‹ Guide du libraire-antiquaire et du bibliophileChapitre 46 sur 75 · LES CONTEMPO- RAINES, par Rétif de la Bretonne · texte numérisé non relu

LES CONTEMPO- RAINES, par Rétif de la Bretonne

Cet ouvrage, le plus curieux de ce fécond écrivain, le plus difficile à trouver complet, est aussi celui dont la bibliographie est la plus embrouillée. MM. Paul Lacroix et Charles Monselet en savent quelque chose. Il forme 21 tomes en 42 volumes, et parut en trois séries successives, avec variantes dans le titre général.

La première série s'annonce ainsi :

Les Contoiipor aines, ou Avantures des plus jolies Femmes de l'âge présent, recueillies par N***, et publiées par Timothée Joly, de Lyon, dépositaire de ses manuscrits. Epigraphe : « Il s'este saie, par ces historiettes; bientôt il « prendra un vol plus hardi. » Inipriuié à Leïpsick, par Biischeî, marchand libraire. Et se trouve à Paris, Chés Belin, rue Saint-Jacques, près celle du Plâtre, et chés l'éditeur, rue de Bièvre, 1780- 1782.

17 vol. in-i2.

L'auteur, dans ses tables, a désigné cette première partie par : Les Contemporaines iih'lces. L'on en trouve des exemplaires avec l'adresse de la dame veuve Duchesne, rue Saint-Jacques. Ces exemplaires n'ont que huit volumes.

Outre, à la souscription, on les reconnaît aux changements qu'ils présentent.

Par exemple, en tête du premier vol.

figure une lettre de Timothée Joly qui ne se trouve pas dans les exemplaires portant l'adresse de Belin.

La deuxième série : Les Contemporaines-du-comimui : ou Avantures des

belles Marchandes, Ouvrières, etc., de l'âge présent. Recueillies par N.-E.-R**- D*-L*-B***. Lnpriniê à Leïpsick, par Biischeî, marchand-libraire. Et se trouve à Paris. 1782-1783, 13 vol. in-12, à partir du 18'^ de la collection.

1,000 exemplaires de celte série des Contemporaines ont été tirés sous ce titre : les Jolies Femmes-du-commun . Il faut remarquer qu'elle commence à la page 289 du tome 13 et va jusqu'à la 642'=, fin du vol. La première partie, ou volume, de ce tome, clôt la série précédente.

La troisième série : Les Contempoporaines- par -gradation : ou Avantures des Jolies-Femmes de l'âge actuel, suivant la gradation des principaux états de la société : Recueillies par N.-E.- R**.D*L*B**. Imprimé à Leipsick, par Biischeî, libraire. Et se trouve à Paris, chés la d'^ v^ Duchesne, rue Saint-Jacques. 1783, 12 vol. in-12.

Quelques exemplaires de cette troisième et dernière série ont été tirés avec des titres ainsi modifiés : Les Contemporaines graduées, ou Avantures des Jolies Femmes de la Noblesse, de la Robe, de la Médecine et du TJmître. Le numérotage des volumes de cette série recommence à partir du xxxi de la collection : premier et trente-et -unième, et se continue jusqu'au xlu^ t.: Do2iiième et quarante-deuxième. Cette série est considérée comme la plus rare. Elle renferme 80 estampes, dont quelques-unes sont en double et pliées.

L'ensemble de cette production se compose de 272 nouvelles, accompagnées chacune d'une figure, quelquefois de deux ou de trois, et même de cinq, ce qui en porte le^iombre à 283. Beaucoup sont avant la lettre. Celles que nous avons trouvées avec signatures donnent les noms suivants : L.-S. Berthet, Pépin, E.-A. Giraud l'aîné, Giraud le jeune, Pauquet, P. Baquoy fils, pour

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GUIDE DU LIBRAIRE-ANTiaUAIRE

la gravure, et de L. Binet pour les dessins.

M. Monselet signale des volumes avec dates de 1786, 1787 et 1788; quelquesuns portent l'adresse du libraire Belin ; ce qui indiquerait d'autres réimpressions. En effet, M. Paul Lacroix, dans la savante bibliographie qu'il a donnée de Rétif de la Bretonne, dit : « Nous a avons sous les yeux un tome xxix, a daté de 1790. Ce tome pourrait bien « avoir été réimprimé pour la troisième « fois, car il a dû être plus recherché a que les autres : il contient une foule a de chansons populaires, très égril- <c lardes, que l'auteur met dans la Œ bouche de ses héroïnes, les belles a crieuses. «

Les Contemporaines, ou Avantures des plus jolies Femmes de l'âge présent : Recueillies par N.-E-.-R**-D*-L*-B***; et publiées par Timothée JoU, de Lyon, dépositaire de ses manuscrits. Seconde édition. Fleuron : vase de fleurs.

