‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 228 sur 344 · ALCOOLISME CimOiMQUE · texte numérisé non relu

ALCOOLISME CimOiMQUE

Le mot alcoolisme chronique doit représenter tous les accidents qui suivent, à longue échéance, l'abus des spiritueux; dans ces cas, la continuation actuelle des excès n'est plus nécessaire pour l'évolution des symptômes morbides.

Au fond, les formes aiguë et chronique de l'alcoolisme sont de même nature, puisque la cause est identique, mais il y a cependant une différence entre lesdeux espèces d'intoxication. « La première, dit Marcel (2), consiste dans un trouble

(1) Loc. cit.

(2) On chronic alcoholic intoxication. London, 1860.

aigu et violent des fonctions du système nerveux, durant en général de quatre h dix jours, tandis que la seconde forme, au contraire, tout en ressemblant à l'autre sous des apparences plus calmes, prend la forme d'une maladie prolongée, [/alcoolisme chronique est un état de souffrance qui dure longtemps et sans interruption et n'accorde aux malades aucun repos de jour et de nuit. »

Puisque nous reconnaissons le lien de parenté entre le delirium (remens et l'alcoolisme chronique, à plus forte raison devons-nous reconnaître l'unité de cette dernière affection. Et dans cette pensée, il nous semblerait illogique d'établir plusieurs espèces d'alcoolismes chroniques; mais comme, en raison des fonctions variées du système nerveux, les manifestations peuvent se faire vers telle ou telle fonction, il est évident que l'affection peul présenter un grand nombre de formes diverses, et c'est là la cause de la division adoptée par lUagnus Huss, au point de vue de la symptomatologie.

La division de cet auteur, la plus complète qui ait encore été présentée, est la suivante :

1° Forme paralytique ou parésique ; 2° — aneslhésique ; 3° — hyperesthésique ; û° — convulsive ; 5° — épileptique.

11 faudrait ajouter à cette division la forme prodromique, mais nous en avons déjà parlé.

Nous empruntons à Magnus Huss la description de ces formes, qui n'ont jamais été aussi bien exposées.

Forme paralytique ou parésique. — Ici l'affaiblissement de la force musculaire est ce qui prédomine. En général, cela ne va pas jusqu'à la paralysie, mais cela reste à l'état parésique. Cet état diffère de la paralysie suite d'apoplexie ou de maladies cérébrales. Il se porte peu à peu de la périphérie vers le centre. Il a été décrit sous les noms de « méningite chronique, tabès dorsalis, paralysie générale des aliénés, paralysie générale progressive ». Après une certaine durée des symptômes prodromiques (lre forme), les extrémités, surtout les membres supérieurs, commencent à s'affaiblir : — sommeil interrompu par des visions. Les bouts des doigts s'affaiblissent d'abord; le malade ne peut serrer la main que faiblement; il laisse échapper les objets qu'il a saisis.

La faiblesse s'étend aux avant-bras, au bras ou à l'épaule. Bientôt elle se manifeste aussi dans les extrémités inférieures. Le malade flageole sur ses jambes; sa marche devient incertaine, difficile à décrire, mais facile à reconnaître. Quelquefois la faiblesse s'étend même aux muscles du dos. Le malade s'affaiblit de plus en plus et devient incapable de se maintenir dans une position quelconque, il reste constamment couché. Cependant les mouvements volontaires ne sont pas complètement abolis. Il n'aime pas à se mouvoir, parce qu'il est obligé pour cela de faire de grands efforts ; il ne peul manger lui-même, on est obligé de lui donner ses aliments. C'est dans ce cas que l'on peut appeler cela paralysie générale. Il s'y joint même quelquefois une paralysie de la vessie, du gros iutestin, de l'œsophage et même de la langue; quelquefois des soubresauts des tendons et des crampes vien-

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aeiitse surajouter. Cette forme n'arrive pas chez tous les sujets à son développement complet. Souvent les symptômes décrits précédemment sont très légers et accompagnés de l'aneslhésie qui caractérise, la forme suivante. La faiblesse musculaire survient lentement ou bien se manifeste tout à la suite d'une maladie aiguë, laquelle peut être le delirium tremens, un rhumatisme aigu, un érysipèle, une blessure, etc. , même un état d'ivresse plus fort que de coutume, ou bien la cessation subite de l'usage des alcooliques. Au début, cette faiblesse musculaire varie d'intensité et se manifeste surtout le malin et après un état d'ivresse.

Si le malade ne fait pas d'excès, elle peut rester très modérée; mais s'il continue à s'enivrer, elle peut atteindre le plus haut degré. Il est bien à remarquer que la cessation brusque de l'usage des alcooliques produit souvent une aggravation considérable.

Si l'usage de l'alcool est repris, les forces peuvent se relever pour un temps ; mais finalement elles diminuent à un tel point, qu'elles ne peuvent plus être rétablies que très incomplètement, à moins que le malade ne change totalement de

régime.

S'il est déjà survenu une paralysie de la vessie ou du gros intestin, on peut difficilement s'attendre à une amélioration notable.

Ces symptômes du système musculaire sont accompagnés, ou précédés, ou suivis d'autres étals morbides qui contribuent encore à caractériser cette forme.

