PELLAGRE. — SYMPTÔMES
moins grande faiblesse, des symptômes d'anémie, etc. Il est rare de voir, au début de la maladie, les phénomènes nerveux signalés plus loin.
Ces symptômes du début, qui peuvent parfaitement être rapportés à une nourriture insuffisante et malsaine, durent plus ou moins longtemps, suivant qu'ils ont apparu à une époque plus ou moins éloignée du printemps. C'est, en effet, dans cette saison que la maladie se trouve confirmée par l'apparition de l'état morbide de la peau, qui survient sous l'influence des rayons solaires devenus plus ardents.
Les symptômes qui viennent d'être décrits ont été regardés par beaucoup d'auteurs comme de simples prodromes. L'examen des faits ne permet guère de se 1 ranger à cette opinion. Il est bien plus naturel de penser qu'au moment où ils surviennent, la maladie existe, et que celle-ci, imprimant à la peau une manière d'être nouvelle, la rend assez impressionnable aux rayons solaires pour qu'ils produisent les altérations qui, frappant plus vivement les esprits, ont fait donner à la maladie le nom de pellagre.
Symptômes de la maladie confirmée. — Parmi les symptômes de la maladie confirmée, nous trouvons d'abord ceux qui ont leur siège dans le tube digestif, et dont j'ai déjà dit un mot. La boulimie est un des caractères les plus constants de la pellagre. L'envie de manger est presque incessante ; les aliments traversent rapidement le tube digestif. A peine sont-ils ingérés, que les évacuations alvines ont lieu, et que la faim renaît.
La diarrhée est un symptôme presque constant. Les selles sont abondantes, très liquides, jaunes, vertes ou noirâtres. Parfois il y a des évacuations sanglantes. Dans un petit nombre de cas, au contraire, il y a une constipation opiniâtre; mais encore, dans ces cas, voit-on à certaines époques, et surtout vers la fin de la maladie, la diarrhée se déclarer. Les vomissements sont infiniment plus rares, et très peu de sujets offrent quelques symptômes du côté de l'estomac.
Les lèvres présentent une coloration particulière ; c'est une lividité sur laquelle Strambio a beaucoup insisté. Elles sont en même temps arides et gercées. La muqueuse buccale est généralement pâle, et assez souvent on y trouve des excoriations plus ou moins étendues. Dans un certain nombre de cas cités par les auteurs, les malades se plaignaient d'un goût salé à la bouche; ils avaient de la salivation.
Ces phénomènes ont lieu lorsqu'il n'existe pas de mouvement fébrile violent. Nous verrons plus loin ce qui survient lorsque la fièvre se déclare.
Altération de la peau. — Non-seulement ces troubles digestifs peuvent se moni trer longtemps avant l'apparition de l'altération cutanée, mais encore on les voit persister, alors que cette altération de la peau a disparu pour reparaître plus tard, c'est-à-dire qu'ils existent même pendant l'hiver.
L'affection cutanée, au contraire, a cela de remarquable que d'abord elle se montre d'une manière intermittente, et qu'elle prend son accroissement sous une mil nonce bien connue, ainsi qu'on va le voir par la description suivante empruntée à MM. Gazenave et Schedel (1): « C'est toujours, disent-ils, aux parties les plus habituellement exposées aux rayons solaires qu'elle se montre. Ainsi elle affecte <k préférence le dos des mains et la partie externe de l'avant-bras , quelquefois jusqu'au coude; le dos dos pieds et la partie inférieure et antérieure des jambes,
(1) Loc. cit., p. 493.
la partie supérieure et antérieure du thorax, parfois le front et les parties latérales des joues. Le plus fréquemment la pellagre s'annonce sur ces points par la simple desquamation de l'épiderme, qui noircit, prend une couleur chocolat plus ou moins foncée, se dessèche et se détache, sans qu'il advienne ni inflammation ni rougeur. C'est une sorte de pityriasis sans démangeaisons prononcées, sans douleur aucune ; c'est un travail morbide qui se passe dans le corps muqueux, ou plutôt dans l'appareil blennogène de la peau, avec altération du pigment. D'autres fois il y a au contraire un érythème plus ou moins prononcé, surtout lorsque le soleil a agi avec force, et que les malades ont persisté à s'y exposer; quelquefois même celte inflammation devient presque érysipélaleuse, et des phlyclènes ou bulles remplies de sérosité jaunâtre se forment comme dans une brûlure. Il y a, daus ces cas, une sensation de vive cuisson, qui persiste avec l'inflammation, laquelle ne tarde pas à disparaître peu à peu, dès que les parties sont soustraites à l'action du soleil. Mais la desquamalion noirâtre de l'épiderme la remplace, et c'est elle qui, frappant l'observateur, donne à l'affection cutanée de la pellagre lombarde une physionomie si caractéristique. Assez souvent c'est en demi-cercles ellipsoïdes que l'éruption est disposée, offrant au bord inférieur de chaque bande une coloration d'un brun foncé qui tranche avec la couleur plus claire de l'épiderme qui vient immédiatement après ; des cas nous ont été cités où ces demi-cercles ellipsoïdes se succédaient sur la partie postérieure de l'avant-bras jusqu'auprès du coude.
« Dans les premiers temps de la maladie, l'érythème, même alors qu'il a été très prononcé, disparaît sans laisser de traces : l'épiderme, noirci, se détache, etlapeau reparaît avec sa couleur ordinaire. Mais il n'en est plus de même lorsque ces points ont été plus ou moins le siège de la desquamation pellagreuse. La peau alors y paraît amincie, sa surface y est luisante, et a été comparée, avec raison , à celle que présenterait la cicatrice d'un brûlure très superficielle ; souvent même sur cette surface on voit des plaques irrégulières où le derme offre une couleur brune plus ou moins foncée ; cependant, au toucher, tout est souple. Les cas où la peau vient à s'épaissir , à devenir calleuse et à se sillonner de crevasses, doivent être bien rares ; car Gaetano Strambio n'a jamais rencontré un tel état de la peau chez les pellagreux durant une pratique de plus de trente années, et les médecins du grand hôpital de Milan, que nous avons interrogés à ce sujet (juin 1846), nous ont assuré qu'ils ne l'avaient jamais vu. »
Ainsi qu'on l'a dit plus haut, ce qu'il y a surtout de remarquable dans cette éruption, c'est qu'elle se montre particulièrement au printemps, dès que les individus s'exposent aux rayons solaires, et, d'un autre côté, qu'elle n'est pas en rapport avec la violence des symptômes internes, de telle sorte que, chez certains sujets, elle existe au plus haut degré avec des phénomènes généraux peu intenses, et vice versa.
Symptômes nerveux. — Les principaux constituent ce qu'on a appelé la folie pellagreuse. Les malades sont tristes, abattus ; ils éprouvent des craintes exagérées, ils ont des idées délirantes. On a cité un bon nombre de cas dans lesquels Us avaient une grande tendance au suicide. Il est assez fréquent d'en voir se donner la mort par immersion, et Strambio a surtout insisté sur ce penchant. M. Brierre de Boismont, dont les observations sur ce point sont très intéressantes, a remarque qu'un très grand nombre de sujets atteints de la folie pellagreuse sont invinciblement