Imprimé à Leïpsick, par Bùschel, marchand-libraire : et se trouve à Paris, chês la dame V^ Duchesne, libraire, rue Saint- Jacques, au Temple-du-Gout. 178 1, et années suivantes, 42 volumes.

Cette seconde édition est plus rare que la première. De plus elle renferme des additions et des corrections faites par l'auteur lui-même. Mais en retour les avis et notes imprimes au verso des titres de celle-ci sont supprimés dans celle-là.

En 1825, le libraire Peytieux, possédant un certain nombre de volumes des Contemporaines, fit faire un titre spécial et annonça en quelque sorte une nouvelle édition. Mais cette nouvelle édition ne contenait que 38 vol..

Les premiers volumes seulement des Contemporaines ont été traduits en allemand par W. Chf.-Sym, Mylins. — Berlin, 1781, et suiv, 11 vol. in-80.

Les Contemporaines, dans leur intégrité, se trouvent difficilement, et sont

toujours d'un prix relativement assez élevé. Ainsi : 132 fr., Solar; 125 fr. vel., ir. dor., Tros, nov. 1867; 140 fr. broché (incomp. d'une pL), Tros, nov. 1869; 236 fr., dem.-rel., v. /., Bertin, déc. 1868 ; 450 fr., demi rel., non roqn., Aug. Fontaine, 1870; 376 fr,, dem.-rel., non rog-n., Lebert, 1874; 2,400 fr., mar. r., dos orné à pet. fers, de ChamboUe Duru, cat. Fontaine, 1874; 81 fr., Desq; 320 fr., Pochet- Deroche, ex. non rogné.

Pour la réimpression : '202 fr., broché, Langlois, 1872; 299 fr., broché, Lescouet, 1874; 650 fr., dem.-rel, tr.peig., Aug. Fontaine, 1874; 450 fr., deni. rel., bas., tr. r., même libr., 1874; 900 fr., Barker, Londres, 1874; 225 fr., marquis de B. de M*, 1869, fig. du prem. tirage; 695 fr., mar. anc, Turner.

La plupart des pi. ne portent pas de signature. Nous avons indiqué plus haut les seules trouvées en cette condition. On préfère généralement celles du premier tirage, quoique elles ne soient pas très bonnes, ni les secondes non plus.

170. —RÉFLEXIONS OV SEN- TENCES ET MAXIMES MORA- LES, (Par La Rochefoucauld). — Paris, Claude Bertin, 1665, in-12.

Coll. : 24 ff". lira, comprenant le frontispice, « VAdvis av lecteur » et le « D iscovr s svr les re flexions... »; 150pp. de texte, plus S ff- pour la table et le privilège.

Le frontispice est gravé par Est.

Picart. Il représente un Amour tenant d'une main un masque, et de l'autre montrant le buste de Sénèque placé sur un piédestal. Sous le pied droit de l'amour, cette légende : L'Amozr de la Vérité.

Édition originale française du premier état, de 23 lig. à la page.

HT DU BIBLIOPHILE

Chacun sait que la première édition parut à La Haye, chei Jean et Daniel Sleuclcer, 1664, pet. in-80 de 79 pp. chifF.

VAdvis av lecteur, placé en tête du vol., porte : « ... Il y a apparence que « l'intention du peintre n'a jamais esté « de faire paroître cet ouvrage, et qu'i « seroit encore enfermé dans son cabi- « net si une méchante copie qui en a « couru, et qui passa môme depuis « quelque temps en Hollande, n'avoit « obligé un de ses amis de m'en don- « ner une autre qui doit estre tout à « fait conforme à l'original... »

On a conclu de là que cette édition de La Haye avait été faite sans la participation de l'auteur et à son insu.

D'abord rien ne justifie cette conclusion; ensuite il faut, pour s'y ranger, une simplicité d'âme au moins égale à la duplicité de La Rochefoucauld. L'auteur des Maximes, tout le monde l'admettra sans peine, n'était pas absolutnent un étourdi; et son cabinet ne pouvait être une sorte de halle où chacun se rendait et repartait à volonté. Le gros bon sens l'exige ainsi.

Or, si cette édition a été imprimée, comment aurait-elle pu l'être si luimême, directement ou par l'entremise d'un tiers, n'en avait adressé ou transporté la copie à La Haye? Faut-il supposer que cette copie lui a été soustraite? Plaisanterie trop lourde pour s'y arrêter.

