ÉRYSIPÈLE. — TRAITEMENT
Voici la formule de ce nouvel enduit :
If Collodion 30-gram. | Huile de ricin 2 gram.
Mêlez.
M. le docteur Piachaud (1), de Genève, dans un mémoire sur l'érysipèle, cite trois cas où l'application de ce médicament a également été favorable. Enfui on sait que M. Robert-Latour traite ainsi un grand nombre d'inflammations. Ces faits doivent engager les praticiens à répéter un traitement aussi simple.
Nous croyons devoir exclure le collodion dans les formes vésiculeuses et huileuses, etc. , c'est-à-dire toutes les fois que l'épiderme a disparu ou se déchire au moindre contact ; dans ces cas on s'exposerait à faire naître des complications locales ou l'exacerhation des symptômes généraux.
Vésicatoire. — Le vésicaloire est recommandé par un très grand nombre d'au leurs, et, il y a quelques aimées, Dupuytren en a beaucoup vanté l'emploi. Mais encore ici nous nous trouvons arrêté dès les premiers pas. Les auteurs n'ont pas tenu compte de la marche naturelle de la maladie, et dès lors pas de conclusion possible. Nous n'avons donc autre chose à faire qu'à mentionner fies opinions. Faut-il employer le vésicatoire dans tous les érysipèles, ou seulement dans l'érysipèle ambulant? MM. Cazenave et Schedel pensent qu'on ne doit y avoir recours que dans ce dernier. Quant à nous, après avoir parcouru les faits et avoir vu le vésicatoire échouer bien des fois, nous pensous que, même dans ce dernier cas, on ne peut accorder une grande confiance à ce moyen. Toutefois, si l'on était tenté de l'employer, il est certain que c'est dans l'érysipèle ambulant qu'il paraît le mieux indiqué.
Est-il nécessaire, après ce qu'on vient de dire, de rechercher, avec les auteurs, s'il vaut mieux appliquer des vésicatoircs volants que des vésicatoires à demeure, et réciproquement? s'il faut recouvrir toute la surface érysipélateuse, ou seulement une partie? s'il faut établir la vésication non-seulement sur la peau enflammée, mais encore sur une partie de la peau saine? Évidemment non. Nous mentionnerons seulement une manière particulière d'appliquer le ïésicatoire, à laquelle M. Piorry (2) attribue de nombreux succès. Il applique un vésicatoire long et étroit, un vésicatoire linéaire, autour de la surface enflammée et à quelques centimètres au delà des limites du mal; et, suivant lui, l'inflammation est arrêtée par cette vésication circulaire comme par une barrière infranchissable. Dans les faits cités par M. Piorry, on voit, en efl'et, l'inflammation rester en deçà de la vésication ; mais il faut remarquer que les érysipèles dont il s'agit sont des érysipèles de cause externe, qu'ils ont déjà un certain nombre de jours de durée quand on applique le vésicatoire, et que rien ne prouve que l'inflammation n'eût acquis déjà l'étendue qu'elle devait avoir, lorsqu'on a eu recours à la vésication. Ce n'est qu'en étudiant mieux les faits qu'on répondra à ces objections.
Cautère actuel.— Le, cautère actuel, employé soit sous la forme de raies de feu plus ou moins nombreuses, soit sur une surface un peu large avec un cautère plat,
(1) Archives générales de médecine, septembre 1852.
(2) Union médicale, 1847.
ôOO MALADIES DE LA PEAU.
a été surtout préconisé par Larrey (1); mais il se présente encore ici celte cause continuelle de doute qui nous force à tant de répétitions, et que nous retrouvons lorsqu'il s'agit d'apprécier les frictions térébenthinées, le Uniment de Kentisch (2) composé à' onguent basilicum et & essence de térébenthine; les sinapism.es, les moxas, les caustiques.
La cautérisation à l'aide du nitrate d'argent mérite seule de nous arrêter un instant. Ce moyen, mis en usage par le docteur Hibbington (3), et appliqué plus tard par M. Tanchou, consiste à toucher toute la surface de l'érysipèle , soit avec un crayon de nitrate d'argent, soit, ce qui est plus facile, avec une solution de ce sel. Après cette application, la surface malade pâlit; mais quelle influence ce moyen a-t-il sur la guérison ?
Traitement de l'érysipèle phlegmoncvx. — Un certain nombre de moyens employés contre l'érysipèle simple conviennent dans l'érysipèle phlegmoneux, et doivent être employés avec plus d'énergie. Ce sont les émissions sanguines générales et locales, les applications émollientes, les bains. Mais il est évident que tous les topiques irritants (vésicatoires, sinapismes, cautérisations), qui n'agissent que sur la partie la plus superficielle du derme, n'auraient ici qu'un résultatfort incertain; car la maladie s'étend profondément au tissu cellulaire. C'est du moins ce qui résulte de l'expérience de Dupuytren. M. Pâtissier, au contraire, dit avoir vu traiter avec un succès complet, par le vésicatoire, plus de quarante érysipèles phlegmoneux; mais aucun autre chirurgien n'a obtenu de pareils effets.
