‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 135 sur 344 · HERPÈS · texte numérisé non relu

HERPÈS

Fréquemment employée par les auteurs qui se sont livrés à l'étude des maladies de la peau, la dénomination d'herpès a été appliquée, jusqu'à- WHan, à dos affections diverses; mais depuis les travaux du palhologiste anglais, on l'a réservée à un groupe des affections vésiculcuses; et les auteurs modernes, tels que Biett, MM. Rayer, Cazenave et Gibert, Devergie, Bazin, Hardy, ont tous adopté cette classification.

(1) Loc. cil., p. 83.

(2) Archives générales de médecine, août 1833.

HliRPÈS. — CAUSES. Z|07

De nombreuses divisions ont été introduites dans l'histoire de l'herpès : les unes sont fondées sur le siège, les autres sur la forme de l'éruption. Ainsi on a décrit un hei'pes labial is, un herpès prœputialis, un herpès de la vulve (Legendre) (1) , un herpès iris, un herpès phly et énoïde, un herpès zona, un herpès tonsurant, un herpès circinotus. Embrassant dans une même description l'étude générale de l'herpès, nous indiquerons, chemin faisant, ce que chacune des variétés offre de particulier à considérer. Celte manière d'exposer l'histoire de la maladie nous épargnera des longueurs et des répétitions.

La division en herpès aigu et herpès chronique n'étant applicable qu'à quelques formes de cette éruption, nous nous contenterons de la rappeler quand il s'agira de ses formes seulement.

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

On désignesous le nom d'herpès une éruption de vésicules rassemblées en groupes sur une base enflammée, et disposées de manière à occuper une ou plusieurs surfaces bien circonscrites, et séparées entre elles par des intervalles où la peau est restée saine.

Les différentes dénominations que les auteurs ont données à l'herpès viennent surtout, ou de sa forme, ou du siège qu'il occupe : tels sont Yherpes zona ou zoster, Yherpes circinatus, iris, etc. L'herpès est la dartre phlyeténoïde d'Aliberl, etc., etc.

A l'état aigu, l'herpès est une maladie assez fréquente, et surtout quand elle se présente sous la forme qui a reçu le nom de zona : les formes chroniques sont moins communes, et quelques-unes d'entre elles sont assez rares.

§ II. — Causes.

1° Causes prédisposantes.

L'herpès peut se développer à tout âge, mais on le rencontre plus souvent dans la jeunesse et dans l'âge adulte. La forme à laquelle M. Cazenave a donné le nom &' herpès tonsurant ne se montre guère après quinze ans.

Les femmes, les individus blonds à peau fine et blanche, à tempérament nerveux, sont, d'après les auteurs, prédisposés aux diverses espèces d'herpès. C'est en été, comme l'ont fait remarquer MM. Rayer et Cazenave, qu'on les rencontre le plus souvent.

2° Causes occasionnelles.

Dans un grand nombre de cas, l'herpès se montre sans qu'il soit possible d'en découvrir la cause. Souvent on a attribué son apparition à l'influence du froid, à Vinsolation, aux changements de saison. Dans quelques formes, l'affection a pour cause le contact de certaines matières irritantes: par exemple, le mucus du coryza sur la lèv re supérieure dans Yherpes labialis, de certains écoulements chroniques du vagin dans Yherpes prœputialî s, les cosmétiques dans Yherpes circinatus.

On a vu l'herpès survenir à la suite d'une émotion morale vive, de fatigues excessives, de longues veilles, après un mouvement, fébrile plus ou moins longtemps prolongé. En pareil cas, c'est principalement Yherpes labialis qui se produit.

(1) Archives générales de médecine, août 1853.

L'herpès n'est pas contagieux ; une de ses formes seule a celte propriété : c'est V herpès lonsurant.

§ III. — Symptômes.