A la suite de tant de réflexions profondes, et si profondes souvent qu'on les admire d'autant plus qu'on les comprend moins, le rusé compère, en se posant la main sous le menton, n'at-il pas pu faire tout bourgeoisement celle-ci? « Voyons, le prudent Horace a dit :

... Deleie licehit, Quod non edideris; nescit vox missa reverti,

c'est-à-dire que le mot lâché en public ne revient plus. Pour marcher avec le

plus de sécurité possible, commençons donc par publier clandestinement quelques feuilles de mon travail. Sur l'effet qu'elles produiront, j'en continuerai ou j'en arrêterai l'impression, me réservant ainsi la faculté de désavouer la partie mise au jour dans le cas où elle soulèverait trop le sentiment général. » Et c'est ce qu'il fit. L'édition de La Haye ne fut qu'un ballon d'essai lancé pour prendre vent, et pas autre chose. Et puis cette supercherie lui fournissait l'occasion de faire le modeste, de se poser en victime des indiscrets, et d'être forcé et contraint de faire paraître en leur entier ces pauvres Maximes, fruit de ses loisirs. Oh! oui, il en souffrit beaucoup ! Disons-le bien haut, La Rochefoucaud a fait paraître lui-même l'édition de La Haye de ses Maximes, et il l'a fait paraître dans le seul et unique but de sonder l'opinion publique : il ne faut pas chercher « le fin des fins ». Is fecit cui prodest.

Arrivons maintenant au Discours svr les Maximes ; quel en est l'auteur? Ce discovrs, qui n'a été reproduit ni dans l'édition de 1666, ni dans les trois autres données du vivant de l'auteur, d'aucuns — les timides — se contentent de dire : attribué à Ségrais. Plus résolu, M. Brédif, en son livre intitulé : Ségrais, sa vie et ses œuvres, p. 266-7, dit : a Elle (l'amitié) lui inspirait le ditcours préliminaire ou l'apologie des Maximes.. .. » Brunet partage cette manière de voir. Le Grand Dictionnaire du xix^ siècle, de sa voix formidable, répond : « Attribué sans aucun fondement à Ségrais. » A l'époque même de l'apparition des Maximes, cette question était déjà agitée. Certains savants lui donnaient alors pour auteur un nommé Henri de Bessé, sieur de la Chapelle, inspecteur des Beaux- Arts sous Edouard Colbert, marquis de Villacerf, surintendant général des bâtiments du roi.

Mais M. Gilbert, dans son édition des

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œuvres de La Rochefoucauld, a démontré d'une manière péremptoire que cette opinion ne saurait se soutenir.

De ce qui précède, il suit que malgré toutes les recherches plus ou moins savantes faites par les différents éditeurs des Maximes, le véritable auteur du Discoirs est encore à cette heure complètement inconnu.

Une supposition : S'il était de La Rochefoucauld! La force même de ce morceau nous le ferait croire. En effet, qui, mieux que La Rochefoucauld, pouvait connaître son but, ses tendances, ses intentions; qui devait, mieux que lui, sentir les traits puissants et les faiblesses de son livre! Le P. Bouhours, dans ses Entretiens d'Arts te et d'Eugène, dit : œ Le Discours qui a esté mis d la teste de ces Réflexions est de la main à'nn grand maître, qui sait le monde aussi bien que la langue et qui n'a pas moins d'honnêteté que d'esprit. » Ces mots de Grand maître nous ont frappé; et nous croyons fermement que le P. Bouhours, mis dans le secret, voulait désigner La Rochefoucauld. Et puis, voyez ce paragraphe du Discours : « Il est aisé de voir d'abord qu'il (le livre) n'était pas destiné pour paraître au jour, mais seulement pour la satisfaction d'une personne qui, à mon avis, n'aspire pas à la gloire d'être auteur... » N'est-ce pas presque avec les mêmes termes, la même pensée exprimée dans VAdvis av lectevr, lequel a toujours été considéré comme de La Rochefoucauld ?

Et plus loin : « ...J'y rencontre partout de la force et de la pénétration, des pensées élevées et hardies, le tour de l'expression noble, et accompagné d'un certain air de qualité qui n'appartient pas à tous ceux qui se mêlent d'écrire. . . » Qui niera là la griffe du maître ? Pour nous, ce Discours, c'est La Rochefoucauld jugeant l'auteur des Maximes.

i''':édit.holl.,î/. tr., vendue 5,100 fr., Rochebilicre, mai 1882; 1" édit. fran-

çaise du premier état, ex. dérelié, 475 fr., même vente.

171. — L'ART DE VÉRIFIER LES DATES... Depuis la naissance de Notre-Seigneur, par le moyen d'une table chronologique... avec un calendrier perpétuel... par des religieux Bénédictins de la Congrégation de Saint-Maur. Première (et deuxième) partie. — Paris, chc\ Guill. Desprei, et chei Pierre-Giiill.

Cavelîer, 1750, i vol. in-4°.

Chaque partie a un titre spécial, mais la pagination continue. — Première édition. — Quoique assez rare, le prix en est peu élevé. Vendu de 15 à 20 fr.

