‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 13 sur 344 · LEI/C.08RHÉE · texte numérisé non relu

LEI/C.08RHÉE

M VaaeJjn fait remarquer que cette issue funeste reconnaît pour cause d'abord les hémorrhagies, ensuite Ja suppuration et la gangrène.

Il est bien entendu que ïp volume de la tumeur entre pour beaucoup dans la

gravité du pronostic.

Toutes choses égales d'ailleurs, le thrombus du vagin est plus grave que celui delà vulve, pour les raisons suivantes : la tumeur peut rester longtemps méconnue et entraîner des complications qu'on eût pu prévoir; si elle s'ouvre, les hémorrhagies sont abondantes et difficiles à réprimer; enfin les lochies peuvent y pénétrer et amener la gangrène (Siebenhaar, cité par Vauclin).

Il y a un danger autre que la mort, c'est la possibilité de formation d'une fistule recto-vaginale, et presque toujours la mort de l'enfant pendant le travail.

M. Velpeau dit le pronostic moins grave que les autres auteurs ne l'ont établi, mais c'est en faisant entrer dans son étude les thrombus qui prennent naissance chez les femmes non enceintes.

Traitement. — Dans les cas exempts de complication, que la tumeur soit grosse ou petite, il convient d'attendre la résolution spontanée et de n'employer que les moyens qui conviennent aux contusions : repos, résolutifs locaux. Dans les premiers jours ou doit, selon M. Velpeau, appliquer des compresses imbibées d'une solution d'acétate de plomb, et plus tard d'une solution de chlorhydrate d'ammoniaque. S'il y avait trop de douleurs, on y joindrait du laudanum.

Quand la tumeur persiste plus de quinze ou vingt jours, M. Velpeau pense qu'il s'est formé un kyste qui rendra impossible la résolution du sang. 11 propose alors Y écrasement simple de la tumeur ou V écrasement avec ponction préalable : on introduit dans la tumeur une sorte de lance, avec laquelle on déchire les parois de la poche profondément et assez largement, afin de favoriser la dispersion du sang quand on arrivera ensuite à l'écrasement. Cette opération doit être suivie de la compression.

Si le thrombus précède l'accouchement, il n'y a pas lieu de songer à l'écrasement, il faut inciser la tumeur et la vider du sang liquide ou des caillots qu'elle contient.

Nous n'avons pas à insister sur le pansement qui doit suivre l'incision, et encore moins sur le traitement nécessaire pour les complications que nous avons énumérées.]

APPENDICE

LEUCORKHÉR.

[Avant les progrès récents de l'anatomie pathologique et l'emploi du spéculum, tous les écoulements non sanguins qui s'effectuaient par la vulve, en dehors de la parturition, portaient le nom de leucorrhée ou de /lueurs blanches, et étaient considérés comme résultant d'une hypersécrétion essentielle : la leucorrhée était une maladie comme la bronchorrhée, la sialorrhêe, etc. L'usage du spéculum et l'anatomie morbide ayant montré la coïncidence de ces écoulements avec des lésions du vagin, du col de l'utérus, et même du corps de cet organe, la leucorrhée perdit rang de maladie pour descendre à celui de s\mp(ùme. Cependant la nouvelle opinion n'a pas été partagée par tous les médecins, et elle ne l'est pas encore; en BOrte que, en présence d'assertions aussi opposées, l'opinion flotte incertaine. Nous

ne son,(nes pas do ceux , ^ , ^ ^

qu I y a c, un malentendu facile à faire disparaître par quelques expSo„8 II est incontestable que toute lésion d'une membrane muque s"! e ^ par augmentation et la perversion de sa sécrétion, et nous ne voyons pas p uTu iï affections de la muqueuse utérine et vaginale échapperaient à cette Se *

l^Z^ZTT 'a IeUCOn'!lée PCUt et d0k être Ie W*« ^ toutes les alte.at.ons de la muqueuse génitale; peut-être même doit-elle aussi être Yex-

