‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 175 sur 344 · PELLAGRE. — GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

PELLAGRE. — GÉNÉRALITÉS

beaux épis pour les semailles, et l'on passe au four ce qui est destiné à la nourriture de l'homme; mais comme on opère sur de grandes quantités, on a de vastes fours chauffés comme pour la cuisson du gros pain. Une plus haute température n'est pas nécessaire pour la conservation du maïs, et aurait l'inconvénient de charbonner les épis en contact avec la sole et de produire une farine trop brune.

Le four une fois chauffé, on le nettoie, on y jette les épis, que l'on étend avec un ringard de fer recourbé; on ferme le four aussitôt.

Une heure après on le débouche, et au moyen de la pelle de fer on a soin de remuer le fond du four, de soulever les épis, de renverser ceux qui sont sur l'âtre- On remue les épis une seconde fois, et au bout de vingt-quatre heures la dessiccation est complète, et le four se trouve rempli aux deux tiers. On réitère la même opération tant qu'il reste du maïs à passer au four.

Ainsi préparé, Je maïs ne demande aucun soin, et peut rester plusieurs années dans des tonneaux défoncés sans éprouver la moindre avarie ; tandis que si l'on néglige de passer le maïs au four et qu'on adopte les procédés ordinaires et anciens de conservation du maïs, on reconnaît bientôt leur insuffisance. Ils exigent une grande vigilance, des soins constants, de grands espaces couverts, et sont loin de préserver du verdet la précieuse graminée dans des pays comme le nôtre.

A la vérité, en Bourgogne et en Franche-Comté, en appliquante feu au maïs, on avait moins pour objet d'assurer sa conservation que de lui donner une perfection qu'il n'a pas reçue de la nature. En effet, le maïs passé au four et celui qu'on laisse dans son état naturel ne se ressemblent que pour la forme; l'odeur et le goût de l'un et de l'autre diffèrent en quelque sorte autant que celui du café brûlé et du café. vert. Celte considération nouvelle, si inférieure qu'elle soit aux précédentes, milite encore, toutefois, en faveur de cette méthode.]

[Pellagre sporadiqve. — Dans un mémoire récent et encore incomplet, M. le professeur Landouzy (de Reims) (1), se fondant sur vingt-quatre faits épars dans les annales de la science et douze qui lui sont personnels, s'élève contre les conclusions de MM. Th. Roussel (2), Coslallat (3) et Tardieu (k), sur l'origine étiologique de la pellagre.

Selon M. Landouzy, la pellagre pourrait exister à l'étal sporadique, en dehors de l'alimentation par le maïs, et même indépendamment des conditions de misère et de mauvaise alimentation.

Cet auteur a recueilli plusieurs cas de pellagre qu'il nommerait volontiers champenoise, s'il ne lui était pas démontré qu'elle est identique avec celle des pays à maïs. Il a même pris la peine d'aller étudier, dans les Landes, la pellagre qui y est endémique, et il l'a trouvée absolument semblable à celle dont il avait vu à Reims des cassporadiques, dans une population qui ne l'ail pas usage de maïs : « Même érythème spécial, dit-il; mêmes troubles digestifs, mêmes troubles nerveux, mêmes accidents scorbutiques, même périodicité, même œdème, même peau bronzée; mômes guérisons, mômes rechutes, mêmes résultats nécroscopiques. ».

Nous regrettons de ne pas avoir la suite du ce travail, mais nous savons que

j'J °° la Pdbgre sporadique (Ârch. gën. de méd., juillet 1860). (2) De la pellagre, de son origine, de .ses progrès. Paris, 1845, in-8 (:■>) Annales d'hygiène, loc. cil (4) Ibid.

M. La ndouzy prépare un traité sur ce sujet (t), et nous engageons le lecteur à le consulter.

Il résulterait de cette publication, qu'il conviendrait de suspendre son jugement avant de proclamer l'unicité de la cause pellagreuse.]

§ X. — Définition, synonymie, Fréquence.

11 est difficile de donner une définition de la pellagre qui ne soit pas sujette à contestation. On n'est pas, en effet, encore suffisamment d'accord sur l'importance des principaux traits de l'histoire de cette maladie, et l'on chercherait vainement des expressions qui pussent satisfaire toutes les opinions. Si même on a placé la pellagre parmi les maladies de la peau, c'est plutôt pour suivre un usage depuis longtemps consacré, que dans la croyance que la lésion cutanée est la principale dans cette maladie complexe. C'est ici la place où on la cherchera d'abord.

La pellagre ne peut être définie que par une courte description de ses symptômes. Je l'emprunte à l'ouvrage de MM. Cazenave et Schedel (2), dans lequel cette maladie a été décrite avec beaucoup de soin d'après des recherches multipliées et récentes : « On désigne sous le nom de ■pellagre une diathèse particulière de l'économie, dont les caractères pathognomoniques sont des lésions fonctionnelles variées, tant des voies digestives que de l'axe cérébro-spinal, et la desquamation, couleur chocolat plus ou moins foncée, de l'épiderme des parties exposées aux rayons du soleil du printemps, desquamation assez souvent précédée d'un érythème plus ou moins vif, mais toujours éphémère, et cessant dès que les parties sont soustraites aux rayons solaires. Très variables sous le point de vue de leur intensité, les signes caractéristiques de la pellagre ne le sont pas moins sous celui de leur apparition, tantôt isolés et tantôt réunis, débutant par les voies digestives ou par le système nerveux. »

La pellagre, très fréquente dans certains pays méridionaux, surtout dans la Lombardie, est inconnue dans le reste du monde. Nous verrons plus tard quelles sont les explications qu'on a données de cette prédilection pour quelques contrées.

§ II. — Causes.

1° Causes prédisposantes.

Il n'est aucun âge qui soit à l'abri de la pellagre ; on a même cité des cas dans lesquels la maladie se serait développée pendant la vie intra-utérine. Son hérédité est admise par tous les auteurs. On la rencontre dans certains pays, tels que la Lombardie, les Asturies et quelques contrées méridionales de la France (3). Quelques auteurs ont invoqué l'influence du climat et de la conformation du sol; mais M. Th. Roussel, rassemblant les faits, a fait voir que la maladie sedéveloppe dans les conditions climatériques les plus opposées, et cette opinion ne peut par conséquent être admise. On ne fera que mentionner les accouchements nombreux, Yallaite-

(1) Landouxy, Du traitement curatif et préservatif de la pellagre, cl de l'identité de la pellagre sporadique avec la pellagre endémique. Taris, 18G0, in-8.

(2) Abrogé pral. des malad. de la peau, i' édit , 1817, in-8.

(3) Costallat, Annales d'hygiène, 1860, t. Mil.

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