Le même. Nouvelle édition (deuxième).

Revue et corrigée par un religieux Bénédictin de la Congrégation de Saint- Maur (Dom. Clément). — Paris, Guill.

Desprei, imp.-libr., 1770, i vol in-fol. sans indication de partie. Vendu de 25 à 30 fr. "

Dans cette édit., comme dans la suivante, l'on trouve sur le titre un fleuron, et au titre de départ une vignette, le tout dessiné et gravé par B.-L. Prévost.

Le même. Troisième édition. Par un religieux de la Congrégation de Saint- Maur. (Dom. Clément.) — Paris, Alex.

Jombert jeune, 1783 -1787, 3 vol. in-fol.

Les exempl. de cette édit. valent aujourd'hui de 285 à 300 fr. — Mar. r., gr. pap., 498 fr., Saint-Fargeau; mar.

hl., lab., 650 fr., Renouard, 1805; 550 fr., Jourdan; 526 fr. en 1839.

Le même. Réimprimé avec des corrections et annotations et continué jusqu'à nos jours, par M. (Viton) de Saint- AUais. — Paris, imp. de Valadc, 18 18- 1819, 19 vol. in-80, dont I de table; et en 5 vol. in-40.

Les exemp. in-S" de cette édit., quoique moins belle que la précédente, se vendent de i8o à 200 fr. ; les exenipl. in-40, de 230 à 240 fr. 11 y a des exemp. de ce format, pap. vél., vendus 450. — A l'origine, rin-40 se vendait 4) fr. ; rin-80, 7 fr.

L'Art de vérifier les dates...

avant l'ère chrétienne; par le moyen d'une table chronologique... avec une dissertation sur l'année ancienne; l'abrégé de l'histoire sainte... Par un religieux de la Congrégation de Saint- Maur (Dom. Clément) ; imprimé pour la première fois sur les manuscrits des Bénédictins, mis en ordre par M. (Viton) de Saint-AUais... — Paris, che:{ l'éditeur; iinpr. de Moreaii, 1820, 4 vol.

in-fol.

Sert d'introduction aux précédents; mais on ne lui attribue pas le même mérite, — Se vend : l'in-So, 8 fr. ; rin-40, 45 fr. ; le même format sur pap. vél., 90 fr. ; l'in-fol., 75 fr.

L'Art de vérifier les dates depuis 1770 jusqu'à nos jours (1827), formant la continuation ou troisième partie de l'ouvrage publié sous ce nom... Cette partie, rédigée par une société de savants et hommes de lettres, est publiée par M. le chevalier de Courcelles... — Paris, chci l'éditeur, che^ Arthur Bertrand, et cJie:(^7reutlel et IVurt:^; iinpr. de Moreau, 1821-1844, 20 vol. in-80, dont 2 de tables.

Les collaborateurs de cette continuation furent : Charles Lacretelle jeune, Eyriès, le chevalier de Marchangy, le comte de Fortia d'Urban, Hippolyte de la Porte, Hase, Depping, Audiffret, Raoul-Rochette, Saint-Martin, Abel de Rémusat, Walckenaer, Warden. — Une partie a été publiée par de Courcelles, l'autre par de Fortia d'Urban.

La même suite forme 5 vol. in-fol., et 5 vol. in-4'', et non pas 4, comme on l'indique partout. — Les deux cin-

quièmes, vol. in-fol. et in-40, ont été catalogués à part, à la BibHothcque Nationale, comme étant un ouvrage séparé. — La fin du tome 4 de la suite in-fol., porte : « Le dernier volume contiendra les Etats-Unis et le Canada.

Ainsi sera terminée la première histoire générale et complète de l'Amérique qui ait paru en France. » — Le Canada, pourtant, n'a pas paru, particularité généralement ignorée. De sorte que, sous ce rapport, l'œuvre entreprise par le chevalier de Courcelles serait inachevée.

L'exemp. in-80 valait 6 fr. ; rin-40, 30 fr. ; ex. du même format sur pap. vél. , 90 fr. ; l'in-fol., 75 fr. Puis ces deux derniers baissèrent jusqu'cà 35 fr. pour remonter à 50 fr.

L'Ordre de Saint-Benoist se distingua de tout temps par ses services rendus à l'histoire et à la littérature. Mais de tous les trésors littéraires émanant de ces infatigables religieux, il n'y en a pas de plus considérable, ni de plus important, ni de plus utile; nul qui exigea plus de patience, de recherche et de sagacité que VArt de vérifier les dates, ouvrage dont la nécessité s'impose à tous ceux qui, sous toutes ses formes, étudient l'histoire dans les sources, les chroniques et les annales.

