TRAITEMENT DU DOCTEUR WIGAN
Cette méthode consiste d'abord à raser la tête en laissant subsister un cercle de cheveux, si toutefois ils n'offrent pas des traces évidentes d'altération. Le docteur AVigan emploie ensuite, comme moyen explorateur, Y acide acétique concentré, étendu de trois parties d'eau ; cette première application a pour effet de rougir la peau dans les endroits malades, même dans ceux qui, au premier abord, paraissent parfaitement sains. Chacun de ces endroits, ainsi devenus rouges, est humecté au moyen d'une petite éponge fixée aû bout d'une baguette et imbibée d'acide acétique concentré pur. A la suite de ces cautérisations, il se forme une eschare; cette eschare augmente de volume, et dès qu'elle est complètement desséchée, on peut la détacher, en ayant soin cependant de ne pas l'enlever lorsque la peau' sous-jacente est encore à vif. Les cheveux poussent ensuite ; si cependant ce résultat n'était pas obtenu, on devrait employer d'autres applications, quoiqu'il y ait des inconvénients à les répéter trop souvent.
Comme on le voit, le traitement du fayus est exclusivement extérieur. Cependant on a administré à l'intérieur les alcalins, les sudori figues, etc. , etc. , sans qu'on puisse déterminer leur valeur, parce qu'ils ont été toujours associés à une médication externe d'une efficacité reconnue. Toutefois le traitement intérieur sera un puissant auxiliaire dans les cas où la constitution faible ou détériorée devra être soutenue et restaurée par l'emploi des toniques, des amers, des ferrugineux, d'un régime fortifiant.
Tels sont les moyens principaux employés contre le porrigo tel que nous 1 avons décrit ; une condition de leur efficacité, c'est un usage longtemps continué.
[M le docteur Duchesne-Duparc qui range le favus dans les gourmes, sa troisième classe des dermatoses, adopte le traitement du favus tel qu'il est indique par M. Bazin, et déclare qu'il n'y a point de guérison du favus sans épilation (U).\
(1) Union médicale, 17 février 1852.
<2) Journal fur Kindcrkrankhe.it en, mars 184 i.
(3) Ann. des malad. de la peau, t. I, p. 352.
(4) rjuchesnc-Duparc, Traité pratique des dermatose*. Paris, 1859.
ACiNÉ. — CAUSES.
ARTICLE IV
ACNÉ.
Placé à tort dans les affections tuberculeuses par Wiltan et Bateman, l'acné, mieux étudié par Biett, a été rangé par cet auteur dans les maladies pustuleuses.' La lésion élémentaire de l'acné est, en effet, une pustule; aussi cette manière de voir a-t-elle été adoptée par MM. Rayer, Cazenave etSchedel, qui placent le siège du mal dans le follicule sébacé. Nous décrirons, avec ces derniers, quatre variétés de l'acné : 1° Vacne simplex, 2° Vacne sebacea, 3° Vacne indurata, k" Vacne rosacea. Cette division nous permettra d'exposer d'une manière aussi complète que possible l'histoire de l'inflammation folliculeuse désignée sous le nom à1 acné.
§ I. — Définition.
On peut définir l'acné une inflammation ayant son siège dans les follicules sébacés de la peau, et caractérisée par la présence de petites pustules isolées, dont la base, plus ou moins dure, d'un rouge foncé, forme souvent, après la disparition de la pustule, une petite tumeur dure, circonscrite, dont la résolution ne s'opère que lentement. Ajoutons, toutefois, que, pour M. Bazin (1), l'inflammation ne joue dans l'acné qu'un rôle secondaire, accessoire et non nécessaire. « L'acné, dit-il consiste alors en une hypertrophie des follicules avec éruption à la peau. » Ce médecin admet également une variété qu'il nomme acné varioliforme.
L'acné, tel que l'ont compris Willan et Bateman, correspond à la couperose, à la dartre pustuleuse miliaire, à la dartre pustuleuse disséminée d'Alibert; il répond au genre gutta rosea de Darwin (zoonomia) et au genre rosa de Chiaru^i qui en a décrit trois espèces sous les noms de rosa vera, rosa discreta, rosa herpetica. Les Latins désignaient aussi l'acné sous le nom de varus.
La fréquence de l'acné est un fait facile à constater, son siège de prédilection étant à la face. Néanmoins on le rencontre souvent sur le cou, les -épaules, le tronc et, dans ces derniers cas, il n'est pas rare qu'il reste ignoré des individus mêmes qui en sont affectés.
§ II. — Causes.
1° Causes prédisposantes.