1° Description des symptômes de V herpès en général. — Le plus souvent, sans qu'il ait existé aucun symptôme général, ou voit apparaître sur les parties qui vont être le siège de l'éruption une foule de petits points rouges réunis et agglomérés sur un espace très limité. En même temps le malade y éprouve une sensation de cuisson souvent très vive, quelquefois une sorte de brûlure. Ces phénomènes, plus sensibles dans Y herpès zona, précèdent quelquefois l'éruption de quelques jours.

Le lendemain, on trouve sur une surface rouge, enflammée, une foule de petites vésicules pleines d'un liquide séreux , résistantes, agglomérées, présentant le volume d'un grain de millet {herpès miliaris), et, dans quelques points, ayant celui d'un petit pois. Leur forme est globuleuse. Elles sont dures, transparentes, d'une teinte opaline, argentée. Les groupes, entourés comme d'une aréole érythémateuse par la rougeur qui les dépasse, sont ordinairement composés de quinze à cinquante vésicules. Celles-ci se flétrissent et s'affaissent du quatrième au cinquième jour; le liquide qu'elles renferment devient purulent, puis se dessèche en croûtes brûnatres qui ne tardent pas à tomber. Dans quelques points il est résorbé, et l'éruption se termine par une légère desquamation. « Jai vu , dit M. Cazenave, surtout chez les vieillards, des ulcérations superficielles succéder à des vésicules molles, mal distendues par un liquide sanieux. »

Quand la maladie a disparu, on trouve encore à sa place des empreintes rowgeâtres qui peuvent persister au delà d'un mois. On voit de même, dans beaucoup de cas, des douleurs très vives survivre à l'éruption cutanée.

Cette éruption, bornée parfois à une plaque vésiculeuse dont l'étendue varie depuis la largeur d'un écu jusqu'à celle de la paume de la main, se compose le plus souvent de plusieurs groupes occupant plusieurs points à la fois, soit qu'elle les ait envahis simultanément, soit qu'elle les ait affectés successivement.

Telle est la description de la forme d'herpès qu'on peut regarder comme le type du genre. Passons maintenant en revue les diverses variétés.

2° Herpès phlyeténoïde. — Il est assez souvent précédé ou accompagné au début de quelques phénomènes généraux. Ceux-ci ne consistent le plus souvent qu'en un peu d'anorexie et de soif, et un léger mouvement fébrile; ils se dissipent promptement. L'herpès phlyeténoïde qui, ainsi que son nom l'indique, est caractérisé par des vésicules assez grosses pour ressembler à des phlyetènes, a une durée de deux à trois septénaires. Il peut occuper toutes les régions du corps ; on le rencontre surtout aux joues, à la poitrine, aux bras.

3° Berpès labialis. — Cette variété, qui ne mérite pas une description a pari, offre, sur un point circonscrit de l'ouverture buccale, les phéûomènesd'éruption que nous venons de signaler. Tout ce qu'il est nécessaire d'ajouter , c'est que le point de la lèvre où doit paraître le mal devient d'abord le siège d'un sentiment de chaleur acre et brûlante, suivi bientôt d'un gonflement assez marqué. La surface est rouge et luisante, et ne tarde pas à se couvrir des vésicules caractéristiques.

Celles-ci n'occupent le plus souvent qu'une partie restreinte de l'une des lèvres, et ordinairement le point où la muqueuse se confond avec la peau. V herpès labialis parcourt rapidement sa marche ; le liquide des vésicules se concrète en croûtes brunes qui tombent du septième au huitième jour. Si on les arrache, il s'en forme de nouvelles qui persistent plus longtemps.

[M. Gubler a démontré que Y herpès dit labialis peut se développer sur divers points de la face, au nez, à la joue, aux paupières, et même sur la conjonctive oculaire, où il détermine une vive inflammation. Il peut même prendre naissance dans la cavité buccale et à l'isthme du gosier, où il produit l'angine couenneuse dite commune. Voici les conclusions de cet auteur.]