On est redevable de ce 'gigantesque travail à Dom. Maur d'Antine, de la Congrégation de Saint -Maur. Il ne publia que la table chronologique et le calendrier perpétuel. La mort l'ayant surpris le 3 novembre 1746, à l'âge de 59 ans, deux de ses confrères, Dom.

Ursin Durand et Dom. Charles Clémencet, mirent son plan à exécution.

Toute la seconde partie est de leurs mains. Après eux, Dom. Clément acheva l'œuvre commune. D'autres savants y collaborèrent; ainsi : La chronologie des barons de Fougères appartient à F.-A.-J. Pommereul; La chronologie des éclipses est de l'abbé de la Caille; et Pingre a donné la Table des éclipses.

GUIDE DU L1BRAIRE-ANÏIQ.UAIRE

172 — LE DIABLE AMOUREUX Nouvelle Espagnole (par Jacques Cazotte). — A Napks {Parii, Lejay, libr., rue Saint-Jacques), 1772, in-8° de viij pp. pour le titre et VAvis de l'éditeur, et de 144 pp. chiff.

Édition originale, avec 6 planches gravées au trait. La i^e, mise en regard de ÏAvis; la 2^, p. 14; la 3=, p. 43; la 4'=, p. 78 ; la 5e, p. 102 ; la 6e p. 138.

Sur le titre, un fleuron composé de roses; une tête de page au titre de départ; à la fin une page de musique gravée.

L'idée du Diable amoureux est tirée d'un petit ouvrage, complètement oublié aujourd'hui , intitulé : Le Comte de Gabalis, par l'abbé de Villars. Mais il n'y a aucun rapport entre cette œuvre et celle de Cazotte. Seuls les arcanes de la Cabale emplissent la première. La seconde offre une suite de scènes intéressantes et délicates où les passions humaines sont constamment déjouées par quelque événement surnaturel.

C'est le premier essai du roman fantastique, ouvrant ainsi une ère nouvelle à nos fastes littéraires. Il devance en ce domaine Lewis, Hoffmann et Mathurin.

Remarquable de facture et d'originalité, le Diable amoureux est, de plus, empreint de cette gaîté discrète et de bon aloi à laquelle tout galant homme peut succomber sans rougir. Son but moral, — il y en a un, — est de nous prémunir contre les illusions de nos sens et les entraînements de nos désirs.

Là Béelzébuth, sous les traits de la plus ravissante fille d'Eve, anime de ses caprices démoniaques ce rêve ailé, semé d'imprévus, qui tient le lecteur haletant, jusqu'au bout, comme sous le charme d'une douce vision.

Le merveilleux est, dit-on, facile à manier : erreur grande. Il faut, au

contraire, une rare dose d'imaginative unie aux forces sereines de la raison pour rendre vraisemblables des circonstances, par leur nature les plus diaboliquement invraisemblables. Sous ce rapport, le Diable amoureux est le modèle du genre.

UAvis de l'éditeur, et non pas VAvis de l'auteur, comme on l'a fait dans presque toutes les éditions suivantes, d'après Fréron, ne serait pas de Cazotte, mais d'un sien ami, connu alors dans Paris, par son esprit, ses saillies et ses talents littéraires. Pas n'est besoin d'une grande connaissance du dix-huitième siècle pour reconnaître ici Chamfort, le plus intime familier du conteur Dijonnois. Du reste, l'allure vive et dégagée de l'auteur des Caractères et portraits se décèle assez dans ce passage de VAvis : « Il a été (l'ouvrage) rêvé « en une nuit et écrit en un jour : ce « n'est point, comme à l'ordinaire, un « vol fait à l'auteur; il Ta écrit pour « son plaisir, et un peu pour l'édifica- « tion de ses concitoyens; car il est « très moral; le style en est rapide; « point d'esprit à la mode, point de « métaphysique, point de science, « encore moins de jolies impiétés et « de hardiesses philosophiques; seu- « lement un petit assassinat pour ne « pas heurter de front le goût actuel, « et voilà tout. »

Les planches dont il est accompagné sont de simples fac-similé de dessins d'un faire grotesque, mais voulu. On y sent l'ébauche d'une habile main. Par la plume et le crayon, V éditeur et les artistes ont eu l'intention de railler le travers, si commun alors, d'illustrer à grands frais des productions complètement dénuées de mérite et d'intérêt :

travers assez de notre époque, pour le dire en passant.

Longtemps les noms des dessinateurs restèrent inconnus. Aujourd'hui trois de ces planches sont attribuées, avec

raison, àMoreau jeune. D'ailleurs elles figurent toutes trois dans le tome VI de l'œuvre de ce maître conservé au département des estampes de la Bibliothèque nationale. Ce sont les pi. 3, 5 et 6, paginées, l'une, 43; l'autre, 102; et la troisième, 138.

