ÉRYSIPÈLE
Tous les auteurs ont consacré à l'érysipèle un arlicle important. C'est, en effet, une maladie presque toujours sérieuse, parfois fort grave, et qui réclame un traitement assez actif.
De nombreuses divisions ont été proposées pour l'élude de l'érysipèle. Nous ne nous arrêterons pas à celles qu'on admettait dans les siècles derniers, parce que l'on confondait des affections diverses sous le nom à' ér y si pèle. Quant à celles qu'on a proposées plus récemment, il est facile de s'assurer qu'un bon nombre d'entre elles reposent sur des circonstances accessoires. Ainsi, quand on nous parle de Yérysipèle gastrique, de Yérysipèle lymphatique, veineux, etc. , on s'attache évidemment à des particularités qu'il suffit de mentionner. Nous pensons donc, avec la plupart des auteurs français modernes, qu'il suffit de distinguer : 1° un érysipèle simple, ou vrai (Cazenave) ; 2° un érysipèle phlegmoneux. Quant à Yérysipèle gangréneux, il n'est pas très important de l'admettre, puisqu'il n'est autre chose que le résultat de la violence de l'inflammation, principalement dans les cas d'érysipèle phlegmoneux. A plus forte raison devons-nous négliger ici les variétés désignées sous le nom Cl érysipèle œdémateux, vésiculeux, bulleux, car elles résultent de particularités peu importantes qu'il suffira de mentionner dans le cours de la description. Mais il est une forme à laquelle nous consacrerons quelques mots en particulier : c'est l' érysipèle ambulant. Cette forme, en effet, et les praticiens, le savent bien, a, sous le rapport de la marche, de la durée, de. la gravité de la maladie, la plus grande importance, et, à ces litres, elle mérite une mention toute particulière. Quant à Yérysipèle compliqué, il suffira d'indiquer dans le cours de cet article les complications qui ont été observées. Ainsi nous n'admettons comme
(1) The Lancet, et ttéperl. de pharm., janvier lSii).
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grandes divisions que les suivantes : érysipèle simple, érysipèle p/degrnoneùz, érysipèle ambulant. 1 y '
§ — Définition, synonymie.
L'érysipèle est l'inflammation de la peau (érysipèle simple), s étendant parfois au tissu cellulaire sous-cutané (érysipèle phlegmoneux), partant ordinairement d un point central pour s'étendre aux parties voisines (érysipèle fixe), parfois ram pant, pour ainsi dire sur la surface cutanée, en envahissant de proche en proche une grande tendue du corps (érysipèle ambulant). Celte simple définition suffit' et 4 est munie d y jouter les principaux caractères symptomatiques de l'affection' eryf f le a reÇ" lmg''aild n°«>bre de dénominations : ainsi on l'a appelé igms sacer, febris erysipelatosa, rasa, feu Saint- Antoine, mal des ardents, feu sacre -, etc. Le nom d érysipèle est aujourd'hui généralement employé
L érysipèle est une maladie assez fréquente ; nous verrons plus loin quelles sont les parues qui en sont le plus fréquemment atteintes, et quelles sont les formes qu on observe le plus ordinairement.
S . — Causes.
1° Causes prédisposantes.
Nom avons, sur les causes de 1 érysipèle, quelques recherches importantes que nous allons mettre à profit. 1
Les renseignements que nous trouvons dans la science sur l'influence de Yâqe
Zr,TT VagUeS' GePendant 00 peUt dl're d'Ùne manière ^érah q«e les diverses pâmes du corps ne sont pas également sujettes à l'érysipèle aux différents âges
\„ Jl Tr""1^' I,érySlpèIe 86 m°ntre P»»^ipalement sur l'abdomen ; chez
inféWeuÏ' 3 ^ ChGZ VieiHardS' 3UX inemb'*eS' Gt SU,t0Ut aux membl'es
cW ÎT,7w 'TT "ï1 UU PG" PIUS PrédisPosées * érysipèle que les hommes ; c est ce qui résulte des relevés de MM. Louis, Chomel et Blache
suffiZTn^ CnTihltWn; ~ N0US U'aV°nS PaS SUr Ce point de '-enseignements suffisais O. admet généralement que toutes les constitutions sont à peu près
S^r* v érySiP,è'e' maiS qUG Si la C0,,S,iU,ti01' « -buste et' le tem e me n sangu.n, I a-ys.pôlc sera ordinairement inflammatoire ou phlegmoneux, ■ ; 1 s que, chez un sujet faible et lymphatique, il sera œdémateux, etc. Inutile dè re que ce sont là des indications vagues qui auraient bien besoin d'être précisées -iimats, saisons. -C'est encore un point sur lequel nous n'avons pas de renseig ements exacts. On pense que l'érysipèle est plus fréquent dans les climats chauds
favorisent le développement de l'érysipèle.