L'acné n'a pas la même forme aux diverses époques de la vie où il se produit Ainsi, c'est Vacne simplex qu'on rencontre le plus souvent dans l'adolescence et après la puberté; tandis que Vacne rosacea s'observe dans l'âge mûr, principalement chez les femmes, à l'époque critique, et (pie c'est surtout la jeunesse qui est atteinte de Vacne sebacea. Bicti (2), d'après des observations longtemps continuées, regarde les femmes comme plus disposées que les hommes à être affectées de celle inflammation folliculeuse. Suivant plusieurs auteurs, le tempérament bilieux, dans l'âge adulte, et le tempérament sanguin, dans la jeunesse, y prédisposent principalement.
(1) De Vacné varioliforme. Paris, 18.">l.
(2) Dict. de méd., t. I, art. Acné, 1832.
■ Au nombre des causes qui favorisent le développement de l'acné, on a cité les excès de table, les habitudes vicieuses, les professions qui exigent une attitude favorable à l'abord du sang vers la tête, les longs chagrins. Les climats froids et humides paraissent avoir la même influence : au moins l'acné est-il plus fréquent en Angleterre et dans le nord de l'Allemagne que dans les régions du Midi.
L'acne simplex, qu'on observe à l'époque de la puberté, et Yacne rosacea, qui survient si souvent à l'âge critique, ne permettent guère de douter des rapports de l'acné avec le travail dont les organes génitaux sont le siège. Il en est de même de la dysménorrhée et de la grossesse, pendant lesquelles l'éruption folliculeuse est suspendue ou aggravée.
La plupart des auteurs ayant observé la transmission successive de l'acné à plusieurs générations, n'ont pas hésité à le regarder comme héréditaire dans un grand nombre de cas.
2° Causes occasionnelles.
Elles sont peu nombreuses et peu connues; quelques-unes de celles que nous avons nommées tout à l'heure ont pu, si l'on s'en rapporte à quelques faits, déterminer l'acné par leur action prompte : telles sont une frayeur vive, l'exposition de la face à une chaleur ardente, etc., etc. Le plus souvent c'est dans des applications directes sur la peau qu'on trouve l'origine du mal ; par exemple, l'emploi de certains fards, de cosmétiques irritants, de lotions styptiques, astringentes.
§ III. — Symptôme».
1° Acne simplex. — Il se manifeste par de petites élevures rouges, disséminées sur le front, le nez, les joues; la base de ces élevures est généralement entourée d'une aréole rosée. Chacune d'elles se développe isolément et suit sa marche sans s'accompagner de douleur ni de chaleur, si ce n'est parfois d'un fourmillement léger. Le travail de suppuration s'établit lentement, et la pustule n'est souvent bien caractérisée qu'au bout de huit jours. Vers le milieu du second septénaire, le sommet de la petite pustule s'amincit, se déchire et se recouvre d'une croûte mince, légère, quelquefois à peine perceptible. Au dos, où le plus souvent la suppuration est abondante, la croûte est plus épaisse, mais elle tombe bientôt par le frottement des vêtements. Après la chute de la croûte, il reste un point rouge un peu élevé qui disparaît peu à peu.
Dans beaucoup de cas, les pustules de Yacne simplex sont entremêlées de petits points noirâtres, saillants, formés par Y accumulation du fluide sébacé, qui va jusqu'à donner au follicule le double de son volume. C'est de cet état que certains auteurs ont fait une variété de l'acné sous le nom d'acne punctata.
2° Acne indurata. — Dans cette variété, qui peut être fort légère, on voit apparaître quelques pustules qui s'élèvent lentement; la suppuration ne s'y établit que dans l'espace de deux ou trois septénaires, ou même manque quelquefois. Plus tard surviennent d'autres pustules qui suppurent ; leur base reste dure, rouge, et le tissu cellulaire engorgé concourt à former une sorte de tubercule ou d'induration chronique. Il s'en développe ainsi un nombre limité, et l'alTeclion se borne la.
Dans certains cas, l'acné est plus intense, et les traits du visage sont considéra-
ACNÉ. — S Y VU' lù. VI liS. /i09
blemciH altérés : on y voit dos tubercules d'un ruugc lioide, siégeant principalement sur les tempes et sur le nez. Dans les intervalles existent des pustules suppurantes ou à l'état naissant ; ou bien des croûtes légères; on y voit aussi une multitude de points noirs résultant de l'accumulation de la matière sébacée dans les follicules.
L'acne indurata peut, sous ces deux formes, attaquer séparément le visage ou le dos. Il n'est pas rare de trouver des individus dont cette dernière région est parsemée de cicatrices qui sont les restes d'anciennes éruptions, et qui présentent une forme oblongue.