La pi. 3 représente don Alvare (le héros) à droite, vu de profil, dans son lit dont il entrouvre les rideaux. Il aperçoit son page assis auprès d'une table, démêlant ses cheveux devant un miroir.

Dans la 5^, sous un berceau en treillage, à gauche et de profil, don Alvare, à genoux, aux pieds de Biondetta (l'héroïne ou Béelzébuth) lui baisant les mains, malgré les efforts de son chien qui le tire par la basque de son habit. « Ce qui montre bien, dit « l'auteur de ÏAvis, que les gens d'esprit « en ont moins que les bêtes. »

La 6e : don Alvare, debout, un pied sur le brancard d'une voiture, dont les chevaux ont subitement disparu, tendant les bras vers un nuage où paraît la tête de chameau de Béelzébuth.

Pour les trois autres, M. Mahérault, dans son catalogue de l'œuvre de Moreau jeune, dit en avoir trouvé 2 parmi 283 dessins de Marillier. Malheureusement il ne les décrit pas. Quant à la dernière, selon le même collectionneur, elle pourrait être de C.-N. Cochin fils. Opinion probable, car cet artiste a fourni les dessins des planches qui ornent la première édition des Œuvres Badines de Calotte. — Paris et Londres, Esprit, 1776, in-80.

Le Diable amoureux parut pour la seconde fois, dans cette édition des Œuvres badines. Par suite d'observations émanant soit de ses amis, soit de la critique, l'auteur en changea ici le dénouement. Il l'indique lui-même, à la fin, dans une note sous forme d'Epilogue.

Et c'est toujours avec le nouveau dénouement que les éditions subséquentes furent données depuis.

L'édition originale est assez rare La Bibliothèque nationale ne l'a point.

C'est sur l'exemplaire conservé à la Bibliothèque de l'Arsenal que nous en avons pris le titre.

Exempl. en bon état vendu 175 fr.,

173. — LES II CARACTÈRES H DE THÉOPHRASTE, 1| traduit du grec 11 avec |1 les Caractères || ou \\ les Mœurs || de ce siècle, || Cinquième édition, || augmentée de plusieurs Remarques. |1 — A Paris, \\ chex, Estienne Michallet, || premier Imprimeur du Roy, rue Saint \\ Jacques^ à l'Image S.-Paul. \\ M. DC. XC. jj Avec privilège de Sa Majesté, j] Petit in- 12.

Coll. : 21 ff. non chiff. pour le titre et le Discours sur Théophraste ; 505 pp., suivis de 4 pp. non chiff. contenant la table et le privilège, daté du 28 octobre 1687. Au bas de ce privi lège, on lit : a Achevé d'imprimer pour la cinquième fois, le 24 mars 1690.»

Cette cinquième édition originale renferme, selon le rédacteur du catalogue Rochebilière, 154 Caractères no\i\ç.3,\iy.; et 163 suivant les continuateurs du Manuel. De notre côté, après la plus minutieuse collation, nous en avons trouvé 164, sauf erreur, sans compter ceux qui ont été modifiés. Comme le font remarquer nos devanciers, deux de ces Caractères nouveaux, réimprimés dans les 6^ et 7e éditions originales, furent supprimés dans les suivantes.

Tous les exemplaires connus de cette édition contiennent un certain nombre de cartons, qui ont été relevés par M. Servois dans sa Bibliographie des éditions de La Bruyère Ccollect. des grands écrivains).

Vend. 100 fr., Luzarche; 2 fr. 50, d'Ortigné; 30 fr., Danyau; viar., de Chambolle - Duru , 155 fr. , Potier ; 175 fr. , Benzon; wza/'., de David, 120 fr., cat. Fontaine; mar. r., dos orné, fil., fleurs de lys aux angles des plats, tr. dor., rel. anc, 100 fr., M. -F.,

174. —VOYAGE AUTOUR DE MON JARDIN, par M. Alphonse Karr, illustré par MM. Fréeman, L. Marvy, Steinheil, Meissonier, Daubigny, Gavarni et Catenacci. — Paris, L. Curmer, édit.; V. Leçon, éditeur; inipr. de Bénard et Q^.

MDCCCLI. Gr, in-8° de 416 pp., tit. et f.-tit. compris.

Livre accompagné d'environ 150 vignettes dans le texte, gravées sur bois, et de 15 grandes planches hors texte, dont 7 sur bois et 8 en couleurs, celles-ci protégées par une feuille de pap. soie où figure la légende. Les 7 pi. sur bois comptent dans la pagination ; les 8 coloriées, non. Le Journal de la librairie n'accuse que 14 gr. pi. ; l'exemplaire de la Bibliothèque nationale en a réellement 15.