l'alimentation excitante et Vnbus des boissons alcooliques seraient dW«
Sien Tr, iW* C0"fi0nS faV0rabl6S 1 1:1 Pr°dUC,i0n * -t.e ma.adie "l'iis tien n est moins prouvé.
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'Mli MALADIES DE LA PEAU.
cutanée devient la cause déterminante d'un érysipèle. C'est au point que les chirurgiens n'osent pas entreprendre la plus simple opération. Qu'y a-t-il dans l'état de l'atmosphère qui puisse rendre raison de cette fréquence extrême de l'érysipèle? C'est ce qui n'a pu être déterminé jusqu'à présent.
Hérédité. — Ou a rapporté des faits qui semblent prouver que, dans certaines familles, l'érysipèle se produit spontanément avec une grande facilité, et aussi sous l'influence de la cause la plus légère. Mais nous ne sommes pas encore bien fixés sur ce point. Ce qu'il y a de certain, c'est que quelques individus sont particulièrement disposés à l'érysipèle et en sont fréquemment atteints. On en voit qui, sans cause connue, ont, une ou deux fois par an, un érysipèle de la face.
État de santé.— L'état de santé des individus mérite une mention particulière, non-seulement parce que l'érysipèle se produit avec une grande facilité chez des sujets déjà plus ou moins gravement malades, mais encore parce que, lorsque la sanléesl altérée, l'érysipèle a une bien plus grande gravité. C'est ainsi que M. Louis a pu établir que l'érysipèle de la face, lorsqu'il survient chez un individu sain et robuste, se termine toujours par la guérison, tandis que, dans des conditions opposées, il peut occasionner la mort. On voit, dans des cas qui ne sont pas très rares, un éi ysipèle. et surtout un érysipèle ambulant, venir, vers la fin des maladies chroniques, hâter la mort des malades.
2° Causes occasionnelles.
Nous venons de voir combien est grande la part de la prédisposition dans la production de l'érysipèle ; elle est telle que, suivant plusieurs auteurs, l'action des causes extérieures ne suflit jamais pour produire cette maladie, et il est difficile de ne pas partager celte opinion, bien que, dans quelques cas exceptionnels, une irritation vive et prolongée de la peau ait paru déterminer par elle-même l'érysipèle.
Nous savons que certaines lésions sont favorables à la production de cette maladie, : ainsi l'œdème, l'éléphanliasis des Arabes, les ulcères, les varices, etc. Certaines opérations paraissent devoir aussi, plus que les autres, être rangées parmi les causes déterminantes : ce son* principalement celles qui se pratiquent sur la face. On sait que l'érysipèle abdominal des nouveau-nés est souvent occasionné par l' inflammation de lu veine ombilicale.
On a attribué la même influence à Valimentation irritante ou à des aliments particuliers. On a cité des faits curieux dans lesquels, en effet, l'usage de certains aliments produisait l'érysipèle; mais ce sont là des résultats d'une idiosyncrasie qui ne doivent pas nous arrêter.
Les documents que nous possédons sur l'influence des émotions momies et des impressions ahnosphérionesmnl peu précis. On a rapporté des cas dans lesquels ces causes se sont fait remarquer, mais ce sont des cas rares et peu importants pour
Tes agents irritants appliqués sur la peau, les frictions, les coups, les plaies etc. , sont assez souvent suivis d'érysipèle; mais c'est surtout quand il s ag.t (le ces causes qu'il faut invoquer cette prédisposition dont il a été parlé plus haut. On voit certains individus chez les.-uels il se produit un érysipèle à la suile d une lésion qu'on a occasion d'observer des centaines de fois chez d'autres, sans qu il survienne un semblable accident.
