PELLAGRE. — CAUSES
ment trop prolongé, les chagrins, etc. , parce que ces circonslances, qui doivent naturellement se rencontrer clans les populations semblables à celles qui sont affectées de la pellagre, n'ont pas été convenablement étudiées, et que rien ne démontre leur influence. Telles sont les principales causes prédisposantes signalées par les auteurs. Nous allons voir tout à l'heure jusqu'à quel point on doit admettre leur existence.
2° Causes occasionnelles.
Parmi les causes occasionnelles, il n'enestpasà qui on ait fait jouer un plus grand rôle qu'à l'insolation; cela tient à l'influence qu'ont les rayons solaires sur l'état delà peau, principalement au printemps. Cette influence, étant des plus frappantes, a dû tout d'abord attirer l'attention des médecins qui voyaient dans les symptômes cutanés les phénomènes principaux de la maladie ; mais l'affection ayant été plus complètement étudiée, on a bientôt vu que, outre l'état morbide de la peau, et même en son absence, il y a des symptômes graves qui font de cette affection tout autre chose qu'une simple maladie cutanée, et dès lors l'insolation a dû être regardée seulement comme la cause déterminante de certains phénomènes locaux, et non comme celle de la maladie tout entière.
On a encore invoqué l'usage d'aliments indigestes, mal cuits, de mauvaise qualité, contenant une trop faible quantité d'azote ; en un mot, d'une nourriture malsaine et insuffisante. Ces causes ont-elles réellement l'effet qu'on leur attribue ? C'est ce que nous rechercherons tout à l'heure.
Il est une autre opinion récemment émise, qui mérite de nous arrêter un instant. Le docteur Balardini, dans un travail justement estimé sur la pellagre, a établi que la cause unique de cette affection est l'usage habituel du maïs, surtout lorsque cette graine est altérée par la présence d'un fongus parasite auquel ce médecin a donné le nom de Sporisorium maidis. Je ne rapporterai pas ici les preuves nombreuses et parfaitement déduites, à l'aide desquelles M.L. Balardini a étayé son opinion ; elles ont été reproduites avec beaucoup d'habileté par M. Roussel, qui y a joint des recherches très intéressantes sur les progrès de la pellagre, comparés à ceux de la culture du maïs, à la maturité plus ou moins grande de cette substance dans les contrées où elle est employée presque exclusivement à la nourriture des Habitants et, par suite, à son plus ou moins grand degré d'altération. Or cet auteur est arrivé a cette conclusion, que la pellagre est la conséquence ordinaire de l'introduction delà culture en grand du maïs dans une contrée, et que ceux qui en sont allectes se nourrissent presque exclusivement de cette graine. M. le docteur t-asadan (1 ) a cru pouvoir également rattacher à l'usage du maïs de mauvaise qualité le développement de la pellagre dans les Landes.
A cela on a répondu que dans quelques cas, dont plusieurs ont été rapportés par b rambio les symptômes de la pellagre se sont montrés d'une manière évidente m,TZVf 'UJCts/n'fssent fait ^cun usage immodéré du maïs, et dans les faits qm ont été observés dans Paris môme par M. Th. Roussel, on n'a pas pu constater d une manière évidente l'existence de cette cause. Ainsi M. Devergie (2) a cité ml
Pa£ XJà M ^ $Ur la Pella^e dans l'arrondissement de Saint-Sever (Landes), thèse. (2) Comptes rendus de la Société médic. du 2o arrondissement (Union méd., 20 juin 18501.
JJa MALADIES DE LA PEAU.
cas de pellagre dans lequel l'alimentation plus ou moins exclusive par le maïs n'a pas été constatée, et M. Marrolte a lu, à la Société médicale des hôpitaux, l'observation d'un sujet qui n'avait pas été davantage soumis à cette cause, gtifin ML Laodouzy (1) en a observé un cas à Reims, chez une femme qui n'avait été soumise à aucune des conditions regardées par les auteurs comme cause de cette maladie. Faut-il en conclure, avec plusieurs auteurs, que MM. Balardini et Roussel se sont trompés ? Non ; il y a un rapport trop évident et trop constant entre l'extension de la culture du maïs et celle de la maladie, pour qu'on puisse avoir des doutes à cet égard; seulement on peut admettre que, dans certaines circonstances rares, l'influence des diverses autres causes mentionnées plus haut, et principalement des aliments trop faiblement azotés, peut donner lieu aux mêmes résultats que l'alimentation par le maïs. Du reste, M. Roussel, qui s'est déjà occupé avec tant d'ardeur de celte question, s'est rendu en Espagne, afin de réunir des faits propres à l'éclairer complètement, et son habileté bien connue doit nous faire espérer que ce but sera parfaitement atteint.
Nous avons cru devoir insister sur ce point d'étiologie, parce qu'il intéresse au plus haut degré l'hygiène publique, et qu'on ne saurait trop s'appesantir sur ces questions qui touchent à la santé et à l'existence de populations entières.
§ III. — Symptômes.
Dans la description des symptômes, les auteurs ont suivi des divisions diverses. Frapolli, et après lui un grand nombre d'autres observateurs, admettaient trois périodes distinctes. D'autres divisent la maladie en trois années, parce que, dans un grand nombre de cas, il y a trois attaques distinctes qui ont lieu au printemps ; d'autres enfin admettent trois degrés.
Strambio a rejeté ces divisions. MM. Cazenave et Schedel, se fondant sur ce que, dans un bon nombre de cas, il n'y a pas de périodes distinctes, la maladie étant continue, sur ce que les dernières attaques de la pellagre peuvent être moins violentes que la première, et enfin sur ce que, fréquemment, il faut plus ou moins de trois années pour que la maladie suive son cours, ont adopté la manière de \ onde Strambio, qui, pour les mêmes raisons, nous paraît devoir être suivie. L'anK ur italien distingue trois formes de cette affection, suivant qu'elle est intermittente, rémittente ou continue. Nous en dirons quelques mots en parlant de la marche de la maladie.
Début. — Il est très rare que la pellagre s'annonce par l'altération de la peau. Il n'est même pas parfaitement démontré que cette altération ait jamais été le phénomène primitif offert à l'observation. Il est certains sujets qui ne la présentent pas et qui ont déjà depuis longtemps des symptômes évidents de la maladie sans s'en douter; c'est sans doute dans des cas semblables qu'on a cru à l'existence, dès le début, de l'affection cutanée.
Quoi qu'il en soit, on peut dire que, dans la grande majorité des cas, la pellagre commence par des symptômes du côté des voies digestives, parmi lesquels il faut particulièrement citer la boulimie et la diarrhée, un malaise persistant, une plus od
(1) Séances de l'Acad. de méd., 26 août 1852.