3° Acne sebacea. — Indiquée pour la première fois par Biett, cette variété a été depuis décrite avec soin par M. Cazenave (1). Elle est caractérisée par l'abondance extraordinaire du fluide sécrété. Ordinairement c'est à la face qu'on observe l'acne sebacea.
Au commencement, la peau devient hu ile use dans les points affectés ; bientôt l'irritation augmente ainsi que la sécrétion folliculeuse qui en est la suite. Répandu à la surface cutanée, le liquide sécrété y prend de la consistance; puis, par une accumulation successive, il forme une sorte de couche d'étendue variable d'un aspect gras, jaunâtre.
D'abord molle, peu adhérente, cette couche ne tarde pas à se durcir, £t l'on ne peut la détacher sans douleur. Quelquefois, surtout quand elle a le nez pour siège, et qu'elle dure depuis quelque temps, elle prend une couleur noirâtre qui lui donne une apparence singulière. Dans certains cas, l'inflammation des follicules .peut, selon MM. Cazenave et Schedel, être portée au point que le fluide sécrété est altéré et se rapproche du liquide séro-purulent des vésicules de l'eczéma.
h" Acne rosacea. — Vulgairement désignée par le nom de couperose, cette variété, qu'on observe généralement dans l'âge mûr, a le nez pour siège de prédilection.
Après un léger excès de régime, quelquefois un simple repas, on voit cet organe prendre à sa pointe une couleur d'un rouge violacé. Cette rougeur devient bientôt habituelle et donne à la physionomie un caractère particulier.
De temps en temps apparaissent quelques pustules qui le plus souvent ne suppurent pas, et la rougeur s'étend et augmente d'intensité. Ces congestions renouvelées donnent au nez un volume plus considérable, une forme différente de celle qu'il avait auparavant. Sa surface se couvre de lignes bleuâtres variqueuses qui tranchent sur la couleur rouge ou violacée du fond.
Dans certains cas la maladie s'étend aux joues, au front, au menton, à tout le visage. La rougeur, qui est générale, est surtout prononcée là où existent des pustules : la suppuration ne s'y établit pas d'une manière franche, et il reste toujours une sorte d'induration au niveau de laquelle l'injection de la peau est plus marquée.
Après un certain temps, la peau du visage devient inégale, rugueuse, d'un aspect repoussant ; les traits sout plus ou moins altérés. La rougeur, qui est, eu général, plus marquée le soir et après les repas, finit par prendre une teinte vio-
(1) Traité des maladies du cuir chevelu. Paris, 1850, in-8, p. 315.
u,v MALADIES DE LA PEAU.
lacée sur laquelle s'élèvent: de nombreuses pustules qui s'en distinguent, et par leur saillie, et par la couleur jaune de leur sommet.
§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
Quelle que soit sa forme, l'acné a une marche lente et une durée toujours longue. Il faut en excepter quelques cas d'acne simplex, rares à la vérité ; mais surtout d'acne sebacca, dont la durée n'a pas dépassé deux ou trois septénaires. En général, l'acné persiste avec opiniâtreté, et la couperose se prolonge des années entières.
L'acne indurata peut être, dans certains cas, considéré comme une terminaison de la maladie. Quand celle-ci a duré longtemps, si elle disparaît, la peau ne reprend jamais entièrement son état naturel : cela est surtout vrai pour Yacne rosacea. La guérison, quoique toujours difficile à obtenir , est une terminaison assez fréquente, principalement dans les variétés simplex et sebacea.
Diagnostic. — II est toujours facile, surtout pour Vacne simplex et Yacne rosacea. Les croûtes molles, huileuses, peu adhérentes, d'un jaune sale, noirâtres, de Yacne sebacea, ne sauraient être confondues avec les croûtes sèches, rugueuses, friables, d'un jaune ambré de Yimpetigo.
L'élément pustuleux de l'acné le fera toujours distinguer des papules du lichen, dont le sommet excorié et croûteux pourrait quelquefois en imposer. On ne sera pas plus embarrassé pour le lupus, qui, par la destruction des parties qu'il affecte, offre un caractère distinctif suffisant. Quant au sycosis , nous en donnerons avec détail les signes distinctifs quand il sera question de cette affection.
Pronostic. — Si l'individu est jeune, la maladie récente, l'éruption légère, et non entretenue par les causes qui l'ont fait naître, on peut espérer en triompher facilement : c'est ce 'qui arrive pour beaucoup de cas d'acne simplex et d'acne rosacea. Quant aux autres variétés, ordinairement plus rebelles, elles persistent quelquefois indéfiniment, et en général, on peut dire de l'acné, quelle qu'en soit la forme, que c'est une maladie difficile à guérir.
§ VI. — Traitement.