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Vous |ie faisons qu'indiquer la contagion admise par quelques ailleurs, mais sans fondement; rappelons seulement que l'érysipèle se montre assez fréquemment sous forme épidé inique.
§ III. — Symptômes.
C'est surtout lorsqu'il s'agit de la description des symptômes qu'il importe de suivre la division indiquée plus haut, et d'y ajouter quelques sous-divisions qui ne sont pas sans importance : celles, en particulier, qui consistent dans l'étude des divers érysipèles considérés sous le ! apport de leur siège. C'est ainsi que V érysipèle de lu face, par exemple, présente, outre les symptômes communs à tous les érysipèles, des particularités qui méritent de fixer notre attention.
1° Erysipèle simple.- — L'érysipèle simple est celui que l'on doit étudier comme type. Jl est, eu effet, facile d'ajouter ensuite à la description de l'inflammation bornée à la peau les autres lésions qui peuvent être considérées comme une extension ou une complication de cette inflammation cutanée.
Début. — L'érysipèle débute tantôt par des symptômes locaux, et tantôt par des symptômes généraux plus ou moins intenses, qui peuvent durer pendant vingtquatre heures et plus. Dans le premier cas, c'est la rougeur et un sentiment de chaleur douloureuse qui ouvrent la scène; dans le second, il y a des frissons, des horripilalions, de la soif, de l'anorexie, une lassitude spontanée, l'accélération du pouls; en un mot, ces symptômes qui annoncent qu'une phlegmasie assez intense va se développer, sans qu'on puisse dire quel en sera le siège.
Nous verrons plus loin que les ganglions lymphatiques dans lesquels vont se rendre les vaisseaux lymphatiques de la partie affectée présentent parfois une tuméfaction douloureuse. Or, celle tuméfaction existe, dans quelques cas, avant même l'apparition de la rondeur crysipélateuse ; c'est ce qu'on observe, particulièrement dans les ganglions sous-maxillaires, chez les sujets affectés d'érysipèle de la face, et ce qui a permis à Chomel d'annoncer l'apparition d'un érysipèle facial, alors que rien, clans l'état de la peau de la face, ne pouvait le faire prévoir. Mais il ne faut pas croire que ce soit là un cas ordinaire, et c'est un point sur lequel nous revendrons plus lard. On sait que pour M. Velpeau l'adénite sous-maxillaire ne précède pas un érysipèle qui va naître, mais indique que l'érysipèle est déjà né, mais invisible.
Symptômes. — La douleur consiste d'abord dans un sentiment de chaleur âcre, qui s'accompagne quelquefois d'un prurit désagréable. Bientôt les autres symptômes augmentant, celte chaleur devient brùlanlc; il y a un sentiment de cuisson accompagné de tension. Cette douleur est .continue, mais souvent il survient des exacerbations, principalement le soir, il suffit du plus léger conlaci pour l'exaspérer. Dans quelques cas, la douleur est médiocrement vive.
La nui/fin' varie du ros" clair au rouge, foncé ; celle dernière coloration se remarque surloul îi une époque assez avancée de la maladie.
Outre le seiilimenl de chaleur éprouvé par le malade , on constate une augmentâtion de h, rn/ori finition, dans les parties affectées; mais ces parties, examinées au thermomètre, ne donnent guère que deux ou trois degrés de plus (pie les parties saiues, quoique le sentiment de chaleur paraisse indiquer une augmentation beaucoup plus grande.
La peau enflammée se tuméfie. Les parties sont gonllées, tendues, mais l'augmentation d'épaisseur de la peau est surtout remarquable aux limites de l'érysipèle. Là, en effet, la peau malade fait une saillie qu'il est facile de reconnaître en passant le doigt des parties saines aux parties affectées. On sent un bourrelet manifeste plus ou moins marqué suivant les cas. Celte exploration sert encore à faire reconnaître une augmentation de consistance dans la partie malade. La peau saine est douce et souple au toucher, la peau malade est résistante et un peu raboteuse.
