‹ Guide du libraire-antiquaire et du bibliophileChapitre 47 sur 75 · Tome II« : 360 pp., tit. et f.-tit · texte numérisé non relu

Tome II« : 360 pp., tit. et f.-tit

compris, les huit premières non chiff.

Avec une vignette à chaque titre et reproduite respectivement sur les couvertures des vol. La première est gravée par Andrew, la seconde par Cher-

rier, toutes deux d'après les dessins de Jean Gigoux.

Si l'on consulte un dictionnaire italien-français au vocable Sttrga, il répondra Stryge, sorcière. D'après ce titre on pourrait supposer qu'il s'agit ici de sorcellerie. Il n'en est rien. Au contraire, le sujet tombe absolument dans le domaine du réel et du positif. Quoique écrit et publié en plein romantisme, à part quelques lignes, reflet de l'époque, ce roman n'affecte pas la manière tourmentée propre à la nouvelle école. Un talent, sinon vigoureux, du moins bien venu; des situations assez dramatiques et une certaine originalité de style donnèrent i La Strega son heure de célébrité. Depuis on l'oublia. Il méritait mieux.

La Slrega est le premier ouvrage d'Ernest Fouinet; il en est aussi l'un des plus rares. Se vend actuellement de 25 à 30 fr.

178. — LOUISA ou les douleurs d'unefille dejoie, parl'abbé Tiberge.

— Paris, Delatigle, éditeur; iniprinieric de Doyen, 1830, 2 vol. in- 16, ensemble de 11 feuilles 1/2.

Édition originale.

Vignette de Tony Johannot, gravée par Porret, répétée sur le titre de chaque volume : une croix de bois çntre une tète de mort, un écrin et des roses.

Avec une dédicace à Jules Janin.

Tiberge est le pseudonyme d'Hippolyte Régnier-Destourbet.

Jamais titre scabreux ne couvrit un sujet plus moral. Le vice est puni, Li vertu récompensée, la religion satisfaite, la société vengée et le bourgeois content : tout y est pour le mieux, excepté pour l'héroïne qui n'en peut mais. On y pleure, on y rit, on y chante, on y rêve même; et, au bout de péripéties

semées de fleurs et de larmes, un dénouement du plus poignant réalisme.

L'auteur s'est évidemment inspiré de L'Ane mort ou la Femme guillotinée. En eflfet, même idée philosophique et sociale des deux côtés; là comme ici, une jeune fille, pure à l'origine, — cela va de soi, — celle-ci poussée par l'amour-propre, celle-là par la séduction, roule dans les sentes infâmes de la oc moderne Babylone ». Toutes deux, la misère les saisit et les broie; terrible, la fin de l'une et de l'autre. Jules Janin et Régnier-Destourbet ne diffèrent que par la mise en scène et le style; et, sous ce rapport, il faut bien le dire, malgré d'incontestables qualités, Louisa est loin de son modèle.

Cependant Louisa brilla un instant au milieu de l'Olympe romantique. Trois éditions successives eurent lieu la même année, deux à Paris, une à Bruxelles.

Puis, presque aussitôt, la nuit! Qui aujourd'hui se ressouvient de Régnier- Destourbet? Et, pourtant, avec Du Peuty, c'est l'auteur de ce drame Napoléonien qui, vers 1830, pendant plus d'une année, sans désemparer, remua profondément les populations de toute la France avec la Redingote grise et le Petit chapeau. Ce drame a pour titre : Napoléon, Schœnhrun, Sainte-Hélène, trilogie résumant les aspirations populaires à ce moment.

Au reste, courte fut sa carrière, et il mourut en quelque sorte deux fois.

D'abord, il alla subitement s'ensevelir dans la communauté de Saint-Sulpice.

A peine un mois s'était-il écoulé, que, dégoûté des pratiques religieuses, il jette sa robe par-dessus les tours de la vieille basilique, et rentre dans le monde : on ne le connaissait déjà plus ! Quelques jours après, il disparait de nouveau, mais pour ne plus revenir :

le 23 septembre 1832,11 s'éteignait lentement, seul, isolé, dans une maison meublée, de maigre apparence, dite

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Hôlel de Londres, place de l'Estrapade.

Il avait vingt-sept ans.

Le même. — Paris, Delangh; mprhn.

de Doyen, 1830, i vol. in- 18 de 8 feuilles et demie.

Le faux-titre porte : Deuxième édition.

Le même. — Bruxelles, imprimerie romantique de Feuillet Dnntus, 1830,

I vol. in-i2.

