‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 178 sur 344 · PELLAGRE. — MARCHE · texte numérisé non relu

PELLAGRE. — MARCHE

portés à tuer leurs eufants par strangulation ou par immersion , et que beaucoup ont une exaltation religieuse. On n'est pas d'accord sur la fréquence de ces aberrations de l'intelligence; ce qu'il y a de certain, c'est que, dans les hôpitaux, le nombre des fous pellagreux est assez grand.

Même lorsqu'ils conservent leur raison , la plupart des malades présentent des vertiges, des bourdonnements d'oreille, des troubles de la vision, de la céphalalgie, des douleurs rachidiennes, des crampes, des convulsions, des mouvements involontaires ; la marche précipitée et involontaire en avant; la faiblesse des mem- 1 bres inférieurs pouvant aller jusqu'à la paraplégie ; en un mot, des symptômes graves et variés, dont le siège se trouve aussi bien dans les nerfs du mouvement que dans ceux du sentiment.

Ces symptômes sont loin de se rencontrer tous réunis chez le même malade, mais on en observe presque toujours un certain nombre. Quant à leur intensité, elle varie chez les divers sujets, et aussi aux diverses époques de la maladie. Il est très fâcheux que ces différents points de l'histoire de la pellagre n'aient pas encore été étudiés avec toute la rigueur nécessaire et de manière qu'on puisse savoir quelle est leur fréquence réelle et quel est leur degré de valeur. On s'est, jusqu'à présent, contenté d'une appréciation générale.

M. Cazenave fils (1) a cité trois cas dans lesquels la pellagre se déclara chez des aliénés non soumis aux causes ordinaires de cette affection : chez l'un d'eux, l'aliéi nation mentale était héréditaire ; aussi ce médecin en conclut à un rapport direct i entre l'aliénation mentale et la pellagre.

On a encore signalé comme symptômes de la pellagre, mais sans que nous puissions dire dans quelle proportion des cas, les troubles de la respiration, le catarrhe chronique, la phthisie pulmonaire , la laryngite ulcéreuse chronique. Chez un certain nombre de sujets, on remarque X ardeur de l'urine; quelques-uns ont des désirs vénériens immodérés, au début de la maladie ; tous présentent, au contraire, i une diminution marquée de ces désirs vers la fin. La menstruation n'est ordinairei ment remarquable que par son peu d'abondance ; quelquefois, au contraire, il y a i métrorrhagie. Le pouls est lent et faible, jusqu'à ce que la fièvre s'allume ; enfin, on note parfois une complication de scorbut. La multiplicité de ces symptômes ■ généraux éloigne évidemment l'idée d'une simple affection cutanée, car les lésions ! locales sont trop bornées pour les produire.

A une époque avancée, un mouvement fébrile, souvent intense, se manifeste ; la langue se sèche, les symptômes digestifs augmentent , il y a chaleur de la peau, délire, etc. C'est cet état qu'on appelle typhoïde, bien qu'il n'y ait rien qui rapproche la maladie de la fièvre de ce nom.

§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

Lamarche de la pellagre est généralement chronique avec des exacerbations qui surviennent ordinairement au printemps, et qui portent principalement sur l'affection cutanée. Cependant on observe quelquefois des cas dans lesquels la maladie est continue, et qui ont un certain caractère d'acuité. La durée est ordinairement

(1) Unionrnéd., 19 juillet 1851.

de plusieurs années, et l'on voit un certain nombre de malades qui vivent longtemps avec cette affection. Le suicide vient assez fréquemment abréger celte durée. La mort est la terminaison ordinaire chez les sujets qui ne sont pas soustraits assez promptement aux mauvaises influences hygiéniques signalées plus haut. Dans le cas contraire, il y a lieu d'espérer la guérison ; les auteurs italiens et espagnols nous en fournissent d'assez nombreux exemples.

Les altérations anatomiques qu'on rencontre chez les sujets qui ont succombé dans la période extrême de la maladie sont des lésions chroniques des voies digestives et de leurs annexes, telles que l'ascite, le ramollissement et la couleur noire de i la muqueuse de l'estomac et des intestins ; des altérations de l'encéphale, comme : le ramollissement, l'induration du cerveau, l'injection des méninges, des épanchements séreux dans les ventricules ; des lésions analogues dans le rachis ; enfin les tubercules pulmonaires, les ulcérations du larynx et de la trachée, etc. De l'aveu i de tous les auteurs, il n'est aucune de ces lésions qui soit caractéristique. Quant i aux altérations de la peau, elles ont été indiquées dans la description des symptômes.

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

On ne pourrait confondre la maladie qui vient d'être décrite qu'avec Vacrodynin qui a été observée à Paris en 1828. Voici comment MM. Cazenave et Schedel tracent i le diagnostic différentiel de ces deux affections : « Dans l'acrodynie, disent-ils, l'érjp • thème persistait, les douleurs étaient très vives, tandis que l'érythème pellagreux n'est que l'indication d'un état cachectique particulier de la constitution ; les malades ne souffrent pas; ou, s'ils sont tourmentés, c'est seulement pendant les premiers jours... Dans l'acrodynie, l'insolation ne jouait aucun rôle ; la paume des mains et la plante des pieds se dépouillaient encore plus que le dos de ces parties, et la sensibilité du derme mis à nu était fréquemment augmentée à un point extrême. » Nous avons vu plus haut combien les phénomènes sont différents dans la pellagre. Ces caractères sont suffisants pour établir le diagnostic.

Pronostic. — La pellagre est toujours une maladie grave. Elle le devient de / plus en plus lorsque les malades ne sont pas soustraits aux mauvaises conditions hygiéniques. Les altérations cérébrales, la folie, rendent le pronostic très fâcheux.

§ VII. — Traitement.

Il y a deux choses à considérer dans le traitement de la pellagre. La plus importante, sans contredit, est celle qui consiste à détruire la maladie dans les populations. Si, comme le pense le docteur Balardini , et comme il y a lieu de l'admettre d'après les recherches de cet auteur et de M. Roussel, c'est à la nourriture exclusive par le maïs, et surtout par le maïs altéré, qu'il faut attribuer la pellagre endémique, il est évident qu'on devra prendre des mesures pou» rendre celte alimentation moins exclusive, et pour remédier à la mauvaise qualité de i aliment. M. Roussel pense qu'un certain degré de torréfaction de la graine, avant de la

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