‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 19 sur 344 · CESSATION PRÉMATURÉE DES RÈGLES · texte numérisé non relu

CESSATION PRÉMATURÉE DES RÈGLES

Les règles, au lieu de se supprimer entre l'âge de quarante-cinq à quarantehuit ans, peuvent se suspendre beaucoup plus tôt ; et il convient de ne pas chercher à rétablir une fonction arrivée ainsi anormalement à son terme.

On doit soupçonner cette suppression prématurée, dans les conditions suivantes : 1° Si l'établissement de la menstruation a été hâtif; 2° s'il y a eu une maladie grave, débilitante, et une convalescence prolongée ; '6° dans les cas d'accouchements nombreux et prolongés, qui sont une cause de prompte flétrissure des organes génitaux; 4° si la ménopause est habituellement prématurée dans les ascendantes, question d'hérédité.

Ainsi que dans le cas précédent le diagnostic est difficile ; mais il s'éclaire surtout dans le cas où il n'y a pas de congestion périodique de l'utérus, et dans ceux où il ne survient aucun trouble local ou général par suite de la suppression des règles. Nous croyons pouvoir ajouter que l'on tire encore des signes importants des modifications de la constitution, du tempérament et du caractère. Si la ménopause est réelle, bien que prématurée, la santé s'affermit; quelques femmes maigrissent, d'autres engraissent; le tempérament change; enfin le caractère devient plus ferme, plus viril; la femme est devenue un être neutre.]

?j° AMÉNORRHÉE PROPREMENT DITE.

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

Presque tous les auteurs s'accordent à donner le nom ({'aménorrhée à l'absence, à la suppression ou à la simple diminution des règles. Cette définition doit être admise ; seulement dans cet article nous ne nous occuperons que de l'aménorrhée idiopathique.

Cette maladie a reçu encore les noms de defectus menstruorum, suppressio menstruoritm, amenorrhœa, menostasia. Dans les limites que nous lui avons posées, elles ne peut pas être regardée comme fréquente, tandis que si on la considère d'une manière générale, c'est un des états morbides qui se montrent le plus souvent.

§ II. — Causes.

1" Causes prédisposantes.

Ayant presque entièrement exclu de cette description l'aménorrhée symplomatique, nous avons peu .le chose à dire des causes prédisposantes, qui d'ailleurs sont peu connues. Dans les espèces qui nous restent, la cause occasionnelle est, en

1 MALABIliS DES FEMMES,

effet, presque toujours suffisante pour produire Ja suspension de la menstruation.

Les recherches de Marc d'Espine (1) et de M. Brierre de Boismont ont prouvé que la leucorrhée relarde parfois uolahlemcnt l'apparition des règles. On peut regarder ce retard comme une aménorrhée passagère, d'autant plus que ce n'est pas sans un certain nombre de symptômes qu'il a lieu dans beaucoup de cas.

L'abus du coït est une cause qui peut être regardée à la fois comme prédisposante et comme occasionnelle. Parent-Ducbâtelet (2) a vu, dans ses relevés, que les filles publiques étaient sujettes à des alternatives d'aménorrhée et de métrorrhagie auxquelles on ne pouvait pas attribuer d'autre cause.

Enfin on a dit que l'aménorrhée est plus fréquente dans les villes que dans les campagnes : mais il faut reconnaître que c'est principalement à l'aménorrhée symptomatiqûe que s'applique cette observation.

On voit que nous ne parlons ni du tempérament lymphatique et scrofuleux, ni du tempérament nerveux, ni de l'habitation dans les lieux humides, de la mauvaise nourriture, etc. , etc. ; ces causes n'agissent, en effet, qu'en détériorant la constitution, en altérant le sang, en produisant des maladies chroniques, et en pareil cas, l'aménorrhée n'est qu'un épiphénomène qui ne mérite pas d'être considéré comme une maladie particulière.

2° Causes occasionnelles.

Personne n'a mieux recherché les causes occasionnelles de l'aménorrhée par suppression, que M. Brierre de Boismont (3) ; aussi lui emprunterons-nous en grande partie les détails suivants : « On peut, dit-il, réduire à trois chefs l'ordre suivant lequel se manifeste cette aménorrhée. Les causes sont physiques, morales, inconnues. Voici, dans les 190 observations que nous avons recueillies, comment les faits sont divisés :

Causes physiques 68

— morales 92

— inconnues 30

» De toutes les causes physiques, la plus fréquente est Yaction du froid. Les règles s'arrêtent par l'immersion des pieds, des mains, du corps, dans l'eau

froide La suppression d'un vêtement habituel, le refroidissement lorsqu'on

est en sueur, déterminent cet accident. La suppression de la sueur des pieds a produit plusieurs fois l'aménorrhée. Cette cause a été indiquée par le docteur Mondière, dans le mémoire qu'il a publié sur cet intéressant sujet.

» Les coups, les chutes, les travaux, les indigestions, les fatigues, l'abus des médicaments sont encore au nombre des causes que nous avons observées, mais leur action est bien plus circonscrite. Il y a des femmes chez lesquelles l'usage des garnitures amène la suppression des règles

» Les causes morales sont peut-être plus nombreuses que les précédentes. La

(1) Archives générales de médecine, 2e série, t. XI, p. 5, 305.

(2) Delà prostitution dans la ville de Paris, 3e édition- Pans, 1837, t. I, p- *M.

(3) De la menstruation. Paris, 1842, p. 302.

AMIiWiUîHÉE. — SYMPTÔMES. 03

peur, la frayeur, les grandes émotions, la colère, sont celles qui agissent le plus ordinairement. Les passions entraînent aussi très souvent l'aménorrhée. Stahl (1) est d'avis que l'aménorrhée produite par les causes morales, et surtout parla/jew, est une des plus fréquentes. »

On regrettera sans doute que M. Brierre de Boismont n'ait pas continué dans cette exposition l'analyse numérique qu'il avait commencée; il aurait donné un plus grand intérêt à cette étioiogie.

jNous n'avons pas parlé de l'absence ou des vices de conformation de l'utérus, parce que ces circonstances, intéressantes pour le physiologiste, le sont très peu pour le praticien.

On a vu que, dans un nombre assez considérable de cas, l'aménorrhée a lieu sans cause appréciable. Ces cas sont ceux dans lesquels on n'observe d'abord qu'une simple diminution du flux menstruel, portant soit sur son abondance, soit sur sa durée, soit, ce qui est plus ordinaire, sur l'une et l'autre à la fois.

Il résulte de ce qui vient d'être dit que la cause habituelle de l'aménorrhée produit ordinairement une suppression subite des menstrues.

Ou ne peut regarder comme des aménorrhées réelles que les cas où les règles, après s'être supprimées dans le cours d'une époque menstruelle, ne se reproduisent pas à une ou plusieurs des époques suivantes. S'il en était autrement, il n'y aurait qu'une suppression passagère dont l'importance serait moins grande.

René Vanoye (2) a cité un cas dans lequel l'aménorrhée était évidemment due à la présence de vers lombrics dans les intestins. Quelques vers ayant été rendus à la suite de l'emploi du calomel et des purgatifs résineux, les anthelminthiques furent administrés, une quantité très considérable d'entozoaires lut rendue, et les règles, que n'avaient pu rappeler les emménagogues les plus actifs, se rétablirent parfaitement.

§ III. — Symptômes.

Il faut avoir égard, dans la description des symptômes : 1° aux phénomènes qui surviennent immédiatement après la suppression des menstrues ; 2° à ceux qui se produisent lorsque le flux menstruel ne se reproduit pas, et 3° à ceux qui accompagnent la diminution graduelle de l'hémorrhagie mensuelle.

1° Il n'est pas très rare de voir une suppression subite des règles avoir lieu sans qu'il survienne de symptômes notables.

Dans les cas ordinaires, on observe au contraire des phénomènes marqués. On trouve dans les auteurs un grand nombre d'observations où sont consignés ces divers symptômes ; malheureusement les cas ne sont pas suffisamment spécifiés, et l'on voit, rassemblés pêle-mêle des engorgements de l'utérus, des inflammations de n i organe, des aménorrhées survenues dans la chlorose, dans l'anémie; en sorte qu'il est fort difficile de décider ce qui appartient en propre à l'aménorrhée.

Les symptômes le plus généralement observés sont les suivants : Douleurs lancinantes du bassin, s'ii railianl plus ou moins loin, comme dans la dysménorrhée; pesanteur uTs-le périnée, coliques ulérines; malaise général, inquiétude, lassitude,

(1) Theor. rned. vera, pars xix , p. 588.

(2) Annales de Roulers, 5e livr., 1849.

pandiculations, horripilatioDS, vertiges, troubles de la vue, tristesse, pesanteur de tôte, dégoût pour les aliments, digestions difficiles, flaluosilés.

Il est ordinaire de voir, après le temps nécessaire pour l'accomplissement de la fonction menstruelle, les symptômes qui viennent d'être indiqués se calmer, sinon disparaître entièrement. Lorsqu'ils persistent à un haut degré, ils consistent dans le malaise, la faiblesse, et souvent dans une tuméfaction du ventre, avec sonorité, ou, en d'autres termes, en un ballonnement plus ou moins considérable, qui a cela de remarquable, qu'à certains moments il disparaît tout à coup ou très rapidement, pour se reproduire ordinairement au bout d'un temps plus ou moins long.

2° À l'époque menstruelle suivante, on voit le plus souvent se reproduire les accidents qui ont suivi la suppression, et, de plus, certains phénomènes sympahiques qui annoncent l'éruption des règles : le gonflement des mamelles, par exemple. Puis ces symptômes s'apaisent de nouveau, pour se montrer encore un plus ou moins grand nombre de fois aux époques suivantes. Il n'est pas très rare cependant de voir l'époque menstruelle, qui vient après la suppression, se passer sans aucun phénomène, et l'aménorrhée s'établir sans aucun accident. Dans un plus grand nombre de cas, ce n'est qu'après plusieurs époques (pie l'aménorrhée existe ainsi sans aucun autre signe que la suppression de l'hémorrhagie périodique.

3° Quant à l'aménorrhée qui survient progressivement et qui se manifeste, souvent sans cause appréciable, par une diminution de plus en plus considérable du flux menstruel, elle peut avoir lieu sans autre signe remarquable, comme aussi elle peut présenter à un degré variable les symptômes dysménorrhéiques qui viennent d'être passés en revue.

Lorsque l'aménorrhée est établie depuis un certain temps, on peut n'observer aucun symptôme, toutes les fonctions, sauf l'écoulement menstruel, se faisant normalement.

Mais ordinairement les femmes accusent un état maladif plus ou moins intense: Si la suppression est complète, ce sont surtout les phénomènes généraux qui attirent l'attention. La malade est affaiblie, dans un état de langueur notable, et elle présente les signes que nous avons décrits aux articles Anémie et Chlorose. Peuton attribuer, en pareil cas, l'apparition de l'anémie à l'aménorrhée ? Cette question paraît d'une solution bien facile au premier abord; mais si l'on examine attentivement les faits, on voit que la chlorose peut être le résultat de l'aménorrhée, comme l'aménorrhée peut être l'effet de la chlorose.

Une des suites les plus curieuses de l'aménorrhée idiopathique est, sans contredit, l'hypertrophie de tous les tissus. Dans ces dernières années, on en a observé deux cas très remarquables a l'Hôtel-Dieu : M. Brierre de Boismont en a publié l'histoire (1). Dans ces deux cas, il y eut suppression subite des menstrues par suite d'une vive émotion morale. Tout le corps avait pris un développement énorme, surtout chez la première malade (la nommée Marianne, qui est restée plusieurs années à l'Hôtel-Dieu). On observait en même temps des phénomènes nerveux, et il y avait eu des accidents multipliés aux époques menstruelles qui avaient suivi la suppression.