[U° Herpès guttural. — « 1° L'angine couenneuse, dite commune, est une variété de l'angine vulgaire, a frigore, et prend place dans le groupe naturel des maladies qui dérivent de l'action du froid. 2° La coïncidence fréquente de Y herpès labialis souvent du même côté que l'angine, et la similitude incontestable des lésions de la bouche et de l'orifice guttural, démontrent clairement la réalité de l'herpès sur les régions en apparence diphthéritiques. 3° Mais l'herpès, comme tous les autres éléments anatomiques des affections tégumentaires, subit des modifications sur les membranes muqueuses. Les vésico-pustules qu'il forme se décoiffent de leur épithélium et montrent à nu leur exsudât plastique; en sorte que, lorsqu'elles deviennent confiuentes, elles offrent une surface couenneuse plus ou moins large. W L'aspect de cette surface est modifié, son étendue est augmentée par une sécrétion pseudo-membraneuse sans ulcération préalable qui s'étale sur les points limitrophes, c'est à-dire sur l'auréole inflammatoire du groupe d'herpès. Cette circonstance indique chez les muqueuses une tendance très marquée aux exsudations plastiques, et démontre que, sous ce rapport, elles sont intermédiaires entre les séreuses et la peau. ô° La couche plastique de l'herpès guttural offre exactement la même composition chimique et microscopique que la pellicule du croup, le contagium qui accompagne celle-ci n'étant pas saisissable par nos moyens d'investigation les plus perfectionnés. Cette identité n'a rien qui doive surprendre, car les symptômes ne sont jamais absolument pathognomoniques; souvent au contraire, les lésions sont communes à des maladies de nature diverse, et les causes seules peuvent être véritablement spécifiques. 6° Malgré cette analogie de lésion avec l'angine diphthéritique maligne, et malgré quelques différences secondaires par rapport à l'éruption cutanée, l'angine couenneuse commune n'est donc en réalité qu'un herpès de l'isthme du gosier et mérite le nom d'angine herpétique. 7° Il existe deux variétés de cette angine : dans l'une, l'herpès est primitif et constitue la lésion unique ; dans l'autre, il succède à une amygdalite et se surajoute au phlegmon tonsillaire, en même temps qu'une éruption semblable couvre les lèvres. On pourrait nommer la première angine d'herpès (angina ab herpete), et la seconde, angine avec herpès (angina cum herpete). 8" Cette affection, bénigne de sa nature, peut néanmoins entraîner des conséquences sérieuses, en raison de son siège et de l'obstacle qu'elle apporte à l'alimentation : elle est à Y herpès labialis ce que l'œdème érysipélatcux de l'orifice supérieur du larynx est à celui des paupières. 9° Vherpds guttural ne réclame aucun traitement spécifique. Au début, une émission sanguine, locale ou générale, sera parfois nécessaire. Le plus souvent on aura recours 'a un éméto-cathartique utile pour faire tomber l'appareil

fébrile et commencer la résolution de l'engorgement inflammatoire. Alors les révulsifs cutanés rendront des services.

» Les autres indications à remplir sont : 1° de calmer les douleurs causées par la déglutition à l'aide des narcotiques appliqués localement; 2° de favoriser l'élimination des produits exsudés par des gargarisées légèrement détersifs et des boissons émollientes; 3° d'entretenir la liberté du ventre par des lavements et de légers laxatifs; U" de donner des aliments mous ou liquides, et, s'ils ne sont pris qu'en proportions insuffisantes, d'y suppléer par des lavements nutritifs, et de soutenir les forces par des toniques 10° Des considéraiions analogues aux précédentes s'appliquent à l'ophthalmic spéciale, due à la présence de groupes d'herpès sur la conjonctive oculo-palpébrale, affection dont un exemple se trouve consigné dans le mémoire (1). »]

5° Herpès prœputialis. — Biett a le premier appelé l'attention sur cette variété de l'herpès, dans laquelle il a distingué deux étals bien tranchés : l'état aigu et l'état chronique. Les détails suivants, empruntés à M. Cazenave, qui a le mieux exposé les idées de Biett, feront connaître l'importance de cette distinction.