presswn symptomaUque des affections plus profondes atteignant le parenchyme et s annexes de 'utérus. Sous ce rapport donc, nous reconnaissons volonlie ^u a leucorrhée n est point une maladie, mais nous ne sommes nullement disposés à la considérer toujours ainsi. Il y a des cas, et ils sont nombreux, où la leucorrhée est toute la maladie, c est-à-dire où elle ne se rattache à aucune lésion anatomique permanente Si I on nous disait qu'alors elle dépend d'une constitution lymphatique dont elle serait le symptôme, nous répondrions que cette constitution n'est pas une maladie, que c'est une modalité de l'organisme, et que cette modalité entraîne dans les organes une manière particulière de vivre et de fonctionner; que si, alors, un flux s'exagère au poiut de devenir incommode, ce flux prend rang de maladie; ce n'est plus un symptôme, c'est l'expression d'une disposition générale de l'organisme. On peut dire encore que ce flux est le résultat d'une perversion de la circulation ou de l'innervation des parties qui en sont le siège; nous l'admettons volontiers et nous ne comprendrions même pas qu'il en fût autrement. Mais cette perversion est-elle une maladie? Assurément non, puisque c'est la manière de fonctionner des appareils circulatoires et nerveux de tel ou tel individu.

Une comparaison fera comprendre notre pensée entière : qu'un individu lymphatique, à constitution faible et molle, soit sujet à un flux sudoral excessif et •habituel, sans lésion de la peau, dira-t-on que ce flux est le symptôme de la débilité générale de l'économie? Non, certainement; il en sera l'cITet, le résultat, non le symptôme. En effet, la faiblesse générale n'est qu'une forme de l'organisation, un degré imparfait de développement, mais ce n'est pas une maladie; le flux sudoral sera, au contraire, la maladie tout entière, et, qui plus est, une maladie essentielle, car il n'aura pas son point de départ dans une altération anatomique de la peau. C'est de celte manière que l'on doit, à notre sens, entendre la leucorrhée constitutionnelle, que nous persistons, avec beaucoup d'auteurs, à considérer comme une maladie réelle et essentielle.

Cependant, comme au point de vue du diagnostic, il se présente de nombreuses difficultés, nous croyons qu'il faut établir deux divisions dans les écoulements non sanguins qui se font par les organes génitaux de la femme, et les distinguer en : 1° Leucorrhée symptomatique ; 2° Leucorrhée idiopathique.

1° LEUCORRHÉE SYMPTOMATIQUE.

Lorsqu'une femme se plaint de pertes blanches, c'est-à-dire d'un écoulement non sanguin par les parties génitales, l'esprit du médecin s'arrête tout de suite et presque involontairement sur la leucorrhée essentielle, idiopathique, c'est-à-dire indépendante de toute lésion anatomique, car c'est incontestablement l'espèce la

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plus fréquente. Aussi ne songe-t-il pas à l'examen des parties génitales, et formule^ t-il sur-le-champ son traitement. Il n'y a en général pas beaucoup à se tromper: dans l'immense majorité des cas il aura rencontré juste, et son traitement sera efficace. Mais il y aura des cas rebelles; il procédera à un examen local, et il se repentira de sa précipitation en reconnaissant que l'écoulement est dû à une cause toute locale qui demandait surtout un traitement topique.

Il y a donc en réalité des flux qui peuvent être pris pour la leucorrhée et qui ne sont que le symptôme d'une affection des organes génitaux.

Nous ne pouvons pas en décrire toutes les variétés, dans la crainte de tomber dans des répétitions, mais nous énumérerons les plus importantes.