(1) Obs. 1 Oi et 105, loc. cil.

AMÉNORRHÉE. — LÉSIONS ANATOMIQUES. 57

On a cité encore, comme résultant de l'aménorrhée, divers états morbides qui sont plus curieux qu'utiles à connaître pour la pratique. Nous nous bornerons par conséquent à signaler la coloration bleue du corps (1); la couleur noire de la ■peau (2) ; des douleurs ostéocopes qui résistent au traitement mercunel (cas observe

par Gendrin). ,

Des conséquences plus graves, également signalées par M. Bnerre de Boismont, qui a réuni sur ce point les faits les plus intéressants publiés par les auteurs, peuvent résulter de l'aménorrhée. Ce sont diverses maladies mentales : manie, lypémanie, etc. ; ou encore V hydrophobie, et enfin des névroses très variées. Il est vrai que l'on peut se demander si quelquefois on n'a pas regardé comme s'étant produites mutuellement des affections qui étaient toutes les deux sous la dépendance d'une cause générale incomplètement recherchée; mais n'y eût-il qu'un très petit nombre de faits dans lesquels le doute ne soit pas possible, le praticien doit toujours avoir présente à l'esprit la possibilité de ce rapport entre l'aliénation mentale et l'aménorrhée, car rien n'est plus important pour la thérapeutique. Nous insistons sur ce point, parce que les hommes qui se sont occupes avec le plus de succès de l'aliénation mentale, et notamment Esquirol, ont accordé une grande influence aux maladies de l'utérus sur les troubles de l'intelligence.

& IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

Nous avons vu que l'aménorrhée qui s'établit après une suppression ne présente pas ordinairement cette progression que l'on observe dans celle qui se produit spontanément. Cependant il est quelques cas où il en est ainsi. A la première époque, après la suppression, l'effort menstruel que nous avons vu exister ordinairement, peut être suivi de l'expulsion d'une certaine quantité de sang qui diminue ensuite à chaque nouvelle époque, jusqu'à ce que l'aménorrhée soit complète. Quelquefois on n'observe que cette simple diminution. On voit parfois, et c'est ce que l'on a constaté principalement chez les filles publiques, une aménorrhée de courte durée (deux, trois ou quatre mois) être suivie d'une véritable ménorrhagic, puis se reproduire pour se terminer encore par le même accident.

La durée de l'aménorrhée ne peut être limitée. Celle qui s'établit brusquement, par suppression, dure moins longtemps, sous l'influence d'un traitement approprié, que celle qui s'est manifestée lentement et sans cause appréciable ; mais il y a de nombreuses exceptions à cette règle.

Il est assez rare de voir l'aménorrhée, et surtout celle qui a suivi une suppression des règles, se prolonger pendant toute la vie. Le plus souvent, soit spontanément, soit, ce qui est bien plus ordinaire, sous l'influence d'un traitement actif, les règles se rétablissent, et, comme nous l'avons vu plus haut, on a quelquefois à craindre que ce rétablissement n'ait lieu par une înénorrhagie.

§ V. — Lésions anatomiques.

Il n'est pas de lésion analomique que l'on puisse attribuer en propre à l'aménorrhée. Sans doute, chez les femmes qui succombent après en avoir été atteintes,

(t) Brierrcdc Boismont, Menstruation, p. 221. (2) Journal de médecine de Corvisart, t. V.

MALADJES DE5 FEMMES.

on trouve ordinairement des lésions importantes, soit clu sang, soit de l'utérus, soit d'autres organes; niais ce sont là les traces de la maladie sous la dépendance de laquelle s'est produite l'aménorrhée, et non de l'aménorrhée elle-même; ce qui le prouve, c'est que, chez des femmes qui n'ont jamais été réglées, et même chez certaines qui ont vu disparaître leur flux menstruel établi depuis un temps plus ou moins long, on peut très bien ne trouver aucune lésion, de quelque espèce que ce soit, qui ait le moindre rapport avec l'aménorrhée. M. Vigla a communiqué à M. B ri erre de Boismont l'observation d'une femme de cinquante ans qui n'avait jamais été réglée, et qui ne présentait pour toute lésion qu'un petit kyste de l'ovaire droit, bien insuffisant pour expliquer l'aménorrhée.

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Une diminution notable de la quantité du sang, se montrant à un certain nombre d'époques menstruelles, ou bien une suppression complète du flux périodique, telle est la maladie. On ne pourrait, sous ce rapport, trouver de confusion possible qu'avec la dysménorrhée, qui s'accompagne assez souvent de la diminution du flux menstruel; mais une pareille difficulté ne saurait longtemps arrêter le médecin. Il suffit, en effet, de se rappeler qu'en pareil cas, il y a réunion des deux affections, et tout embarras cesse aussitôt; de cette manière, on a trois états distincts : 1° les troubles nerveux, les douleurs vives, etc. , accompagnant une menstruation suffisamment abondante : c'est la dysménorrhée simple,' 2° ces mêmes accidents survenant dans le cours de menstrues notablement diminuées : c'est l'aménorrhée compliquée de dysménorrhée; 3° la diminution du flux menstruel sans accidents nerveux ou congestionnels notables; c'est Y aménorrhée simple, qui se produit assez souvent sans cause appréciable, Quant à Y aménorrhée complète, aucun doute ne peut s'élever sur elle. Or, ces trois états se distinguent facilement l'un de l'autre.

La partie la plus importante du diagnostic est celle qui consiste à établir si l'aménorrhée est simple, idiopalhique, ou si elle est sous la dépendance d'un état morbide ordinairement fort grave. Pour arriver à ce diagnostic, il faut se rappeler quels sont les états morbides dans lesquels la fonction menstruelle diminue d'activité ou cesse complètement de se faire. Or, nous trouvons d'abord les diverses affections chroniques, et surtout la plilhisie et le cancer dans d'autres organes que l'utérus; puis la chlorose et l'anémie, résultant des causes diverses qui ont été indiquées aux articles consacrés à ces affections; puis les maladies de l'utérus, l'absence de cet organe, son atrophie, etc. Le praticien recourra aux descriptions des maladies que nous venons d'énumérer.

§ VII. — Traitement.

Il est un certain nombre de circonstances capitales auxquelles il faut avoir égard : 1° on peut être appelé pour une suppression récente qui donne lieu à quelques-uns des accidents signalés plus haut; 2' on a à traiter une aménorrhée à la suite de suppression ou survenue spontanément, qui donne lieu, pendant les époques menstruelles, à des troubles nerveux plus ou moins violents, ou à une certaine congestion résultant de l'effort hémorrhagique arrêté ; 3° il s'agit seulement de réta-

AMÉNORRHÉE. — TRAITEMENT. 59

blir les règles supprimées ou notablement diminuées, sans qu'aucun effort hémorrhagiquc se manifeste; Zi° enfin, ou peut avoir à traiter ces divers états morbides que nous avons vus suivre l'aménorrhée, tels que les névroses, l'anémie, etc.

1° Traitement des accidents qui suivent de pris la suppression. — Lorsque, immédiatement ou peu de temps après une suppression, il survient, ce qui est le cas le plus ordinaire, des accidents que nous avons fait connaître dans la description des symptômes, on doit d'abord, à l'aide de l'exploration directe, rechercher s'il y a engorgement de l'utérus. Si cette lésion existe, et c'est ce que l'on observe le plus souvent, on doit mettre en usage le traitement conseillé contre la congestion sanguine de l'utérus (1), et de plus quelques moyens particuliers. Ainsi, on prescrira des pédiluves sinapisés; on fera exposer le siège de la malade à la vapeur de l'eau bouillante ; on promènera des sinapismes sur les cuisses, des ventouses sèches dans les mêmes points. On appliquera aux grandes lèvres, à l'anus, un petit nombre de sangsues (deux, trois ou quatre) ; on mettra en usage les moyens recommandés pour ramener le sang vers l'utérus en assez grande abondance pour le faire couler.

Il ne faudrait pas néanmoins insister sur ces moyens, s'ils n'étaient pas suivis d'effet, car on courrait risque d'augmenter inutilement la congestion utérine; il ne faudrait pas davantage y avoir recours, si l'on était appelé à une époque trop éloignée à la fois du moment de la suppression et de l'époque menstruelle suivante; car on n'aurait aucun espoir fondé de faire reparaître les règles. Il vaut mieux, en pareil cas, recourir à des émissions sanguines plus abondantes, aux émollients, aux narcotiques et aux antispasmodiques, pour faire cesser les accidents, attendant, pour agir dans le but de rétablir les menstrues, que la nouvelle époque menstruelle soit proche.

Lorsque les règles se sont supprimées par suite de l'impression vive du froid sur tout le corps, de l'immersion dans l'eau, etc., les sudorifiques et les excitants diffusibles sont spécialement recommandés. On prescrit l'infusion de bourrache, de sureau, de menthe, de sauge, de romarin, etc. ; les .préparations où entre V acétate d'ammoniaque ; Yéther; des fumigations aromatiques générales ou partielles. On entoure la malade de vêtements chauds, et plusieurs médecins recommandent de prescrire un exercice assez actif, si les forces le permettent, et si le malaise, l'agitation, parfois un léger mouvement fébrile, ne viennent pas s'y opposer. Le rappel d'une transpiration locale supprimée se fait en entourant la partie de flanelle et de taffetas gommé, suivant la manière d'agir indiquée par Mondière pour reproduire la transpiration des pieds. On peut eu voir les détails à l'article Epistaxis (tome II, page 247).

2° Traitement de la suppression plus ou moins ancienne, avec symptômes de congestion au moment des règles. — Le même traitement est parfaitement applicable aux cas où, pendant les époques qui suivent la suppression, des symptômes généraux et locaux d'éruption menstruelle difficile viennent à se manifester. Comme o» connaît ordinairement la manière dont Lee choses se sont passées aux époques précédentes, on n'est pas obligé d'attendre, pour mettre en œuvre les moyens qui

(1) Voyez l'article IV.

Constituent ce traitement, que les accidents se soient produits ou aient pris uii grand accroissement ; mais quatre, cinq ou six jours avant l'époque où les règles devraient apparaître, on prescrit les pédituves, l'exposition du siège à la vupeur de l eau bouillante, les sangsues en petit nombre, les narcotiques, les antispasmodiques; en un mot, un certain nombre des moyens précédents choisis suivant la prédominance de tel ou tel symptôme.

Il faut, dans le cas particulier dont nous parlons, insister davantage sur les moyens propres à produire vers l'utérus un effort hémorrhagique. On mettra surtout en usage de légers emménagogues ; et l'on aura recours à des topiques chauds sur les parties génitales, à des sinapismes promenés sur les cuisses, ou encore à des fumigations excitantes, la suivante par exemple :

^ Absinthe >.. „n

Armoise incisée Jaa 30 &ram-

Eau bouillante 1000 gram

Faites infuser. Dirigez la vapeur vers les parties sexuelles.

Le docteur Ghrestien (1) nous apprend qu'il est parvenu à rappeler les règles, dans des cas où il y avait éréthisme nerveux, en faisant faire toutes les deux heures, sur les parties supérieures et internes des cuisses, des frictions avec une teinture antispasmodique qu'il prépare ainsi :

Opium 0,40 centigr.

Alcool 32,00 gram.

Cette quantité peut être employée dans les vingt-quatre heures.