Le même. Nouvelle édition. — Paris, librairie centrale, boulevard des Italiens; inip. de Vallée, 1865, i vol. gr. in-i8, de 320 pp., tit. et f.-tit. non compris. — La couverture imprimée porte le millésime de 1866.

Avec une préface anonyme, mais qui est de Charles Rabou. Cette préface commence ainsi : « Publié il y a quelque dix ans, ce roman, que nous réimprimons, pour parler le langage des bibliophiles, est devenu rarissime. Grand avait été son succès; l'unique édition qui en a été faite fut rapidement enlevée. » Il y a là plusieurs erreurs : d'abord Loiiisa n'avait pas paru depuis quelque dix ans, mais bien depuis trente-cinq ans. Et d'une. Il n'était pas devenu rarissime; seulement rare, c'est assez. Et de deux.

II eut trois éditions la même année, et non pas une seule et w?z/ç?;e. Et de trois.

Quand nous serons à dix, nous ferons une croix.

L'édition originale brochée, avec couverture, se vend de 30 à 40 fr. — Inutile de demander les trois premières éditions à la Bibliothèque nationale.

179. — ALI LE RENARD, ou la conquête d'Alger (1830). Roman historique, par Eusèbe de Salle, ancien élève de l'École royale des langues orientales; officier supérieur interprète au quartier général de l'armée d'Afrique; auteur du Diorama de Londres: traducteur de

lord Byron, etc. — Pans, libr. de Charles Gosselin; imprim. de Crapelet, 1832, 2 vol. in-8<» de 463 pp.

pour l'un et de 460 pour l'autre, tit. et f.-tit. non compris. — La parenthèse est dans le titre.

Avec une épigraphe en arabe audessous de laquelle se trouve cette traduction :

La main d'AbouIaheb est desséchée Aboulaheb est anéanti; il ne lui a serv de rien d'accumuler des trésors.

Al Koran, Surate CXI.

Accompagné de deux vignettes gravées sur bois par Porret, d'après Tony Johannot. La première, sujet du chap. : Le puits du saule pleureur, 1. 1, représente la Géorgienne Kirkor, sous le costume d'officier, la gorge nue, s'interposant entre les Bédouins et Duclos lié à un arbre. La seconde, sujet du chap. :

Rupture et séparation, t. II, montre Fanny Shaler au moment où elle va se séparer du commandant d'Aubagne :

deux indigènes démarrent la chaloupe, le quaker et sa femme y ont déjà pris place; à la poupe, Fanny debout, tournée vers d'Aubagne qui se tient appuyé sur son sabre.

Ce roman, écrit avec un remarquable talent, a pour base l'expédition d'Alger. Les personnages se meuvent au milieu des événements de la conquête; et sous l'affabulation, l'auteur fait la critique des principaux chefs et des mouvements de l'armée, le tout entremêlé d'observations judicieuses et de types bien frappés.

Ali le renard fut d'abord publié en fragments dans le Voleur, et obtint un succès mérité. Il eut deux éditions ou plutôt deux tirages la même année, et ne parut plus depuis. Il n'est cité ni dans Quérard ni dans ses continuateurs.

Ex. broché, ou relié avec témoins, de 60 à 80 fr.

180. — MADAME PUTIPHAR, par Pétrus Borel (le lycanthrope). — Paris, Ollivier, lihr.; imprim. de Terluoîo, 1839, 2 vol. in-8°. La parenthèse est dans le titre.

Tom. I. : 475 pp. avec un f. contenant la liste des ouvrages devant paraître chez le même éditeur. Sur ces 446 pp., 24 sont prises pour les tit. et f.-tit., la dédicace : a A. L. P. Ce livre est à toi et pour toi, mon amie »; le Prologue, en vers, et deux ff. dont l'un reproduit les f.-tit. et dont l'autre porte, au recto, la mention de Livre premier, et, au verso, cette épigraphe :

Where is mylord ? Whcre is iny Romeo ? Shakspeare.

La dédicace est adressée à Madame Anne- Catherine -Lucinde Paradol, la charmante sociétaire du Théâtre - Français, décédée en 1843. C'était la mère de Prévost-Paradol , le brillant journaliste, mort d'une façon si tragique à Washington.

Tom. II : 475 pp., tit. et f.-tit. compris.

Deux vignettes sur bois : la première, non signée, Patrick à Trianon, un volume de la Nouvelle Hcloïse à. la main, montre à Madame de Pompadour ce passage : « La femme d'un charhonnier est plus estimable que la maîtresse d'un roi. » La seconde, signée L. B. (Louis Boulanger) et gravée par Lacoste jeune, Déborah à genoux, dans l'attitude du désespoir, échevelée, les bras vers le ciel, reconnaissant Patrick à demi-nu, décharné, l'œil hagard, les cheveux en désordre, la barbe hirsute, un crucifix pendu à son cou.