S'il est vrai, comme l'indiquent les auteurs, que les différentes formes de l'acné exigent chacune une médication particulière, il est néanmoins un certain nombre de moyens thérapeutiques qui sont communs à toutes.
1° Traitement commun aux diverses espèces. —Un régime simple et doux, 1 usage habituel de boissons rafraîchissantes, la privation des alcooliques et des excitants analogues, l'éloignement de toutes les causes qui peuvent appeler le sang vers la tête, de temps en temps quelques révulsifs sur le eanal intestinal, quelques dérivatifs aux extrémités, l'emploi de quelques topiques érnollients , soit en lotions, soit en pommades; enfin, si le cas l'exige, quelques émissions sanguines générales ou locales, tels sont les moyens qui constituent la base du traitement généralement employé. Dans les cas d'acne simplex, dans quelques cas d'acne rosacea commen-
ACNÉ. — TRAITEMENT.
çaiit, ils peuvent suffire pour entraver la marche de la maladie et amener une guérison rapide. Mais dans la plupart des cas, le médecin est obligé de recourir à des moyens plus actifs; ce sont eux qu'il nous reste à exposer, et qui diffèrent suivant les diverses variétés de l'acné.
2° Traitement de l'acne simplex. —Dans lescasd'acne simplex où les pustules sont peu nombreuses, il n'y a réellement rien à faire ; cependant leur persistance a engagé quelques praticiens à conseiller l'usage des lotions avec Veau de son, Yémulsion d 'amandes amères, la décoction de semences de coing. Les anciens faisaient, dans ces cas, un emploi fréquent de liniments dont la térébenthine, le vinaigre, le savon, la myrrhe, etc., etc., étaient la base. Nous manquons de faits pour apprécier l'efficacité de la plupart de ces moyens , presque tous abandonnés aujourd'hui.
M. Wilson (1) a réussi a faire disparaître cette affection à l'aide du collodion étendu sur les surfaces malades.
3° Traitement de l'acne indurata. — Dans Yacne indurata, la plupart des moyens ont pour but de résoudre les tubercules et d'imprimer h l'éruption chronique une marche plus aiguë. C'est ainsi qu'on a conseillé les lotions d'eau distillée de roses rouges, de petite sauge, de lavande, à laquelle on ajoute une proportion d'alcool qui varie selon le degré d'irritation de la surface malade. La solution suivante est préconisée par Biett, MM. Cazenave et Schedel :
^ Sublimé 25 à 30 centig. | Eau distillée 250 gram.
Pour lotions.
On peut, selon ces auteurs, y ajouter 30 grammes d'alcool rectifié. La liqueur de Goivland, qui jouit en Angleterre d'une grande réputation, diffère peu de celte préparation. En voici la formule :
Liqueur de Goivland.
Ifi Deutochlorure de mercure, 1 décig. I Émulsion d'amandes amères . 200 gram. Sel ammoniac 1 décig. |
Pour lotions.
Les eaux sulfureuses, surtout celles de Baréges, d'Enghien, de Cauterets, etc., seront employées avec avantage en lotions et en bains; elles pourront également être données à l'intérieur.
Parmi les pommades donl on a vanté l'efficacité, nous citerons celle qui est composée d'un mélange de protochlorure ammoniacal de mercure à la dose de 1 à k grammes, avec 30 grammes d'axonge , et dont on fait des frictions répétées sur les parties indurées.
Biett se servit avec succès, pendant plusieurs années, de la pommade aveclïodure de soufre ; il en a donné la formule suivante :
% lodure de soufre. 0,80 à 1,50 gram. | Axonge 30 gram.
Pour frictions.
(1) The Lancetct Répert. de pharm., janvier 1849.
Les bains, mais surfotit les douches de vapeur aqueuse dirigées pendant douze à quinze minutes sur la face, aident puissamment à la résolution des tubercules. Leur emploi est vanté par Bielt, MM. Rayer, Cazenaveet Schedel, etc. Il en est de même des bains de vapeur dans l'étuve humide, quand la maladie a son siège sur le clos, les épaules et la partie antérieure de la poitrine.
La cautérisation, l'application d'un vésicatoire sur les points affectés, dans le but de changer la vitalité des tissus, sont des moyens, sinon dangereux, du moins trop incertains dans leur emploi pour qu'on puisse les conseiller sans hésitation.
h° Traitement de l'acne sebacea. —Vacne sebacea a cédé plusieurs fois, dans les mains de Biett, au bout de cjuelques semaines, à l'emploi des douches de vapeur dirigées pendant quinze à vingt minutes sur les surfaces malades. Il secondait l'action de ce moyen par l'usage de lotions avec des infusions d'abord narcotiques, et plus tard rendues styptiques par l'addition du sulfite d'alumine ou de quelques acides végétaux. Dans un cas, M. Cazenave (1) a modifié avantageusement un acne sebacea datant de quatre, ans, par l'emploi combiné des sudorifiques, des bains, des douches de vapeur aqueuse, des lotions ammoniacales et des frictions avec la pommade suivante ;
"if Iodure d'ammonium. .. . 1 gram. | Axongc 30 gram.