Causes des écoulements symptomatiques. — Tout d'abord il y a des flux qui ne procèdent que d'une affection de la vulve. Nous ne faisons que rappeler la vulvite folliculeuse et la folliculite vulvaire, décrites dans les articles précédents. Dans le premier cas, on apprendra qu'il y a eu précédemment une vulvo-vaginite simple ou blennorrhagique, et l'on reconnaîtra que l'inflammation s'est réfugiée dans les follicules de l'orifice du vagin et du pourtour de l'urèthre ; ces follicules sont rouges, durs, saillants, quelquefois ulcérés; la pression en fait sortir du pus; un stylet fin peut y entrer à la profondeur d'un centimètre. S'agit-il de la folliculite vulvaire, elle porte sur les glandes sébacées et les follicules pihïères du bord libre et de la face externe des grandes lèvres ; cette affection n'existe que chez les femmes enceintes à cheveux bruns ou roux. Si l'on trouve ces lésions, on doit leur attribuer l'origine de l'écoulement qui baigne les parties génitales externes à moins qu'on ne découvre quelques lésions clans le vagin. Les chancres syphilitiques donnent aussi lieu à un écoulement simplement vulvaire.

Il en est de même des inflammations et abcès de la glande vulvo- vaginale que nous n'avons pas à décrire. Rappelons enfin que les pustules plates sont' une cause fréquente de sécrétion muco-purulente ; la présence des pustules à la vulve a l'anus, et surtout l'odeur infecte de la matière sécrétée établissent le diagnostic' Les maladies du vagin produisent aussi des écoulements symptomatiques' Nous rappelons seulement la vaginite simple, la blennorrhagie aiguë et chronique' J™^*®™1^'*®*1^^ et toutesI(* affections chroniques des parois

Parmi les affections de l'utérus, nous signalerons toutes les affections du col la metnte catarrhale, la congestion utérine, les polypes, le cancer etc

Caractères des écoulements symptomatiques. - Lorsqu'il s'agît d'une lésion visible, le (hagnostic n'éprouve aucune difficulté, mais il n'en est plus de même quand la les.on appartient à l'utérus, car on peut méconnaître la lésion locale et croire à une leucorrhée idiopathique. " uoire a

Il importe alors de tirer des signes de la nature de l'écoulement lui-même et il n es pas douteux que l'on puisse en obtenir d'une grande importance. C'est principalement d après les caractères de l'écoulement que l'opinion peut être fixée Aussi croyons-nous devoir les indiquer avec quelques détails. Le lecteur trouvera dans la thèse de M. le docteur Hédouin (1) des détails d'une grancL impor-

daïï ^TtZ^X! P,'0Vemnl d6S afreCthns *» organes génitaux

Valleix, 4" édit. — V.

MALADIFS DKS FKNMFS.

tance pratique, que nors ne pouvons rapporter ici , à cause de leur longueur; mais nous enipriinlons un passage du plus grand intérêt clinique au livre remarquable de M. Nouai {1).

« 11 faut, tout d'abord, tenir compte de la quantité de l'écoulement. Il est clair que les proportions du produit sécrété sont toujours en raison directe de l'étendue de la surface sécrétante. D'où il est permis d'inférer qu'un écoulement très abondant doit provenir, soit seulement de la totalité du vagin, soit de la surface vaginale et de la muqueuse utérine simultanément; une leucorrhée peu abondante, au contraire, aura sans doute sa source uniquement dans la cavité utérine.

» Un écoulement muco-purulenl, parfois mêlé de sang, accompagné de douleurs très aiguës dans le bas-ventre et d'une réaction fébrile intense, assez abondant à l'apogée de la maladie, diminuant à mesure que la maladie s'amende, appartient, en général, à la métritc aiguë. Tantôt cet écoulement cesse entièrement, si la résolution de la phlegmasie est complète; tantôt il persiste en prenant les caractères du mucus albumineux, si la phlegmasie revêt la forme chronique.

» Une leucorrhée peu abondante, constituée par une matière glaireuse, comparable à du blanc d'œuf, provient toujours de la cavité utérine et se rattache à l'existence d'une mëtrite chronique interne.

» Les pertes muco-purulcnles, d'une teinte blanche et laiteuse, proviennent généralement du vagin et sont l'indice d'une vaginite.

