‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 147 sur 344 · PEMPHIGUS. — TRAITEMENT · texte numérisé non relu

PEMPHIGUS. — TRAITEMENT

serve à l'état aigu, on doit craindre les récidives ; à l'état chronique, il se termine fréquemment par la mort.

§ VII. — Traitement.

De l'avis de tous les auteurs, le traitement du pemphigus aigu ne consiste que dans l'emploi de moyens très simples : une diète légère, l'usage de quelques boissons délayantes, le repos, suffisent dans presque tous les cas. Il est rare qu'on ait besoin de recourir aux antiphlogistiques ordinaires, ou à quelques dérivatifs pour modérer l'intensité de l'inflammation de la peau. En général, il faut veiller à ce que l'épiderme reste appliqué à la surface de la plupart des bulles ; il faut les préserver du frottement après leur rupture, et lorsqu'elles sont excoriées, les panser, selon le conseil de M. Rayer, avec un linge fenêtré enduit de cérat.

Le pemphigus chronique peut être aussi modifié par les mêmes moyens , mais il réclame une médication plus active. On prescrit ordinairement les 'tains simples ou amidonnés. Si les douleurs sont vives, on applique sur les parties malades des compresses imbibées d'un liquide anodin ou opiacé.

M. Gazenave conseille d'être très réservé dans l'emploi des topiques ; il rejette en général les pommades; quant aux bains, il leur trouve l'inconvénient de macérer la peau et de faciliter le développement des bulles.

Le seul cas où le pemphigus puisse être, selon cet auteur, heureusement modifié par une application tonique, c'est lorsque, occupant une surface limitée, il se reproduit sans cesse : alors M. Gazenave conseille l'emploi de cataplasmes saupoudrés de quinquina et de charbon.

« Le topique, ajoute ce médecin, qui m'a le mieux réussi dans le double but de parer aux inconvénients d'un suintement trop abondant, et de calmer les douleurs qui tourmentaient le malade, c'est Yamidon sec, «avec lequel on saupoudre tous les points affectés, quelle que soit d'ailleurs l'étendue de l'éruption. J'ai vu des malades couverts d'un pemphigus qui les enveloppait tout entiers, trouver dans l'emploi de ce topique une fraîcheur bienfaisante qui faisait taire toutes leurs souffrances, et amenait quelquefois aussi une modification très heureuse de la maladie ellemême. »

Parmi les moyens généraux, les toniques sont particulièrement recommandés ; on cherche à relever la constitution du malade, et dans ce but, les ferrugineux, la limonade vineuse, le café de glands expérimenté avec succès par M. Cazenave, les amers, sont administrés avec persévérance, non-seulement chez les vieillards et les individus affaiblis, mais aussi chez les sujets jeunes et robustes, dont le mal persiste avec opiniâtreté. L'état des voies digestives donnera la mesure de l'énergie qu'il faut donner à ce traitement.

« Les limonades sulfurique et nitrique, continuées avec persévérance, dit M. Rayer, ont aussi opéré plusieurs guérisons remarquables. »

Voici le traitement que propose M. Devergie (1) contre le pemphigus labialis dont il a donné la description : « La marche qui me paraît devoir être suivie pour son traitement, dit-il, est celle-ci :

» S'attacher d'abord à voir s'il existe quelques rapports entre la maladie locale

(1) U)iion méd., 30 mars 18i7.

et une altération des voies digestives ou de tout autre organe de l'économie; interroger surtout les antécédents du malade, sa constitution, son tempérament; faire reposer la médication générale sur ces diverses conditions une fois connues et appréciées; employer d'abord les émollients humides, ou les poudres absorbantes, ou les eaux acidulés, pour empêcher la formation de ces croûtes épaisses, dures, qui, sous l'influence de la compression déterminée par les aliments et les mouvements, irritent sans cesse les lèvres et favorisent la formation des bulles; modifier la forme morbide et l'habitude de la production morbide par des caustiques très doux, répétés à plusieurs jours et en tâtonnant un peu en raison du sujet, mais tellement composés qu'ils-ne portent jamais une excitation trop vive. La solution de nitrate acide de mercure dont je me sers généralement dans ces cas, et dans des conditions analogues, n'est pas celle du Codex. Je trouve ce dernier caustique beaucoup trop acide et beaucoup trop fort pour la généralité des maladies cutanées, qui, par leur chronicité, exigent l'usage de ces sortes de moyens. » Je le formule ainsi :

If Protonitrate de mercure cristallisé -4 gram. Acide nitrique 2 gram.