Le Voyage autour de mon jardin, c'est l'Histoire naturelle en feuilleton : rien de neuf, rien d'original. Sur les insectes et les plantes, tout, depuis de longues années, était connu et vulgarisé. La Bible de la nature, de Swammerdam, dès le xviie siècle, mit en lumière les mœurs, les habitudes et la structure des animalcules. De nombreuses publications, sans s'écarter de la rigueur scientifique, avant le travail de M. Alphonse Karr, avaient dévoilé les phénomènes de l'entomologie et de la cryptogamie.

Quant à l'exposition, elle n'est pas sans reproche. Le style en est lent, préten-

tieux, et, vice irrémissible, saturé de citations latines et même grecques!

Sous l'écrivain reparaît l'ancien professeur de l'Université.

Naturam cxpellas furcâ, tamen tisque recurret.

Outre les artistes mentionnés sur le titre, nous avons relevé les suivants :

Dessinateurs : Harrizon, Bisson-Cottard, Eug. Lereux, V. Beauce, Goussereau, Pauquet.

Graveurs : John Quartley, Timms, Fisan, Wiesener, Lévy, Pauquet, Chary, Laisné, Gusman, Adèle Laisné, Auge, Guillaumot, Picoud, Bara, Gérard.

Trois éditions furent données de cet ouvrage. La première parut en 1845.

La seconde, celle ci-dessus décrite, est seule recherchée à cause des illustrations charmantes dont elle est ornée.

Cotés, dès le début, 16 fr., les exemplaires valent aujourd'hui de 35 à 40 fr. — Ex. imprimé sur pap. chine, avec doubles pi. noires et coloriées, rel. chag. r. à coinp., 170 fr., Curmer, 1874; cart. toile, feis spéciaux, tr. dor., 45 fr., M. F., 1883.

Les noms de Meissonier, Gavarni et Daubigny donneront à ces exemplaires, plus tard, une grande valeur.

175. — GASPARD DE LA NUIT, fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot, par Louis Bertrand, précédé d'une notice par Sainte- Beuve. — Angers, imprim.-lihr. de V. Pavie, rue Saint- Laud; Paris, Lahitle, quai Voltaire, 1842, in-8°.

Coll. : 2 flf. pour le tit. et le f.-tit. ; XXII pp. pour la notice de Sainte- Beuve, suivis d'un f. bl., et 324 pp. de texte chiff"., la table comprise.

En regard de chaque pièce se trouve un feuillet, comptant dans la pagina*

ET DU BIBLIOPHILIE

tion, qui renlerme le litre de la pièce au recto, et l'épigraphe au verso.

Ce livre, composé de petits poèmes en prose, mignons chefs-d'œuvre ciselés comme une coupe florentine, est un des plus remarquables de second rang, issus de la puissante floraison romantique. Il ne parut qu'après la mort de l'auteur, et encore sans la généreuse initiative de David d'Angers, dont le le cœur égalait le génie, il serait peutêtre resté complètement inconnu. L'éditeur Renduel en avait acheté et payé le manuscrit; mais il demeura jusqu'alors enfoui dans ses cartons. Le célèbre statuaire le racheta de ses propres deniers ; et, grâce au bienveillant concours de Sainte-Beuve, le volume vit le jour en 1842.

Malgré l'incontestable talent que cette œuvre recèle et la charmante notice de Sainte-Beuve, jamais, en librairie, on ne signala un désastre pareil à celui de Gaspard de la nuit : vingt exemplaires au plus, donnés ou vendus, sortirent des rayons.

Cet accueil fait à un ouvrage, dont chaque mot, hardiment lancé, comme un bélier ruinait le moule séculaire de la poétique française, a lieu d'étonner. Venait-il trop tard? c'est probable.

En 1842, les idées de réforme littéraire avaient troué la vieille forteresse classique, et les lutteurs passaient, triomphants, à travers la brèche ouverte.

Gaspard de la nuit, alors, n'ofl'rait rien de nouveau, rien d'imprévu. La victoire était gagnée, et, sans détourner la tête, sans même compter les morts, on marchait en avant. Voilà, croyonsnous, la cause de ce silence qui l'enveloppa dès son apparition.

Étrange destinée! Louis Bertrand aima l'art au point d'en mourir, et il en mourut. Il usa sa jeunesse à la recherche d'une forme qui donnât plus de relief à la pensée, à l'expression plus de sonorité : le sort ne lui laissa pas même la

consolante satisfaction de voir l'éclosion de ses idées. Ne comptant pas avec les réalités de ce monde, elles, implacables, le saisirent et ne le quittèrent plus qu'au moment où, broyé par la misère, il alla, pour toujours, s'endormir à l'hôpital Necker, obscur et oublié.

David d'Angers seul suivit, tête nue, le corbillard de ce noble déshérité jusqu'au cimetière de Vaugirard, dans lequel on chercherait vainement aujourd'hui la trace de sa tombe.