» La leucorrhée jaune \ erdâtre est fournie le plus souvent aussi par la muqueuse vaginale.

» Néanmoins la muqueuse utérine exhale, dans certains cas, un muco-pus semblable à celui du vagin ; de sorte que les écoulements blancs et laiteux et les écoulements jaune verdâtre peuvent quelquefois être tout aussi bien le signe d'une mélrite chronique interne que d'une vaginite.

» Toute matière leucorrhéiquc alcaline provient de la cavité de l'utérus; la leucorrhée vaginale est toujours acide. L'écoulement mixte est, suivant les proportions du mélange, alcalin, acide ou neutre.

» Lorsque, en dehors de l'époque menstruelle, ces mucosités leucorrhéiques sont striées de sang, il est à présumer qu'il existé quelque granulation ou quelque ulcération, soit sur le museau de tanche, soit sur la muqueuse vaginale. Quand le sang est mélangé en assez grande quantité au mucus ou au muco-pus, il est probable qu'on a affaire à une mélrite chronique compliquée de fongosites intra-utérines, de polypes ou de corps fibreux.

>> Un écoulement séro-sanguinolent, comparable à une eau roussâtre, abondant et continu, est un signe presque certain de cancer au début.

» Plus tard, le cancer se décèle par l'écoulement d'une matière épaisse, semiliquide, ichoreiise et fétide, mélange de pus, de sang et de détritus cancéreux.

» Le mélange de ces détritus et la continuité de l'écoulement serviront à distinguer les matières provenant d'une affection cancéreuse de celles qui, par suite d'un séjour plus ou moins long dans la matrice, dans les cas de mélrite chronique interne compliquée de rétrécissement du conduit utérin, ont acquis une odeur et une coloration capables d'en imposer.

( I ) Traité pratique des maladies de l'utérus et de ses annexes. Paris, 1 860, p. 630 et suiv.

LEUCORRHÉE IDTOPATil [OUE. — DÉFINITION. 35

» La métrite pareuchymateuse ne fournit point une leucorrhée particulière. Les pertes blanches qui accompagnent habituellement cette phlegmasie doivent être attribuées, non point à l'inflammation du tissu propre, mais à celle de la muqueuse utérine qui la complique presque toujours.

» La leucorrhée qu'on observe généralement dans l'hystéralgie provient, soit d'une métrite ou d'une vaginite concomitante, soit d'un surcroît de mouvement circulatoire et d'activité fonctionnelle dans la muqueuse et dans les follicules mucipares, sous l'influence de l'irritation morbide du système nerveux utérin.

» La leucorrhée qu'on observe dans certaines lésions organiques de l'utérus telles que môles, polypes, corps fibreux, hydrométrie, etc., provient d'un certain degré de métrite que ces espèces de corps étrangers ont fait naître dans la muqueuse utérine, qu'ils irritent sans cesse par leur contact.

» L'écoulement blanc qui accompagne si souvent aussi les lésions mécaniques de la matrice et que beaucoup d'auteurs n'hésitent pas à leur attribuer, est le résultat, non point du déplacement ou de la déviation, mais de la métrite qui très souvent les complique.

» L'ovarite et les phlegmons péri-utérins ne déterminent la leucorrhée que d'une manière indirecte, c'est-à-dire en provoquant par voie de contiguïté eu de voisinage une phlegmasie ulérine. »

Ces caractères serviront à faire reconnaître la nature de l'affection dont l'écoulement est le symptôme, et à établir le pronostic. Quant au traitement, nous n'avons pas a en parler, puisqu'il doit varier selon la nature de la cause.]

2° LEUCORRHÉE IDIOPATHIQUE.

§ — Définition, synonymie, fréquence.