A Y état aigu, l'éruption s'annonce par la présence de quelques taches rouges d'étendue variable, dépassant rarement la grandeur d'une pièce d'un franc. Ces taches se recouvrent bientôt de petiles vésicules globuleuses, transparentes. Si l'éruption a pour siège la face externe du prépuce, l'inflammation est peu considérable, le liquide des vésicules se résorbe, il y a une légère desquamation; quelquefois il se forme de petiles croûtes brunes qui tombent rapidement, et l'affection se termine dans l'espace d'un septénaire. Si, au contraire, l'herpès se développe à la face interne du prépuce, l'inflammation est plus forte, les plaques vésiculeuses sont d'un rouge tellement vif, que les vésicules, en raison de leur transparence, paraissent rouges elles-mêmes; elles sont d'abord très petites, mais grossissent rapidement et se réunissent entre elles par petits groupes confluents. Quelquefois la résolution a lieu , mais le plus souvent les vésicules se déchirent et laissent après elles de petites érosions superficielles qui conservent la forme arrondie des vésicules, et disparaissent rapidement sans laisser de traces. Un peu de démangeaison au début, une cuisson légère quand il y a des érosions, tels sont les seuls symptômes qui accompagnent l'état aigu, dont la durée ne dépasse pas sept ou huit jours.

A \'état chronique, Yherpes prœputialis, maladie souvent méconnue, consiste en une succession d'éruptions qui apparaissent h des intervalles de plus en plus rapprochés. L'inflammation, augmentant graduellement, finit par gagner les couches du tissu cellulaire sous-muqueux. Le prépuce devient de plus en plus rude, plus difficile à se replier sur lui-même ; son ouverture se transforme en un anneau épais qui se rétrécit chaque jour, el permet à peine le passage de l'urine. Il peut aussi arriver que l'orifice du prépuce se resserre de telle sorte qu'Une corresponde plus exactement au méat un noire; alors l'urine n'est plus chassée complètement, et chaque émission occasionne de la douleur, de la cuisson, des démangeaisons vives. Dans ces conditions, l'extrémité du prépuce est froncée. Les efforts que l'on fait pour découvrir le gland donnent lieu à des tractions el à des déchirure*

(1) A. Gublcr, Mémoire sur l'herpès guttural, etc. Paris, 1858.

douloureuses. M. Cazenave a vu chez un malade atteint de cette forme d'herpès, et bien que le rétrécissement fût peu avancé, un paraphimosis grave, déterminé par le renversement forcé du prépuce. 11 est facile d'apprécier les inconvénients de toute sorte que peuvent entraîner de pareilles conditions; aussi tous les malades observés par Biett et M. Cazenave étaient-ils tombés dans la tristesse et le découragement.

6° Herpès zona. — Longtemps décrit à part et sous des noms différents, tels que : feu de Saint- Antoine, feu sacré, ignis sucer, herpès phlycténoïde en zone, etc., l'herpès zona ou zoster entre parfaitement, par ses caractères fondamentaux, dans le type que nous avons décrit sous le nom d'herpès phlycténoïde; c'est à tort que certains auteurs en ont voulu faire une variété de l'érysipèle, sous le nom iïérysipèle bulleux. Sa fréquence et quelques particularités de son développement ont une certaine importance, sans toutefois exiger une description spéciale; elles seront suffisamment exposées dans les détails suivants.

La disposition en demi -ceinture, qui lui a valu le nom de zona, est le caractère saillant de l'éruption. En général, cette forme a son siège au tronc, le plus souvent à la base du thorax; on la rencontre aussi au cou, à la face, rarement aux membres seulement ; elle n affecte jamais qu'un seul côté à la fois. Le zona paraît aussi se montrer plus fréquemment à droite qu'à gauche.