L'extérieur du malade est changé; sa figure annonce l'hébétude et la paresse; le blanc des yeux devient jaunâtre ou gris jaunâtre; la peau est sèche et jaune. Le malade s'amaigrit; les muscles deviennent flasques : rarement les apparences et les formes se maintiennent, ou, si elles persistent, les forces ont cependant disparu.

Quant aux facultés intellectuelles, le malade devient indifférent, hébété, sa mémoire s'affaiblit; son sommeil est interrompu par toutes sortes de visions ; souvent le sommeil est précédé d'hallucinations de la vue ou de l'ouïe, ou même d'un véritable délire tranquille; la vue s'affaiblit, les pupilles sont dilatées; l'œil est moins impressionnable à la lumière; le malade croit avoir un voile devant les yeux, lesquels s'obscurcissent parfois totalement en même temps qu'il y a des vertiges; les mouvements brusques de la tête causent d'abord de ces sensations, mais bientôt le malade éprouve ces accidents, même quand il est tranquille (sans mouvement) ; bourdonnements d'oreilles; dureté de l'ouïe; tous ces symptômes sont variables d'intensité.

L'activité des organes digestifs est ordinairement changée ; on trouve à un degré plus ou moins élevé tous les symptômes d'une gastrite chronique, depuis les plus légers symptômes de dyspepsie jusqu'à cet étal où presque tons les aliments sont rejetés par le vomissement ; assez souvent il apparaît des symptômes d'inflammation chronique de l'intestin grêle et du gros intestin 5 l'abdomen est tendu, il y a des coliques, des flatulences; certains aliments sont rejetés par en ;bas non digérés (lienterie); la constipation alterne avec la diarrhée; le foie est I généralement hypertrophié et déborde les fausses côtes d'un ou de plusieurs pouces ci atteint quelquefois l'hypochondre gauche ; quelquefois il diminue de •volume à mesure que le corps s'amaigrit.

Mais j'ai vu des cas où, malgré une grande faiblesse musculaire, le foie conti-

nuit à S'accroître ou conservait sa grandeur normale, c'esl-à-dire que le fol Devenait gras et ne passait pas toujours à l'état granuleux ou à l'état cirrheux

S !«rS th°raCiqUeS' danS °ette f°rme ils "e Présentent P«s de change!

Poumons, quelquefois un peu de catarrhe; cœur, quelquefois un peu d'hvnertrophie. 3 '

Quant au degré de l'alcoolisme, il est étonnant que tel individu qui a énormément abusé de l'alcool puisse ne pas avoir d'affaiblissement musculaire, tandis que. tel autre, qui en a abusé beaucoup moins, peut être considérablement aiïaibli.

Forme anestkésigue. —La dénomination d'anesthésique est prise d'une diminution de sensibilité dans certaines parties.

Cette diminution de sensibilité, bien qu'elle soit liée aux symptômes des formesf) précédentes, est cependant le symptôme prédominant.

Monneret (1) dit que, dans beaucoup de cas, les sens sont seulement affectés;: que dans d'autres on a observé seulement une diminution considérable de la sensibilité tactile.

^ Avant que l'anesthésie ne devienne l'expression de l'intoxication chronique pari) l'alcool, elle est nécessairement précédée par un degré plus ou moins élevé de1 demi-paralysie (parésie). Elle est donc liée à la forme paralytique. Après un certain temps d'affaiblissement musculaire, le malade observe une diminution de la i sensibilité du bout des orteils.

Cette diminution s'étend peu à peu à la plante des pieds, à leur face dorsale, au tibia, au mollet, au creux du jarret, et ne remonte guère plus haut.

Les mêmes phénomènes se manifestent plus tard dans le bout des doigts, et ne remontent en général que jusqu'aux coudes.

A ces symptômes anesthesiques.il s'en joint d'autres, dépendant de l'intelligence. Rarement le malade peut faire aucun effort d'esprit. 11 s'aperçoit de la diminution de sa mémoire, et devient indifférent à tout ce qui se passe. Il a souvent des rêvess pénibles et des hallucinations de la vue et de l'ouïe, etc., et enfin les symptômes;! qui appartiennent à un degré plus élevé, appelé paralysie générale des aliénés.

Il y a parfois embarras de la parole, et cet embarras ne se manifeste quelquefois qu'au commencement d'une conversation, ou quand le malade veut parler vite ou qu'il se fâche. Dès que la forme anesthésique s'est nettement produite, les ■ désirs vénériens diminuent, et même disparaissent aussi bien chez les femmes quechez les hommes. Il n'y a plus d'érection, et la faculté, de concevoir cesse quand: même la menstruation continue.

Forme hyperesthésique.— On observe ici l'hyperesthésic clans les mêmes parties qui étaient affectées d'anesthésie dans les formes précédentes. Cette forme est i rare.

La forme hyperesthésique se subdivise en deux formes dont l'une siège surtout l dans la peau et l'autre dans les parties profondes.

La durée de cet état d'hypereslhésie n'a rien de régulier.

L'hyperesthésic peut disparaître, l'état paralytique persistant néanmoins L'hyperesthésie semble disparaître assez facilement par la cessation des abus alcooliques.

(1 ) Compendium de médecine pratique.

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