Eau. . 8 gram.

Ramenez le protonitrate de mercure à l'état pulvérulent; faites-le dissoudre dans l'eau distillée que vous portez peu à peu jusqu'à l'cbullition; retirez du feu et ajoutez goutte à goutte l'acide nitrique. 11 se forme un peu de deutonitrate, mais dans une proportion faible, quand l'opération est bien conduite.

« 11 en est de même de Y iode caustique. Il est rare que je me serve de la formule de M. Lugol , qui s'adresse plus particulièrement au lupus et à toutes les affections scrofule uses.

» Voici celle que j'emploie fréquemment :

ïfi Iode 5 décigr. I Alcool à 36° 8 gram.

Iodure de potassium 4 gram. ,

Dissolvez et ajoutez :

Eau saturée de sel commun 8 gram.

» Au surplus, on modifie ces closes en raison des cas pour lesquels on en fait usage, »

ARTICLE II, RUPJA.

Willan et Balcman nous ont donné les premiers une bonne description du rupia, Souvent confondu avec d'autres affections cutanées, et surtout avec l'ecthyma, dont, selon la remarque de M. Cazenave (1), il semble, dans certains cas, n'être qu'une forme exagérée, il doit être rangé, en raison de sa lésion élémentaire, dans la classe des maladies huileuses; c'est pourquoi nous en plaçons l'étude à côlé du pemphigus et avant l'ecthyma, avec lequel il a une grande analogie. Nous décri-

(1) Dicl. deméd., t. XXVII, 1843, art. ItupiA.

RUPIA. — SYMPTÔMES. ftZll

rons d'abord le rupia simplex, puis le rupia proeminens, qui n'est qu'un degré plus élevé du premier. Nous parlerons ensuite du rupia escharotica, qui, par ses caractères tranchés, constitue une espèce complètement distincte.

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

Le rupia est une affection cutanée caractérisée d'abord par des bulles plus ou moins volumineuses, isolées, aplaties, renfermant un liquide primitivement séreux, puis purulent, quelquefois noirâtre; plus tard par des croûtes souvent très épaisses; enfin par des ulcérations.

Désigné quelquefois sous le nom (['ulcères atomiques, iïulcères croûteux, le rupia est une maladie dont nous ne connaissons pas bien le degré de fréquence, 51. Rayer le regarde comme peut-être plus fréquent que le pemphigus.

§ II. — Causes.

La misère, une nourriture insuffisante, Y habitation des lieux humides et malsains, le (jrand âge, les scrofules, une constitution affaiblie par les maladies et les excès de tous genres, telles sont les conditions que les auteurs s'accordent à regarder comme favorisant le développement du rupia. Selon eux, l-état cachectique est toujours la cause du rupia escharotica.

On observe aussi quelquefois le rupia à la suite de maladies éruptives graves, telles que la variole, la scarlatine, la rougeole. On l'a vu compliquer le pourpre hémorrhagique. M. Marcel a lu à la Société médicale d'observation l'histoire d'un rupia qui s'était développé chez un individu affaibli depuis plusieurs années par des pollutions nocturnes. C'est là tout ce qu'on sait" de l'étiologie de cette maladie, qui se montre aux deux époques extrêmes de la vie. On le rencontre, en effet, plus particulièrement chez les enfants délicats, faibles, et chez les vieillards débiles.

