‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 141 sur 344 · GALE · texte numérisé non relu

GALE

Souvent confondue avec d'autres éruptions, la gale a été connue des anciens ; on voit clans les savantes recherches de Dezeimeris (2) qu'on la trouve clairement indiquée dans les ouvragée des Grecs et des Romains. Mentionnée aussi par les auteurs arabes, elle n'a toutefois été bien décrite que par les modernes, dont les observations ont jeté une lumière nouvelle et sur sa nature et sur ses causes. La fréquence de la gale, sa propriété contagieuse, font un devoir au médecin de connaître tout ce qui a rapport à cette maladie ; mais, fidèle au plan de cet ouvrage, nous n'insisterons que sur les détails qui intéressent plus particulièrement le praticien, c'està-dire sur le diagnostic et le traitement.

La gale est une éruption contagieuse, caractérisée par des vésicules légèrement élevées au-dessus du niveau de la peau, constamment .accompagnées dé prurit, transparentes à leur sommet, contenant un liquide séreux et visqueux , ayant principalement leur siège sur les plis des articulations des membres , clans les intervalles des doigts, sur l'abdomen, sur la verge, et de plus par la présence de peins sillons sous-épiclermiques dans lesquels est logé Vaenrus sculùei, et qui, tantôt partent des vésicules, tantôt en sont, isolés.

(1) Voy. L. K. Ftoriep, Noliz* cnisdm Gebieie der Namr und milkwde, Weiraar, 1831.

(2) Dict. deméd., art. C.ai.k; Bïbliog., t. XIII.

(rALE. ■ — CAUSES.

Consacrée paivun Jong usage, la dénomination de gale, quelle que soit i'étymologie qu'on lui donne, mérite d'être conservée; elle correspond au psora des Grecs, a la scabies des Latins ; c'est le premier genre des dermatoses scabieuses d Alibert.

La fréquence de la gale est très grande, ce qui lient à la facilité avec laquelle elle se transmet. 1

S II. — Causes.

1° Causes prédisposantes.

Age. — L'adolescence et l'âge adulte sont les époques de la vie où l'on ren contre le plus de galeux ; c'est, eu effet, à cet âge qu'on trouve Je plus d'individus dans les conditions qui favorisent les développements de cette affection, qui attacrue aussi les enfants et les vieillards.

Le sexe masculin en est plus souvent atteint que le sexe féminin; mais cela ne tient nullement, sans aucun doute, au sexe lui-môme, et c'est aux habitudes des sujets qu'il faut rapporter cette préférence. Ce qui le prouve, c'est que, d'un autre cote, on a place parmi les causes prédisposantes le tempérament lymphatique

La gale se développe dans toutes les saisons, dans tous les climats.

La misère, la malpropreté, l'encombrement ou seulement la réunion d'un certain nômbre d'individus, comme cela arrive dans les armées, les hôpitaux, les prisons, sont les circonstances les plus favorables à son développement.

Les professions de cordonniers, tailleurs, marchands ambulants, sont celles qui dans les hôpitaux consacrés à cette affection, fournissent le plus de galeux - mais' comme le fait remarquer Biett (1), c'est uniquement parce que le nombre des individus qui exercent ces métiers est incomparablement plus grand (rue celui des autres ouvriers.

2° Causes occasionnelles.

La gale ne se développe pas spontanément; les opinions de certains pathoiogisles, tels que Fabrice de Hiïden, Rivière, et, dans ces derniers temps, M. Devei-g'c (2), qui pense que, dans certaines circonstances, cette affection peut apparaître spontanément comme crise de certaines maladies aiguës ou chroniques gale critique), n'ont pas été confirmées par la presque généralité des observateurs modernes. La gale se contracte par le contact immédiat des individus ou des Objets infectés. L'insecte appelé acarus scabiei est l'élément essentiel de la contagion.

De longs détails sur le sarcopte qui engendre la gale ne sauraient trouver place «ans un ouvrage de la nature de celui-ci ; nous n'en dirons que ce qu'il importe de connaître pour éclairer l'éliologie et quelques points de thérapeutique, renvoyant loui de pius amp|es renseignements, aux ouvrages de MM. Rayer (3), Raspail {h),

(1) Dict. deméd., L XIII, art. <„w i;.

