux seigneurs de la Cour mirent l'épée à la main dans la boutique de la Barbin, pour avoir le dernier exemplaire de la seconde édition. »

L'abbé Bordelon, dans sa brochure intitulée : Les Béquilles du Diable boiteux, dit : « On ne donne pas seulement le temps de s'habiller, puisqu'on vient en poste pour l'enlever; enfin, ne l'a pas qui veut, et je ne crois pas que jamais Diable ait été tant fêté. »

Toujours d'après le même journal, un exemplaire aurait été envoyé à une dame dont la fille boitait, et qui, malgré sa claudication, était l'une des plus belles femmes du temps. Le rondeau suivant accompagnait cet exemplaire :

Diable boiteux n'est pas un cas étrange, Il fut blessé par Saint-Michel l'Archange, Lorsqu'en voulant s'égaler au Très-Haut, Ce dernier-ci lui fit faire le saut Qui lui rendit les cuisses en lozange.

Un pareil saut fort la cuisse dérange, A moins qu'on eut à tomber dans la fange : Or aujourd'hui vous verrez ce que vaut,

Diable boiteux.

Je vous l'envoyé, il ne boit, ni ne mange. C'est un bon Diable il mérite louange, On dit pourtant qu'il mort plus qu'il ne faut, Mais c'est chez vous que sous les traits d'un ange, On peut y voir, sans tache et sans défaut,

Diable boiteux.

160. — DE L'AMOUR; par l'auteur de l'histoire de la peinture en Italie, et des vies de Haydn,

Mozart et Métastase (Henri Beyle) — Paris, libr. universelle de P. Mongie l'aîné, 1822, 2 vol. pet. in-12 de III - 232 pp., tit. table, et f.-tit. compris pour l'un; de 328 pp. et 2 fF. non chiff. de table, tit. et f.-tit. compris pour l'autre.

Le tome II contient en appendice :

Des Cours d'Amour. — Code d'Autour au XII^ siècle, — Notice sur André le Chapelain.

Observons que sur André le Chapelain, l'auteur d'un livre intitulé : De Arte Amatoria, Fauriel, dans VHist. litt, de la France, t. XXI, a fait une dissertation autrement importante que la Notice de Beyle.

« Ce n'est point un roman que j'ai entendu faire, » dit Beyle lui-même.

En effet, ce livre n'est pas plus un roman qu'un ouvrage didactique. C'est une collection d'aphorismes plus ou moins contestés et contestables, de maximes la plupart paradoxales, le tout suivi de faits et de raisonnements à l'appui de ses théories sur l'amour.

L'auteur de la Chartreuse de Parme a certes dépensé là un esprit prodigieux, mais le succès ne répondit pas à son talent : il ne trouva « que dix-sept lecteurs de 1822 à 1823, c'est à peine si après vingt ans d'existence VEssai sur l'amour a été compris d'une centaine de curieux. » C'est Beyle qui parle (Préface de l'éd. de 1842).

L'ouvrage resta donc sur les rayons.

Cependant il est assez rare. Les exempl. de l'édition originale, bien entendu, valent aujourd'hui de 30 à 35 fr. — Dem.-rel., cuir de Russie, avec coins, non rog. 35 fr.,L. (Lesson), févr. 1882.

La plupart des éditions, parues depuis la mort de Beyle, contiennent quelques pièces de plus que la première; mais elles n'ont pas plus de valeur pour cela.

161. — PETITES MISÈRES DE LA VIE HUMAINE, par Old Nick (Paul-Emile Daurand Forgues) et Grandville, — Paris, H. Fournier, éd.,rueSt-Benoit,y.M.DCCC.XUll I vol. in-8°, imprim. Fournier. — Procédés d'Aristide.

Collation : f.-tit. inûtulé : Joco-Seria, tit., préface : au critique, à la fin de laquelle se trouvent les charges des deux auteurs ; table des somm.aires indiquant le classement des grandes figures; en tout, avec le texte, viii et 392 pp.

Orné de 200 vignettes dans le texte et de 50 grands sujets tirés à part, y compris les deux frontispices. — La couverture imprimée contient des vignettes qui ne figurent point dans le volume. Aussi les exemplaires avec cette couverture sont-ils plus recherchés que les autres, et se vendent de 60 à 80 fr. — Les exempl. rognés, de 30 à 40 fr. — Dem. rel. ou cart. cotés 40 fr., cat. Conquet, févr. 1882.

Quoique déjà affaibU par de profondes douleurs morales, Grandville, dans cette œuvre, — l'une de ses dernières, — arrive à l'épanouissement complet de son remarquable talent d'observation. La verve de l'écrivain, il faut bien le dire, répond à la verve de l'artiste : la plume marche de pair avec le crayon. On ne saurait les séparer l'un de l'autre; ni les concevoir l'un sans l'autre. Ils restent un sous leurs manifestatiàns individuelles.

Tous deux avec la même acuité d'esprit excite l'hilarité du lecteur dans l'exhibition figurée ou décrite de ces Petites misères auxquelles, ici-bas, chacun est plus ou moins soumis.

162. — LE SYLPHE, Poésies de feu Ch. Dovalle, précédées d'une

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