Pour nous, la leucorrhée iih ' apathique est un écoulement de matière muqueuse assez abondant pour incommoder les sujets, et sans alléralion appréciable des organes génitaux. On voit que non-seulement nous excluons tous les cas où l'on trouve une lésion soit purement inflammatoire, soit ulcéreuse, mais encore que nous n'admettons que les écoulements nuiqueux. Si, en effet, l'écoulement est pu rulent ou muco-purulent, bien que la muqueuse vaginale et utérine ne présente pas même de la rougeur, il faut admettre l'existence d'une vaginite chronique - la maladie n'est plus alors une simple leucorrhée, car la formation du pus à la sur face à une muqueuse entraîne l'idée d'une inflammation. On voit mus les jours des écoulements muco-purulents de lurèihre persister après la période inflammatoire intense sans que I inspection lasse découvrir les signes ordinaires ,1c l'inflammation : chaleur, rongeur, lumélanio,, ; e( l'on n'hésite pas à dire quffl e vis le alors une Mennorrtiagie Chronique, c'est-à-dire une inflammation chronique • j| (Unlm être de même quand il s'agit des écoi lents vaginaux, il est très dilh'cilc il est

Zf ,fm^rf 6t 0Û ^ 1 * surtout si, dans cèV,ains

m, a matière de 1 écoulement contient ou ne contient pas une certaine proDorhon de pus. On conçoit, en elfe,, que le mucus, suivant la plus ou moins Jande

27'01' ,,r'S^m,",IS( , - dans son ^Z^TI^s difficiles à caractériser; mais, si cette difficulté existe, pour certains cas, gai seront

peut-être toujours douteux, il eu est, comme on le verra plus loin, où les caractères sont très tranchés, et ce n'est, par conséquent, pas une raison pour laisser subsister une confusion fâcheuse.

Nous avons ajouté, dans celte définition, que l'écoulement doit être assez abondant pour incommoder les femmes; cette remarque, faite par Marc d'Espine (1) paraîtra juste, si l'on considère que la sécrétion du mucus est nécessaire pour lubrifier les parties, et que, tant qu'elle ne dépasse pas certaines limites, il est impossible de dire que le sujet n'est plus dans des conditions normales.

Les dénominations sous lesquelles on a désigné la leucorrhée sont très nombreuses, et il n'en pouvait être autrement. On l'a décrite sous les noms de flaxio alba, fluxio vulvee, profluvium muliebre, fluor albus, menorrkagia alba, menorrhœa, menstrua alba, blennorrhœa vaginœ, hysterorrhœamucosa ; fleurs, flueurs blanches, pertes blanches, etc. ; les Anglais l'ont désignée sous le nom de whites, et les Allemands sous celui de iveisser Fluss. On trouve dans ces dénominations plusieurs des idées qu'on s'est faites sur la nature de la maladie, alors que tant d'états pathologiques se trouvaient confondus.

Dans les idées anciennes, la leucorrhée devait nécessairement passer pour une des maladies les plus fréquentes, si ce n'est même pour la plus fréquente de toutes. On sait, en effet, combien est grand le nombre des femmes qui ont des écoulements, soit continus, soit intermittents, c'est-à-dire apparaissant à l'époque des règles. Mais si nous recherchons la fréquence de la leucorrhée telle que nous l'avons définie plus haut, nous voyons qu'elle devient infiniment moins considérable, et que chez les femmes qui ont des écoulements divers confondus sous le nom de leucorrhée, c'est la minorité qui présente un flux de cette nature. Nous indiquerons, en parlant des causes, quelle est la fréquence de la maladie suivant les diverses circonstances où les femmes se trouvent placées.

g II. — Causes et siège de la maladie.

On comprend combien de causes différentes on a dû assigner à celte maladie si complexe dans l'ancienne manière de voir. Nous ne présenterons ici que celles qui se rattachent spécialement à la leucorrhée telle que nous l'avons définie, et, pour cela, le mémoire de Marc d'Espine nous sera de la plus grande utilité.

1° Causes prédisposantes.

