PREFACE XIII
Bibliophilie, font cartonner sur brochures les livres nouveaux. C'est d'ailleurs la façon la plus économique de conserver intactes les belles éditions et d'empêcher qu'elles soient déchirées ou maculées jusqu'au moment oit l'on veut les faire relier définitivement. Certains artistes habiles sont arrivés à donner à ces cartonnages, tout en conservant le livre, une solidité et tine élégance qui permettent de les introduire dans les plus riches bibliothèques. Il n'y a plus de vente, on ne voit pas de catalogues dans lesquels n'apparaissent désoi'mais ces cartonnages. La mode nous en est arrivée de Londres, mais nos meilleurs ouvriers, en y mettant beaucoup de leur façon, en ont fait leur invention.
Dans une brochure peu connue du public, intitulée Lettre à M. Jacques-Charles Brunet, chevalier de la Légion d'honneur, par J.-M. Quérard, et qui contient en résumé la théorie des grands ouvrages bibliographiques, j'ai retrouvé dernièrement cette phrase tirée du journal le Quérard (année 18^6) :
« Qu'avons-nous en France qui nous représente cette science (la bibliographie) cultivée che:^ nous autrefois par Ant. Duverdier, Lacroix du Maine, Naudé, Baillet, Lelong, Nicéron, Rive, Mercier de Saint-Léger, Camus et plusieurs membres de l'ancienne Académie des Inscriptions, et, dans ces derniers temps, par Daunou, de savante et honorable mémoire; par A. Barbier, Ch. "Nodier, G. Peignot, par Renouard et IVeiss, qui seuls ont su conserver à la vieille tradition tout son intérêt et toute son utilité ? Ou'avonsnous, disons-nous, qui puisse faire prendre goût à cette science? Rien; on semble, au contraire, s'être attaché à la rendre repoussante par une sécheresse désespérante. »
Entraîné à se montrer d'une modestie immodérée par le besoin d'humilier l'illustre Charles Brunet, son adversaire du moment, Quérard, dans son énumération, s'était oublié volontairement, pour n'avoir pas à citer Fauteur du Manuel du Libraire; mais s'il vivait encore il ferait amende honorable au sujet de cette soi-disant sécheresse repoussante à désespérer, dont il accuse les Bibliographes du commencement de la seconde partie du xix» siècle. Le Guide du Libraire-antiquaire et du Bibliophile est l'un des nombreux exemples qui prouvent au contraire que la Bibliographie est devenue une science agréable, attrayante et même « passionnante » .
Aux catalogues secs comme les poteaux indicateurs qui guident le promeneur au milieu d'une forêt, les librairei-antiquaires et bouquinistes ont déjà substitué des enumérations émaillées de détails intéressants. Sur certains catalogues récents on peut relever des renseignements bibliographiques ou historiques utiles. Les rédacteurs de catalogues poussent même le souci de plaire aux lecteurs jusqu'il recopier des ex dono originaux et Cliquants.
Des savants ingénieux ont fait en outre, à grand renfort de recherches, la bibliographie