Cette fin prématurée nous paraît se lier à une particularité intime de la vie de Bertrand, que n'ont point remarquée ni AsseUneau ni Sainte-Beuve dans leurs notices respectives. Une affection profonde, subitement brisée, a dû traverser comme un glaive sa douloureuse existence. Et cela semble clairement résulter de ce morceau, tiré de la pièce intitulée : Sur les rochers de Chèvremont.

Mais, hélas! je n'ai plus de soleil depuis que sont fermés les yeux si charmants qui réchauffaient mon génie.

Et dans : Encore un printemps.

Et vous qui avez parfilé la soie de ma vie, ô femme ! s'il y a eu dans mon roman d'amour quelqu'un de trompeur, ce n'est pas moi ! quelqu'un de trompé, ce n'est pas vous !

Ironie! Ce livre, objet de ses sacrifices, scellé de ses douleurs, plein de son âme; ce livre, si dédaigné à son aurore, est maintenant très recherché !

Demi-rel., mar. r., 32 fr., Sainte- Beuve; mar. hr., 80 fr., Amand.

Le même. Nouvelle édition, augmentée de pièces en prose et en vers, tirées des journaux et recueils littéraires du temps, et précédée d'une introduction par Charles AsseUneau. — Paris, René Pincehourde, 6^, rue Richelieu ; Bruxelles, librairie européenne de C. Miiqtiardt, 1868, in-8°.

Coll. : 1° 4 ff. lim. renfermant un f. bl. au verso duquel figure la marque

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de Poulet-Malassis ; un second f. bl. où se trouve au recto la mention des tirages; les tit. et f.-t'it. entre lesquels un frontispice eau-forte de Félicien Rops. 2° L'introduction, paginée i-xxviii.

30 276 pp. de texte, la table comprise, suivies de deux ff. dont l'un contient, au recto, Verratum, et l'autre le prospectus de la Collection des curiosités romantiques, publiée sous la direction de Charles Asselineau.

Poulet-Malassis, qui n'était pas seulement un libraire, mais un lettré délicat, donna ses soins à cette édition.

C'est pourquoi sa marque est frappée au premier feuillet.

De cette édition ont été tirés 3 50 ex. in-80, pap. de Holl., dit ruche; 50 gr. in-8°, pap. de Holl., dit grand médian; 2 sur chine.

176. — ANATHÈME, par Jules Favre. — Paris, Louis Babeuf, éditeur; Lyon, imprimerie de G. Rossary, 1834, i vol. in-8° de 156 pp., le titre compris, plus un feuillet pour le f. -titre.

Au début de sa carrière, Jules Favre était un Humanitaire. Il avait vingt-cinq ans lorsqu'en 1834 éclata cette formidable insurrection qui, pendant six jours consécutifs, couvrit de sang et de larmes la vieille cité lyonnaise. Les représailles exercées contre le peuple vaincu et désarmé lui mirent la plume à la main : il publia ce livre.

« Les maux de mon pays, dit-il en « commençant, ont brisé mon âme :

« comme le fer broyé par le caillou « jaillit en étincelles, ma pensée déchi- « rée éclate en vérité. »

Après ce préambule, nouvel Haasverus, le bâton en main, il s'élance à la recherche de la Vérité. En vain parcourt-il tout cet Univers, il ne voit que

misère, injustice, hypocrisie et tyrannie. La Vérité! il ne la trouve nulle part.

Désespéré, la gorge pleine de sanglots, il s'arrête. Tout à coup une femme aux formes célestes, vêtue de blanc, se dresse devant ses regards.

Elle s'approche, le réconforte, et de son doigt dirigé vers l'Orient lui montre l'Infini : c'était la Charité.

La Charité, voilà, pour l'auteur, le principe régénérateur du monde.

Il a peut-être raison. Cependant le mot de charité sur les lèvres de l'orateur dont le verbe austère et menaçant ne laissait tomber que des paroles gonflées d'amertume et d'ironie, a lieu de surprendre. A vrai dire, il n'avait pas encore franchi le seuil de l'âge mûr quand Anathènie parut; et il pouvait être alors pénétré des généreuses aspirations de la jeunesse. Mais dans la forme mystique et déclamatoire de l'œuvre on sent poindre celui qui, sous le prétexte de libéralisme, ne fut jamais qu'un autoritaire.

Du reste, Anathème n'eut aucun succès.

Vendu de 20 à 25 fr.

177. — LA STREGA, par Ernest Fouinet, l'un des collaborateurs des Cent et Un. — A Paris, Silvestre, lihr.; Allais, éditeur. Versailles, imprimerie de Martin, 1832, 2 vol. in-8°.

Seule et unique édition.

Tome 1er : 364 pp., les tit. et f.-tit. compris, les treize premières paginées

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