M. Gibson (2) cite plusieurs cas où, sous l'influence des inhalations de chloroforme, les règles reparurent chez des femmes atteintes d'aménorrhée; aussi ce médecin n'hésite pas à recourir à ce moyen dans les cas de dysménorrhée ou d'aménorrhée par suppression, quand il n'existe pas d'inflammation.

3° Traitement de l'aménorrhée par atonie des organes génitaux. — Les moyens mis en usage dans le but de rendre plus abondantes les règles notablement diminuées, ou de les rétablir lorsqu'elles sont supprimées, sont sans contredit les plus nombreux, car dès longtemps les médecins, frappés de la nécessité d'entretenir l'écoulement menstruel, et des accidents si variés qui résultent de sa suppression, se sont efforcés d'enrichir la médication emménagogue dont nous allons nous occuper.

C'est surtout à l'aide de substances prises à l'intérieur qu'on cherche à rétablir les règles; mais il ne doit évidemment être question ici que des médicaments qui! dans l'opinion de tous les médecins, ont une action spéciale sur l'utérus, et don enj être employés dans les cas d'aménorrhée idiopalhique, ou, suivant l'expression de quelques auteurs, d'aménorrhée par atonie des organes génitaux.

Rue, sabine. —Vinfusion de ces substances, qui jouissent de la propriété emménagogue, est d'un usage général ; voici comment on les prépare :

(1) Journal des connaissances médico-chirurgicales, 15 juin 18î>

(2) Philadclphia med. Examiner, 1852.

' AMÉNORRHÉE. — TRAITEMENT. (il

m Rue fraîche 4 Wm> I Eau bouillante 1000 gram.

Faites infuser pendant dix minutes. A prendre par tasses, avec addition de quantité suffisante de sirop de gentiane pour chaque lasse.

% Sabine fraîche 2 ou 3 gram. \ Eau bouillante 1000 gram.

Faites infuser, et administrez ut suprà.

Si l'on faisait l'infusion avec les plantes sèches, il faudrait réduire de moitié la dose de la substance médicamenteuse.

Desbois (1) recommandait vivement la potion suivante qui a eu une assez grande réputation, et dans laquelle Varmoisese trouve jointe aux substances qui viennent d'être indiquées :

I Sucre 30 gram.

^ Huile essentielle de rue.. !.. QZQ — de sabine. )

Triturez dans un mortier de verre, et ajoutez :

Eau distillée d'armoise 160 gram. | Eau distillée de Heur d'oranger.. 1G gram.

Dose : une cuillerée toutes les deux heures.

Tommasini (2) recommande d'unir la sabine à la dose de 1,25 gram. à de petites doses d'aloès.

La rue se donne également en potion, ainsi qu'il suit. Par exemple :

Eau distillée de menthe )

poivrée.. ) ââ 60 gram.

— de rue .... 1

Teinture de safran 20 gouttes.

Sirop d'armoise 30 gram.

Mêlez. A prendre par cuillerée toutes les deux heures.

Ce qu'il y a surtout d'important à observer dans l'emploi de ces médicaments, comme aussi de tous les autres emménagogues, c'est de ne les donner que dans des cas où l'on est bien sûr qu'il n'y a aucune congestion de l'utérus, ou si cette congestion existe, et si l'on pense que l'effort hémorrhagique a besoin d'être un peu augmenté, d'agir avec beaucoup de ménagements, car, ainsi que l'ont constaté beaucoup de praticiens, et Soyer en particulier (3), si l'on manque de prudence dans un cas semblable, on peut occasionner les plus graves accidents. Ces accidents, dans un cas cité par Soyer, allèrent jusqu'à la plus grande agitation, à une fièvre ardente, au délire et aux syncopes.

Après ces emménagogues proprement dits, auxquels il faut joindre Yarmoise, nous citerons les plantes aromatiques que nous avons déjà mentionnées, le safran, de légers purgatifs, etc. ; médicaments qui n'ont qu'une action adjuvante, et dont l'administrai ion est des plus faciles.

Chapman et Morris (k) conseillent la décoction de polygala smega à la dose de h onces (120 grammes) plus ou moins dans les vingt-quatre heures, et en élevant

(1) Alibert, Êlémentsde thérapeutique, t. II.

(2) Voyez Journal hebdomadaire de médecine, 1834.

(3) Essai sur l'aménorrhée, thèse. Paris, 1831.

(4) Vhiladelphia med. Examiner, 1851.

quelquefois la dose à 2 onces (60 grammes) toutes les heures à l'approche de l'époque menstruelle, mais en laissant ordinairement un intervalle d'une semaine ou deux, afin de ne pas dégoûter les malades.

Celle décoction se prépare en jetant une once (30 grammes) de racine concassée dans 500 grammes d'eau bouillante en un vase clos, et en réduisant ensuite au tiers par évaporation. On peut ajouter un amer aromatique à cette décoction pour s'opposer à ses effets nauséeux.

Aconit. — Le docteur West (1), ayant remarqué, dans deux cas où l'on avait administré l'aconit, que les règles supprimées s'étaient parfaitement rétablies, donna cette substance dans plusieurs autres cas d'aménorrhée, dans lesquels la sup. pression datait de plusieurs mois, et vit encore les menstrues se rétablir promptement. Aussi propose- 1- il d'employer ce médicament, comme emménagogue, delà manière suivante :

Extrait, aqueux d'aconit 1,50

gram.

Faites trente pilules. A prendre ainsi qu'il suit :

On commence l'administration des pilules, huit jours avant l'époque ordinaire de la menstruation, par une pilule dans la journée; le lendemain, on en prescrit deux, et l'on augmente la dose d'une pilule par jour, de manière que le jour où les règles devraient apparaître, la malade en prenne huit.

Les faits cités par West ne sont pas nombreux; il serait nécessaire qu'ils fussent multipliés. Nous ne saurions, par conséquent, nous prononcer rigoureusement sur cette médication, et nous ajouterons que le docteur West n'a vu aucun accident résulter de ce mode d'administration de l'aconit.

On a encore prescrit la belladone, recommandée d'abord par Ever (2), et puis par Sundelin et Mende ; la jusquiame, et d'autres narcotiques. Le docteur Richter unit la belladone au calomel, mais l'emploi de ces médicaments ne doit pas nous arrêter plus longtemps, parce que les cas où on les a administrés ne sont pas suffisamment spécifiés d'une manière générale : les médicaments narcotiques conviennent particulièrement lorsqu'il existe des douleurs vives et une agitation marquée.

Iode. — L'iode a été très vanté comme emménagogue il y a quelques années. Les docteurs Coindel, Brera (3), Sablairolles, Récamier et Trousseau {h), ont surtout insisté sur ses heureux effets dans l'aménorrhée. Suivant M. Trousseau (5), néanmoins, l'iode ne convient parfaitement que chez les femmes bien colorées, dont les règles sont simplement diminuées et coulent sans douleur, ce qui est le cas le plus rare. Cet auteur recommande la teinture d'iode, administrée ainsi qu'il suit :

?f Teinture d'iode. ... 25 à 30 gouttes. I Sirop de fleur d'oranger 30 gram.

Infusion de menthe 120 gram. I

A prendre dans la journée, par cuillerées à bouche.

(1) Note sur les propriétés emmena gogues de l'aconit {Arch. gén. de méd., 2° série, t. "VIII, p. 427).

(2) Nov. Act. nat. cur., novembre 1791.

(3) Saggio clin, sull' todio.Padova, 1822.

(4) Journal des connaissances médicales, novembre 1835.

(5) Traité de thérapeutique, 0U édition. Paris, 1858, t. I, p. 269 et 271.

AMÉNORRHÉE. — TRAITEMENT. 1 63

Il faut, ajoute M. Trousseau, continuer l'emploi de ce moyen pendant deux ou trois mois. Nous devons faire remarquer que, dans les cas cités, on ne s'est pas borné à administrer l'iode, qu'on a eu au contraire ordinairement recours à d'autres moyens actifs, ce qui rend douteuse l'efficacité de cette substance, et exige de nouvelles expériences.

Suivant AI. Trousseau, la mixture <ï ' lujdriodate de potasse de M. Wallace est une préparation qui convient dans les cas où l'iode est indiqué. En voici la formule :

If Iodure de potassium 8 gram. | Eau distillée 250 gram.

Dose : une ou deux cuillerées à bouche chaque jour.

AI. Trousseau (1) emploie aussi, au moment où se produisent les congestions spontanées vers l'utérus, qui marquent les époques menstruelles, la teinture d'iode à la dose d'un gramme par jour dans un julep. Quelquefois les règles sont provoquées en vingt-quatre heures ; mais il n'est pas dit, dans les observations que nous avons sous les yeux, si d'autres moyens n'ont pas été employés dans les intervalles.

Seigle ergoté. — Le seigle ergoté n'a pas été oublié dans le traitement de l'aménorrhée, et nous voyons ainsi ce médicament être prescrit clans les affections utérines les plus opposées sous tous les rapports. Les docteurs Tracher (2), "Weil, etc. , en ont vanté les bons effets, mais ils n'ont pas spécifié les cas; en sorte que nous restons dans l'incertitude. L'administration du seigle ergoté ne diffère pas de celle que nous avons indiquée à l'article Leucorrhée (Voy. p. kl).

Strychnine. —Les docteurs Bardsley (3) et Churchill {k) ont mis en usage la strychnine, et le dernier de ces auteurs cite un cas où, au bout de peu de temps, la menstruation, supprimée depuis dix mois, s'est rétablie à la suite de l'administration de la strychnine, à la dose de k à 5 milligrammes, trois fois par jour, pour commencer, puis, en augmentant avec prudence, à celle de 6 à 7 Milligrammes, également trois fois par jour. Administré avec précaution, ce médicament peut être essayé, mais il serait prématuré de se prononcer sur son degré d'efficacité avant de nouvelles observations.

Cantharides. — On a encore administré les cantharides sous forme de teinture ou de poudre, et le docteur Dewees (5) a cité quelques cas où ce médicament a paru réussir; mais, ainsi que le font remarquer les auteurs du Compendium de médecine, cette substance est trop dangereuse pour qu'on puisse la recommander en l'absence de fails plus nombreux et plus concluants.

Vomitifs, purgatifs. — Peu d'auteurs ont conseillé ces moyens. Cependant, parmi les vomitif, Y ipécacuanlia, préconisé par Guilbrand, a joui de quelque réputation comme emménagogue, et de légers purgatifs ont été assez souvent employés. Parmi eux, on choisit ceux qui agissent spécialement sur le gros intestin

(I) Voyez Duclos, Bulletin général de thérapeutique, L. XXXI, novembre 1846.

(2] The Journal of sciences, etc. London, 1816.

(3) Hosp. fuels and observ. London, 1830.

(4j The Edinburgh med. andsurg. Jmtrn., 1834.

(5) A compend. sysl. of midwifery. l'hiladelphia, 1826.

comme le jalap, la gomme-gutte, et surtout Yaloès, qui fait partie d'un grand nombre de préparations emménagogues. Chaumet (de Bordeaux) l'unit à la gentiane et au culomel, ainsi qu'il suit :

If Extrait de gentiane 0,1 5 gram. I Calomel à la vapeur 0,05 gram.

Aloès socotrin 0,05 gram. |

F. s. a. vingt pilules semblables. Dose : une matin et soir.

Nous pourrions encore citer des purgatifs plus énergiques, et en particulier le vin de coloquinte ; mais l'emploi des médicaments de cette espèce est trop incertain.

Moyens divers. — Beaucoup d'autres médicaments ont été mis en usage contre l'aménorrhée : nous citerons entre autres le raifort sauvage, la garance vantée par Fontcka, le docteur Dewees, etc.; la térébenthine par la bouche ou en lavements (Elliotson), le borax (Hufeland), la myrrhe, X ellébore noir, etc. Les documents que nous possédons sur l'emploi de ces substances sont peu précis.