(2) Bull. gén. do therap., 1847.

|3) Traité thdor. etprat. desmalad. de la peau. Paris, 183-J, L I n m W Mém. compar. sur ïhist. nat. de l'insecte de la gale ; in IMl. n'en de ilh-a» . vu Nouv- Wt. de chimie organique. Paris, 1838, in-8, t. il, p. 5593? pî. XV ' '

Gras (1), Aubé (2), Cazenave et Schedel (3), et aux recherches de MM. Bourguignon et Delafond (4), Piogey, Bazin (5), Hardy.

Admis par Avenzoar dès le XIIe siècle, puis longtemps oublié, Yacarus fut successivement décrit par Haflenzefer, Cestoni, Joubert, Mouflet, et classé par les naturalistes Linné, Latreille. Cependant, en 1812, on doutait encore de son existence, quand M. Galès, répétant ses expériences sur plus de trois cents galeux à l'hôpital Saint-Louis, parut en démontrer la présence d'une manière incontestable. Alibert (1813) et Biett (1818), cherchant, comme l'indiquait M. Galès, l'insecte dans les vésicules, ne le trouvaient pas, et les investigations consciencieuses de ces deux observateurs avaient remis en doute les résultats de M. Galès, quand, en 1834, M. Renucci, élève en médecine, démontra à l'hôpital Saint-Louis la manière de découvrir l'acarus. Dans la Corse, son pays, il avait vu maintes fois les femmes extraire l'acarus, et il l'avait souvent extrait lui-même. 11 fit voir que ce n'était pas dans la vésicule qu'il fallait le chercher, mais bien dans le fond d'un sillon qui en part, et que l'insecte trace sous l'épiderme. Bientôt on se rappela que Mouflet, il y a plus de deux cents ans, avait dit que les cirons ne se trouvent pas dans les pustules, mais à côté d'elles; que J. Adams (6) avait clairement indiqué cette particularité dans un ouvrage où il donne deux bonnes figures de Yacarus. Depuis cette époque, l'existence du sarcopte de la gale n'a plus été un instant douteuse, et les travaux que nous avons mentionnés plus haut ont eu pour objet une histoire plus complète de l'insecte, sa conformation, ses mœurs, et le rôle qu'il doit jouer dans l'éliologie de la maladie qui nous occupe.

L'acarus est un insecte arachnoïde d'un demi- millimètre environ de diamètre : il est d'un blanc opalin, transparent, de forme arrondie et presque circulaire; son corps, dont la surface est couverte de stries linéaires, est garni de huit pattes, quatre antérieures et quatre postérieures. On dirait une petite tortue pourvue à sa surface d'appendices filiformes. Pour le trouver, il faut savoir qu'à l'extrémité libre des sillons qui aboutissent par l'autre extrémité à une vésicule, ou qu'à l'une ou l'autre des extrémités des sillons isolés, l'épiderme est un peu soulevé, et qu'il y a dans cet endroit un petit point brunâtre. C'est dans ce point qu'il faut chercher l'insecte : on introduit obliquement la pointe d'une épingle sous l'épiderme, oh renverse la lame épidermique soulevée , et au-dessous on aperçoit un petit corps blanc qui s'attache très facilement à la pointe de l'instrument; on l'extrait et on le place sur une lame de verre : ce petit corps blanc et arrondi, c'est l'acarus. L'insecte reste d'abord immobile : après quelques minutes, il agite ses pattes, et bientôt marche rapidement.

D'après les observateurs les plus récents, ce n'est que dans les sillons et jamais dans les vésicules qu'on rencontre l'acarus , qui occupe toujours une des extrémités du canal sous-épidermique qu'il s'est creusé. Les expériences de M. Aubé l'ont conduit à conclure que l'acarus est un insecte nocturne, qui, ne trouvant pas

(1) Rech sur l'acarus ou sarcopte de la gale de l'homme. Paris, 1834.

(2) Conniiér. cjén. sur la gale et sur l'insecte qui la produit. Thèse, 1836.

(3) Abrégé pral. des malad. de la peau, 1838.

(4) Bulletin de l'Acad. de médecine. Paris, 1857, t. XXIII, p. 110, U5.

(5) Rapport au directeur général de l'assistance publique, juin 1850.

(6) On morbid poisons, in-4. London, 1807.

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