Frictions trois fois par jour avec gros comme une fève de marais de cette pommade.
5° Traitement de V acne rosacea. — Depuis longtemps on a reconnu l'impuissance de la thérapeutique dans le traitement de la couperose, » Dans Vacne rosacea disent MM. Cazenave et Schedel, toute la médication consiste dans les moyens hygiéniques. » L'emploi des topiques, si utiles dans Vacne indurata, est, selon ces auteurs, beaucoup moins avantageux ici, et peut même devenir nuisible. Ils pensent que si quelquefois on est obligé de recourir aux émissions sanguines, il est préférable de s'adresser aux saignées locales; ils conseillent les pédiluves irrir tants, comme auxiliaires utiles. Dans les cas où il y 'aurait quelques tubercules indolents, on pourrait, selon eux, avoir recours aux douches de vapeur, et même à quelques légères frictions ou lotions résolutives.
Le docteur Rochard (2) a publié un mémoire contenant trois observations destinées à faire connaître l'efficacité de V iodure de chlorure hydrargyreux en onctions contre la couperose ; la proportion du composé médicamenteux est de 75 centigrammes pour 60 grammes d'axonge; une seule friction suffit dans la journée ; elle doit être limitée aux surfaces malades. On la renouvelle pendant deux ou trois jours pour la suspendre pendant le même temps et la reprendre ensuite.
Le collodion étendu sur la surface malade a eu de grands avantages dans plusieurs cas.
Quelle que soit la médication qu'on emploie, on doit, suivant tous les auteurs, insister longuement sur l'usage des agenfs thérapeutiques, l'acné étant de sa nature une maladie difficile à guérir.
(1) Ann. des malad. de la peau. p. 30a. Paris, ISli.
(2) Union médicale, 27 décembre 1851,
ACNÉ. —
TRAITEMENT
ADDITION A L'ARTICLE ACNÉ.
[De l'acné varioliforme. — Définition. — M. Bazin (1) définit l'acné varioliforme une affection des cryptes cutanés, caractérisée par l'hypertrophie de ces cryptes avec altération de la matière sébacée, qui, retenue dans les cavités folliculaires, détermine une tumeur à la peau ressemblant de tous points par son ombilication aux élevures vésiculo-pustuleuses de la variole.
Nature. — Cette définition indique la nature de l'éruption, mais n'exclut pas les interprétations émises sur ce sujet. Suivant M. Huguier, qui a remarqué quelques tumeurs d'acné varioliforme sur les organes génitaux de la femme, et qui désigne sous le nom d'ccdermoptisis cette affection folliculaire, elle est constituée par l'hypertrophie pure et simple des follicules sébacés qui, trouvant de la résistance dans les couches profondes et fibreuses de la peau, étaient repoussées au dehors. M. Huguier ne connaît qu'un traitement chirurgical à l'affection. Pour guérir, M. Bazin ne se fait pas chirurgien.
Fréquence. — L'acné varioliforme n'est pas rare, autant qu'on pourrait le croire; seulement il a échappé longtemps parce que l'attention n'était pas appelée sur cette affection. Tous les médecins ont pu en voir quelques cas, ou tout au moins les traces cicatricielles d'un acné antérieur.
Etiologie. — Le sexe féminin prédispose peut-être à cette affection. L'âge semble déterminé; les malades observés n'avaient jamais plus de trente ans. Le tempérament lymphatique, les conditions originelles ou acquises de la tuberculisation et de la scrofule, ont paru des causes prédisposantes.
Siège. — On l'observe sur toutes les parties du corps, mais surtout à la face et au cou; quelquefois à la partie antérieure de la poitrine, d'autres fois aux organes sexuels.
Symptômes. — Marche. — Evolution. — Au début, on voit apparaître sur le corps, les mains, les membres inférieurs, par exemple, une petite éminence papuleuse presque imperceptible, qui se sent et ne se voit pas encore, aplatie, épidermique, semi-transparente et grossissant avec lenteur. A la loupe, on voit déjà un ombilic central, et le pourtour demi-transparent. En quelques semaines de l'hémisphère d'un grain de mil, l'engorgement folliculaire acquiert le volume d'un grain de chènevis ou d'un pois : alors c'est une tumeur arrondie, avec un cercle ombilical au centre. Ce point central est noir, gris-cendré ou blanc sale, formé quelquefois par une substance rugueuse qu'on voit sortir du follicule, soit spontanément sous forme d'appendice vermiforme, soit par une pression un peu forte entre les doigts. Ce point central, cet appendice n'est autre chose que la matière sébacée concrète qui remplit et distend le follicule. Quelquefois l'ombilic semble manquer; mais à la loupe, on finit par le trouver sur le côté ou la partie inférieure du bouton.
