PEMPHIGUS. — SYMPTÔMES
prononcée, et les larmes, s'écoulant en abondance, entretiennent sur les points excoriés un foyer rebelle d'irritation. La peau, macérée, exhale une odeur fade et nauséabonde, qui souvent incommode le malade lui -même ; l'affection se complique d'hydropisie, de diarrhée, et conduit presque nécessairement à une fin fatale. »
Signalons une variété désignée sous le nom de pemphigus pruriginosus ; elle consiste dans quelques papules du prurigo, qui, venant se joindre à l'éruption huileuse et occasionnant des démangeaisons plus ou moins fortes, ont paru à quelques auteurs mériter une description à part.
3° Pemphigus des nouveau-nés. — Sous les noms de pemphigus .infantilis , pemphigus gangrenosus, quelques auteurs ont décrit plus ou moins exactement là forme du pemphigus dont il s'agit. En 1834, le docteur Krauss(l) a donné un résumé de presque tous les faits que la science possède sur ce sujet, et nous en avons nous-même (2) rapporté plusieurs cas dans lesquels on ne peut avoir aucun doute sur l'existence de cette affection. Dans ces cas, le pemphigus n'offre rien de particulier : les caractères de l'éruption, sa marche, ne diffèrent pas de ceux exposés plus haut dans la description du pemphigus aigu.
Cependant, selon M. Gazenave, le pemphigus des nouveau-nés serait une variété à part, moins rare qu'on ne le croit communément : voici, suivant cet auteur, les caractères de celte affection : elle a son siège de prédilection à la paume des mains et à la plante des pieds ; elle appartient exclusivement à cet âge ; elle est caractérisée par des bulles entourées d'une aréole violacée, offrant un volume assez considérable, ordinairement comme celui d'une noisette, et contenant un liquide séropurulent. M. Cazenave ne doute pas de la nature syphilitique de cette affection. Telle est aussi la manière de voir de M. Paul Dubois, qui, pour établir cette opinion, se fonde sur les raisons suivantes : il a toujours pu constater chez la mère, soit actuellement, soit à une époque plus ou moins éloignée, l'existence de symptômes spéciaux qui expliquaient la possibilité d'une infection syphilitique chez l'enfant; il a vu, après la destruction de la bulle, de véritables ulcérations; enfin tous les enfants atteints succombent, et le plus souvent avec une grande rapidité.
Les recherches plus récentes de M. Depaul (3) sont venues confirmer cette manière de voir.
Les faits observés par MM. Cazenave, P. Dubois et Depaul diffèrent assez de ceux qui sont indiqués par les auteurs pour mériter une description à part; mais ce qu'il y a de certain, c'est que le pemphigus n'a pas toujours, chez les nouveaunés, les caractères et la gravité que lui ont trouvés ces auteurs. D'après cela, on doit admettre, chez les nouveau-nés, un pemphigus simple et un pemphigus syphilitique : le premier souvent bénin à l'état aigu, le second toujours très grave.
k° Pemphigus labiaiis. — M. Devergie (k) a décrit une forme particulière de pemphigus à laquelle il donne le nom de pemphigus labiaiis. Il en a vu deux exemples, l'un à l'hôpital Saint-Louis, l'autre en ville. Celte maladie consistait en petites bulles se réunissant pour en former de plus grosses, et se succédant d'une manière non interrompue. Les bulles, en se crevant, donnaient issue à une liqueur limpide,
(1) De pemphigo neonalorum. Thés., Bonnnc, 1834.
(2) Clinique des enfants nouveau-nés. Paris, 1838, p. 676.
(3) Bulletin de l'Académie de médecine. Paris, 1851, l. XVI, p. 920, 954.
(4) Union mêd., 30 mars 1847.
L*àS MALADIES DE LA PEAU.
filante, muqueuse, semblable à de l'eau très chargée de gomme arabique; puis elles se couvraient d'une croûte légèrement jaunâtre et brunâtre, par où s'écoulait cette liqueur. La maladie, dans un cas, a été 1res rebelle.
§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
En décrivant les formes aiguë et chronique que peut affecter le pemphigus, nous avons indiqué sa marche de manière qu'il soit inutile d'y revenir ici. La durée du pemphigus aigu est ordinairement d'un à trois septénaires : celle du pemphigus chronique est généralement longue; elle peut varier de plusieurs mois à plusieurs années : il n'est pas rare de ne la voir finir qu'avec la vie des malades. Souvent le pemphigus se développe en été, pour se terminer à la fin de l'automne.
Le pemphigus aigu se termine souvent parla guérison. Dans le pemphigus chronique, cette terminaison constitue une véritable exception, la maladie ayant tôt ou tard une issue fatale. La mort est souvent causée par une affection des organes contenus dans les cavités thoracique et abdominale.
§ V. — Iiésions anatomiques.
La pâleur des membranes muqueuses, des épanchements séreux dans les grandes cavités, un état gras du foie, rencontré dans tous les cas par M. Cazenave, qui l'a trouvé d'autant plus marqué que la maladie était plus avancée; et, déplus, dans les bulles restées entières, un liquide albumineux, limpide, quelquefois jaunâtre, ordinairement visqueux, tantôt inodore, tantôt fétide ; telles sont les lésions les plus constantes qu'ont permis de constater les autopsies de su jets morts à la suite du pemphigus.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
Diagnostic. — En général, le diagnostic du pemphigus est facile : la présence de bulles le plus souvent bien isolées, figurant de larges ampoules; la forme bombée et la minceur lamelleuse des croûtes qui leur succèdent : les excoriations superficielles que le déchirement des phlyetènes met à nu, sont des caractères à l'aide desquels on évitera la confusion. Le rupin, dont la forme est essentiellement chronique, et Vecthyma se distinguent de cette affection par les caractères suivants : dans le rupia, les huiles sont rares, et elles sont suivies de véritables ulcérations, de croûtes dures et épaisses ; dans Vecthyma, dont la lésion élémentaire est une pustule, celle-ci est ordinairement beaucoup plus petite que les bulles du pemphigus. Ce n'est donc que dans quelques cas rares qu'on pourrait éprouver de l'hésitation ; mais alors même on arrive au diagnostic en se rappelant que la pustule de l'ecthyma est de prime abord purulente, et que les croûtes auxquelles elle donne lieu sont épaisses et noirâtres.
Le pemphigus, lorsqu'il est confluent, pourrait, par ses croûtes, faire croire à l'existence de Y impétigo : on évitera l'erreur en songeant que les croûtes du pemphigus sont minces, lamelleuscs, foliacées, et que l'impétigo a des croûtes épaisses, ahfractueuses, rugueuses.
Pronostic. — En général, le pemphigus est une maladie grave. Lorsqu'on l'ob-