‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 269 sur 344 · ACCIDENTS CÉRÉBRAUX SATURNINS. — SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

ACCIDENTS CÉRÉBRAUX SATURNINS. — SYMPTÔMES

clic devient bruyante, sterloreuse, lorsque la résolution arrive. Alors la pâleur remplace la teinte violacée de la face; la peau se couvre de sueur ; les membres sont dans une résolution complète ; les pupilles sont largement dilatées; hsensibilité générale continue d'être abolie; mais l'attaque est terminée après une durée moyenne de quelques minutes seulement.

» Quant à la marche ultérieure de l'affection, elle varie suivant les cas. Sur plus de la moitié des malades, après quatre ou dix minutes, la sensibilité revient progressivement; l'intelligence reste obtuse; le malade néanmoins est susceptible de percevoir quelques sensations; il peut fournir quelques renseignements, mais communément il exprime mal ses pensées; il bredouille souvent des mots inintelligibles. Quelques-uns, à peine réveillés, s'agitent et vocifèrent; ils sont devenus maniaques; d'autres sont tourmentés par des idées sinistres, ou ont des visions effrayantes. Cette agitation furibonde, ces pensées tristes, cessent après quelques minutes, ou au plus tard après quelques heures, et sont remplacées par une nouvelle attaque d'épilepsie, ordinairement plus intense que la première. Alors les accès se rapprochent de plus en plus; ils deviennent presque subinlrants lorsque la maladie doit avoir une terminaison fâcheuse; dans leurs intervalles, qui sont fort courts, les malades ne recouvrent pas leur intelligence, mais restent plongés dans un état comateux et une insensibilité absolue.

» Dans quelques cas peu fréquents (une fois sur six), les convulsions sont irrégulières et difficiles à caractériser : c'est ce qui a fait dire à Stoll que presque tous les genres de convulsions ont lieu dans la colique saturnine, mais principalement la plus grave de toutes et qui attaque tout le corps, l'épilepsie, qui saisit, quitte, reprend les malades dans tous les temps et lorsqu'ils y pensent le moins.

» La forme convulsive peut être irrégulière dès le début, ou le devenir après des attaques d'épilepsie souvent répétées; dans ces cas, ces cou misions sont partielles, affectent la face entière ou l'un de ses côtés seulement; un ou plusieurs membres sont à la fois frappés de contracture permanente, persistant sans interruption trois, quatre, six heures et plus, jusqu'au terme fatal. Enfin on a vu des malades devenir cataleptiques, mais cette forme de convulsion est la plus rare de toutes; nous ne l'avons jamais rencontrée.

» La mort arrive souvent après des phénomènes d'aspht/xie, tantôt subitement, comme par une sorte de suspension de l'action nerveuse, tantôt sans convulsion* et dans un état de coma qui peut persister de quelques heures à un jour. »

3° Forme comateuse. — Nous avons vu que les deux formes précédentes se terminent fréquemment par le coma; dans quelques cas aussi, la forme comateuse se manifeste d'emblée, et alors on observe les phénomènes suivants : D'abord le malade ne paraît plongé que dans une somnolence profonde, dont on peut encore le tirer de manière à en obtenir quelques réponses sur ce qu'il éprouve actuellement; il est généralement calme, mais par moments il fait entendre quelques plaintes, s'agite, se met sur son séant, sur ses genoux, etc. Les yeux sont fermés ou largement ouverts; mais dans les deux cas la vue est abolie, il y a amaurose. Si la maladie ne se transforme pas en épilepsic, le malade revient à lui; il a seulement l'air étonné, il ne répond pas encore, et les facultés ne se rétablissent que peu à peu.

