ARTHRITE SIMPLE AIGUË. — TRAITEMENT
gner la maladie. Or, nous avons vu plus haut que les divers états pathologiques qui répondent à ces différents termes sont loin d'être identiques.
Émissions sanguines. — Dans la période d'acuité, tous les médecins emploient les émissions sanguines, et en proportionnent l'abondance à l'intensité de l'inflammation. Ou doit avoir recours à la saignée générale plus ou moins répétée aux applications de sangsues (25 ou 30 chaque fois), aux ventouses scarifiées (8 ou 10 à plusieurs reprises), jusqu'à ce que. la douleur soit devenue moins vive et la fièvre moins violente.
L'usage des narcotiques, et principalement de Y opium, est formellement indiqué dans une maladie aussi douloureuse, et qui occasionne ordinairement une insomnie presque complète. L'opium doit être administré, à l'intérieur, à la dose de 5 à 15, 20 et 25 centigrammes progressivement, et en ayant soin' d'en surveiller les effets. Des cataplasmes laudanisésou. faits avec la décoction de feuilles de belladone, de datura stramonium, sont maintenus sur la partie malade.
Pour compléter ce traitement calmant et antiphlogistique, on administre des boissons délayantes et émollientes, et l'on maintient le malade à une diète sévère
Les sudori figues, les diurétiques et tes purgatifs ont été rarement administrés dans cette affection. Il nous est, par conséquent, impossible d'en apprécier les effets, et l'on ne peut, jusqu'à nouvel ordre, les conseiller que dans les cas particuliers dont chacun sera juge.
Au lieu d'employer les émollienls et les calmants, on doit, suivant Bonnet (1), appliquer sur l'articulation malade des topiques excitants. Cet auteur rapporte des laits dans lesquels la douleur a été promptemeut calmée par l'emploi du cataplasme de Pradier, dont nous avons donné précédemment la formule (2), et par celui que conseille M. Trousseau, et qui est composé ainsi qu'il suit (3) :
^ vil Aa Pa'"' " 'àâ q. s. pour que la mie de pain ait la
Eau-de-vie camphrée f consistance d'un cataplasme.
Faites chauffer à une chaleur douce ; versez à la surface du cataplasme :
Laudanum de Sydenham.... 15 gram | Extrait de belladone 8 grain.
Laissez ce cataplasme appliqué pendant quarante-hiiit heur
res.
Suivant M. Trousseau, ce cataplasme est principalement utile lorsque l'arthrite a son siège dans une articulation environnée de peu de parties molles, lîonnet (de Lyon) employait encore avec succès les cataplasmes suivants :
V Farine de graine de lin Q. s. j Alcool saturé de camphre Q. s.
Ou bien :
Farine Q. s. | Vinaigre Q. s.
Position des membres. — Un autre précepte qu'il est très important de con-
(M Trniir des maladies des articulations. Paris, 1845, 2 vol. in-8 cl atlas. — Traité de merapeutique des maladies articulaires. Paris, 1853, p. 1!H.
(2) Voy. article Angine de poitrine.
(3) Traité de thérapeutique, t. Il, 2e édit., p. 70.
Valleix, 4# édit, — V. o3
-5'i • MALADIES DE L' APPAREIL LOCOMOTEUR.
naître, c'est de maintenir l'articulation malade dans l'immobilité absolue. Ce précepte,'sur lequel Bonnet (de Lyon) et M. Malgaigne ont insisté avec beaucoup de raison, est très important pour assurer une guérison rapide. Mais, même en partant de ce principe, il y a une assez grande différence dans la pratique des chirurgiens a cet égard. La plupart veulent que, pendant toute l'acuité de l'inflammation, on maintienne les muscles dans l'état de relâchement, ce que l'on fait, pour les genoux en particulier, à l'aide d'un double plan incliné. Bonnet recommandait, au contraire, quelle que fût l'acuité de l'inflammation, de ramener et maintenir les membres dans la position qui, après la curé, et dans le cas d'une ankylose, est le plus favorable au rétablissement des foncions. Ainsi, dans l'arthrite fémorotibiale, on doit, suivant ce chirurgien, étendre le genou, s'il est fléchi; dans la coxalgie aiguë, il faut redresser la cuisse, si elle est portée en dedans ou en dehors, etc. Il y a un peu d'exagération dans les craintes de Bonnet. En mettant les muscles dans le relâchement, on calme bien plus promptement les douleurs, et si l'on a soin de ne pas attendre, pour ramener le membre dans la position convenable, (pie la roideur se soit rétablie, on y parvient facilement.
Lorsque la douleur a notablement diminué, on peut, à l'aide de bandelettes de diachylum, appliquer, comme le recommande M. Velpeau, une compression méthodique, qui dissipe promptement le reste de la douleur et de l'inflammation. C'est aux' genoux, aux pieds, aux coudes et aux poiguets que cette compression est particulièrement applicable.
A l'époque où la douleur est complètement dissipée, et où il ne reste plus qu une *êne une roideur plus ou moins grandes de l'articulation, on peut mettre en usage d'autres moyens. On a recours aux larges vésicatoires, pansés ou non avec Yonquent mercuriel, et wx,douehei de vapeur sur l'articulation malade.
On fait aussi couvrir l'articulation malade d'un large emplâtre de Vigo cum mercurio-et, comme nous l'avons dit dans le mémoire cité plus haut(l), soit que la maladie tendît naturellement à la guérison, soit que ce lut un résultat de cette application, tous les malades ont déclaré éprouver, les jours suivants, une amélioration assez marquée. •
Reste une dernière indication : c'est celle de faire exécuter au membre des mouvements chaque jour plus étendus, lorsque la douleur s'est complètement dissipée. Cette pratique n'a jamais d'inconvénients. Mais des chirurgiens recommandent, lorsque la roideur persiste trop longtemps, d'imprimer de vive force de grands mouvements, dans le but de la vaincre tout à coup. Nous avons vu, comme Bonnet, cette pratique occasionner les plus vives douleurs, non-seulement sans profit, mais encore avec un désavantage réel; car, les jours suivants, l'articulation était redevenue presque aussi malade que les premiers jours. Il faut donc bien distinguer les cas.
RÉSUMÉ SOMMAIRE DU TRAITEMENT
Unissions sanguines, narcotiques; émollienls; topiques excitants : cataplasmes anUarthritiques de Pradier, de Trousseau, de Bonnet; position des membres, compression, mouvements méthodiques.
(I) Union médicale, G février 1847.