Cette dernière sensation provient de l'augmentation de volume des papilles du derme, qui forment à la surface du tégument de petites granulations visibles à l'œil nu, phénomène important à constater, et que l'on peut rapprocher des granulations qui apparaissent sur la surface des muqueuses enflammées.
Outre cet épaississement de la peau, il y a ordinairement encore un* état de tension des tissus sous-jacents, qui est dû sans aucun doute à l'afflux des liquides vers les parties enflammées, et qui augmente le gonflement. Lorsque cet afflux des liquides est plus considérable, il se produit un état œdémateux, remarquable surtout dans les points où le tissu cellulaire est lâche : aux paupières, par exemple. C'est là proprement ce qu'on doit appeler érysipèle œdémateux, car l'érysipèle qui se manifeste sur une partie affectée d'oedème ne mérite réellement pas ce nom.
Du gonflement et de la douleur résulte nécessairement un embarras marqué dans les fonctions des parties malades. Les mouvements sont difficiles et causent des souffrances plus ou moins vives ; les ouvertures s'obstruent : ainsi le passage de l'air est difficile dans les narines, les yeux sont fermés par suite de l'œdème des paupières, les membres se fléchissent difficilement, etc. En outre, les fonctions de la peau malade sont suspendues, et la transpiration ne peut plus s'exécuter.
Les symptômes généraux qui accompagnent ces phénomènes sont souvent intenses. Ainsi on observe une augmentation considérable de la chaleur générale, surtout la nuit. Le pouls est accéléré , plein et fort; il peut présenter 120 pulsations par minute, et plus encore. Il y a de la céphalalgie, de l'anxiété ; de l'agitation la nuit; de l'insomnie, ou au contraire de la somnolence. L'anorexie est complète, et les malades ont parfois des nausées ou des vomissements. Du côté de l'abdomen , on ne constate rien de remarquable, si ce n'est une tendance à la constipation.
Ces symptômes, du reste, varient beaucoup d'intensité ; c'est ce qu'il suffit do mentionner. En outre, il faut remarquer -que certains de ces phénomènes présentent nécessairement diverses particularités, suivant le siège occupé par la maladie; mais c'est un point sur lequel nous reviendrons en parlant des érysipèles de la face, de l'abdomen, etc.
Les symptômes généraux s'apaisent ordinairement un peu avant que les symptômes locaux paraissent diminuer d'intensité. La chaleur devient moins grande, le pouls surtout perd de sa force et de sa fréquence, et le malade sent un mieux général. Puis la rongeur prend une teinte brunâtre, le gonflement diminue, la peau est moins tendue, un peu ridée, et il se produit une desquamation plus ou moins sensible. Ce sont, en effet, quelquefois de larges squames, d'autres fois une simple poussière blanche et sèche. On a parlé de desquamation générale du corps à la suite d'un érysipèle borné à une partie limitée, niais ce soni là des cas tout à
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fait exceptionnels. Lorsque la desquamation est terminée, il reste, pendant un temps ordinairement assez long, une coloration rouge brunâtre des tissus affectés, qui ne se dissipe que peu à peu.
Telle est la description de l'érysipèle dans son état de simplicité. Mais , sans perdre ce caractère, cette maladie peut présenter quelques phénomènes accessoires dont on s'est généralement beaucoup trop occupé, et qu'il suffit de mentionner. Ainsi on voit parfois de véritables phlyclènes ou bulles se former sur la partie enflammée ; le liquide qu'elles contiennent se dessécher ou bien s'écouler par suite de la rupture de la bulle , des croûtes se produire : c'est là ce qu'on a appelé érysipèle phlycténoïde , huileux, croûteux , pemphigoïde. D'autres fois il se forme des vésicules plus ou moins fines, qui, dans quelques cas, se remplissant d'un liquide purulent, ont la forme de véritables pustules. On a donné, en pareil cas, à l'érysipèle, les noms (L'érysipèle vésiculcux, eczémateux, pustuleux, miliaire.