S M- — Marche, durée, terminaison de la maladie

Tels sont les symptômes et la marche qui caractérisent ces troubles cérébraux ; quant à la durée, voici ce qu'a constaté M. Grisolle : « La durée de la maladie varie, dit-il, suivant la forme des accidents. Le délire, s'il est intermittent, peut se prolonger, sans entraîner la mort, pendant quatre, six, neuf et dix-sept jours. Les attaques d'épilepsie peuvent se répéter à des intervalles plus ou moins rapprochés, depuis quelques minutes jusqu'à six ou sept jours. Enfin Y état comateux persiste le plus souvent de deux à six jours; mais dans quelques cas heureusement fort rares, la durée de l'affection, considérée en général, est très courte; car quelques heures, quelques minutes, quelques secondes même suffisent pour emporter les malades. »

Les récidives ne sont pas rares, alors même que les malades ne se soumettent plus à l'action délétère du plomb; mais M. Grisolle a constaté, d'après les faits qu'il a pu observer, qu'elles ne paraissent plus à craindre après la fin du second septénaire.

§ XII. — Lésions anatomiques.

Dans plus de la moitié des cas, il n'y a aucune lésion appréciable. Chez les autres sujets, on trouve une augmentation de volume du cerveau ; les circonvolutions sont serrées et aplaties, et la dure-mère est distendue. Les ventricules sont vides, et leur cavité a perdu une partie notable de sa capacité. Quelquefois la pulpe cérébrale a une coloration jaunâtre.

§ IV. — Diagnostic, pronostio.

Les symptômes décrits plus haut n'ayant rien de pathognomonique, c'est par l'existence actuelle ou antérieure d'autres accidents saturnins, et en particulier de la colique, qu'on arrivera au diagnostic. Si l'amaurose existe, elle mettra aussi sur la voie par sa brusque apparition et sa disparition au bout de quelques jours. L'état constamment calme du pouls mérite encore de fixer l'attention.

Pronostic— La mortalité est de plus de la moitié; c'est dire toute la gravité du pronostic. La forme convulsive est la plus grave. Il est rare que le malade succombe quand il a passé le sixième ou le septième jour.

§ V. — Traitement.

Nous devons convenir que nos ressources thérapeutiques sont très bornées. La saignée et les applications froides sur la tête sont, d'après M. Grisolle, non-seulement inutiles dans la grande majorité des cas, mais encore nuisibles. Nous devons dire néanmoins que, dans les cas assez nombreux que nous avons observes et traités, une ou deux applications de sangsues au cou ne nous ont pas paru aggraver les accidents. A ..

M. Grisolle pense qu'un large vésicatoire sur tout le cuir chevelu peut eire utile dans la forme comateuse; mais ce n'est encore qu'une présomption. Il en est de même des affusiont froide».

ARTHR ALGIE SATURNINE. — SYMPTÔMES.

Vopium est utile dans le délire furieux ; il calme, et procure le sommeil. On l'administre sous forme de lavements (quinze ou vingt gouttes de laudanum dans un demi-lavement émollient).

Le sulfate de quinine et les antispasmodiques ont constamment échoué.

Le traitement de la Charité, ou toute autre méthode évacuante, ne produit aucun effet contre les accidents cérébraux.

M. Rayer, cité par M. Tanquerel, a fini par abandonner tous ces traitements plus qu'incertains, et, s'en tenant à la méthode expectante, il a vu, sur trentequatre malades, un seul cas de mort. Ce résultat est bien remarquable, et tend à prouver que les remèdes préconisés sont plus qu'inutiles, qu'ils sont très nuisibles.

ARTICLE XIX

ARTHR ALGIE SATURNINE.

Après la colique de plomb, l'arthralgie saturnine est la plus fréquente de toutes les affections qui sont dues à l'intoxication causée par ce métal. Jusqu'à M. Tanquerel, on s'était contenté de signaler des douleurs plus ou moins vives dans différentes parties du corps chez les sujets soumis à l'influence du plomb; cet auteur nous a donné une description détaillée et intéressante de la maladie (1).

§ I. — Définition, synonymie, fréquence.

L'art/a algie saturnine est caractérisée par des douleurs des membres sans trajet déterminé, diminuées par la pression, augmentées par les mouvements, et offrant des exacerbations plus ou moins marquées.

Ces douleurs avaient été désignées par Sauvages sous le nom de rhumatisme métallique.

§ II. — Causes.

