‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 172 sur 344 · ÉLÉPHANTIASIS DES ARABES · texte numérisé non relu

ÉLÉPHANTIASIS DES ARABES

Celle affection est peu commune dans nos climats, elle ne s'y montre guère qu'à l'état chronique , c'est-à-dire dans un étal qui ne laisse aucune chance de guérison ; aussi est-ce aux autours qui ont observé dans les pays chauds qu'il faut principalement avoir recours pour en tracer l'histoire.

Les Arabes les premiers, et en particulier Rhazès, ont donné la description de cet éléphantiasis, et c'est pour cette raison qu'on l'a nommé cléphantiasis des Arabes. En Allemagne, elle a été décrite par Sennert et Hoffmann. Les médecins anglais, parmi lesquels il faut citer Rich. ïowne (1), Hillary (1), Hendy (3), ont donné une histoire beaucoup plus complète de celte maladie, dont Larrcy (Zi) nous a fait connaître quelques cas très intéressants, et qu'enfin M. Alard (5) a étudiée avec plus de soin qu'on ne l'avait fait jusqu'à lui.

§ X. — Définition, synonymie, fréquence.

a Cette maladie consiste, dit M. Cazenave (6), dans une tuméfaction de la peau du tissu cellulaire et du tissu adipeux sous-jacent, plus ou moins considérable, dure, permanente, produite peu à peu par des inflammations successives du derme, des vaisseaux et des ganglions lymphatiques, accompagnée d'une déformation des parties qui en sont le siège, déformation quelquefois telle, qu'elle justifie liés bien le nom qui lui a été donné. ->

Cette affection a reçu les noms de fièvre érysipélatevse, maladie glandulaire des Barbades, jambe des Barbades ; pédarthroeace (Kamipfer), hernie charmtc (LM-osper Alpin), sarcocèle (La rrey), lèpre tuberculeuse elephantine (Aliberl), etc. La plupart de ces dénominations ne fe rapportent qu'à certaines espèces. Cet éléphantiasis est assez fréquent en Afrique et en Asie ; il l'est surtout dans l'île des Barbades , où plusieurs observateurs l'ont étudié avec soin.

(1) A irealise of diseases inost fréquent in ihe WcH-lndia. etc. London, 1826.

(2) Observ. on the changes of the air in Uarbadoes, e.lc. London, 1757. [\\) Trcalnicnl of the glandular discase of Uarbadoes. London, 178*. (i) Relation chiv. de l'expéd. d' Egypte. Paris, ISO.'J.

(• ) De l'inflammation des vaisseaux absorbants, lymphatiques, dcrmoules et sous-culanes. Pari», 1824.

((») Dict. de méd., ail. Êliïpiiantiasis nts Auai;i>.

ÉLÉPITANTJASTS DES ARABES.

— SYMPTÔMES

§ II. — Causes.

Il est rare d'observer Féléphantiasis des Arabes chez les enfants. C'est à tort qu'à une certaine époque on a rapporté à cette maladie l'induration des nouveaunés. Il suffit de se rappeler la description de cette dernière affection (1), pour se convaincre qu'elle n'a rien de commun avec la première. On n'a pas remarqué que l'éléphantiasis des Arabes attaquât un sexe plus que l'autre. On l'attribue, dit M. Cazenave, à l'impression des vents qui, dans ces climats brûlants, s'élèvent ordinairement avec le soleil, et font avec la température du jour un contraste qui exerce une grande influence sur la santé des habitants de ces contrées. Il est rare eu Europe.

Tels sont les renseignements peu nombreux que nous avons sur l'étiologie de cette grave affection.

§ III. — Siège.

Le siège de prédilection de la maladie est ordinairement dans, les membres inférieurs ; le scrotum en est fréquemment atteint, et il en résulte une tuméfaction souvent énorme, à laquelle Larrey a donné le nom impropre.de sarcocèie. On rencontre aussi les altérations qui constituent cet éléphantiasis, à la face, au cou, au pénis, aux bras ; en un mot, aucune partie du corps n'en est complètement exempte. Elle n'occupe ordinairement qu'un seul côté, mais on a cité des cas où il en était autrement; on a vu, par exemple, les deux membres inférieurs être envahis, soit à la fois, soit l'un après l'autre.

S — Symptômes.

Le résumé des symptômes de cette affection ayant été très bien présenté par M. Rayer, qui la range parmi les intumescences, on ne saurait mieux faire que de lui emprunter le passage suivant, sans y rien changer:

« Dans un assez grand nombre de cas, dit-il, cette intumescence des membres inférieurs est annoncée, d'une manière aiguë, par une douleur plus ou moins vive Sans l'aine et le jarret, suivant la direction de la saphène et des principaux troncs des vaisseaux lymphatiques, et par le développement d'une raie rouge, d'une corde dure, noueuse, tendue, ressemblant à un chapelet de petites tumeurs souscutanées, étendues du pli de l'aine jusqu'au genou ou à la malléole (Hendv) ou bien de la malléole vers l'aine, ou bien encore par une attaque d'érysipèle.Dans presque tous les cas, la peau prend une teinte érythémateuse, et le tissu cellulaire sous-cutané devient le siège d'une tuméfaction considérable. Les articulations voi smes sont roides et contractées; souvent, dès le début, frissons prolongés soif très vive, malaise, anxiété, efforts violents pour vomir, vomissements parfois dé lire, puis chaleur intense, accompagnée de contractions plus fréquentes du cœur 6t suivie de sueurs générales ou partielles, et de la cessation des symptômes fébrile. Dans l'espace d'un ou de plusieurs mois, ces phénomènes reparaissent sous formé

(1) Voy. article Œdème des nouveau-nds.