On sent que de pareilles particularités ne méritent pas de nous arrêter longtemps. Tout ce qu'il importe de dire, c'est qu'en général , lorsqu'elles se présentent, l'inflammation cutanée a une assez grande intensité, et les symptômes généraux sont plus violents que dans les cas où elles n'existent pas.
Il arrive quelquefois qu'à la suite de l'érysipèle il se forme, dans un ou plusieurs points des parties enflammées, des abcès généralement peu considérables, qu'on est obligé d'évacuer et qui retardent la guérison. La formation du pus est habituellement la conséquence d'une vive inflammation accompagnée de symptômes généraux intenses , et est ordinairement annoncée par une recrudescene des symptômes généraux et par des horripilations ; mais il n'est pas très rare de voir ces abcès se produire chez des sujets qui ont eu un mouvement fébrile peu prononcé, et chez lesquels le pus se forme sans réaction appréciable. Il est à fféine nécessaire de faire remarquer le rapport qui existe entre cet érysipèle suivi d'abcès et l'érysipèle phlegmoneux dont on va parler.
2° E rysipèle phlegmoneux. — Nous ne nous étendrons pas longuement sur l'érysipèle phlegmoneux, qui intéresse beaucoup plus la pathologie externe que la pathologie interne, et nous ne mentionnerons que les particularités les plus remarquables.
Les symptômes pré curseurs sont constants : ils sont de la môme nature que les précédents, mais plus intenses. Le point qui doit être envahi par l'érysipèle est déjà le siège d'une tension et d'une pesanteur plus ou moins marquées.
La rougeur, au lieu de s'étendre en nappe, s'étend ordinairement en stries, remarquables surtout le long des vaisseaux lymphatiques. Les ganglions voisins sont fortement endommagés et douloureux. Le gonflement est plus considérable, la consistance des parties plus grande que dans l 'érysipèle simple. La chaleur est plus intense, la douleur plus vive. Des phlyctènes se forment très souvent sur la surface malade.
Plus tard, la tuméfaction devient plus considérable, la consistance est pâteuse, et, plus tard encore, les (issus s'affaissent, la rougeur pâlit, et la douleur devieffl beaucoup plus faible: c'est que le pus commence à se former dans le tissu cellulaire.
i une époque plus avancée, la fluctuation devient manifeste, et on la reconnaîl dans différents points séparés par des tissus encre endurcis. Fuis le pus s'accumulant toujours, la peau se décolle, s'amincit; des ouvertures s'y
produisent si l'instrument du chirurgie» n'en a pas déjà pratiqué; il s'écoule une grande quantité de pus liquide, grisâtre ou brunâtre, fétide, entraînant souvent des lambeaux de tissu cellulaire gangrené.
Enfin de larges clapiers se forment ; la peau décollée se plisse, se mortifie. Si le mal n'est pas assez considérable pour causer la mort, des portions de peau mortifiée se détachent; il en résulte des plaies plus ou moins étendues qui sont longues à se cicatriser; d'autres portions se recollent avec plus ou moins de lenteur, et il reste des cicatrices souvent irrégulières et profondes. Lorsque la maladie est assez intense pour causer la mort, la suppuration devient intarissable ; il se forme parfois des abcès niétastutiques.
Pendant que ces phénomènes locaux se manifestent, les symptômes généraux, dont l'intensité est toujours considérable, sui\ eut différentes phases. Ainsi, avant que le pus soit formé, lorsque l'inflammation est dans toute sa violence, il y a un mouvement fébrile considérable: agitation , délire , chaleur brûlante , pouls très accéléré. Lorsque le pus se forme, on observe les phénomènes de la suppuration : frissons, horripilalions, altération des traits, pros'.ratioii des forces, pulsations dans les parties enflammées. Lorsque la suppuration est établie, et qu'elle est très abondante, on voit survenir des sueurs profuses, la diarrhée colliquative, les symptômes de la fièorc hectique. Enfin, dans certains cas , on observe les symptômes généraux de la résorption purulente (1).
