AURÉLIEN SCHOLL
Denise, liistoriette bourgeoise. — Paris, Ledoyen, 1857, un vol. in-32 de 64 pp. non chiff.
Petit poème écrit avec cette verve pétillante comme l'étincelle issue du chaud silex de la plantureuse Gascogne.
L'auteur raconte là ses premiers rêves et ses premières déceptions. Eternelle histoire de « l'éternel féminin » rajeunie et relevée par l'élégance de la facture et le charme du vers.
Aurélien SchoU le composa à Bordeaux au fort du Hà, pendant qu'il purgeait une condamnation à un mois de prison, suite de son premier duel.
L'adversaire, il est vrai, touché en pleine poitrine, avait fait trois mois de ht.
Ceci se passait en 1855, il avait à peine 22 ans.
Denise, fut d'abord donné à la Revue de Paris. Laurent Pichat, Maxime Ducamp et Louis Ulbach, n'osèrent pas l'imprimer. Ils lui rendirent son manuscrit avec force comphments.
Qui n'a rien pubUé ne peut se figurer les angoisses de l'écrivain en herbe, quand pour la première fois, il attend, fiévreux, l'éclosion de son idée sous la forme d'un livre ou d'un article de journal.
N'y tenant plus, SchoU fit imprimer son œuvre à ses frais. Ledoyen, éditeur au Palais-Royal, en reçut le dépôt.
Six jours après, il fut mandé au parquet du procureur impérial.
GUIDE DU LIBRAIRE-ANTIQ.UAIRE
La muse généreuse d'Aurélien Scholl, dans le cours de son ardente épopée, avait fait craquer les lacets de son luxuriant corsage. La pruderie administrative s'en était émue.
Scholl comparaît devant le sourcilleux magistrat, qui de sa voix la plus grave lui tint à peu près ce langage : a Monsieur, j'ai ordre de vous poursuivre pour outrage à la morale. Toutefois, en considération de votre jeunesse je peux obtenir une ordonnance de non-lieu ; mais, condition expresse, vous retirerez immédiatement du commerce cet opuscule. Si l'on en trouve un seul exemplaire, seulement un seul, — appuyant sur les mots et renforçant le ton, — entendez-vous bien, monsieur le poète, la poursuite aura son cours. »
Scholl se retira terrifié... en songeant qu'il lui fallait payer huit cents francs à l'imprimeur.
La logique d'un procureur impérial venait d'écraser un poète dans l'œuf,
Denise fut réédité en 1863, chez Hetzel, avec la mention de 15e édition. Entre la première et celle-là, une seule, proprement dite, avait eu lieu, et parut en une jolie plaquette, format diamant, chez un éditeur de la place de la Calandre, à Gand. Mais, Hetzel fit entrer en ligne de compte les réimpressions faites dans le Parnasse satirique, dans le journal Le Boulevard, et dans divers autres recueils, et porta ainsi à 15 le nombre des éditions. Denise se retrouve encore dans le Lorgnon (1869), et à la fin d'un volume intitulé : Hélène Hermann, ire édit., Hetiel; 2e et 3e, Michel Lévy.
Enfin la dernière édition, et en réalité la quatrième, se fit en 1878, chez Maurice Dreyfous, avec exemplaires sur chine et japon. Les amateurs recherchent l'originale : elle est rare, d'abord ; ensuite elle contient une préface en cinq lignes où l'auteur dit que
Denise « n'est qu'une sorte de prologue lancé en guise de ballon d'essai. »
Cette préface ne figure pas dans les autres éditions; mais en revanche celles-ci ont de plus que leur aînée une pièce de vers, chiffrée xi, commençant par ce vers :
Là-bas est mon pays, la Gascogne joyeuse ..
Les exemplaires de la première édition, cotés I fr., valent maintenant de 15 à 20 fr. Les exempl. sur pap. de Holl., — tirés au nombre de 20, — se vendent chacun de 30 à 35 fr.
167. — DE L'IMITATION DE JÉSUS-CHRIST. Traduction nouvelle (par l'abbé F.-T. de Choisy) — Paris, Antoine Deiallier, 1692, in-i2.
Edition originale.
Coll. : 4 fï. lira, renfermant le frontispice, le titre et la Dédicace au roi, par le traducteur; 333 pp. suivis de 5 ff. non chiff. pour la table et l'extrait du privilège. Avec 5 grav. en taille-douce par J. Mariette, le front, compris.