Sur la couverture, de couleur bleue, un cadran d'horloge, sans aiguilles, soutenu de deux os de mort passés en sautoir; au-dessous une larme. Cette vignette figure au tome II, p. 109,

avec cette légende : « Je sortirai d'ici quand ce cadran marquera l'heure et le moment. » C'est l'une des inscriptions tracées par les prisonniers sur les murs de la cellule où Patrick avait été enfermé, à la Bastille.

Voici bien l'ouvrage le plus excentrique du plus excentrique écrivain.

Madame Putiphar, c'est Madame de Pompadour; Pharaon, 'Loxns XV. L'intrigue se noue en Irlande. Miss Déborah, noble et riche héritière des Cockermouth, aime Patrick, fils d'un simple fermier : elle en est aimée. Séparés par un crime, ils se retrouvent à Paris où les atiendaient les plus terribles catastrophes.

L'un et l'autre passent, intacts, à travers les scandales de la Cour et les ignominies du Parc-aux-Cerfs, poursuivis, lui par la Pompadour; elle par Louis XV.

Séparés de nouveau, ils sont emprisonnés, et recouvrent leur hberté à la prise de la Bastille. Patrick devient fou, suite de tortures inouïes. Déborah, toujours à sa recherche, le retrouve dans une maison d'ahénés, et à l'aspect de cette inteUigence, autrefois si belle, maintenant dégradée par la souffrance, elle tombe morte, foudroyée d'épouvante et de saisissement.

Ce roman heurté, bizarre, néanmoins très émouvant, est écrit d'un style particulièrement empreint des audaces fantaisistes de la nouvelle école. Toutefois, le Prologue mérite d'être signalé. Baudelaire, le raffiné Baudelaire, en admirait a la sonorité si éclatante et la couleur presque primitive à force d'intensité. » Qu'on en juge par les trois premiers vers :

Une douleur renaît pour une évanouie ;

Quand un chagrin s'éteint, c'est qu'un autre est édos;

La vie est une ronce aux pleurs épanouies.

Le côté distinctif du caractère de Pétrus Borel, c'est l'horreur du convenu et de la platitude humaine. Ce sentiment poussé jusqu'au plus haut période d'exa-

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cerbation, par la teinte sombre dont il enveloppa sa personnalité, honnête d'ailleurs, mais singulière, semble justifier l'épithète de lycanthrope adoptée par lui.

Ame fière et généreuse, il osa tenir tête à l'injustice des hommes : le monstre le dévora. Là-bas, loin de la mère patrie, sous le soleil d'Afrique, près de Mostaganem, il avait un modeste emploi, suffisant à peine aux exigences de sa famille. Sans raison, on lui retira cet emploi. Quelques jours après, il mourait d'une insolation.

Madame Putiphar, seconde édition conforme pour le texte et les vignettes à l'édition de 1839. Préface de M. Jules Claretie. — Paris, Léon Willem, éditeur; imprini. de Deurbergiie, 1878, 2 vol.

in-8°.

Cette édition contient en plus que la précédente huit fig. sur acier hors texte, dessins inédits de Michèle Armajer. Elle est accompagnée à chaque chapitre de têtes de pages et de fleurons sur bois très gracieux.

L'édition originale, brochée, avec la couverture, se vend environ 100 fr.

181. —HONORÉ DE BALZAC, sa vie et ses œuvres. Biographie par Théophile Gautier; analyse critique de la Comédie humaine, par H. Taine.

Bruxelles, librairie internationale, H. Dumont, directeur-gérant, 1858, I volume in-i8, avec portrait.

Ce petit recueil de deux biographies de Balzac est fort rare et si peu connu, que jusqu'ici on avait toujours annoncé dans les catalogues de librairie l'édition de Poulet-Mîilassis, parue en 1859, comme étant la première de la notice de Théophile Gautier. C'est une erreur, puisque celle de Bruxelles est antérieure

d'une année. D'ailleurs le volume de Poulet-Malassis porte sur le titre :

Édition revue et augmentée.

L'étude de T. Gautier est bien connue.

Mais celle de H. Taine ne l'est pour ainsi dire pas. Et pourtant elle est des plus intéressantes et n'a pas été réimprimée depuis cette époque.

Avant d'entrer dans ce volume, la biographie par Théophile Gautier avait paru dans la Revue ijiternationale de la littérature et des arts (tome VII) publiée à Bruxelles.