Préparations d'or. — On sait que les préparations d'or ont été vantées comme anliscrofuleuses ; aussi est-ce dans les cas où l'on prescrit Y iode, c'est-à-dire lorsqu'on a des motifs de soupçonner que l'aménorrhée est sous la dépendance d'un vice scrofuleux, qu'on donne ce médicament. Voici les formules recommandées par Chrestien :

Paslilles de cyanure d'or.

If Cyanure d'or 0,10 gram. | Pâte de chocolat 32 gram.

F. s. a. vingt-quatre pastilles. Dose : d'une à quatre par jour, progressivement.

Pilules de cyanure d'or.

ïf Cyanure d'or 0,05 gram. | Extrait de daphne mezereum. 0,15 gram.

Mêlez, et avec :

Poudre de guimauve Q. s.

Faites quinze pilules de 0,20 gram. Dose : d'une à trois par jour, progressivement.

Nous ne pourrions que répéter ici ce que nous avons dit (tome Ier) dans l'histoire des scrofules, à propos des préparations d'or ; nous ajouterons que ces préparations doivent toujours être maniées avec beaucoup de prudence, et qu'on ne doit en élever la dose que lentement.

Moyens externes. — Nous avons déjà parlé des divers moyens mis en usage pour attirer le sang vers l'utérus (ventouses sèches, pédiluves sinapisés, sangsues en petit nombre, etc.) : il nous reste à indiquer quelques moyens externes dont quelques-uns sont beaucoup plus actifs et qu'on a plus ou moins vîntes.

Électricité. — A l'époque où l'électricité fut employée conlre toutes les maladies dans lesquelles on supposait l'alonicité d'un organe, on dut naturellement la mettre en usage contre l'aménorrhée. On trouve dans les divers recueils un assez grand nombre de faits dans lesquels on voit les règles longtemps suspendues reparaître après un plus ou moins grand nombre de secousses électriques dirigées à

AMÉNORRHÉE. — TRAITEMENT. 65

travers le bassin. Ce moyen est, selon tontes les apparences, beaucoup trop négligé aujourd'hui, et il serait à désirer qu'on l'expérimentât de nouveau avec toute la rigueur nécessaire. La meilleure manière de le mettre en usage est de se servir de Y instrument de Clarke, de celui de M. Duc hmne, ou de celui des frères Breton, et de diriger un courant intermittent des lombes à l'hypogastre, ou même directement sur l'utérus, par le vagin. Le docteur Kholodovitch (1 ) cite un cas remarquable de rétablissement de menstrues depuis assez longtemps supprimées. Il ne fallut qu'un petit nombre de secousses pour faire reparaître les règles. Avant cet auteur, Clarke (2) et un bon nombre d'autres avaient, à l'aide de faits semblables, établi l'utilité du galvanisme. M. Rayer (3) a observé récemment deux cas de guérison rapide par ce moyen, qui convient surtout clans les cas de débilité des organes génitaux.

Vésicatoircs. — Les vésicatoires ont été principalement recommandés par le docteur Graves. Il veut qu'on les applique à la surface interne des cuisses, deux jours avant l'époque à laquelle la femme attend ses règles. La plupart des praticiens préfèrent le sinapisme au vésicatoire, et les recherches n'ont pas été assez bien faites pour qu'on puisse se prononcer sur ce point.

t lnj^tions ammoniacales. — On a été jusqu'à prescrire des injections avec l'ammoniaque dissoute dans une certaine quantité de liquide. Ainsi Lavagne (h) recommande de fréquentes injections avec le liquide suivant :

^Laitchaud 2 cuillerées. | Ammoniaque liquide 10 à 12goulles.

M. Nicato indique la formule suivante :

¥ Ammoniaque 40 gouttes. Décoction d'orge 400 gram

Mucilage de gomme arabique. 1 5 gram.

Mêlez. Pour quatre injections par jour.

Broussoiinet (5) a employé ce moyen avec succès chez une jeune fille 'de vingt ans, qui avait vainement eu recours pendant six mois à d'autres médications Ce médecin recommande de faire les injections trois ou quatre fois par jour, deux ou trois jours avant l'époque des règles, et à les cesser dès que celles-ci paraissent. Chaque mjeclion doit produire une sensation un peu douloureuse, et ne réussit qu a cette condition. On doit donc augmenter ou diminuer la quantité d'ammom.'iquc pour atteindre ou pour ne pas dépasser cette sensation.

[ Ashwell recommande l'injection suivante :

* LaiUiède 500 gram. | Ammoniaque liquide 4 gram.

Ou simplement une décoction de farine de moutarde. La malade doit être couchée et doit conserver l'injection pendant quinze h vingt minutes.]

(1) Voïenno-med. Jour,,., 1824, et Archives générales de médecine, t. XVI „ 4 no U) Ubserv. on those diseascs of females wich are attended by dhcharqe* London "isoi

ASS£ ;a8t~ juillet 18471 et Journal'des l~^iSgJ&

(*) Annaliuniversali di medicina, 1823.

(3) Gazette médicale de Toulouse, février 1 8.Fi I . Vau.eix, 4e édit. — V.

Pour comprendre quelle est la prudence avec laquelle il faut administrer ces injections dont le degré d'efficacité n'est d'ailleurs pas encore très bien déterminé, il suffit d'observer que M. Fenoglia (1), qui néanmoins ne met que cinq gouttes d'ammoniaque dans 90 grammes de véhicule, a vu une véritable métrite se développer sous l'influence de cette irritation.

Les vapeurs d'eau et de vinaigre dans le vagin, conseillées dans l'ouvrage de MM. Roche et Sanson, agissent dans le même sens que l'ammoniaque, et n'offrent pas le même danger.

Il faudrait citer encore les bains de vapeur simple ou aromatique, les fumigations d'acide carbonique et quelques moyens internes conseillés par plusieurs auteurs; mais ces détails n'auraient qu'une faible utilité.

Un moyen qui a réussi dans quelques cas, bien qu'à priori, on ne dût guère s'attendre à un pareil résultat, c'est ['irritation des mamelles. M. Patterson (2) a cité deux cas où l'emploi de sinapismes sur les mamelles a rétabli les règles supprimées depuis longtemps. Ce qu'il y a de curieux dans le premier de ces faits, c'est que le sinapisme appliqué sur une des mamelles ne l'avait pas été dans l'intention de rappeler les menstrues, mais uniquement pour faire disparaître une douleur qui avait son siège dans cet organe. L'infirmière appliqua le sinapisme beaucoup trop grand, il survint un gonflement très douloureux de la mamelle, et la menstruation se rétablil. M. Hulin-Onget (3) employa le même moyen avec un égal succès. H est difficile, avec ces documents, de spécifier les cas dans lesquels convient un pareil traitement ; c'est pourquoi nous nous bornons à le mentionner.

[ Scanzoni insiste sur l'irritation des nerfs des mamelles au moyen de l'application sur le mamelon de ses appareils à succion, qni, dil-il, ont servi plusieurs fois avec succès à provoquer l'accouchement prématuré, j

k° Traitement de l'état consécutif à la diminution ou à la suppression des règles. — Les symptômes qui surviennent chez les femmes dont les menstrues ont notablement diminué ou se sont arrêtées complètement, sont si variables, qu'il est impossible d'en tracer exactement le traitement. C'est au praticien à les distinguer et à leur opposer les moyens convenables. On peut néanmoins, d'une manière générale, dire que ces symptômes se rapportent à l'anémie et aux affections nerveuses qui raccompagnent. Aussi est-ce dans ces cas qu'on emploie particulièrement les ferrugineux, les toniques, les antispasmodiques. Si, comme nous en avons observé plusieurs exemples, on trouve chez les femmes affectées d'aménorrhée des douleurs de nature évidemment névralgique, il ne faut pas hésiter à les traiter par le traitement local qui convient aux névralgies {U), tout en mettant en usage les remèdes qu'exige l'état général. Nous avons, en effet, constaté qu'on pouvait de cette manière faire disparaître la névralgie, avant que l'élal général ait été ramené à l'état sain, et par là épargner aux malades des souffrances très vives.

(1) flep. mcd. del Piemonte, 1832.

(2) Dublin med. Journ., n" H.

(3) Travaux de la Société de médecine d' Indre-et-Loire.

(4) Voyez l'histoire des Névralgies.

DYSMÉNORRHÉE.

RÉSUMÉ SOMMAIRE DU TRAITEMENT

1° Suppression récente, avec symptômes de congestion. — Traitement de la congestion sanguine de l'utérus ; légers emménagogues.

2° Suppression plus ou moins ancienne, avec symptômes de congestion aux époques des règles. — Môme traitement; insister un peu plus sur les légers emménagogues.

3° Aménorrhée par atonie des organes génitaux. — Emménagogues : rue, Sabine, armoise, etc. ; narcotiques : aconit, belladone, jusquiame, etc. ; iode, seigle ergoté, strychnine, cantharides ; vomitifs, purgatifs ; moyens divers, préparations d'or. Moyens externes: électricité, vésicatoires ; injections ammoniacales, vapeurs vinaigrées, fumigations, bains de vapeur.

h° Etat consécutif à la diminution ou à la suppression des règles. — Ferrugineux, toniques, antispasmodiques, etc.

ARTICLE IL DYSMÉNORRHÉE.

Suivant quelques auteurs, en particulier ceux du Compendium de médecine (1), il n'y a pas de maladie particulière qui doive trouver place dans le cadre nosologique sous le nom de dysménorrhée. Cet état pathologique n'est, d'après eux, qu'un degré de l'aménorrhée. Nous ne saurions partager cette opinion. On trouve' un grand nombre d'observations dans lesquelles les menstrues se produisent difficilement et avec des symptômes souvent très violents, sans que, pour cela, les règles soient diminuées ; il est bien évident qu'en pareil cas, on ne peut admettre l'existence d'une aménorrhée. D'autres, comme M. Duparcque, ne font delà dysménorrhée qu'un simple symptôme, dont ils attribuent l'apparition à une lésion de l'utérus, et presque toujours à un engorgement sanguin; mais cette manière de voir n'est pas plus admissible que la première. Sans doute, il est beaucoup de cas où une fluxion trop considérable, avec difficulté de l'exsudation sanguine, constitue l'état morbide auquel il faut rapporter les accidents divers qu'on observe dans la dysménorrhée ; mais il en est d'autres où cette fluxion n'a rien qui sorte de la règle ordinaire, et où cependant les menstrues se produisent avec difficulté et douleur; nous en citerons des exemples. Et même, en admettant que l'engorgement sanguin lût la seule cause des accidents, il faudrait encore, au point de vue pratique, traiter à pari de la dysménorrhée ; car l'état morbide désigné sous cette dénomination est formé par un ensemble de symptômes ayant une physionomie propre, et demande des moyens particuliers. Toutefois la dysménorrhée, ne consistant quen un trouble fonctionnel plus ou moins considérable, n'exige pas de très grands détails dans sa description.

(I) Voyez les articles Aménorrhée et Dysménorrhée.

§ I. — Séfînition, synonymie, fréquence.

On doit entendre sous le nom de dysménorrhée une difficulté plus ou moins douloureuse de la menstruation, et avec madame Boivin et À. Dugès, nous ferons observer que dans les cas où cette affection existe, on constate toujours la tendance naturelle à l'hémorrhagie périodique, qui est seulement entravée par des circonstances diverses. C'est là ce qui distingue la dysménorrhée de l'aménorrhée.