A(ie Nous avons dit, en parlant de la vaginite et de la vulvite que l'on observé assez souvent chez des enfants très jeunes, et même chez des filles neuve liement nées un écoulement plus ou moins épais et abondant; mais après avoir examiné les faits nous avons cru devoir rattacher cet écoulement à la vagm.te et Tu tout 1 ulvl provoquée par diverses causes excitantes. Dans les observations •e eihie par M. Brierre de Boismont (2), on voit que l'affection à aquelle de peîmt ! de donner le nom de leucorrhée ne s'est pas montrée avant l'âge de huit

(1) Cherches anatomiques sur guelfes points de l'histoire do la leucorrhée (Arch. gên. deZdï>el ^Irul^coSdéréedans ses rapports physiol et pathologiques (Paris, 18,2), chap.XlU, Des (lueurs blanches, etc.

LEUCORRHÉE IDIOPATHIQUE. — CAUSES. 37

ans, et c'est là un fait qui vient à l'appui de la distinction que nous avons établie plus haut.

11 n'est pas rare de voir la leucorrhée s'établir avant l'âge où commence la menstruation; Blatin, Marc d'Espine et M. Brierre de Boismont ont fait à ce sujet des relevés statistiques. D'après le premier, 15 femmes sur 135 seraient dans ce cas (l/9e); d'après le second, il y eut 26 femmes sur 53 (la moitié) qui furent affectées avant la première époque menstruelle, et dans les cas recueillis par M. Brierre de Boismont la proportion n'est que d'un peu plus du quart. Ces chiffres sont si différents, qu'on ne peut pas en tirer de conclusion rigoureuse, et qu'il faut nécessairement faire appel à des recherches très étendues. Ce qui, ainsi que le fait remarquer Marc d'Espine, est une cause inévitable de la variation des résultats obtenus, c'est que les observations n'ont pas été prises dans les mêmes lieux, et que les influences auxquelles les femmes étaient sujettes se trouvaient par conséquent différentes. Peut-être aussi faut-il ajouter que dans des questions aussi difficiles, un peu plus ou un peu moins de précision et de sévérité dans l'interrogatoire doit avoir une grande influence sur le résultat.

Les mêmes motifs ont fait nécessairement varier les chiffres obtenus par ces trois auteurs clans leurs recherches sur l'apparition de la leucorrhée pendant et après la période menstruelle : ainsi, tandis que Blatin trouve que 106 femmes sur 135 (7/9cs) ont vu apparaître la leucorrhée pendant la période limitée par la première menstruation et Y âge critique, Marc d'Espine en trouve seulement 18 sur 53 (1 /3) ; et quanta M. Brierre de Boismont, il nous a été impossible de suivre ses chiffres, car il compte 248 femmes qui auraient vu paraître l'écoulement leucorrhéique après les règles, ce qui, joint aux 63 cas précédemment cités, et dans lesquels cet écoulement a précédé la menstruation, dépasse de beaucoup le nombre total de ses observations, qui est de 273.

Tempérament. — Si l'on voulait s'en rapporter simplement à l'opinion générale, rien ne serait plus facile que de se prononcer sur l'influence du tempérament. C'est une croyance, en effet, presque universellement répandue, que le tempérament lymphatique est la condition la plus favorable à l'apparition des (lueurs blanches, et l'on trouve affirmé clans presque tous les auteurs que les femmes blondes, à peau blanche et fine, ayant une certaine bouffissure des tissus, sont de beaucoup les plus sujettes à cette affection ; mais déjà nous avons vu dans l'histoire des scrofules (1) avec quelle réserve il faut accepter de semblables affirmations lorsqu'elles ne sont pas appuyées sur une analyse numérique des faits. Nous en trouvons ici une nouvelle preuve. Blatin, qui avait senti la nécessité de s'appuyer sur cette base, n'a pas pu déterminer l'influence du tempérament, parce que, même dans les observations de ceux dont les opinions étaient le plus arrêtées, il n'a pas trouvé de documents suffisants sur ce point, et Marc d'Espine, analysant les faits, a vu que le plus grand nombre des femmes observées à Paris avaient les cheveux châtains et les yeux bleus, que d'autres avaient des nuances plus foncées, et que le nombre proportionnel de ces femmes était en rapport direct avec celui que présente la population tout entière, relativement aux attributs du tempérament. M. Brierre de Boismont se contente de dire que les deux tiers des 63 jeunes filles