En tête du volume se trouve un portrait de Balzac, lithographie, sans nom d'artiste, avec cette mention : Imp. Simonau et Toovey. Au-dessous, un facsimile de la signature de Balzac.

Le volume se compose ainsi : fauxtitre, portrait, titre, notice de Théophile Gautier formant les pages S à 94 (le faux-titre et le titre comptent dans la pagination pour i à 4). — Second fauxtitre portant : Seconde partie. Analyse critiquede laComédie humaine, par A. Taine; enfin les pages 5 à 96 (les pages 95 et 96 de cette seconde partie contiennent la table des deux notices).

En tête de la seconde partie, on a réservé la pagination d'un feuillet, probablement d'un titre qui n'a jamais dû exister; de sorte que, immédiatement après le second faux-titre que nous venons de signaler et qui forme deux pages, la notice commence par les pages 5 et 6. Il manque donc ou les pages 1-2 ou les pages 3-4. Pourtant les cahiers sont complets.

Nous avons trouvé cet intéressant petit livre coté à 20 francs chez un libraire de Paris. Il n'a pas passé en vente publique, à notre connaissance.

Nous décrivons ci -après l'édition de 1859 :

182. — HONORÉ DE BALZAC, par Théophile Gautier. Édition revue

et augmentée, avec un portrait gravé à l'eau-forte, par E. Hédouin. Paris, Poulet-Malassis et de Broisc, lihrairescdileurs, <), rue des Beaux-Arts, 1839, I vol. in-i2.

Belle édition, bien imprimée, et ornée du plus joli portrait qui ait sans doute été fait de Balzac. Le volume est ainsi composé : faux-titre, portrait, titre, 2 fac-similé de lettres de Balzac, l'une de 4 pages, l'autre de 2 pages, texte compienant les pages i à 177, plus I feuillet ne contenant que la marque des éditeurs, qui avaient aussi une imprimerie à Alençon, imprimerie d'où est sorti ce livre.

Publié à I fr. 50, il vaut aujourd'hui de 10 à 15 francs, broché.

183. — L'ARGENT, par un homme de lettres, devenu homme de bourse (Jules Vallès). Rentiers, agioteurs, millionnaires. — Paris, Le Doyen, lihr.; Fougères, imprhn. de A. Jumelais, 1857, in-8°.

2 ff. comprenant les tit. et f.-tit.; un feuillet avec ces mots au recto :

« Lettre à M.J. Mirés » ; dix pp. chiff. i-x pour cette lettre ; un feuillet blanc, non compté dans la pagin., et 208 pp. de texte, la table comprise, ainsi qu'un autre feuillet bl. après la pag. 144.

Sur le premier plat de la couverture, jaune d'or, se trouve au centre, comme un ombilic blanc, une pièce de cent sous, au type du second Empire, entourée de cette légende : « J'en vaux cinq au contrôle et cent dans la coulisse. »

Sur le second plat : « L'Argent. Sous <t ce titre général paraîtront successive- « ment des brochures traitant des ques- « lions à l'ordre du jour, questions de <( bourse, de banque, de commerce et

(c d'industrie. — Première série : la « Banque de France, le Crédit mobilier, « le Crédit foncier, le Comptoir d'Es- <( compte, les Emprunts, les Chemins « de fer, les Finances de l'État, etc. , etc. « — Deuxième série : l'Impôt, la Terre, « le Libre-Échange, la Douane, les c Assurances, le Pain, etc., etc. — Ce « sera quelquefois, sous la forme origi- « nale et piquante de la biographie, « l'histoire des grandes fortunes, des c systèmes fameux; les Millionnaires « de la Banque et de la Presse, les Éco- >> nomistes célèbres, les Rothschild de .; province. — Les questions spéciales « seront traitées par les hommes com- « pétents, déjà connus dans la presse « industrielle et financière. — C'est la « Revue générale des intérêts, une « école ouverte à tous, grands et petits, « pauvres et riches ; c'est peut-être sous « ce titre magique de l'Argent, l'En- « cyclopédie véritable du dix-neuvième (( siècle. — Prix des brochures, 50 cent. « — Sous presse : le Crédit mobilier « et ses chefs. — Les Caves de la « Banque. »

Aucun de ces ouvrages promis n'a été publié.

L'Argent valut à Vallès un ouragan de critiques les plus passionnées :

Rien que la mort n'était capable D'expier son forfait...

Nous ne saurions dire si la seule et unique édition de ï Argent est épuisée.

Quoi qu'il en soit, les exemplaires aujourd'hui en sont recherchés. Cotés au début 2 fr., ils valent actuellement de 70 à 80 fr.

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