Cette affection a encore reçu les noms de mcnorrhagia, paramenia, menstruatio difficilis, dysmenorrhœa, dysmenia, menstrues laborieuses, etc. On l'observe très fréquemment.

§ II. — Causes.

1° Causes prédisposantes.

La dysménorrhée est fréquente surtout dans les premières années de la menstruation ; suivant M. Gendrin, elle diminue et souvent disparaît dans les dix années qui précèdent l'époque critique. Mais elle peut apparaître aussi vers la ménopause; les irrégularités douloureuses que l'on observe alors sont une véritable dysménorrhée. Un tempérament nerveux, une constitution sèche, forte ou faillie, sont les conditions dans lesquelles on pense, en général, qu'elle se montre plus particulièrement.

On a encore admis, comme causes prédisposantes, la vie sédentaire, ou bien un exercice immodéré, des aliments mauvais et insuffisants, ou au contraire une alimentation trop succulente. V habitation des grandes villes, tes excès vénériens de toute espèce, ou les vives affections de l'âme; le célibat, la continence, Yhérédité, etc. II suffit de cette énumération pour montrer combien sont peu précises nos connaissances sur l'étiologie de la dysménorrhée.

2° Causes occasionnelles.

Quant aux causes occasionnelles, nous pouvons dire que nous ne les connaissons nullement.

3° Conditions organiques.

Il n'en est pas de même des conditions organiques dans lesquelles se produit la dysménorrhée. Il en est quelques-unes que nous pouvons signaler. D'abord se présente Vengorgement sanguin. Nous verrons, en parlant de la congestion utérine, que les douleurs vives, un malaise général, et d'autres symptômes assez intenses l'accompagnent assez souvent, et se dissipent lorsque le sang coule librement. Il y a alors une véritable dysménorrhée qui n'existe pas toujours avec l'engorgement sanguin.

Les règles sont fréquemment difficiles et douloureuses chez les femmes atteintes de maladie organique de l'utérus. Tous les auteurs ont cité des cas de ce genre.

Il suffit parfois de la présence d'un polype pour déterminer la dysménorrhée. Lisfranc en a mentionné des exemples. Ces dysménorrhées peuvent être appelées symptomatiques, et ce sont celles qui nous intéressent le moins ici, parce qu'elles

DYSMÉNORRHÉE. — CAUSES. 69

oui leur place clans la description des maladies dont elles constituent un symptôme important.

Il arrive quelquefois que la présence d'un caillot ou d'une fausse membrane détermine, dans le cours de l'hémorrhagie mensuelle normale, les mêmes accidents que nous avons signalés dans la métrorrhagie, et il est surprenant que les auteurs qui nous ont précédé n'aient pas mentionné cette cause de dysménorrhée. Nous en avons vu un exemple bien frappant chez une jeune femme : les règles, depuis plusieurs années, n'avaient presque jamais eu lieu sans être précédées de douleurs excessives ressemblant aux plus vives douleurs de l'enfantement, et ne cessant qu'au bout de quatre, cinq, six heures, quelquefois plus, par l'expulsion d'une fausse membrane épaisse de 3 ou k millimètres, rougeâtre, lisse d'un côté, tomenteuse de l'autre, et ayant une étendue telle, qu'elle pouvait couvrir complètement la surface interne d'un utérus sain. La cessation des douleurs, après l'expulsion de cette fausse, membrane évidemment fibrineuse, était instantanée, et le sang commençait à couler, sans autre accident, jusqu'à la fin de l'époque menstruelle. M. le docteur Oldham (1) a décrit cette espèce particulière de dysménorrhée.

[La nature de ces membranes est maintenant connue. Kôlliker, Scanzoni et la* plupart des micrographes y ont reconnu la muqueuse utérine elle-même hypertrophiée et décollée de la surface interne de la matrice : « Ce qui le prouve irrécusablement, dit Scanzoni (2), c'est que nous y avons toujours trouvé de nombreux rudiments des glandes utriculaires... La formation de ces membranes, dont la texture histologique offre une grande analogie avec la caduque, qui se forme après la conception, est occasionnée sans nul doute par une hypérémie considérable et souvent répétée des parois de l'utérus, laquelle est suivie d'un excès de développement de la muqueuse. Le décollement de la membrane hypertrophiée a lieu soit à la suite d'une accumulation du liquide exsudé entre elle et la paroi utérine, soit mécaniquement par les contractions du tissu utérin qui précèdent l'hémorrhagie menstruelle.

» La grandeur de ces membranes est souvent très variable chez la même femme ; quelquefois elles ne dépassent pas les dimensions d'une pièce de 50 centimes, tandis qu'à la menstruation suivante elles présentent une étendue de 5 à 7 centimètres carrés. »]

MM. les docteurs Mackintosh et Oldham (3) ont signalé une autre espèce de dysménorrhée à laquelle ils donnent le nom de dysménorrhée mécanique. Elle est due à la contraction d'un point plus ou moins élevé de la cavité du col de l'utérus. Nous avons observé cette espèce, et, dans plusieurs cas, elle nous a paru résulter de cautérisations trop profondes faites sur le col et dans son intérieur. On détruit 1 obstacle et la dysménorrhée qui en est la conséquence, par la dilatation du col, pratiquée comme la dilatation de l'urèthre dans les rétrécissements. Un cas de ce genre a été traité et guéri dans le service de M. Robert, à l'hôpital Beaujou (h).

M. Bennett (5), qui a eu occasion de voir plusieurs cas semblables, rejette l'em-

(1) Gazelle médicale de Londres, extrait dans Archives générales de médecine, juillet 1847.

(2) Maladies des organes sexuels de la femme. Paris, 1858, p. 290.

(3) Loc. cil.

(0 V 'oyez Bulletin général de thérapeutique, t. XX.XI1T, septembre 1847.

(5) Traité pratique de l'inflammation de l'utérus, etc., traduction de M. Aran.

ploi des bougies; nous décrirons au paragraphe Traitement Le moyen employé par ce médecin.

Nous devons signaler une autre espèce que nous avons observée fréquemment. Dans les anûé flexions et les rétro flexions, le calibre du canal utérin est souvent effacé au point où l'organe est vicieusement fléchi. Lorsque les règles apparaissent, le sang a de la peine à s'échapper, parce que les parois en contact dans ce point forment un obstacle. De là les douleurs utérines. Quand le sang a commencé à couler dehors, tout rentre dans l'ordre. Kiwisch a également signalé ces causes de dysménorrhée et en a parfaitement indiqué le mécanisme.

Il est des cas nombreux où un examen attentif ne trouve ni flexion exagérée, ni maladie organique, ni obstacle à la sortie du sang. En pareil cas, on a recours, pour expliquer la difficulté de la menstruation, à une altération du sang, à la pléthore ou bien à l'anémie, et plus encore à un état nerveux particulier qu'on a désigné sous le nom d'hystéralgie cataménùile. Sans prétendre que ces explications portent à faux, nous ferons observer que les recherches sur ce sujet important sont bien loin d'être suffisantes.

Enfin il faut indiquer la névralgie lombo-utérine, qui se mêle à tant d'affections de la matrice, et qui, depuis que nous l'avons décrite, a été l'objet plus ou moins bien apprécié des recherches de plusieurs médecins.

[Scanzoni pose une ingénieuse question qui pourrai) bien expliquer certains cas de dysménorrhée. « Si l'on a égard à une observation bien constatée, à savoir, que la rupture des vésicules de de Graaf, situées dans les couches profondes du tissu des ovaires, exige ordinairement une hypérémic plus considérable de ces organes, qu'elle se fait attendre plus longtemps que celle des vésicules placées superficiellement, et qu'elle entrelient, par conséquent, pendant un temps plus long la congestion menstruelle, on ne nous accusera pas d'imprudence si nous émettons l'opinion que la dysménorrhée peut aussi quelquefois avoir pour cause la maturation habituelle d'ovules situés profondément et l'hypérémie prolongée et anormale qu'exige la rupture des vésicules qui les contiennent. »]

§ III. — Symptômes.

Les symptômes de la dysménorrhée sont très variés. Pour bien les étudier, il faut tenir compte des diverses espèces que nous venons d'admettre.

1° Lorsque la dysménorrhée est liée à un état fluxionnaire de l'utérus, elle offre les symptômes douloureux qui seront décrits à l'article Congestion utérine.

2° S'il s'agit d'une afleclion organique de la matrice, de la présence d'un polype, les symptômes peuvent être et sont en effet presque toujours les mêmes que dans le cas précédent ; car alors la fluxion utérine, aux époques menstruelles, est un phénomène fréquent.

3° La dysménorrhée due à la présence d'un caillot ou au décollement de la muqueuse utérine mérite une mention particulière. On a vu, dans le fait cité plus haut, que les douleurs peuvent être excessives; elles sont, dans tous les cas, d'une violence notable, et elles ont pour caractère de cesser brusquement par l'expulsion du corps étranger.

Il faut, dans tous les cas de dysménorrhée, mais surtout dans ceux où l'on a

DYSMÉNORRHÉE.

— SYMPTÔMES

quelque raison de croire à la formation de ces corps étrangers, avoir soin de toucher les femmes. En pareille circonstance, comme dans la ménorrhagîe, on peut, en effet, reconnaître Ja présence des corps étrangers, et en favoriser l'expulsion, ou même, dans quelques cas, eu pratiquer l'extraction.

k" Les douleurs qui constituent la dysménorrhée hystéralgique, ou kystéfalgf'e cataméniale, constituent, comme dans les espèces précédentes, le principal symptôme. Elles restent fixées dans le bassin, ou s'irradient au loin, ou enfin occupent d'autres parties du corps.

5° A l'aide d'une sonde utérine introduite dans le col, il faut rechercher si celui-ci n'est pas rétréci.

6° Par le toucher et par l'introduction de la sonde utérine, on s'assure s'il n'y a pas une inflexion qui elface le calibre du canal utérin.

7° Par la pression, on doit rechercher s'il existe des points douloureux sur le col et sur le trajet des nerfs lombaires. Un des principaux est dans les fosses iliaques.

Les douleurs fixées dans le bassin ressemblent complètement à celles qu'on observe dans la fluxion utérine : ce sont des tiraillements, des élancements, un sentiment de torsion, de chaleur incommode dans le vagin. Celles qui s'irradient au loin consistent en tiraillements clans les lombes, les cuisses, les aines, et en élancements souvent très douloureux. Enfin les douleurs fixées autre part présentent souvent, comme j'ai pu m'en assurer dans de nombreuses circonstances, le caractère névralgique. Nous avons vu, en effet, chez des femmes, des névralgies intercostales et lombo-abdominales, avec les points douloureux qui les caractérisent, et des migraines névralgiques, durer pendant un, deux, trois jours, quelquefois plus, avant l'apparition des règles, et disparaître lorsque l'hémorrhagie s'établissait. Et de plus nous avons constaté, dans un bon nombre de cas, l'existence de points névralgiques sur le col de l'utérus et sur le trajet des nerfs lombaires (1). Depuis lors, MM. Malgaigne et Beau, dont nous mentionnerons plus loin les recherches, ont fait des observations semblables.

Il n'est pas rare de voir des douleurs des reins survenir par suite d'une turgescence facile à apprécier lors de l'éruption difficile des règles. Quelquefois les femmes éprouvent un brisement marqué des membres, des douleurs d'estomac, des digestions difficiles. Quelques-unes enfin ont de véritables attaques d' 'hystérie.