1° Rupia simplex. — On voit apparaître, presque exclusivement, aux membres inférieurs, plus rarement au tronc et aux membres supérieurs, sans inflammation préalable, un certain nombre de bulles petites, aplaties, d'un centimètre de diamètre environ. Elles sont distendues par un liquide d'abord séreux et transparent, qui s'épaissit bientôt et se change en un véritable pus. Puis les bulles s'affaissent, se plissent; le liquide qu'elles renferment se concrète et se transforme en une croûte brunâtre, rugueuse, toujours plus épaisse au centre qu'à la circonférence, et se continuant avec l'épiderme soulevé. A la chute de la croûte , on trouve dos ulcérations superficielles qui tantôt se cicatrisent assez vite, tantôt se recouvrent de croûtes nouvelles. Tel est le rupia simplex, à la suite duquel il reste des empreintes d'un rouge livide, qui persistent encore quelque temps.

2° Rupia proeminens. — Dans certains cas, les caractères du rupia sont plus tranchés; les bulles sont plus grosses, les croûtes plus épaisses, les ulcérations plus profondes : c'est le rupia proeminens. Dans cette espèce, l'éruption bulleusc débute par une inflammation circonscrite de la peau; puis, dans ce point enflammé, l'épiderme est soulevé plus ou moins promptement par une collection de sérosité

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citrinc, quelquefois par un liquide noirâtre assez épais, qui se concrète rapidement en une croûte d'un brun noirâtre. Celle-ci est entourée à sa base d'une aréole erythèmateuse qui parfois devient le siège d'un soulèvement épidermique, et constitue une nouvelle bulle à laquelle succède une croûte qui s'ajoute à la première. Ce symptôme secondaire de l'éruption tend à l'augmenter et à l'étendre. Au bout d'un certain temps, de nouvelles croûtes s'ajoulant sans cesse à celle qui s'était formée la première, leur ensemble ressemble assez exactement à une écaille d'huître. D'autres fois, au contraire, l'accroissement de la croûte se fait en hauteur, et celle-ci peut dépasser la surface de la peau de plusieurs centimètres. Alors elle est conique et ressemble à ces coquillages univalves appelés lepas ou patelle.

Les croûtes qui succèdent à la bulle du rupiû proemifiens sont ordinairement fort adhérentes et persistent assez longtemps. Lors de leur chute spontanée ou provoquée par des applications émollieutes, on découvre des ulcérations d'étendue et de profondeur variables. Celles-ci se recouvrent bientôt d'une nouvelle croûte, ou bien elles laisseut à nu un ulcère blafard, profond, arrondi, de 2 à 3 centimètres d'étendue, à bords tuméfiés, et d'un rouge livide. Les ulcérations, lentes à se cicatriser, surtout chez les vieillards, laissent après elles des cicatrices peu solides et des empreintes purpurines qui ne disparaissent qu'après un temps souvent fort long.

3° Bupia escharolica. — Celte forme, souvent confondue avec Yecthyma cacheciioum, cl décrite par quelques auteurs sous le nom de pemphigus gangrenosus, est propre aux enfants cachectiques, débilités, et ne les attaque que depuis leur naissance jusqu'à la première dentition. Elle siège surtout au cou, à la poitrine, à l'abdomen, au scrotum. Ses bulles sont toujours isolées et bien distinctes.

Dans ces cas, on voit apparaître à la peau des taches livides, légèrement proé-r minentes, sur lesquelles se développent bientôt des bulles distendues par un liquide séreux ou sanguinolent. Celles-ci, augmentant rapidement de volume, forment de larges ampoules, aplaties, irrégulières, entourées d'une aréole violacée, et contenant un liquide noirâtre. Ces bulles ne tardent pas à se flétrir, à se rompre, et à laisser à découvert des surfaces ulcérées ayant un aspect gangréneux. Ces ulcérations, larges, profondes, donnent lieu à une suppturation fétide et de mauvaise nature.