II a toujours la forme d'une demi-ceinture, constituée, non par une suite non interrompue de vésicules, mais par une série de groupes vésiculeux, séparés par des intervalles plus ou moins considérables, où la peau est restée saine. Ces groupes, ordinairement assez rapprochés, peuvent quelquefois être assez éloignés les uus des autres, de telle sorte, par exemple, que la demi-zone soit formée par trois ou quatre plaques.

Une circonstance qui a frappé tous les observateurs, c'est la douleur locale qui se fait sentir dans chaque groupe vésiculeux, qui lui survit et persiste parfois très longtemps. C'est surtout cette dernière particularité qui a attiré l'attention : elle avait été signalée par Pinel (1) et M. Louis (2), qui ont rapporté des cas de douleurs persistant plusieurs années après la disparition de l'éruption. Les douleurs ont généralement une intensité considérable, et affectent la forme des douleurs névralgiques. Elles n'appartiennent pas exclusivement au zona. On les retrouve quelquefois dans la forme phlycténoïde.

En ajoutant que, parmi les plaques vésiculeuses, celles qui occupent les exi rémités de la demi-zone sont ordinairement plus largement développées, et que l'éruption s'accompagne presque toujours de symptômes généraux, nous aurons dit tout ce qu'il y a de particulier à connaître sur cette forme de l'herpès.

[La nature du zona n'est pas uniformément interprétée. Quelques auteurs ont pensé que c'était une fièvre éruplive, et ils ont appuyé leur opinion sur la régularité de sa marche et sur la disparition des phénomènes généraux au moment où apparaissait l'éruption. Mais cette régularité est loin d'être aussi grande que celle des lièvres éruptives; d'ailleurs le zona diffère essentiellement de ces affections par sa localisation, par l'absence de romain el par la circonstance des causes acci-

(1) Nosographie philosophique, art. Zona.

(2) Journal hebdomadaire de médecine, t. VI, p. 361.

412 MALADIES Dlî LA PEAU.

dentelles sous l'influence desquelles il se développe souvent; nous rappelons ici le froid et les émotions morales.

On a encore considéré le zona comme une névralgie. M. le docteur Parrot a publié un mémoire dans lequel il cherche à établir la nature névralgique ou rhumatismale du zona en ne considérant l'éruption que comme un symptôme accessoire. Il base son opinion sur les caractères de la douleur, qui se rapproche de celle des névralgies, et surtout sur les causes de l'affection qui, dans presque toutes les observations qu'il a recueillies, se rapportent à un refroidissement. M. Hardy admet l'existence fréquente, mais non la constance de cette cause qu'il est impossible de retrouver dans bien des cas. Mais l'objection la plus sérieuse à faire à la doctrine de M. Parrot consiste dans l'absence complète de douleur observée chez certains malades atteints de zona. Or, que devient une névralgie sans douleur? Admettons donc que le zona est une maladie inflammatoire accidentelle à laquelle l'existence habituelle d'une véritable névralgie donne un caractère spécial, mais qui ne peut cependant être rangée ni dans la classe des fièvres, ni dans celle des névralgies (1).]

7° Herpès circinatus. — C'est une variété de forme qui a pour caractère particulier de se présenter sous l'aspect de cercles complets plus ou moins étendus, dont le centre est vide et ordinairement intact. Les bords, rouges, enflammés, se recouvrent de vésicules globuleuses extrêmement petites, auxquelles succèdent de petites squames si minces, si ténues quelquefois, qu'elles constituent une espèce d'état farineux.

L'herpès circiné s'annonce par des points rouges de la largeur d'un franc, souvent moindres, rarement d'un diamètre de 5 à 6 centimètres; ces points ont toujours l'apparence d'un disque bien arrondi; au début, ce caractère est moins sensible, surtout quand le point rouge est très borné.