M. Gendrin a cité une observation remarquable par le nombre et la violence des symptômes, bien que le volume normal de l'utérus fût constaté à l'aide du toucher parle vagin et par le rectum. On observa, dans ce cas, des coliques violentes presque continues, une vive sensibilité à la pression dans les régions hypogastrique et lombaire, un sentiment très pénible de courbature dans tout le pourtour du bassin et dans les cuisses, une tuméfaction douloureuse des mamelles, du dévotement, des épreintes, des nausées, des r/forts de vomissement, et en même temps des dé [alliances, des sipuvpes, une vive douleur de tête, et par moments des accidents spasmodir/ucs hystéri farines. Il est rare cpie la dysménorrhée soit portée à un aussi haut degré.

(1) Voyez Traité des névralgies (Paris, 1841), cl Bulletin général de thérapeutique, janvier

Dans lotis les cas, il y a un malaise général, souvent une céphalalgie occupant toute la tète, et plus forte vers la nuque. Les malades sont extrêmement irritables, fantasques, bizarres; elles ont quelquefois des bouffées de chaleur au visage, et quelquefois des borripilations ; et ce qu'il a de remarquable, ce qui prouve bien la nature nerveuse de l'affection, c'est qu'au milieu de ces symptômes violents le pouls reste presque toujours parfaitement calme.

Il est ordinaire de voir ces phénomènes se calmer beaucoup et même disparaître complètement lorsque l'bémorrbagie menstruelle s'établit; cependant on voit des dysménorrhées continuer même alors que le sang a commencé à couler. Presque constamment, en pareil cas, le sang s'échappe avec peine, goutte à goutte, et semble être exprimé péniblement par des contractions utérines douloureuses. Parfois même ce n'est qu'un liquide muco-séreux ou sanguinolent qui est ainsi rendu. C'est là ce que, à l'exemple d'Aétius, quelques auteurs ont appelé stillicidium uteri. Il est vrai de dire que cet écoulement pénible et douloureux s'observe bien plus souvent dans la dysménorrhée par engorgement sanguin de l'utérus que dans la dysménorrhée hystéralgique.

[Formes principales. — Comme il nous paraît important, au point de vue de la thérapeutique, de fixer nettement les caractères des deux variétés principales de la dysménorrhée, savoir : la dysménorrhée nerveuse et la dysménorrhée congestive, nous en empruntons la description à l'ouvrage de Scanzoni.

1° Dysménorrhée nerveuse. — « Les femmes qui souffrent de cette anomalie présentent ordinairement des phénomènes plus ou moins nombreux d'une irritabilité excessive du système nerveux tout entier, ou seulement de quelqu'une de ses parties. Elles sont presque toutes hystériques, et, en les observant de plus près, il n'est pas difficile de remarquer en elles l'un ou l'autre des symptômes de cette maladie. Cependant on se. tromperait beaucoup en croyant que cette forme de dysménorrhée ne se rencontre que chez des sujets délicats, maigres et anémiques ; tout praticien a l'occasion d'observer la dysménorrhée nerveuse chez des femmes d'une bonne constitution, robustes et pléthoriques.

» Les symptômes sont ordinairement les suivants : Quelques jours déjà avant l'apparition des règles, les malades montrent une mauvaise humeur surprenante ; elles sont abattues, capricieuses, évitent la société, recherchent la solitude et accusent un malaise général qu'elles ne peuvent définir nettement. Plus tard, simultanément à divers troubles digestifs, tels que des éructations, des flatuosités, delà constipation, etc. , elles se plaignent d'une céphalalgie très pénible, souvent bornée à l'un des côtés de la tête, et à laquelle se joignent souvent des troubles visuels, particulièrement la photophobie, accompagnée d'une hypersécrétion des glandes lacrymales. Peu à peu des sensations douloureuses dans les organes du bassin se font sentir : ce sont des tiraillements, des élancements, qui restent bornés à la région utérine ou s'irradient vers les cuisses, le siège et les lombes; très souvent ils s'étendent aussi aux mamelles, quoique avec moins d'intensité. A ces accidents viennent fréquemment se joindre une constrictionconvulsivedu vagin, un prurit de la vulve très désagréable, plus fréquemment encore un ténesme vésical et rectal. L'urine, rejetéc en petite quantité, est d'un jaune-paille, presque toujours alcaline et renferme, au bout de quelque temps, un grand nombre de champignons et de vibrions. Tous ces symptômes augmentent graduellement cl atteignent leurmaxi-

DYSMÉNORRHÉE. — MARCHE. 73

muni d'intensité immédiatement avant l'apparition du flux menstruel; ils se tempèrent en général assez rapidement, dès que l'écoulement est bien établi; il y a même des cas où les malades, peu auparavant très souffrantes, se trouvent parfaitement bien quelques heures après le commencement des menstrues, et se mettent aussitôt à vaquer à leurs affaires, ce qui, avant cela, leur avait été complètement impossible pendant plusieurs jours. Chez la plupart des malades, ces accès se répètent à chaque période avec plus ou moins d'intensité. Quelquefois cependant ils disparaissent tout à coup pour ne plus revenir, sans qu'il soit possible de découvrir la cause de cette guérison.

» Nous ajouterons encore que, dans cette forme de dysménorrhée, l'exploration de l'utérus et de ses annexes ne fait connaître aucune altération anatomique. Cependant il ne faut pas oublier que, lorsqu'il existe des vices organiques de la matrice, tels que ceux que nous avons signalés plus haut, les règles sont souvent précédées des mêmes symptômes que nous venons de décrire. »

2° Dysménorrhée congestive. — « Cette forme est essentiellement caractérisée par les phénomènes de la congestion des organes du bassin. Un ou plusieurs jours avant le retour des règles, les malades accusent un sentiment de plénitude, de pesanteur et de chaleur dans le bassin, des douleurs compressives vers le sacrum, un besoin fréquent d'uriner et d'aller à la selle; puis à ces symptômes viennent se joindre une excitation fébrile plus ou moins prononcée. Les signes de la congestion cérébrale manquent rarement : le visage est rouge, l'œil a un éclat insolite, les carotides battent avec force, le front et l'occiput sont le siège d'une céphalalgie intense. Fréquemment aussi l'activité anormale du système vasculaire donne lieu à des palpitations passagères ou même continues et à des transpira tions abondantes. Il y a rarement du délire, des convulsions ou du coma.

» Au toucher, on trouve la température du vagin élevée, la région inguinale et l'utérus douloureux; ce dernier est quelquefois notablement grossi, tuméfié, et cette tuméfaction disparaît d'ordinaire peu de temps après le commencement' de l'écoulement; elle est surtout prononcée lorsque la dysménorrhée congestive est compliquée d'un engorgement chronique de l'organe. Dans ces cas-là, les malades elles-mêmes disent que la tumeur qu'elles sentent au travers des parois abdominales augmente de volume trois ou quatre jours avant chaque période. L'hémorrhagie est au commencement très peu copieuse, elle se borne quelquefois à quelques gouttes de sang; au bout de deux ou trois jours, quelquefois encore plus lard, les douleurs expulsives diminuent d'intensité ou cessent complètement, en même temps que l'écoulement devient plus abondant; et il n'est pas rare qu'il devienne une véritable ménorrhagie qui dure encore six à huit jours; souvent alors le sang est coagulé en assez gros caillots.

» Nous devons mentionner aussi les cas dans lesquels les malades, tout en présentant les symptômes de la dysménorrhée congestive, rendent des fragments membraneux d'une grandeur variable. » Ce sont ces membranes que nous avons décrites comme étant la muqueuse utérine elle-même, hypertrophiée et décollée.]

S Iv. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

La dysménorrhée est ordinairement continue, et présente une marche croissante • cest-à-dire que, quelques jours avant les règles, les femmes qui y sont sujettes

commencent a s'apercevoir, à un malaise particulier, que leur éruption se prépaie Puis le malaise augmente, les douleurs et les autres symptômes s'y joignent, et ils arrivent à leur summun au moment où le sang va se montrer.

La durée de la dysménorrhée est, comme nous l'avons dit plus haut, de deux ou trois jours ; quelquefois néanmoins, elle se prolonge davantage, et dans certains cas on ne la voit durer que quelques heures. Quant à la terminaison, elle est toujours heureuse ; mais, ainsi que nous l'avons vu, l'apparition des premières goulleS de sang ne fait pas toujours disparaître les douleurs; quelquefois même les douleurs augmentent, ce que l'on doit presque toujours attribuer à la formation et à la rétention de caillots sanguins dans la cavité de l'utérus. Nous n'avons trouvé aucune observation dans laquelle ces douleurs aient persisté après les règles. Il est des cas, sans doute, où il reste un élat de souffrance de l'utérus, mais celte souffrance est causée, soit par une névralgie, soit par une maladie organique que la dysménorrhée était venue exaspérer.

§ V. — Lésions anatomiques,

Nous n'avons pas besoin de dire quelles sont les lésions anatomiques qu'on trouve dans la dysménorrhée par engorgement sanguin et par lésion organique ; elles n'appartiennent pas à la dysménorrhée elle-même. Quant à celles qui sont causées par un caillot ou par une membrane, ce sont ces corps étrangers euxmêmes qui, avec un certain degré d'engorgement, constituent les altérations anatomiques. Vient ensuite la dysménorrhée hystéralgique ; mais on n'a pas pu faire de recherches anatomiques sur ce point, et si nous nous rappelons l'état d'intégrité dans lequel une exploration attentive a trouvé l'utérus dans les cas les plus intenses, nous sommes porté à admettre que ces recherches, si elles avaient pu être faites, n'auraient conduit à aucun résultat important. Reste la dysménorrhée produite par les flexions de l'utérus, le rétrécissement de l'orifice interne, l'aplatissement du canal utérin. Il est très probable qu'avant les dernières recherches suiles déviations utérines, on a pris bien des cas de ce genre pour des dysménorrhées hystéralgiques. Nous reviendrons sur ces points d'anatomie pathologique dans l'histoire des déviations utérines.

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Le diagnostic de la dysménorrhée ne présente ordinairement aucune difficulté. La coïncidence des douleurs avec l'approche de l'époque menstruelle, leur disparition lorsque les règles sont établies ou ont suffisamment coulé, leur retour à une époque suivante, font cesser tous les doutes.

Cependant on a cité, comme pouvant être confondu avec la dysménorrhée, l'état douloureux qui résulte de la fluxion hémorrhoïdahe. Les douleurs, dans les deux cas, occupent le bassin et peuvent s'irradier au loin, et les symptômes généraux sont à très peu près les mêmes. Mais la turgescence douloureuse des glandes mammaires n'a pas lieu dans la fluxion hémorrhoïdaire, qui fréquemment a pu, en se montrant hors de l'époque des règles, fixer l'attention du médecin, et, dans tous les cas, l'examen «lu rectum, qu'il faut faire dès qu'il y a le moindre doute, lève toutes les difficultés.

DYSMÉNORRHÉE. — TRAITEMENT.

Ce que le médecin est surtout intéressé à rechercher avec soin, parce qu'il peut en tirer des conclusions très utiles pour le traitement, c'est la condition organique dans laquelle s'est produite la dysménorrhée. Or, nous devons renvoyer, sous ce rapport, aux divers articles particuliers qui concernent les états morbides auxquels se l'attache la dysménorrhée, tels que la congestion sanguine, les maladies organiques, le rétrécissement, la flexion du col, la névralgie lombo-utérine. Si aucun de ces signes n'existe; si, à l'aide du toucher par le vagin et par le rectum, on constate l'intégrité de la matrice et sa position normale, il est évident qu'on a affaire à cette espèce appelée dysménorrhée hystéralgique.