Vau.rix, ie éilit. — V.

d'accès, à des intervalles plus ou moins éloignés, qui peuvent varier en nombre de 3 (Hendy,) à lu par an, ou se renouveler seulement au bout de sept ans (Hendy). Ces accès, dont le nombre et la durée ne peuvent être prévus ni calculés, sont suivis d'une augmentation progressive du volume des membres, qui d'abord paraît être due eu grande partie au dépôt d'une certaine quantité de sérosité ou de lymphe plastique dans le tissu cellulaire. Plus tard, le membre devient dur et ne conserve plus l'impression du doigt. Les ganglions lymphatiques de l'aine et du jarret, souvent devenus plus volumineux, sont quelquefois sains et indolents. A cette seconde période, cette maladie existe sans trouble autre que celui qu'entraîne Inévitablement la déformation du membre, qui peut acquérir des formes si bizarres et des dimensions si disproportionnées avec celles des autres parties, qu'il est impossible de s'en faire une idée sans en avoir vu quelques exemples, ou du moins sans avoir consulté les dessins qui en ont été publiés. En effet, tantôt la tumeur est pleine et unie comme un sac bien rempli ou comme une outre; tantôt elle est par étages, de sorte que chacun des accès paraît avoir fait sa tumeur particulière. Après les premières attaques, la peau est exlraordinairement lisse et sans changement de eouleur, des vaisseaux rampent quelquefois au-dessous d'elle, et lui donnent une teinte rembrunie; peu à peu elle acquiert de la rudesse, surtout dans le voisinage de l'articulation du pied; elle se couvre de mamelons, de petites veines, et l'épiderme devient plus épais, comme dans l'ichthyose. Enfin il se forme quelquefois des gerçures et des crevasses sur le membre, qui devient d'une difformité extraordinaire. Chez quelques malades, on a vu les articulations du genou être le siège d'inflammations ebroniques très rebelles. »

Tels sont les phénomènes qui caractérisent ordinairement l'éléphantiasis des Arabes. Il en résulte que le plus souvent l'intumescence est la conséquence de l'inflammation aiguë, plus ou moins fréquemment répétée, des vaisseaux lymphatiques ou des veines des parties affectées. Cependant il est quelques cas où cette inflammation ne se manifeste pas d'une manière évidente; alors il y a eu préalablement des attaques réitérées d'éri/sipèle, d'eczéma rubrum, de lichen agrius, ou bien on trouve un ulcère ancien et rebelle qui a été le point de départ de la maladie.

g V. Marche, durée, terminaison de la maladie.

Il résulte de la description précédente que d'abord la marche de la maladie est aiguë et irrégulièrement intermittente, et que plus tard elle prend un caractère essentiellement chronique. Aussi l'éléphantiasis des Arabes a-t-il toujours une durée considérable. Parfois on l'a vu se porter d'une région à l'autre, mais bien plus souvent il persiste dans les parties primitivement affectées, en même temps qu'il en attaque d'autres. La termmm&on parla guérison a lieu, dans quelques cas, sous l'influence du traitement, lorsque, la maladie a été attaquée à son début; on a vu même cette terminaison survenir spontanément ; M. Rayer en cite un exemple très curieux d'après Hendy; mais ces cas sont exceptionnels, el presque toujours le mal continue à l'aire des progrès, ou reste slalionnaire.

ÉLÉPHANTIASIS DES ARABES. — DIAGNOSTIC. 5L\1 § VI. — Iiésions anatomiques.

Les lésions anatomiques ont été étudiées avec un très grand soin par plusieurs auteurs, et surtout par M. Rayer, qui nous a fourni sur ce point un grand nombre de détails intéressants.

Nous signalerons l'hypertrophie, souvent très considérable, du derme; l'élargissement de ses papilles; l'augmentation de volume des follicules; l'induration, l'infiltration, 1 epaississement du (issu cellulaire sous -cutané ; le développement des vaisseaux lymphatiques et surtout des ganglions lymphatiques; l'oblitération, l'obstruction des veines; celle des petites artères ; l'hypertrophie des nerfs, qui est loin d'être constante; le ramollissement, l'amincissement, ou au contraire l'épaississement des muscles, qui peuvent avojr subi la dégénérescence graisseuse.