Dans quelques cas, les disques vont en s'élargissant, et acquièrent ainsi une étendue assez considérable; ils sont d'abord peu nombreux; il peut même n'y en avoir qu'un seul. D'autres fois ils sont en grand nombre, se rapprochent, se confondent de manière à ne plus présenter qu'une seule plaque farineuse qu'on pourrait prendre pour un eczéma squameux, si, en cherchant à la circonférence de l'éruption, on ne retrouvait des portions de cercle qui rappellent le caractère de la maladie. Cette variété a été décrite avec beaucoup de soin par M. Cazenave, qui l'a appelée herpès squameux.

L'herpès circiné a un siège de prédilection : le cou et la face sont les points où on le rencontre le plus fréquemment. Cette circonstance a de l'importance pour le diagnostic.

La durée de cette maladie, qui n'est ordinairement que de huit à dix jours, lorsque l'éruption n'est constituée que par une seule plaque, peut aller au delà de deux à trois septénaires quand il se fait plusieurs éruptions successives de disques vésiculeux.

8" Herpès iris. — Introduite pour la première fois par Bateman dans le genre herpès, cette variété très rare, mais curieuse par son aspect singulier, est caractérisée par une plaque que forme un petit groupe vésiculeux entouré de quatre an-

(I) Hardy, Leçons sur les maladies de la peau, publiées par M. Garnier. Paris, 1859.

neaux érythémateux de nuances différentes. Au début, c'est une petite tache qui bientôt se sépare en petits anneaux.

Les vésicules apparaissent et se flétrissent en deux ou trois jours, et vers le quatrième on trouve des nuances distinctes disposées en quatre cercles concentriques, comme les couleurs d'une cocarde. La première, en partant du centre, est d'un rouge brun; la seconde, d'un blanc jaunâtre ; la troisième, d'un rouge foncé; la quatrième, d'une teinte rosée qui va se perdant et se confondant avec la coloration de la peau voisine. On ne trouve pas toujours cette variété de couleurs aussi bien prononcée.

L'herpès iris, qu'on rencontre surtout au front, aux mains, aux malléoles, en un mot à tous les points saillants, se termine vers le dixième ou douzième jour après résorption ou après une desquamation légère.

9° Herpès tonsurant. — Sous ce titre, M. Cazenave a désigné une affection jusqu'à lui mal connue (1), décrite sous les noms de ringworm par les auteurs anglais, de teigne tonsurante, par M. Bazin, qui, le premier, a fait sortir le traitement, jusque-là secret de cette maladie, du domaine des empiriques (2). Voici la description de M. Cazenave :

« L'herpès tonsurant est caractérisé par des plaques ordinairement bien arrondies, qui tendent à s'agrandir sans cesse, qui sont couvertes au début de vésicules très petites, qui se reproduisent en suivant un mouvement d'extension excentrique et continu, et auxquelles succède une desquamation différente de celle de l'herpès circinéen ce qu'elle existe au centre comme à la circonférence. Ces plaques présentent secondairement une surface inégale, sèche, parsemée d'aspérités sensibles à la vue et au toucher, recouverte de cheveux rompus très également à 3 ou h millimètres du niveau de V épidémie, de manière à former une véritable tonsure. »

Les plaques offrent une étendue qui varie de celle d'une pièce d'un franc à celle de 5 francs; le plus souvent il n'y en a qu'une : quelquefois plusieurs se confondent par leur circonférence et forment une grande plaque. La surface tonsurée est sèche, sans rougeur, d'une teinte gris bleuâtre; si on la gratte, elle se recouvre d'une poussière fine, très blanche, qu'on peut comparer à de la farine très ténue. 11 n'y a presque pas de démangeaison.