Pronostic. — Le pronostic ne saurait être grave, en ce sens que les jours de la malade ne sont pas menacés. Dans certains cas de dysménorrhée symptomatique il est certain que les femmes sont en danger, mais ce n'est évidemment pas à la dysménorrhée elle-même qu'il faut attribuer ce danger, même en partie. On ne peut pas dire, d'un autre côté, que le pronostic ne présente jamais un côté sérieux. Il est, en effet, des dysménorrhées très rebelles, et qui peuvent être pendant de longues années une source d'incommodités très grandes pour les femmes. Nous reviendrons sur ce point en parlant du traitement.

[Doit-on admettre qu'une dysménorrhée longtemps prolongée, soit capable de produire des altérations chroniques des parois utérines ? On doit penser, en général, que les lésions observées ont précédé la dysménorrhée et en ont été la cause plutôt que l'effet, et c'est à cette opinion que se rangent la plupart des médecins français, comme MM.' Nonat, Aran, Becquerel, ainsi que Scanzoni. Cependant il est facile de concevoir que des congestions répétées et difficilement satisfaites puissent apporter dans les parois utérines les éléments plastiques des inflammations, des productions fongueuses, fibreuses, etc. ; peut-être même peuvent-elles être, non la cause, mais l'élément localisateur d'une diathèse cancéreuse.]'

§ VII. — Traitement.

Pour exposer méthodiquement le traitement de la dysménorrhée, il faut de toute nécessité tenir compte de la division établie plus haut.

1° S'il s'agit d'une dysménorrhée par engorgement sanguin, ou congestive, il faut recourir au traitement qui sera indiqué à l'article Congestion utérine, en insistant beaucoup sur les émissions sanguines locales, sur les émollients, les bains et les narcotiques, à la tète desquels il faut placer V opium. Les lavements laudanisés donnés froids et les vésicatoires morphines constituent, en pareil cas, les moyens les plus efficaces qu'on puisse employer.

C'est surtout dans celte dysménorrhée que Lisfranc conseille avec insistance de petites saignées révulsives, un peu avant chaque époque menstruelle. Après avoir bien précisé l'époque du retour des règles, et avoir noté combien de jours avant leur apparition durent ordinairement les symptômes de la dysménorrhée, on pratique, un ou deux jours avant que ces symptômes viennent à apparaître, ou pendant qu'ils existent, si l'on a été appelé trop lard, nue petite saignée de 100, 120, 130 grammes, qu'on renouvelle ensuite aux époques menstruelles suivantes, jusqu'à complète guérison. M. (.'endrin, qui a mis maintes fois en pratique cette médication, et notamment dans le cas que nous avons cité plus haut, lui attribue de nombreux succès.

[A l'article Métritc nous indiquerons les formules proposées par M. NonaL pour l'emploi des saignées. Disons seulement ici que ce médecin distingué n'élève la dose du sang et ne répète les saignées deux ou trois fois par mois que chez les femmes d'une forte constitution et d'un tempérament sanguin. Chez celles dont la constitution est moyenne et le sang peu riche, il n'a recours aux saignées que quand les souffrances sont très vives, et il conseille de ne pas dépasser la dose de 60 à 80 grammes.]

C'est dans le même but que la médication dérivative a été mise en usage; que les uns conseillent, avec Sennert et Stahl, la saignée du pied, un petit nombre de sangsues (deux, trois ou quatre, rarement plus) aux cuisses, aux aines, au périnée, et les autres simplement des pédiluves sinapisés, l'exposition du siège à la vapeur de l'eau bouillante, des ventouses sèches autour du bassin ; en un mot, les moyens qui paraissent les plus propres à provoquer l'éruption du sang en le faisant affluer vers l'utérus. Il est des cas où, bien que ce soit la fluxion qui produise les accidents, un effort de plus suffit pour déterminer le suintement sanguin et le soulagement qui en est la suite ordinaire.

En pareil cas, on propose encore de mettre en usage de légers emménagogues. Madame Boivin et Dugès recommandent en particulier Valoès etl'armoise. On peut prescrire le premier de la manière suivante :

ï£ Aloès 0,60 grarn. j Cannelle • 0,10 grain.

Extrait de gentiane. ... 0,30 grain, J

Mêlez. Faites douze pilules. Dose : une matin et soir.

Quant à Yarmoi.se, on la prescrit en infusion suffisamment édulcorée à la dose de 10 à 15 grammes par kilogramme d'eau.

Il est évident qu'on peut remplacer ces emménagogues par beaucoup d'autres; cependant nous n'insistons pas sur ce point, parce que, dans l'espèce de dysménorrhée dont il s'agit, il serait imprudent de recourir à de trop forts excitants de l'utérus. C'est au praticien à juger, d'après les symptômes, s'il doit insister sur cette médication ou l'abandonner. Dans tous les cas, les emménagogues violents ne doivent pas être employés.

2° On comprend facilement que la dysménorrhée liée à une affection organique de l'utérus ne demande pas de traitement particulier. Les moyens doivent être choisis suivant qu'il y a congestion utérine ou simple irouble nerveux, et unis à ceux j qu'on dirige contre l'affection organique. Quant à la dysménorrhée qui est liée à l'existence d'un polype, on peut, par les moyens qui viennent d'être indiqués, ou par ceux qui vont être passés en revue, en calmer plus ou moins les symptômes ; mais on ne la fait cesser que par l'extirpation de la production morbide.

3° La dysménorrhée produite par la formation d'un caillot ou d'une fausse membrane ne peut cesser, lorsqu'elle s'est produite, que par l'expulsion ou l'extraction de ce corps étranger ; mais on peut se demander s'il n'y aurait aucun moyen de prévenir sa formation, et d'épargner aux femmes les accidents quelquefois si violents qui précèdent les règles. Les auteurs n'ont malheureusement pas fixé leur attention sur ce point important.

L'idée qui se présente d'abord à l'esprit, c'est que, en pareil cas, le sang a une

DYSMÉNORRHÉE. — TRAITEMENT. 77

plasticité anormale; la formation si prompte et si facile des caillots, et la présence si insolite des fausses membranes fibrineuses, ne paraissent guère possibles sans cette condition. Aussi, dans le cas qui a été cité plus haut, avions-nous pensé qu'il serait utile de pratiquer de petites saignées de 80 à 100 grammes deux ou trois jours avant l'époque menstruelle, de faire prendre dans l'intervalle des règles sept ou huit bains alcalins, de prescrire à l'intérieur le carbonate de soude à la dose de k à 8 grammes par jour, en trois doses, dans un demi-verre d'eau sucrée, et enfin de conseiller une tisane d'orge et de chiendent, avec 0,75 gram. de nitrate de potasse. Cette médication n'empêchait pas l'emploi des narcotiques et des antispasmodiques à l'apparition des douleurs. Malheureusement, il ne nous a pas été permis de suivre l'emploi de ces moyens et d'en constater les résultats. Nous les livrons à l'appréciation des praticiens qui auront l'occasion d'observer des cas semblables. Les émollients et les adoucissants ne sont, du reste, pas moins nécessaires dans ces cas que dans les précédents.

[On voit que Valleix prenait les membranes expulsées pour des produits anormaux, et qu'il ignorait qu'elles fussent formées par la muqueuse utérine. Néanmoins les indications qu'il pose nous paraissent extrêmement sensées et pleines de justesse, car elles conviennent au moins à la formation des caillots.

Quant au décollement de la muqueuse utérine, on a proposé de le prévenir par les cautérisations de la surface interne de l'utérus au moyen du nitrate d'argent solide et à l'aide d'injections intra-utérines de liquides astringents. Scanzoni dit avoir employé ces moyens pendant des mois entiers, sans aucun succès; de sorte qu'il se borne à l'emploi des antiphlogistiques locaux.]

h" La dysménorrhée qui a pour cause un rétrécissement utérin doit être traitée parla dilatation, à l'aide des sondes, de l'éponge, etc. Nous exposerons ce traitement plus loin.

5° La dysménorrhée par flexion exige le redressement de l'utérus que l'on obtient à l'aide de V emploi journalier de la sonde utérine, et ensuite de Y application du redresseur intra-utérin. Ce traitement, sur lequel nous ne pouvons pas nous étendre ici, nous a déjà procuré un bon nombre de guérisons de déviations utérines et de la dysménorrhée qui en est la conséquence.

6° Lorsque la dysménorrhée est due à une névralgie lombo-utérine, il faut employer, outre les médicaments qui vont être énumérés à propos de la dysménorrhée hystéralgique, qui a beaucoup de rapport avec elle, et qui môme, dans beaucoup de cas cités par les auteurs, reconnaissait très probablement pour cause une névralgie de ce genre, les moyens topiques dirigés contre cette affection. Ainsi, les vésicatoircs sur le trajet des nerfs lombaires, la cautérisation superficielle du col avec le fer rouge, la cautérisation lombaire (Mitchell), la section du col (Malgaigne), etc.

7° La dysménorrhée hystéralgique ou hystéralgie cataméniale, ou dysménorrhée nerveuse, est celle que l'on a traitée par le plus grand nombre de moyens. Ceux qui se sont présentés tout d'abord, et que l'on a le plus fréquemment prescrits, sont les anlispasmodiques.

Antispasmodiques. — Les principaux antispasmodiques mis en usage sont le camphre, Vasa fœlida, le musc et le castoréum. Ces substances ont été diversement associées entre elles ou avec d'autres, et il n'est pas de médecin qui ne sache

convenablement les manier. Nous nous bornerons donc h indiquer seulement quelques préparations qui jouissent d'une réputation assez grande dans le traitement des accidents qui nous occupent.

Vasa fœtida peut être ingérée dans l'estomac sous forme de potion ou de teinture. La préparation suivante est assez usitée dans la dysménorrhée.

?f Asa fœtida. 1,25 gram. | Liqueur de corne de cerf succiuée. 30 gram.

Faites une solution parfaite. Dose : de dix à vingt gouttes dans un verre d'eau, deux ou trois fois par jour.

On donne plus fréquemment encore cette substance en lavement, à cause de sa saveur et de son odeur repoussantes.

La formule suivante, dans laquelle le camphre est la substance principale, a été vivement conseillée par Dewees :

Camphre 1,25 gram. Sucre q. s.

Gomme arabique 4 gram. | Eau de cannelle 30 gram.

A prendre eu deux fois dans la journée.

On sait que le camphre se donne très souvent aussi dans un quart ou un demilavement, et délayé dans un jaune d'œuf. Nous indiquerons plus loin celui que conseille Lisfranc, et qui contient, outre le camphre, une certaine quantité de laudanum.

Il n'est assurément pas de médicament qui ail joui d'une plus grande réputation contre les affections utérines et contre la dysménorrhée en particulier, que le castoréum, aujourd'hui assez négligé. Il fait partie d'une multitude de préparations dont quelques-unes sont remarquables par la grande quantité de substances qu'elles renferment. Nous nous bornerons à citer la suivante, dans laquelle entrent Yéther et une substance ammoniacale, et qui peut être prescrite dans le plus grand nombre des cas :

% Teinture de castoréum. . ) ». .„ Éther sulfurique. . i arram.

t- ii i r 1 aa 10 gram. H °

Esprit de corne de cerf. . ) *>

Dose : trente à quarante gouttes dans une tasse d'infusion de camomille.

Nous nous bornerons à citer encore des préparations analogues dans lesquelles entre le musc; mais on les trouvera avec trop de facilité pour qu'il soit réellement utile de les consigner ici. Nous devons cependant faire une mention spéciale de Yéther, qui est d'une utilité incontestable et du plus grand usage. Il suffit de près* crire une potion éthérëe ordinaire.