Aucune démangeaison n'est accusée par les malades.
Variétés. — Eruptions concomitantes. — Le nombre des boutons est variable ;
(l) Journal des connaissances médicales, 1851.
Ulh MALADIES DE LA PEAU.
on en a vu quarante sur le visage rassemblés sons forme discrète ou cohérente, et en général accompagner sur la même région ou clans des points isolés, les diverses variétés d'acné, simplex, indurala, pustulata.
Terminaisons. — La durée est variable, quelquefois indéfinie, quand les follicules sont pleins de matière sébacée. Souvent les enfants les arrachent avec les ongles ; le plus ordinairement ils disparaissent d'eux-mêmes. La guérison a lieu de deux manières : 1° par Y évacuation spontanée du follicule et son inflammation adhésive, inflammation qui va jusqu'à la formation de pus et d'une croûte jaune sucre d'orge, et d'une cicatrice consécutive ; 2° par l'étranglement et la mortification du follicule laissant à sa place une eschare qui tombe et laisse une surface enfoncée, brisée, formant en quinze ou dix-huit mois une cicatrice des plus remarquables.
Caractères des cicatrices, — Elles sont gaufrées, rayonnées comme celles de la vaccine et de la variole, arrondies, à bords nets, comme taillés à pic, blanchâtres, avec des dépressions multiples plus colorées que le reste de la dépression, du fond desquelles on voit à la loupe sortir un poil. Ces dépressions paraissent répondre aux couronnes de follicules sébacés qui entourent la base de chaque poil.
Anatomie pathologique. — En incisant verticalement la tumeur, on voit au microscope ou à la loupe : 1° la matière sébacée qui remplit le follicule avec sou aspect granuleux; 2° plus en dehors, la couche épithéliale de la paroi interne du follicule.
Diagnostic. — La ressemblance avec les pustules de la variole et de la variai oide est extrême et a donné plus d'une fois le change; les prodromes et les symptômes généraux jugent ces deux maladies. La verrue, le porreau n'ont pas d'ombilic. Vacné syphilitique a une forme différente, un siège spécial et souvent une coloration toute spécifique. .
Rétrospectivement les cicatrices de l'acné de date ancienne éclaireront sur la nature de l'acné identique qui viendrait à naître ailleurs, et distingueront celte affection des brûlures, de la vaccine, de la variole, de Vecthyma cachecticum, du rupia, des syphiiides et des scrofulides.
Pronostic. - Les cicatrices n'ont pas lieu ordinairement sur la face ; le tronc, les membres et le dos en sont le plus souvent recouverts. U y a là une diflormi e plutôt qu'une maladie. La période d'inflammation détermine quelquefois de vives , souflr£iiiccs
Traitement. - Il est surtout local. Si l'acné est simple, huile de cade en frictions, et lotions alcalines. Si l'acné est compliqué d'inflammation éliminatoire, incision du sommet à la base du follicule enflammé; l'excision est plus douloureuse et laisse des taches. . ,
Traitement général. - Modifier la constitution, amers, laxatifs, fer, loue,
bains émollienls, alcalins, sulfureux.
• Nature. - Hypertrophie des follicules, avec éruption à la peau. L inflammation est un caractère accessoire et non un phénomène nécessaire de 1 acne. j
SYCOSIS. — SYMPTÔMES.
ARTICLE V
SYCOSIS.
§ I. — Nature de la maladie.
[Nous devons aux recherches de M. Bazin (1) des idées tellement nouvelles sur le sycosis, qu'il nous semble inutile de reproduire les opinions antérieures. Comme nous l'avons déjà dit, avec cet auteur, en parlant de l'herpès tonsurant, tout le secret de la maladie est dans la présence d'un parasite végétal, le tricophyton.
Ce parasite détermine des altérations anatomiques différentes, suivant les régions de la peau : sur les points dépourvus de productions pileuses, il produit simplement l'herpès circiné ; sur le cuir chevelu, l'herpès tonsurant; dans la région couverte de barbe, le sycosis.
Là, en effet, le végétal pénètre dans le poil, se prolonge jusqu'au bulbe, qu'il altère et se répand ensuite dans la cavité folliculaire.