En tète de la dédicace se trouve une charmante vignette sur acier qui n'existe que dans cette édition. Elle représente la chapelle de Versailles pendant une cérémonie religieuse.
L'estampe du second livre montrant M™e de Maintenon, à genoux, vue de dos, au pied d'un crucifix, avec ces mots : Atidi filia à l'angle supérieur du côté droit, fut la cause d'une longue discussion bibliographique.
D'après plusieurs écrivains, cette édition aurait été dédiée à M^e de Maintenon, et la susdite estampe devait contenir ces deux versets (11 et 12) du 44e psaume, pour épigraphe :
Audi filia, et vide, et inclina aurem tu»m; Et obliviscere populum iuutn, et dotnumpatris tut.
Ecoutez, ma fille, ouvrez vos yeux, et ayez l'oreille
[attentive ; Et oubliez votre peuple, et la maison de votre père.} Et concupissd Rex decoretn tuiiiii...
(Et le roi désirera de voir votre beauté.)
Et l'on ajoutait que cette estampe, donnant prise à la malignité des gloseurs, avait été supprimée dans la seconde édition.
Dédicace, versets et suppression d'estampe sont de pure invention, invention que les mots : Audi fiîia avaient provoquée. En effet, il ne faut qu'ouvrir la première édition pour se convaincre, comme le montre la collation ci-dessus, que la dédicace est adressée au roi, et non pas à M""-' de Maintenon. En outre, la seconde édition parut dans les derniers mois de 1692, avec la même figure en tète du second livre, laquelle se retrouve encore dans la troisième édition datée de 1694. « Il paraît cependant, dit Barbier, que la plaisanterie fit assez d'impression sur l'abbé de Choisy pour le déterminer à remplacer, dès 1692, dans quelques exemplaires, la figure de M™^ de Maintenon par un crucifix gravé très grossièrement.
Dans la quatrième édition, donnée en 1699, M™e de Maintenon est remplacée par un homrrie à genoux devant un prie-Dieu sur lequel est placé un livre, avec cette légende au bas de l'estampe : Seigneur, je crierai vers vous et vous adresserai ma prière. Les éditions qui suivent la quatrième contiennent la même figure. »
Edit. orig. avec la vign. primitive, 33 fr., de Couronne; v. br., avec la croix de la Maison de Saint-Cyr sur les plats, 103 fr., Nodier; le même ex.
140 fr., Borluut; mar., 140 fr., Solar; V., avec envoi autogr. deM^^e de Maintenon, 232 fr.. Double; le même ex., 400 fr., Huillard; le même ex., 1000 fr., Benzon; rel. Bozérian, 205 fr., Brunet; le même ex. 208 fr., Guntzberger; ex.
avec envoi de Mme Je Maintenon,
305 fr., Yéméniz; niar. r. de Cape, 298 ir,. Soleil; inar. doub. de Trautz, 400 fr., baron Pichon; mar. bl., doub.
mar. r., large dent., gardes moires cerises, tr. dor. de Lortic, ex. contenant de plus deux fig. ajoutées : 1° un frontispice allégorique de Watelet, gravé par Edelinck, représentant Louis XIV sur un char traîné par deux lions; 2° la vignette de la dédicace, tirée à part; h. 161 mill., 170 fr., M. P., janv. 1885.
168. — UNE VIEILLE MAI- TRESSE, par Jules Barbey d'Aurevilly. — Paris, Alex, Cadot; iinpr. de E. Dépée, à Sceaux, 185 1, 3 voL in-80.
Première édition, accompagnée d'une dédicace à M. le vicomte Joseph Izarn, — Freissinet, — avec ces deux épigraphes :
Perseverare diabolicum.
— Les Ascètes. — Les rois de la terre, — et Dieu même, — Récompensent la fidélités
— Anonyme. —
Coll. : Tom. le^ : 2 ff. lim. pour les tit. et f.-tit., 327 pp. comprenant, en tête, la préface, dont la pagin. I-III se confond avec celle de l'ouvrage; 4 ff.
chiff. pour le cat. des ouvrages de vente chez l'éditeur; enfin un dernier f. contenant un errata au r°.