La description qu'on vient de lire de l'érysipèle phlegmoneux serait assurément très incomplète , si, comme il est dit plus haut, nous n'avions pas voulu nous borner à indiquer les particularités les plus importantes; mais cette simple indication est suffisante pour nous. Recherchons maintenant ce qu'il importe de savoir relativement au siège de l'érysipèle, et, pour cela, éludions cette maladie dans les points où elle se présente avec quelques caractères remarquables.
a. Erysipele de la fnce. — L'érysipèle de la face est celui qui non-seulement se montre le plus souvent à l'observation, mais encore se produit le plus fréquemment sans cause déterminante appréciable.
Tl commence ordinairement par un des côtés du nez, puis gagne l'autre, envahit les joues, et se porte vers le cuir chevelu.
Les parties qu'il occupe tant presque toutes denses et serrées, la douleur est assez vive, à moins que l'inflammation ne soit très légère. Les paupières se gonflent beaucoup lorsque l'inflammation les atteint ; Yœil est fermé, des larmes s'en écoulent. Parfois l'inflammation gagne le tissu cellulaire de l'orbite, et y produit des abcès.
V oreille, ayant des tissus plus denses et plus serrés que les autres parties, devient très douloureuse ; le conduit auditif est obstrué par le gonflement. Les lèvres se tuméfient et deviennent très épaisses; elles s'ouvrent avec peine, et il s'écoule par leur commissure une salive visqueuse. La douleur est également vive m cuir chevelu.
Vètat grmulé de In peau est remarquable dans le cas (l'érysipèle de la face. Il en est de même de la desquamation qui survient lorsque l'inflammation 9 est calmée.
(1) Vay. article Phlébite, t. III, p. 341 et suiv.
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La céphalalgie est généralement grande , surtout lorsque l'inflammation atteint le cuir chevelu. On a attribué le délire à cette invasion du cuir chevelu par l'inflammation, et à la transmission de celle-ci aux membranes cérébrales; mais rien pe prouve l'exactitude de ces idées théoriques: le délire est sous la dépendance de la violence de l'état fébrile. M. Piorry a attribué le délire à la transmission de j?jnflammation au cerveau à travers les parties molles de l'orbite; mais les faits prouvent qu'il est dans l'erreur. Sans doute il y a du délire lorsque l'inflammation s'enfonce profondément dans l'orbite; mais c'est uniquement parce que cette inflammation est très violente, que les symptômes généraux sont très intenses, en un mot, parce que l'érysipèle est très grave, et non, comme le prétend ce médecin, parce que l'inflammation a pénétré jusqu'au nerf optique et au cerveau. Ce qui le prouve, c'est qu'on voit succomber des sujets avec un délire très intense, bien que le tissu cellulaire de l'orbite et l'encéphale soient dans un parfait état d'intégrité. C'est ce que nous avons constaté pour notre part, et ce que beaucoup d'autres médecins ont pu voir comme nous.
La tuméfaction des ganglions sous-maxillaires est un fait rare. Le plus souvent elle est sous la dépendance d'une angine concomitante (Gubler).
b. En/si/iéle du cuir chevelu. — fl est rare que l'érysipèle commence spontanément, c'est-à-dire sans lésion déterminante, dans le cuir chevelu, et plus rare encore qu'il reste fixé dans cette partie. Cependant on peut observer des cas de ce genre. Chomel et M. Blache disent que l'un d'eux a eu quelques occasions d'en voir (1). Nous ne savons, sur ces cas, que ce qu'en ont dit les deux auteurs déjà cités, et qu'on peut résumer ainsi : Agitation, insomnie, délire passager, empâtement, œdème du cuir chevelu, rougeur presque nulle; décubitus sur le dos impossible lorsque 1 inflammation s'étend à l'occiput; douleur très vive, exaspérée par le plus léger contact ; formation profonde du pus, décollement du péricrâne, carie, nécrose des os. Et, comme symptômes généraux ; fièvre intense, délire violent, coma, convulsions. Quand ces derniers symptômes se manifestent, il est survenu une méningite.
Après avoir indique les diverses variétés d'érysipèle suivant le siège de la maladie, il faut ajouter que l'inflammation franchit souvent les limites que nous venons de lui assigne», it gagne d'autres parties.
Qn a encore décrit VévysfykU du tnmr, Vérgsipèle des membres, des organes génitaux; mais ces diverses variétés n'offrent que des particularités d'une faible importance et qu'il est facile de se représenter.