Cette cavité étant plus grande, plus vasculaire que celles du cuir chevelu, on comprend que les altérations doivent être plus développées que celles de l'herpès tonsurant. De là la formation de pustules, d'indurations papuleuses, d'engorgements volumineux désignés sous le nom de tubercules et même d'œdèmes, de furoncles, etc.
En conséquence, les dénominations d'éruptions papulo-pustuleuse et pustulo-tuberculeuse, conviennent très bien au sycosis, mais à la condition que l'on rattachera ces lésions à la présence du parasite déjà désigné.
Causes. — Nous n'avons pas besoin de nous arrêter aux différentes causes qui ont été signalées par les auteurs, pas même à l'action irritante du rasoir, invoquée par M. Cazenave. Il n'y a qu'une cause effective du sycosis, l'introduction dans l'épaisseur du poil et dans le follicule des spores du tricophyton ; seulement, on doit évidemment considérer comme causes adjuvantes toutes les circonstances qui amènent la mise en rapport du poil et des sporules.
Ainsi donc, par le seul fait de l'emploi d'instruments qui ont été en contact avec une éruption de sycosis, on pourra contracter la même affection. En d'autres termes, le problème se réduit simplement à une question de contagion.]
§ II. — Symptômes.
Le nom de mentagre, sous lequel le sycosis est encore désigné par quelques auteurs, lui vient de ce qu'il affecte le plus souvent le menton, On trouve encore cette maladie décrite sous le nom de sycosis menti ; c'est la dartre pustuleuse mentagre, le varus mentagra d'Alibert.
Le sycosis est une maladie assez fréquente; souvent confondue avec l'acné et l'impétigo, elle a dû le paraître moins qu'elle ne l'est en effet. Nous ne saurions, dans l'état aetuel de la science, donner une idée exacte de cette fréquence.
(1) Considérations générales sur la mentagre et les teignes de la face, 1854.
Le sycosis débute d'une manière insidieuse. Pendant des mois entiers et à de longs intervalles, on voit apparaître, aux points où il y a de la barbe , de petits boutons qui n'ont qu'une durée éphémère. Ces petits boutons sont ensuite remplacés par une petite pustule, qui ne fait que passer, mais dont les caractères doivent attirer l'attention ; elle est acuminée et douloureuse; au bout de trois ou quatre jours, elle se rompt et laisse une petite croûte qui tombe sans laisser de trace de son existence. Une autre pustule apparaît bientôt, suit la même marche, puis aiïecte une durée plus longue, jusqu'à ce qu'enfin il survienne une éruption de plusieurs pustules, accompagnée d'un sentiment de tension douloureuse et d'une rougeur prononcée des tissus. À cette époque, on peut déjà constater dans ce groupe de pustules une petite induration à leur base.
Les croûtes produites par la suppuration de plus en plus abondante sont plus épaisses; elles sont noirâtres, sèches, peu adhérentes. A leur chute, on voit poindre de nouvelles pustules qui parcourent les mêmes phases que les premières. Bientôt on peut juger des progrès de l'inflammation, qui, s'étendant au tissu cellulaire sous-dermique, donne lieu à ces engorgements tuberculeux qui finissent par former de véritables nodosités. C'est dans ces cas que le menton est altéré clans sa forme ; quelquefois ces tumeurs ressemblent en quelque sorte à des cerises, et donnent à la physionomie un aspect tout particulier.
A un degré plus avancé , l'inflammation peut amener la chute des poils, et même donner lieu à de véritables abcès. Le sycosis alors peut se compliquer de pustules d'impétigo qui masquent la maladie et rendent le diagnostic extrêmement difficile.
Le sycosis n'a pas son siège exclusif au menton; quelquefois, placé sous le nez, il est constitué là par une seule pustule qui se développe de la manière indiquée plus haut, et qui souvent s'y montre fort rebelle.
§ V. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
Il est bien rare que le sycosis offre une marche aiguë : dans des cas exceptionnels, la maladie peut durer de dix à quinze jours. Le plus souvent, celle marche est essentiellement chronique. La durée, qui est extrêmement variable, est en général très longue, et parfois indéfinie. Quand le sycosis se termine par laguénson, on voit les engorgements tuberculeux s'affaisser peu à peu; les croûtes tombent, et les pustules, qui deviennent de plus en plus rares, cessent entièrement de paraître. Quand la maladie a duré longtemps, elle laisse souvent après elle des j»J preintes rouges, violacées, à la surface desquelles se fait une exfoliation éptdermique. Le sycosis est une affection qui récidive fréquemment.
ç IV. — J>iagno»tic, pronostic.