Tom. II« : 2 ff. lim. pour les tit. et f.-til., 316 pp., plus 2 ff. non chiff., dont l'un contient la table et l'autre l'errata.
Tom. Ille : 2 ff. Hm. pour les tit. et f.-tit , 341 pp., plus 2 ff. non chiff., dont l'un contient la table et l'autre l'errata.
Dans les éditions suivantes, la première de ces épigraphes reste seule au titre, sans les mots : Les Ascètes.
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GUIDE DU LIBRAlRE-ANTiaUAIRE
J. Barbey d'Aurevilly. Une
VIEILLE MAITRESSE. — Paiis, AUx.
Cadol; hnpr. de Munxel, à Sceaux, 1858, pet. in-8° de 2 ff. Uni. pour les tit. etf.-tit. et de 383 pp.
Deuxième édition, contenant, déplus que la précédente, une préface, dont la pagin. I-III se confond avec celle du texte.
Dans cette préface, on lit : « Ce roman fut écrit pour faire opposition au livre trop vanté d'Adolphe, cet horrible chef-d'œuvre d'Analyse et de style glacé, mais qui résume, jusque dans sa froideur, le xix« siècle et sa décrépitude de cœur. »
J. Barbey d'Aurevilly. Une VIEILLE MAITRESSE. — Piiris, Achilh Faure; impr. de P. Briei, à Ahheviîle, 1866, in i8-jésus de 404 pp., tit., f.-tit. et table compris, suivis de 14 ff. où la pag. recommence plusieurs fois pour le cat. des liv.
en vente chez l'éditeur.
Troisième édition. La mention n'en figure que sur la couverture. Il y a des exemplaires ponant : âeiixiènie édition.
Dans cette troisième édition, la préface de la deuxième est considérablement remaniée, corrigée et augmentée.
Là, l'auteur se déclare « bon catholique » et dit que son but est de combattre la philosophie, « et qu'il la combattra tant qu'il aura souffle. » Il y annonce la suppression « d'un détail libertin dont il se reconnaît coupable. »
Ce détail, le voici (i'''^ éd., t. 3, p. 120) : « La tête brune de Ryno était a placée plus bas que le sein de l'Es- « pagnole, qui jouait d'une main avec a. son miroir. Était-ce le bras de cette « femme qui liait le cou de Ryno? ou.
« car c'était bien blanc pour son bras, « sa svelte jambe simplement passée au- « dessus des épaules de son ancien « amant, couché vers elle? Une gerbe oc d'étincelles rayonnait à l'extrémité de « cette ligne indistincte... (Les points « sont dans le texte.) Mais ne portait- « elle pas aux chevilles, comme aux œ poignets, des cercles d'or fermés de K pierres précieuses? »
Ce passage, à partir de l'édition de 1858, c'est-à-dire de la seconde, fut remplacé par eelui-ci : a Vellini, dont le pied « crispé dans quelque pâmoison avait « rejeté une de ses mules moresques, « était, plus que jamais, avec son miroir « constellé, la Sorcière au pied nu qui « vient de faire son charme. Comme « l'avait dit le vieux Prosny au com- « mencement de cette histoire. »
Remarque : ce changement a été exécuté après la critique que Champfleury fit de ce livre dans la Galette de Champfleury, en 1856.
On le voit, la critique est bonne à quelque chose, surtout quand elle s'exerce avec science et conscience.
Signalons encore la 4^ édition, conforme pour le texte à celles de 1858 et de 1866. Paris, Alphonse Lenierre; imp.
de]. Claye, 1874, 2 vol. pet. in-12, format des Elzévirs, imprimée sur papier teinté jaune. De cette édition ont été tirés 20 exemplaires sur pap. Wathman, et 20 sur pap. de Chine.
De tous les ouvrages de l'auteur, Une vieille Maîtresse fui le plus attaqué, défendu et même ridicuhsé. A vrai dire, ce mélange monstrueux de mysticisme et d'érotomanie, joint à un style semé d'incidentes ; rempli d'antithèses outrées, de comparaisons tapageuses, de mots redondants, ne saurait satisfaire l'esprit français, ami surtout et du bon sens et du bon goût.
La première édition est très recherchée, soit à cause de sa rareté, soit particulièrement, à cause du passage sup-
prime dans les autres. Se vend de 60 à 80 fr. — Ex. broché, 80 fr., cat. Ronquettc, fcvr. 1883.