Si l'érysipèle phlegmoneux n'est pas parvenu à la période de suppuration, on cherche, après avoir essayé de modérer l'inflammation par des émissions sanguines abondantes, à la faire avorter, soit par des incisions, soit par la compression.
Les incisions doivent être assez nombreuses pour qu'une suppuration s'établissant par les ouvertures qu'elles produisent, le. pus ne puisse pas se rassembler en foyer, ou même pour que l'écoulement considérable de sang auquel donnent lieu les incisions prévienne toute suppuration due à l'inflammation qu'on veut combattre. A-t-on souvent atteint ce but? C'est ce dont il est bien permis de douter. Plusieurs auteurs ont attribué à cette pratique la gangrène des tissus, survenue dans quelques cas.
La compression est un moyen qui paraît plus utile, et en faveur duquel on a rapporté des cas intéressants. Pour la pratiquer, on se sert, soit d'un bandage ordinaire, soit d'un bandage amidonné. Il faut, d'une part, que cette compression ne soit pas exercée trop fortement; et, de l'autre, qu'elle soit suffisante. On comprend facilement les inconvénients qu'aurait l'un ou l'autre excès.
Quand la suppuration est établie, le traitement est tout à fait chirurgical.
Il nous suffit d'ajouter que, comme dans les cas d'érysipèle simple, on a recours à une médication interne plus ou moins énergique, et qui n'est pas essentiellement différente. Celte médication interne n'a, du reste, qu'un faible degré d'importance.
Traitement des espèces et des variétés. — Mous n'avons rien à ajouter relative-
(1) Clinique chirurgicale, l. 1.
(2) American med. and surg. Journal, 1S23.
(3) Voy. Journal des progrès, 1827.
ÉRYS1PÈLE. — TRAITEMENT. 3§9
ment à Vérysipèle de la face, si ce n'est que c'est celui qu'on a regardé le plus souvent comme de nature bilieuse, et que, par conséquent, on a le plus fréquemment traité par les vomitifs.
Dans Vérysipèle du cuir chevelu, l'accumulation rapide du pus sous l'aponévrose et la difficulté que ce liquide trouve à s'échapper exigent des scarifications promptes et profondes.
Vérysipèle des membres est celui qu'il est le plus facile de circonscrire par le vésicatoire linéaire ou la cautérisation circulaire avec le nitrate d'argent.
On a recommandé, contre Vérysipèle des nouveau-nés , Voxymel scillitique pour provoquer le vomissement (1). Le docteur OEslerleben a prescrit, dans un cas, le sulfate de quinine, à la dose de 0,015 gram. , trois fois par jour, concurremment avec le mercure gommeux de Plenck : l'enfant a guéri. Le docteur Miles (2) a donné le sulfate de quinine à la dose de 0,025 gram. ; il en vante les bons effets, mais sans fournir de preuves convaincantes.
Traitement prophylactique.— Il y a peu de chose à dire sur le traitement prophylactique. Maintenir les plaies à l'abri de toute irritation, éviter, autant que possible, de pratiquer des opérations pendant les épidémies d erysipèle, et, si l'on y est forcé, redoubler de soins : telles sont les précautions à prendre. C'est aux sujets qui ont fréquemment des érysipèles, à rechercher à quelles causes ils peuvent les attribuer pour s'en garantir.
Résumé.— Avec les documents que nous ont fournis les auteurs, il estimpossible de déterminer l'efficacité des différents remèdes employés ; tout ce que nous savons positivement, c'est que, dans l'érysipèle de la face, la saignée modérée a une influence sur la durée de la maladie, mais une 'influence très limitée. Quant aux autres moyens, ceux qui ont été le plus vivement recommandés sont le vésicatoire, la compression, les incisions, le camphre à l'extérieur, les onctions mercurielles et le collodion. Ce sont ceux qu'on devra essayer les premiers, si la marche de la maladie ne paraît pas favorable.
RÉSUMÉ SOMMAIRE DU TRAITEMENT
1° Traitement de l'érysipèle simple : Émissions sanguines générales et locales; vomitifs, purgatifs; toniques ; digitale, belladone; camphre; topiques émollients, réfrigérants, astringents; camphre à l'extérieur; collodion; onctions mercurielles, lotions mercurielles; vésicatoire, cautère actuel, sinapismes, moxa, caustiques; térébenthine à l'extérieur; cautérisation avec Je nitrate d'argent.
2° Traitement de l'érysipèle phlegmoneux : Beaucoup des moyens précédents {émissions sanguines, vésicatoires, etc.) ; incisions, compression ; évacuer la suppuration, etc.
3" Traitement des espèces et des variétés. Dans Vérysipèle de la face, vomitif fréquemment administré ; dans Vérysipèle du cuir chevelu, incisions promptes ; dans Vérysipèle des membres, vésicatoire linéaire, cautérisation circulaire au delà
(1) Joerg, Handb. der Kindcrhrankli . Leipzig, 182(5.
(2) The London rned. Reposit., 1824.
des parties enflammées ; clans Yérysipèle des nouveau-nés, préparations mercurielles peu actives; sulfate de quinine.
k° Traitement prophylactique.
ARTICLE HI