MAL DE VERS OU DE BASSINE
Bien qu'il ne s'agisse pas ici d'une maladie transmise à l'homme par des animaux pleins de vie, nous avons cru devoir la rapprocher des précédentes, en attendant qu'on puisse lui assigner sa place réelle dans le cadre nosologique.
Cette affection, décrite par M. Potton (1), n'avait pas jusqu'à lui attiré spécialement l'attention des médecins. Cependant il semble qu'elle n'avait pas passé tout à fait inaperçue, puisque Viiicens et Baumes (2) ont parlé de quelques affections propres aux fileuses de cocons, et que M. Villermé (3) a constaté l'insalubrité du tirage de la soie. M. Potton seul nous a donné une description détaillée de cette affection.
Définition , fréquence. — M. Potton a désigné sous le nom de mal de vers ou de bassine une éruption vésiculeuse, quelquefois pustuleuse, se manifestant sur les doigts, sur le dos et dans la paume de la main, uniquement chez les femmes qui se livrent à la filature de la soie. La dénomination donnée par M. Potton est uniquement fondée sur les causes déterminantes du mal.
Le mal de vers est une maladie fréquente, elle attaque toutes les femmes qui s'occupent sans interruption de la filature des cocons ; mais elle présente cela de particulier, qu'après une première atteinte, les fileuses sont pour toujours à l'abri; elle n'est pas inoculable.
Causes. — M. Potton pense que la maladie est produite par les émanations qui s'échappent pendant la filature des cocons anciens et doubles ; que c'est dans la décomposition que le temps a fait subir progressivement au corps de l'animal qu'il faut placer l'origine du mal, le manuel opératoire et Veau chaude aidant puissamment à cette cause. Ce médecin s'appuie, pour soutenir cette opinion, sur ce que les cocons de l'année ne déterminent pas ces accidents.
Symptômes. — Voici la description des symptômes, telle qu'elle est présentée par l'auteur :
« Après une semaine ou deux au plus, de travail assidu et régulier, l'ouvrière voit se produire sur les mains, et principalement sur la main droite, dans l'intervalle des doigts, entre la première et la deuxième phalange, quelquefois même sur le dos et dans les plis de la main, une démangeaison qui n'a d'abord rien de pénible; une teinte éry thé mnteuse l'accompagne. Bientôt la rougeur devient plus forte; elle est semblable à celle de L'érysipèle, plus inarquée entre les doigts. L'extension ou la pression la dissipent momentanément, Le gonflement ne tarde pas à se produire; il augmente avec la douleur, qui devient cuisante. La chaleur est vive, exagérée. La peau se couvre de marbrures, de plaques brunâtres ; 1'épiderme
(1) Damai de vers ou de bassine. Paris, 1832. — Rapport à l'Académie de médecine {Bulletin de l'Académie, t. XVII, p. 803).
(2) La topographie de la ville de Nimes el de sa banlieue. Nîmes, 1802,
(3) Annales d'hygiène, 1839, t. XXI, p. 338.
se soulève. On voil d'abord surgir une éruption miliaire de petites vésicules qui s'accroissent, se remplissent d'un liquide clair et transparent, qui se trouble ensuite, s'épaissit et devient visqueux. Ces vésicules sont régulières, presque toujours arrondies ; leur volume, leur proéminence varient ; tantôt elles sont très nombreuses, tantôt trois ou quatre seulement recouvrent les points d'élection : ce sont de véritables bulles. Tous les mouvements deviennent pénibles, ils ont pour résultat, dès le troisième ou quatrième jour, si les ouvrières, malgré un profond sentiment d'engourdissement ou de gêne, continuent leur travail, de faire crever les vésicules ; la sérosité s'échappe, et un soulagement momentané, quelquefois permanent, se manifeste. Dans ce dernier cas, la maladie borue là les lésions qu'elle détermine. Les symptômes s'amendent avec rapidité, l'inflammation et la douleur cessent à l'instant ; après sept ou huit jours, il ne reste plus aucune trace du mal, autre que celle laissée par l'exfoliation de l'épiderme.
» Mais, en général, ce n'est pas ainsi et d'emblée que ces premiers désordres se dissipent, une deuxième période s'annonce; ou bien les vésicules subissent une véritable transformation et prennent le caractère de pustules ; ou bien entre les premiers boutons se montrent de franches pustules, offrant d'habitude les dimensions des boutons de vaccine. Ces pustules ne sont pas ombiliquées... »
Si aucune cause ne vient troubler l'éruption, elle arrive à son apogée du cinquième au sixième jour ; mais le plus souvent, pour une cause quelconque, les pustules s'ouvrent d'une manière prématurée; il survient alors d'autres boutons supplémentaires qui prolongent la durée de tous les accidents ; mais une fois arrivés à terme, que le pus soit évacué ou non, toutes les souffrances cessent, bien que le derme soit à nu et les surfaces ulcérées ; les fdeuses peuvent reprendre leurs occupations.
Telle est la seconde période, ou plutôt la deuxième forme, qui dure de quinze à dix-sept jours depuis l'invasion ; mais il est une troisième forme plus fâcheuse encore que la précédente. Dès que les pustules se développent, l'inflammation prend un plus haut caractère d'intensité. Toute la peau est altérée dans ses points compromis à l'entour ; le tissu cellulaire sous-cutané est envahi, le gonflement devient énorme • il y a déformation des doigts et de la main, tuméfaction œdémateuse qui se prolonge au poignet, à l'avant-bras et même au bras ; endolorissement, enqorqement des vaisseaux lymphatiques, et des glandes de l'aisselle. Des le cinquième ou le sixième jour on voit apparaître de petits phlegmons arrondis, circonscrits pour l'ordinaire sous les pustules, et qui s'ouvrent du huitième
au dixième jour. , , ' . , ,
Pendant cette période il se développe des accidents généraux, frissons, céphalalgie insomnie, nausées, vomissements, etc. Dès que le pus s'est fait jour, les accidents cessent, et du dix-huitième au vingtième jour la guérison est parfaite. I e diagnostic n'offre aucune difficulté ; et le pronostic a toujours été favorable. !» Traitement prophylactique. - M. Potton ne doute pas que si dans I opération de l'étouffage des cocons on parvenait non-seulement à tuer, mais a dessécher en entier, d'une manière immédiate, toute la chrysalide, on préviendrait peut-être les conséquences dangereuses que sa composition détermine à 1 époque de la
filLesmoyens prophylactiques qui ont le mieux réussi à M. Poitou sont : les bains