MORSURE DE LA VIPÈRE ET DU SERPENT A SONNETTES
1° Morsure de la vipère. — Le genre vipère comprend cinq sous-genres qui sont: la vipère proprement dite, qui existe en Europe; 2° le trigonocéphale, qu'on trouve aux Antilles ; 3° le plature, qui se trouve dans les pays baignés par la merdes Indes ; lx° le naja, qui se trouve aussi dans les Indes; 5° Vélaps, qu'on rencontre à la Guyane.
Nous ne parlerons ici que de la morsure des deux premières espèces qui peuvent, servir de type pour la description.
Nous poserons d'abord, en fait général, que les effets de la morsure de ces animaux sont dus à l'introduction, sous l'épidémie, à l'aide de crocs particuliers placés à la mâchoire supérieure, d'un liquide contenant un virus dont la composition nous échappe ; que l'introduction de ce venin dans le tube digestif ne produit pas les mêmes accidents, non plus (pu; son application sur la peau non dénudée; qu'il est nécessaire que son absorption ait lieu par les veines.
2° Morsure de la vipère commune.— La morsure de la vipère commune donne lieu aux symptômes suivants : Douleurs ordinairement vives, souvent extrêmes dans toute la longueur du membre blessé; on aperçoit une ou deux petites piqûres écartées de quelques millimètres sur le point mordu. Bientôt autour de ces piqûres, rougeur et, gonflement, envahissant une plus ou moins grande étendue du membre, et donnant lieu à un engorgement pâteux, luisant, d'un rouge livide, quelquefois couvert de phlyctèneB* Plus lard, douleur plus vive; puis se manifestent les symptômes généraux suivants : Douleur, pesanteur de tête, malaise, anxiété,
nausées, souvent des vomissements bilieux, lipothymies, syncopes. Au houl de quinze ou vingt heures ordinairement : membre très volumineux, teinte ictérique sur tout le corps, sueurs froides, visqueuses, refroidissement des extrémités, somnolence, soif vive, ralentissement du pouls, syncopes plus fréquentes. Ail bout de deux ou trois jours, quelquefois moins et quelquefois plus, les symptômes s'amendent, une transpiration plus ou moins abondante s'établit, et la guérison a lieu ; dans quelques cas cependant la mort peut survenir par l'aggravation de tous les symptômes précédents.
3° Morsure du trigonocéphale. — M. Rufz (1) a étudié avec soin les résultais de cette morsure, beaucoup plus grave que la précédente. Voici l'extrait de son mémoire, qui a été reproduit dans le Dictionnaire de médecine (2) : «M. Rufz a reconnu : 1° que la mort pouvait être subite, instantanée, ce qu'il attribue à une violente frayeur; 2° que la mort pouvait avoir lieu quelques jours après l'accident par manifestation de symptômes primitifs, et cela au moment où le blessé se croyait à l'abri de tout danger; 3° que la mort pouvait être la suite d'un trouble nerveux, très intense, développé dès les premiers instants, et c'est surtout dans ce cas que la mort peut être prompte ; h" que la terminaison fatale pouvait être la suite d'une congestion pulmonaire, accident assez commun que cerlains observateurs avaient pris pour une pneumonie, ou bien être la conséquence d'un phlegmon diffus développé dans le membre blessé; 5° et enfin, qu'alors même que la piqûre n'était pas aussi grave, elle pouvait donner lieu à des gonflements, à des abcès, à des gangrènes partielles, des nécroses, des paralysies des sens (amaurose,* etc.) , à des paralysies des mouvements, à des névralgies, à des troubles divers de l'intelligence, etc. , désordres qui se prolongent pendant un temps plus ou moins long. »
Quant aux autres symptômes, ils sont les mêmes que ceux que produit la vipère commune, seulement beaucoup plus intenses.
U° Morsure du serpent à sonnettes (crotale). — Les accidents produits par la morsure du serpent à sonnettes sont encore beaucoup plus graves et plus rapides, mais de la même nature; quelquefois la mort survient en huit ou dix minutes; rarement les malades survivent plus de trois ou quatre heures. M. Bosc, qui a étudié avec grand soin le crotale, a vu que les derniers moments de l'agonie étaient excessivement pénibles; la gangrène se montre sur la blessure; un sang noir s'écoule de toutes les parties du corps, la langue se, gonfle énormément, et sort de la bouche; il y a une soif inextinguible, et tous les autres accidents indiqués cidessus sont portés au plus haut degré.
Traitement. — Les mêmes traitements s'appliquent à la morsure de toutes les espèces qui viennent d'être mentionnées; seulement ils doivent être plus ou moins actifs suivant les cas.
SOINS A DONNER AUX MALADES AVANT LA VENUE DU MÉDECIN (Rllfz).
« 1° Aussitôt qu'on est piqué par le serpent, sur-le-champ même, sans faire un pas de plus, placer une ligature à un pouce au-dessus de la piqûre, avec une cravate ou une bretelle; serrer convenablement.
(1) Enquêlc sur le serpent. Saint-Pierre-Marlinique, I8i5. — Annales d'hyç/iène, t. XXII, p. 382.
(2) Article VIPÈRE, t. XXX.