Dans un cas rapporté par M. Southam (1), le tissu cellulaire sous-cutané était infiltré d'une matière lardacée, dense et blanchâtre, mêlée à la graisse. Les principaux troncs veineux étaient dilatés; leur membrane externe épaissie, elles membranes interne et moyenne converties en une espèce de tissu fibreux; plusieurs des veines du second et du troisième ordre étaient oblitérées. La maladie datait de vingt ans.

Telles sont les lésions propres à l'éléphantiasis des Arabes; quant aux altérations des viscères, que quelques auteurs ont signalées, il résulte des meilleures observations qu'elles n'ont pas un rapport direct avec la maladie qui nous occupe.

§ VII. — Diagnostic, pronostic.

Lorsque l'éléphantiasis des Arabes a acquis un grand développement, lorsqu'il a passe a 1 état chronique, le diagnostic ne présente pas de difficulté sérieuse Inutile de ledistmguer de ïanasarque ni de Yéèéphmtiasis des Grecs; il suffit d'un coup d œil jeté sur la description précédente pour voir combien il eu diffère

Au début, au contraire, le diagnostic est souvent très difficile, surtout lorsque I allection se développe dans des climats où elle n'est pas habituelle. i\ous avons vu en ellet, que fréquemment l'éléphantiasis des Arabes commence par des inflammations successives, occupant soit les vaisseaux lymphatiques, soit les veines et donnant heu au gonflement des parties, à la rougeur de la p,,,„, etc. Or ces signes sont communs à plusieurs affections. Comment reconnaître d'abord, s'il ne s'a-il pas d une lymphangite ou d'une phlébite ordinaire? Cela est très difficile Les circonstances dans lesquelles se irouve le malade sont, en pareil cas, d'un grand secours. Si ces attaques se multiplient, et si, après chacune d'elles, il reste une altélanon de la peau et «les tissus sous-jacenls, le diagnostic devient au contraire très aise La phtymma alba doltm, qui, comme nous l'avons vu, est le résultat de Oblitérai,,,., des veines, doit nécessairement se rapprocher, par (meloucs Ùm»

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5li8 MALADIES DE LA PEAU.

duc, pour s'assurer que la confusion n'est pas possible pour un observateur attentif.

Pronostic. — L'éléphantiasis des Arabes est ordinairement une affection très rebelle; elle est sérieuse à cause des infirmités qu'elle occasionne.

§ VIII. —Traitement.

Le traitement, de celte affection ne demande pas de grands développements. M. Rayer L'a très bien résumé dans son ouvrage (1).

« Les symptômes inflammatoires observés dans la première période de l'éléphantiasis des Arabes doivent, dit M. Rayer, être combattus par les applications émollientes, les bains tièdes et les émissions sanguines; les craintes que l'on a suggérées contre l'emploi de la saignée ne sont pas fondées. Nous l'avons employée avec succès dans les accès, dont elle abrège la durée et l'intensité. Dans la période chronique, la saignée a été suivie d'un soulagement au moins momentané, lorsque les malades se plaignent d'un sentiment de tension douloureux dans les membres affectés. On a aussi obtenu d'heureux effets des saignées locales au pli de l'aine, au creux du jarret ou dans les aisselles, etc. La partie affectée, placée autant que possible dans une position qui facilite le retour du sang vers le cœur, doit être couverte de cataplasmes émollienls, ou enveloppée de flanelles imbibées de décoctions adoucissantes et naixotiques. Si le gonflement s'est développé sur un des membres abdominaux, le malade doit garder le lit pendant quelques semaines.

» Les émé tiques et les purgatifs ont été administrés à cette période avec des succès variés.

» On a beaucoup vanté les effets antispasmodiques de Y oxyde de zinc sublimé, à la dose de 8 grains (0,40 gram. par jour). Hendy assure que ce remède calme les vomissements et les anxiétés qu'éprouvent les malades lors des exacerbations périodiques de l'éléphantiasis. Plusieurs médecins de l'île Barbade, frappés de la fréquence des vomissements pendant les accès, ont cru nécessaire de les favoriser et même de les provoquer. Le docteur Hendy s'est élevé contre cette pratique.

» Chez les femmes, la grossesse est une circonstance très défavorable. Une jeune lille des environs du Havre, s'étant mariée contre notre avis, est devenue trois fois enceinte; à la suite de chaque grossesse, le membre abdominal droit, atteint d'éléphantiasis, s'est énormément tuméfié.

» On est parvenu à guérir un assez grand nombre de malades à l'aide de la compression seule ou combinée avec d'autres moyens. Cette méthode a complètement réussi à Bayle et à M. Alard, chez un de leurs malades atteints de l'élépbantiasis depuis douze ans...

» J'ai obtenu moi-même, par cette méthode, des guérisons inespérées. Elle est surtout applicable aux cas d'éléphanliasis des membres constitués par une hypertrophie du tissu cellulaire sans infiltration de sérosité...

» La compression seule suffit dans le plus grand nombre des cas; les scarifications me semblent aujourd'hui d'une application assez rare. Lorsqu'on croit devoir les pratiquer, elles doivent être faites à une assez grande distance les unes des

(1) Traité des maladies de la peau. Paris, 1835, t. II, p. 827.

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