Le diagnostic est en général facile. Le sycosis ne saurait être confondu qu'avec Y acné et Y impétigo. Voici à quels caractères on reconnaîtra ces diverses affections
Les pustules du sycosis diffèrent de celles de Yimpétigo en ce que les prcmicies sont discrètes, acuminées, tandis que celles de l'impétigo sont plus larges, aplaties,
SYCOSIS. — TRAITEMENT.
et disposées en groupes. Les croûtes de l'impétigo sont larges, épaisses, jaunes, friables, humides; celles du sycosis sont sèches et brunâtres. Dans le cas où l'induration tuberculeuse s'ajoute à ces caractères, le doute n'est plus possible. Enfin la présence du trichophyton lève tous les doutes.
Vacné ne sera pas confondu avec le sycosis, si l'on se rappelle que ses pustules sont plus superficielles, plus enflammées, qu'elles suppurent très incomplètement, qu'elles ne donnent pas lieu aux croûtes particulières du sycosis, qu'elles sont suivies d'une induration moindre, et qu'enfin elles ont pour caractère essentiel d'être accompagnées d'une supersécrétion de matière sébacée.
En rappelant que le sycosis a son siège dans le follicule pileux, dans cette gaine qui entoure le poil jusqu'à sa sortie, ce qui explique sa prédilection pour l'homme, nous aurons complété les éléments du diagnostic de cette affection.
Pronostic. — ■ Le sycosis n'egt jamais grave par lui-même. Le médecin doit être prévenu de sa ténacité, et souvent ,de l'inefficacité absolue de la thérapeutique dirigée contre lui.
§ VI. — Traitement.
Dans le cas où le sycosis existé à l'état aigu, et lorsque dans le cours de son évolution il s'accompagne de tension douloureuse et de signes de congestion, tous les auteurs conseillent de recourir aux antiphlogistiques; les saignées locales hors du siège de l'éruption, et les applications émollientes fréquemment renouvelées, telles que lotions, cataplasmes de fécule; quelques laxatifs et une tisane rafraîchissante, sont les moyens qu'on peut employer avec le plus d'avantages. Ils sont toujours indiqués quand la maladie présente un certain degré d'acuité.
Une précaution qu'il ne faut jamais négliger dans le traitement du sycosis, c'est de supprimer l'emploi du rasoir ; on fera couper la barbe avec des ciseaux.
Quand toute l'inflammation a disparu, on dirige le traitement contre les engorgements tuberculeux. Pour cela on a recours aux douches de vapeur, aux topiques résolutifs, en un mot aux moyens que nous avons indiqués avec détail dans le traitement de l'acne iridurata (1).
[Nous rappelons que l'on a employé à l'intérieur Veau de Vichy et les sudorifiques, des pommades au calomel, znprotoiodure etau proton-itrate de mercure, bl'iod'uredc soufre; que M. Broussonnet (2) emploie les bains gélatineux ou alcalins, les applications émollientes et narcotiques, puis le vésicatoire pansé avec une solution de nitrate d'argent , et qu'en même temps il fait une compression avec une plaque de plomb, mince et flexible, placée entre deux linges. Mais nous devons faire remarquer que ces moyens sont tous d'une efficacité secondaire, car il faut détruire le parasite. Cependant M. Bazin ne rejette aucun des moyens précédents, et fait remarquer surtout la nécessité d'éteindre tout état aigu avant (l'employer les procédés propres à faire périr le trichophyton .
Selon cet auteur, cette indication doit être remplie par deux moyens : Vépilation et les agents parasiticides.
L'épilalion, dit-il, produit une amélioration, mais elle exige une certaine habi-
(1) Voy. plus haut, art. Acné, page 471.
(2) Ihdlelin gên. thér. cl méd.-chir., Montpellier, 30 septembre 1851.
'l?8 MALADIES DE LA PEAU.
tnde, parce qu'on est exposé à prendre pour des pustules mentagreuses les pustules eclhymatiques sans conséquence. Eu outre, il ne faut pas se borner à extraire les gros poils ceux qui traversent les pustules et les croûtes, puisque ce sont précisément les petits poils et ceux qui n'ont pas de pustules à la base que le champignon affecte de préférence. Le duvet demande à être avulsé avec le plus grand soin .
Quant au choix d'une solution parasiticide, M. Bazin emploie sans préférence et sans exclusion le sublimé. Seulement il engage à ne pas élever les doses du sel mercuriel ; la salivation qui en est résultée deux fois l'a forcé d'interrompre le traitement. On n'a aucun accident à craindre en ne dépassant pas 1 gramme pour 500 grammes d'eau distillée. Ainsi formulé, ce liquide a d'ailleurs l'avantage de ne pas irriter les surfaces malades.]