Les plaques peuvent occuper tous les points du cuir chevelu, mais elles semblent avoir une préférence marquée pour les parties latérales et postérieure de la tète. Une circonstance remarquable, indiquée par M. Cazenave, c'est que quatre fois sur cinq, les jeunes malades qui se sont présentés à son observation, avec un herpès tonsurant, portaient soit au cou, soit au front, des plaques d'herpès circulé. On n'a plus lieu de s'étonner de ce symptôme, quand on reconnaît, avec M. Bazin, que le champignon de l'herpès tonsurant tombe de la tète sur les régions voisines plus ou moins velues, et là développe une affection identique avec celle dont il est lui-même lé produit.

Quand l'herpès tonsurant touche à la guérison, la plaque perd peu à peu son aspect chagriné; la surface rugueuse s'aplanit, la desquamation cesse, les cheveux

(1) Traité des maladies du cuir clieuclu. Paris, 18u0, p. 190.

(2) Recherches sur la nature et le traitement des lekjnet, 1 85 3.

repoussent, et tout revient à l'état primitif. Ce n'est jamais qu'après plusieurs mois, quelque fois des années, qu'on arrive à ce résultat.

[Nous avons dû laisser subsister ici la description de Y herpès tonsurant, parce qu'en effet l'affection ne diffère pas des autres espèces d'herpès, au point de vue anatomique. Mais elle s'en distingue cependant par la cause, car il est démontré qu'elle est produite par un parasite végétal (trichophyton) (1). Nous aurions donc pu déplacer cette description et la transporter dans le chapitre où nous traiterons des parasites; mais c'eût été peu commode pour le lecteur. Dans ce chapitre nous donnerons la description du trichophyton, et là nous ferons remarquer que, selon M. Bazin, ce même parasite donne lieu à un groupe naturel d'affections, celui des trichophyti.es (2), comprenant Y herpès circiné, Y herpès tonsurant et le sycosis.

M. Hardy a complètement adopté les idées de M. Bazin sur ce sujet. ]

§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

Dans la plupart de ces formes, l'herpès a une marche rapide, et la période de décroissance commence du sixième au huitième jour. Telle est la manière dont les choses se passent dans les herpès phlyeténoïde, labialis, iris. Quelquefois la maladie se prolonge par suite de l'éruption successive de nouveaux groupes vésiculeux; c'est ce qu'on observe dans le zona et dans Y herpès circinatus. Une variété de Y herpès prœputialis passe facilement à l'état chronique; et dès l'origine Y herpès tonsurant affecte cette forme, qu'il conserve jusqu'à la fin.

La durée de l'herpès varie d'un à deux septénaires ; elle se prolonge rarement au delà. L'herpes prœputialis peut durer fort longtemps, et c'est, comme nous venons de le voir, un des caractères de Y herpès tonsurant, de persister plusieurs mois et même des années.

Une guérison rapide, marquée par la disparition de tous les symptômes physiques de l'éruption, est la terminaison des diverses formes de l'herpès ; il faut en excepter Y herpès prœputialis et Y herpès tonsurant, qui ont de la tendance à se prolonger indéfiniment.

S V. — Iiésions anatomiques.

« En ouvrant les vésicules à l'aide d'une lancette, on reconnaît, dit M. Rayer, qu'indépendamment de la sérosité qu'elles contiennent, il existe dans la plupart d'entre elles une petite fausse membrane très adhérente à la surface du réseau vasculaire de la peau. Ce réseau, d'un rouge vif, surmonté de petites granulations formées par les papilles, offre parfois de petits points d'un rouge violacé, surtout dans les vésicules qui contiennent de la sérosité sanguinolente. Quand les vésicules sont devenues purulentes, la pseudo-membrane n'existe pas ou est moins apparente. »

Dans un cas où le malade succomba, M. Rayer constata que les vaisseaux qui pénètrent à travers les aréoles du derme étaient très injectés dans les points correspondants à ceux où les vésicules s'étaient développées.

(1) Charles Ilobin, Histoire naturelle des végétaux parasites. Paris, 1853, p. -108.

(2) Hardy, Leçons sur les maladies de la peau. Paris, I859, ia-8, p. 157.

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