(1) Voyez lome 1er, p. 380.

leucorrhéiquos avant la menstruation « él.-.icnL blondes, nées clans les villes ou à Pans, et que « celles de la campagne étaient, en général, lymphatiques ou seraiuleuses » ; mais, ajoule-t-il, „ il y en avait dans le nombre dont la constitution était forte. ■» Que conclure encore de ces faits ? Rien évidemment. M. Brierre de Boismont n'est pas, malheureusement, entré dans d'assez grands détails, et Marcd'Espine observait à l'hôpital des Vénériens, où les conditions étaient 'peu favorables relativement au point qui nous occupe. C'est encore là un exemple de la difficulté de ces recherches, qu'on fait néanmoins très souvent avec la plus grande légèreté.

Constitution. — Même remarque à propos de la constitution. Marc d'Espine a vu prédominer la constitution robuste ; l'opinion générale est, au contraire, que la constitution naturellement faible, ou débilitée par les maladies antérieures, est la plus sujette à la leucorrhée.

Climat. — Le mémoire de Marc d'Espine nous fournil un renseignement important sur l'influence du climat. Cet auteur a comparé sous ce rapport ses observations avec celles qui lui ont été communiquées par Girard (de Marseille) et il a \ m que le tiers seulement des femmes observées à Paris n'avaient jamais été sujettes aux flueurs blanches, tandis (pie les trois quarts des femmes interrogées à Marseille se trouvaient dans cette condition favorable. Il est d'observation générale, mais il serait utile de préciser à l'aide des faits, que les climats froids et humides prédisposent à la leucorrhée.

Séjour dans les villes ou clans les campagnes. — Le séjour dans les villes est universellement regardé comme favorable à la production des (lueurs blanches, tandis que le séjour dans les campagnes serait presque un préservatif. M. Brierre de Boismont, qui a recueilli et analysé beaucoup de faits, a confirmé par ses observations la manière de voir générale. 11 serait à désirer que de nouveaux faits vinssent nous apprendre quelle est la part de chacune des causes qui, dans le séjour des villes, peuvent avoir leur degré d'influence : tels sont la vie sédentaire, les passmis tristes, Y abus du coït, les excès dans le régime, etc. , circonstances qui ont été toutes signalées, mais sans preuves qui puissent satisfaire un esprit sévère.

Nous n'avons rien de précis sur l'influence de Y alimentation habituelle; tout ce qu'on a dit relativement à l'usage du lait, du thé, du café au lait surtout, etc., est fondé sur des appréciations vagues, qui pourraient bien n'être que des erreurs. Quelques auteurs, et entre autres, dans ces derniers temps, M. Lagneau (1) et Lisfranc (2), disent qu'on peut produire ou suspendre à volonté la leucorrhée, eu faisant prendre du café au lait aux femmes, ou eu leur interdisant cet aliment ; mais ils n'ont pas donné les détails de ces expériences, et il existe trop de causes d'erreur pour qu'on puisse admettre ces assertions comme des faits démontrés.

Les mêmes réflexions s'appliquent à Y usage des vêtements trop serrés, et surtout des corsets. On n'a pas réfléchi que si le séjour des villes a une influence réelle, il est tout naturel que les femmes qui portent les vêtements dont il s'agit soient principalement affectées, puisque c'est dans les villes qu'on se vêt généralement ainsi,

(1) Dictionnaire de médecine, art. Leucorrhée.

(2) Clinique chirurgicale de l'hôpital de la Pitié, t. II, art. Lei-corwiee.

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