Les ailleurs ont également parlé de Vén/sipèle général, qui n'a pas un plus grand intérêt, et dont il suffit de dire (pie sa gravité est très grande, parce que l'érysipèle est une maladie d'autant plus dangereuse, que son étendue est plus considérable.
c. j?ry«ipèfo ambulant. — Cet érysipèle n'a d'autre caractère particulier que celui de se porter successivement sur toutes les parties (lu corps ou sur un plus on moins grand nombre. Il commence ordinairement par une partie du tronc ou par la nuque, puis se porte sur les épaules, sur la poitrine , les bras, les lombes, l'abdomen, les cuisses. Toutefois sa marche peut être très différents, car tout dépend
(1) Dkt. de méd., art. Ér-ïsipèle.
du point de départ; et, comme cet érysipèle peut être occasionné par une plaie par 1 apphcation d'un vésicatoire, etc., l'inflammation, partant du point où ex " tant ces lésions, s'étend de là aux autres parties, suivant une route diverse selon
ICS CclS.
d.Erysvpbk des nouveautés. - Ce serait s'exposer à des longueurs inutiles quede décrire les formes que peut affecter l'érysipèle chez les enfants nouveau- nés Nou! pensons qu il vaut mieux établir la distinction suivante : Les nouveau-nés peuvent Offrir un érysipèle semblable à celui des adultes, et alors, soit que l'érysipèle occupe la face, ce qui est assez rare, soit qu'il occupe les membres ou le tronc il ne pré sente rien de particulier, si ce n'est la plus grande gravité de la, maladie chez des êtres faibles et chétils ; ou bien l'érysipèle se montre du côté de l'abdomen et en pareil cas, il a presque toujours son point de départ dans une inflammation' de l'ombilic, ainsi que F. Hoffmann l'avait déjà signalé, et que M. Thore (1) l'a cou staté récemment ; il se complique fréquemment de péritonite, suivant les recher ches de ce dernier auteur, et il offre, par conséquent, des caractères particuliers assez importants.
Lorsque la maladie occupe le ventre, celui-ci est dur, très douloureux, les tissus ont augmenté de consistance dans une grande épaisseur. Nous avons vu plusieurs fois des signes semblables- se montrer aux cuisses, à la région pubienne. Il serait superflu d'indiquer les symptômes de la péritonite concomitante.
§ IV- — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La marche de l'érysipèle est essentiellement aiguë ; on voit quelquefois, il est vrai, des sujets présenter une inflammation érysipélateuse, qui, pendant longtemps, ne disparaît pas, et offre de loin en loin des exacerbations ; mais ces cas sont rares! et parmi ceux qu'ont rapportés les auteurs, il en est un bon nombre qui n'appartiennent pas à la maladie qui nous occupe, mais bien à une autre affection cutanée. Quant à ceux où l'on voit un érysipèle survenir à des intervalles plus ou moins éloignés, la maladie ayant complètement cessé dans ces intervalles, c'est, par un abus de mots que quelques médecins leur ont donné le nom ^érysipèle chronique, car il ne s'agit évidemment que de plusieurs attaques d'érysipèle aigu.
On voit quelquefois l'érysipèle se transporter d'un point à un autre plus ou moins éloigné, et de celui-ci à un autre encore. Cet érysipèle, auquel on a donné le nom à'ejratique, est rare. Dans l'immense majorité des cas, l'érysipèle s'étend d'un point à un autre sans abandonner le premier ; il y parcourt, au contraire, ses périodes jusqu'à la desquamation; puis, du point occupé en second lieu, il en gagne un troisième, et ainsi de suite ; de telle sorte qu'on voit aux limites de l'inflammation les tissus encore rouges, durs et douloureux, tandis qu'au centre ou à une extrémité la peau s'est ramollie, s'est: ridée et s'est couverte d'une desquamation plus ou moins marquée. Dans les co.s d'érysipèle ambulant, les parties primitivement atteintes peuvent avoir repris tous leurs caraclères normaux, alors que l'inflammation est dans toute son intensité dans un autre point, et (pic la desquamation se fait dans les points intermédiaires.
(I) Archives générales de médecine.