Narcotiques. — Les narcotiques sont indiqués dans la dysménorrhée hysléralgique, bien plus encore que dans celle qui reconnaît pour cause un eugorgertiènl sanguin. V opium est Celui que l'on emploie le plus fréquemment. M. Pigeaux a réuni l'opium au camphre, sous le nom de pilules contre la dysménorrhée, dans la formule suivante :

If Opium brut 0,05 gram. | Camphre

Mêlez. Faites deux pilules. Dose : une matin et soir.

0,30 gram.

DYSMÉNORRHÉE. — TRAITEMENT.

On peut ajouter, ainsi qu'il suit, le cas'oréum à ces substances :

If Poudre de casloréum 4 gram. Extrait d'opium

Camphre 0,50 gram. Rob de sureau

0,50 gram.

Faites douze bols. Dose : deux toutes les six heures.

Lisfrauc recommande le lavement suivant, qu'il faut prendre presque froid, et en se couchant, pour qu'il soit plus facilement conservé :

If Eau de guimauve Q. s. pour un quart de lavement.

Laudanum de Sydenham 4, 6, 8 gouttes et plus, suivant les cas.

Camphre dissous dans un jaune d'œuf. . . de 0,15 à 0,30 gram.

Mêler. Continuer ce quart de lavement tant que durent les douleurs, et même dans l'intervalle des règles.-

L'extrait de belladone et celui de jusquiame peuvent aussi être mis en usage ; mais il suffit d'avoir bien établi l'indication pour que le traitement devienne facile, et que de plus grands détails cessent d'être indispensables.

[Les pessaires médicamenteux sont aussi très utiles. On peut les faire avec un mélange de cire, d'axonge et d'extrait de belladone ou de ciguë. S'ils ne peuvent pas être supportés à cause de leur consistance, on les remplace par des sachets de mousseline que l'on remplit de cataplasme froid ou tiède de farine de graine de lin, et que l'on enduit d'une pommade calmante à l'opium, à la belladone ou à la ciguë; on peut les introduire sans le secours du spéculum.

Les frictions d'un onguent au chloroforme sur l'hypogastre ou au sacrum sont souvent utiles.

Injections de vapeur de chloroforme dans le vagin. — Scanzoni dit en avoir obtenu d'excellents résultats, et que souvent il a suffi de quelques minutes pour faire complètement disparaître les douleurs. Voici la description que donne cet auteur de l'appareil qu'il met en usage et de la manière de le faire fonctionner :

« L'appareil se compose d'une vessie de caoutchouc vulcanisé, munie d'une canule de bois qui s'adapte par une vis à l'un des pôles d'une sphère creuse de laiton. Cette sphère a environ 52 millimètres de diamètre et peut être séparée en deux moitiés. Le pôle est également percé d'une ouverture dans laquelle est fixé un tube du même métal, auquel s'adapte un tuyau de caoutchouc vulcanisé d'environ 50 centimètres de long. Celui-ci se termine par un anneau clans lequel se visse une canule utérine; l'anneau et la canule sont de corne.

» Pour faire fonctionner ce pelit appareil, on n'a qu'à mettre dans la capsule de laiton mi peu de coton humecté de chloroforme, puis on introduit la canule aussi haut que possible dans le vagin. Par une compression exercée sur la vessie, on fait passer l'air qu'elle renferme dans la sphère de laiton ; il se sature ainsi de vapeur de chloroforme qu'il entraîne avec lui jusque sur le col de la matrice. »

Injections de gaz acide carbonique. — On sait que l'acide carbonique gazeux a élé employé il y a déjà longtemps comme moyen calmant des douleurs, c'est-àdire comme anesthésique local. M. le docteur Le Juge (1) rapporte les premiers

(1) T/ièse. Paris, 1858.

essais à Ingenhousz, physicien hollandais en 1794, à Beddoès, et à John Ewart, chirurgiens anglais; le dernier l'appliquait à des cancers du sein.

« Ce fut seulement en 1834, dit M, Le Juge, que le docteur Mojon, professeur et médecin à Gênes, lit usage du gaz acide carbonique comme anesthésique. 11 l'employa avec succès en fumigations dans les douleurs vives, poignantes, accompagnées de tortillements dans la région utérine, que certaines femmes éprouvent

quelques jours et souvent quelques heures avant l'apparition des règles

En juillet 1856, M. Simpson, professeur d'accouchements à Edimbourg, conseilla les douches d'acide carbonique comme anesthésique local dans les névralgies du vagin, et de l'utérus et dans divers autres états morbides de ces organes, accompagnés de douleurs.... M. Follin (1) employa le premier, en France, les douches d'acide carbonique, » et il obtint des succès. Depuis cette époque, MM. Broca (2) et Ch. Bernard (3), médecins des hôpitaux, ont essayé avec plus ou moins de succès cet agent anesthésique, et M. Le Juge a rapporté une partie des expériences de M. Ch. Bernard.

Il n'entre pas dans notre plan d'exposer les phénomènes physiologiques produits parles injections d'acide carbonique. Nous emprunterons seulement à la thèse que nous venons de citer le passage suivant : « Les effets immédiats du gaz acide carbonique ont été de calmer des douleurs parfois très vives chez certaines de nos malades. Quelques-unes en ont éprouvé la cessation aussitôt après la première injection. L'effet anesthésique tantôt se maintenait toute la journée pour disparaître vers le soir; la malade prenait alors une seconde injection, et le bien-être recommençait pour durer jusqu'au lendemain matin ; tantôt la durée anesthésique du gaz n'était que de quelques heures. Quelques-unes ont pris trois injections gazeuses par jour; la disparition des douleurs a été plus rapide et plus permanente chez celles-là. »

Le procédé de production et d'injection de l'acide carbonique est encore fort primitif, et il y a lieu d'espérer qu'il sera perfectionné.

L'appareil employé par M. Bernard se compose d'un flacon à deux ou trois tubulures, de la contenance d'un litre. On y introduit deux cartouches contenant :

L'une,

Bicarbonate de soude 25 gram.

et l'autre

Bisulfate de potasse 20 grain.

On opère le mélange et l'on ajoute une quantité d'eau suffisante pour le couvrir. On ferme une tubulure, et le gaz se dégage par l'autre, qui est munie d'un tube de caoutchouc terminé par une canule vaginale; cette canule doit être introduite dans le vagin avant le dégagement du gaz. On peut placer sur le trajet du conducteur une sphère creuse contenant une éponge imbibée de chloroforme, aûn d'avoir un mélange de vapeur de cette substance avec le gaz acide carbonique.]

(1) Archives générales de médecine, novembre 1856.

(2) Aneslhésie par le gaz acide carbonique dans les cas d'affections douloureuses de la vessie (Moniteur des hôpitaux, 4 août 188"').

(3) Archives générales de médecine, novembre 1857.

DYSMÉNORRHÉE. — TRAITEMENT. 81

Excitants. — De légers excitants ont été conseillés par beaucoup d'auteurs. MM. Trousseau et Pidoux (1) insistent beaucoup sur leur utilité dans les cas de menstruation douloureuse et difficile, avec frissonnements, pandiculations, spasmes divers, et surtout coliques utérines déchirantes. Les infusions de menthe, de mélisse, de romarin, de lavande, de serpolet, de sauge, etc., sont les moyens les plus simples et les plus efficaces à mettre en usage, lorsque l'on pense que cette légère excitation est nécessaire.

Dilatation de l'orifice interne de l'utérus. — Quand l'aménorrhée dépend d'un rétrécissement de la cavité du col, M. le docteur Bennett (2) emploie avec avantage les tentes d'éponge de M. Simpson. « Ce. sont, dit ce médecin, de très petits cônes d'un pouce à un pouce trois quarts de longueur, dont l'extrémité la plus petite est mousse, et qui sont enduits d'une couche mince de cire. Je prends un de ces cônes, le plus pelit ordinairement, et je le porte dans la cavité du col aussi haut que je le peux, au moyen d'un stylet ou du mandrin de M. Simpson; je le laisse en place pendant vingt-quatre ou trente-six heures; la cire qui sert d'enveloppe à l'éponge se ramollit et protège en quelque sorte les tissus contre la dilatation produite par le gonflement de l'éponge; la résistance du col est vaincue, et le résultat obtenu sans avoir irrité la membrane muqueuse....

<> La première éponge ne pénètre pas à une profondeur de plus d'un quart de pouce ou d'un demi-pouce ; mais chaque nouvelle tente qui est introduite pénètre plus haut. De crainte de produire de l'irritation, je n'en introduis que chaque cinq ou six jours, de sorte qu'il faut en général tout l'intervalle compris entre deux périodes menstruelles pour obtenir la dilatation du col. Le jour où l'on retire la tente, ce qui se fait au moyen d'un fd de soie qui traverse la base du cône, il y a un écoulement muqueux assez abondant; aussi fais-je des injections froides répétées dans le vagin, afin de faire tomber l'irritation que cette manœuvre peut avoir produite. »

Voici les détails que M. le professeur Simpson a donnés (3) sur la préparation de ces éponges.

« Les éponges que j'emploie, dit l'honorable professeur, offrent la forme d'un tone ou d'une pyramide allongée. J'en ai de longueurs et de grandeurs diverses, suivant le but que je me propose. Pour préparer ces tentes, on trempe un morceau d'éponge dans une forte solution de gomme arabique ; on.le lie ensuite et on le comprime autour d'une tige centrale au moyen d'une ficelle, en lui donnant la orme d un cône; puis on le fait sécher, on enlève la ficelle, et plus tard on enduit a surface de la tente avec du suif ou avec un mélange de cire et d'axonge pour laciliter son introduction. Le canal intérieur qui doit recevoir la tige du mandrin qui sert a porter la tente dans la cavité du col ne doit pas avoir une profondeur de Plus ( un demi-pouce ou d'un pouce à partir de la base du cône. Un des côtés de

cette base est traversé par un fil qui sert à retirer l'éponge L'introduction se

lait par le même procédé que pour le cathétérisme utérin. Il faut faire quelquefois des injections d'eau tiède pour faciliter la dilatation. »

elplJimUé Ck U"'rapculiquc clde maUère médicale, 6e édition. Paris, 1858, t. IF, p. 474,

(l) M^nnJtiqU6 feVin!lammalion ^ l'utn us, trad. par le docteur Aran. Paris, 1840. (J) Monllily Journal, janvier 1850.

Vali.eix, 4e édit. — Y.

Soins hygiéniques. — Dans tons les cas de dysménorrhée, les malades doivent être maintenues dans le repos, et surtout éviter les excitations des organes génitaux. Quant au régime, il doit être doux et léger chez les femmes assez fortes, et tonique, suivant Lisfranc, chez les femmes débiles.

Résumé, ordonnances. — Après avoir passé en revue les principaux moyens dirigés contre la dysménorrhée, pouvons-nous dire quelle est la valeur de cette médication? Il n'est pas douteux que, parmi ces moyens, il n'y en ait un certain nombre dont une expérience répétée a démontré l'efficacité. Mais l'absence d'une méthode rigoureuse, dans l'appréciation des faits thérapeutiques, se fait sentir quand il s'agit du traitement de cette maladie, aussi bien que de tant d'autres. La tâche des observateurs qui se livreront à des recherches sur ce point doit principalement consister à spécifier les moyens qui conviennent le mieux suivant des cas déterminés, et à débarrasser ce traitement d'une multitude d'agents thérapeutiques qui viennent le compliquer inutilement. En attendant, disons que, d'après l'expérience, ceux qui sont le plus utiles sont les émissions sanguines, quand il y a engorgement; les narcotiques et les antispasmodiques, lorsqu'on voit prédominer des troubles fonctionnels, consistant surtout en violentes douleurs; les moyens chirurgicaux quand il existe un obslable mécanique à l'écoulement du sang.

|re Ordonnance.

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