Bientôt après se montre une nouvelle éruption, et ces accidents peuvent se reproduire à plusieurs reprises. Ces éruptions successives déterminent de très vives douleurs, surtout chez les très jeunes enfants. Elles causent l'insomnie, allument la fièvre, et, sous leur influence, la mort peut survenir rapidement. Dans les cas où l'issue est favorable, la cicatrisation est toujours lente à s'effectuer.

§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

Le rupia a une marche essentiellement chronique; sa durée, qui peut n'être que de deux à u nis septénaires, persiste souvent plusieurs mois. Il a souvent, chez les vieillards , une ténacité remarquable. La guérison, parfois longue à obtenir, est hlerminaisouh plus commune. Chez quelques vieillards, on ne peut parvenir à faire cicatriser les ulcères qui résultent de la chute des croûtes.

RUPIA. — TRAITEMENT.

§ V. — Diagnostic, pronostic.

Le pemphigus et Yecthyma sont les deux seules maladies de la peau avec lesquelles on pourrait confondre celle qui nous occupe.

Le pemphigus se distingue du rupia par ses bulles proéminentes, larges et distendues par un liquide toujours plus transparent et plus séreux, ainsi que par ses croûtes minces, lamelleuses, si différentes des croûtes caractéristiques du rupia.

Vecthyma, qui se développe généralement dans les mêmes conditions que le rupia, en diffère au début par son état pustuleux; plus tard, ses croûtes, quoique saillantes, sont irrégulières et plus adhérentes, et les ulcérations qui leur succèdent sont moins larges et moins profondes. Nous reviendrons sur ce diagnostic à l'article consacre à l'ecthyma.

Pronostic. — Le rupia n'offre ordinairement aucun caractère sérieux ; il n'est réellement grave que quand il se présente sous la forme de rupia escharotica. Sa durée est, ainsi que nous l'avons vu plus haut, subordonnée à l'âge de l'individu, au degré de ses forces, à l'ancienneté du mal, etc.

§ VI. — Traitement.

Si l'on se rappelle les conditions qui favorisent le développement du rupia, on comprendra que les moyens qui tendent à restaurer la constitution appauvrie doivent être une partie essentielle du traitement. Le lait d'une bonne nourrice poulies très jeunes enfants, un régime alimentaire substantiel et fortifiant, l'emploi des vins généreux, des amers, de quelques toniques, un air pur, des soins de propreté, etc. , constitueront le traitement général.

Le traitement local consiste dans les moyens suivants, que nous allons rapidement énumérer :

« On ouvrira les bulles de rupia simplex, dit M. Rayer, si elles contiennent de la sérosité; on les couvrira d'un linge fenêtre, sur lequel on appliquera une petite quantité de charpie, et l'on maintiendra le tout au moyen d'un bandage compressif. »

Après la chute des croûtes, on pourra hâter la cicatrisation des ulcérations a l'aide de lotions avec le vin aromatique ou miellé, ou une solution de crème de tartre. De tous les topiques, suivant M. llayer, celui qui réussit le plus constamment est la crème de tartre, dont on saupoudre la surface ulcérée. Quand les ulcères sont douloureux; les lotions avec Veau de guimauve seront faites avec avantage.

Dans les cas où les ulcères sont rebelles, comme cela arrive après la chute des croûtes de rupia proeminens, M. Cazenave recommande la cautérisation; il veut «l'i'on touche profondément les points ulcérés avec le nitrate d'argent, ou qu'on 'es lave à plusieurs reprises avec l'acide chlorhydrique étendu d'eau. Si ces moyens ne suffisent pas, il conseille la cautérisation avec le nitrate acide de merf'ir''e. Il a souvent obtenu une cicatrisation prompte avec la pommade au protomlure de mercure, ou même au deuto-iodure, qui agit comme un véritable caustique.

On recommande le repos et la positiuk horizontale, quand le rupia est fixé aux

membres inférieurs. Quelques bains simples ou alcalins sont joints comme adjuvants aux moyens précédents. Les topiques émoliients sont les seuls dont M. Cazenave recommande l'emploi dans Xz'rupia escharotica.

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