En général, les ouvriers les plus exposés à la colique de plomb sont aussi les plus sujets à l'arthralgie saturnine. Il faut seulement noter que les ouvriers des fabriques de minium sont beaucoup plus sujets à l'arthralgie qu'à la colique. La plus ou moins grande violence de la colique de plomb n'a pas de rapport direct avec le développement de l'arthralgie.

Prodromes. — « Outre les signes d'intoxication générale, le malade éprouve ordinairement pendant quelques jours an engourdissement et une lassitude variables dans les membres qui doi\cnt être affectés. Cet état est d'abord passager, existant le matin et se dissipant dans la journée. Il devient peu à peu plus intense et de plus longue durée; dans quelques cas, les douleurs débutent brusquement ; dans le plus grand nombre, le début de l'affection a lieu la nuit.

Symptômes. — La douleur est le principal symptôme do cette affection ; ie

(t) Loc. cit., t. l.

siège de cette douleur peut être dans presque toutes les parties du corps, mais elle se montre ainsi qu'il suit dans l'ordre de fréquence : membres inférieurs, lombes, thorax, dos et tète. Il n'est pas rare de voir plusieurs de ces points, et notamment les membres inférieurs et les membres supérieurs, être affectés à la fois.

Dans les membres, la douleur a son siège principal dans le sens de la flexion, ses limites sont très variables; et, ainsi que nous l'avons dit plus haut, elle ne suit pas un trajet fixe comme la névralgie.

Cette douleur a, du resle, tous les caractères de l'élancement névralgique : dilacérante, brûlante, poignante, etc. Elle a, en général, des paroxysmes très marqués, pendant lesquels les malades sont souvent en proie à une très vive agitation. Dans un certain nombre de cas, elle ne consiste, au contraire, que dans un simple malaise.

Après les accès, les malades n'ont plus qu'un sentiment de brisement ou de constriction des parties affectées.

Ces accès sont plus ou moins rapprochés, quelquefois très fréquents; un mouvement, une sensation de froid peuvent les provoquer; ils ont lieu ordinairement la nuit.

Il est ordinaire de voir la douleur diminuée par la pression. Cependant il faut dire que la pression n'a pas été exercée avec tout le soin possible, et il ne faut pas oublier ce fait, que les douleurs du ventre, dans la colique de plomb, sont souvent apaisées par une pression large, et augmentées par une pression exercée avec l'extrémité des doigts. N'en serait-il pas de même dans l'arthralgie? Nous regrettons de n'avoir pas encore fait cette expérience ; ce qu'il y a de certain, c'est que, dans quelques cas, la pression exaspère la douleur.

Des crampes, des spasmes, la rigidité des muscles des parties affectées accompagnent la douleur, principalement au moment des accès.

Du reste, il n'y a rien d'apparent à la peau, et le malade est sans fièvre.

Les diverses fonctions des organes voisins de parties occupées par la douleur sont plus ou moins troublées: ainsi, dans la douleur de la poitrine, la respiration est gênée ; dans celle de la face, la sécrétion des fosses nasales se supprime, etc.

La douleur se porte souvent d'un point dans un autre, quelquefois elle en occupe un grand nombre à la fois.

S IV. — Marche, durée* terminaison de la maladie.

La marche de la maladie est, en général, très irrégulière; quelquefois les symptômes se dissipent brusquement; plus souvent ils diminuent progressivement. Dans un certain nombre de cas, la marche de la maladie est chronique.

Les rechutes et les récidives sont fréquentes et longtemps à craindre.

Si l'on abandonne la maladie à elle-même, elle peut se perpétuer; bien traitée, elle n'a ordinairement qu'une durée de trois à six jours. Il est fréquent de voir la paralysie succéder à l'arthralgie saturnine.

§ V. — Diagnostic, pronostic.

Il est évident que la maladie ne saurait être confondue qu'avec une névralgie. Ce qui distingue ces deux affections, c'est que, dans l'arthralgie, la douleur ne

PARALYSIE SATURNINE. — SYMPTÔMES. 701

suit pas de trajet déterminé, et qu'il n'y a pas de points douloureux circonscrits. Je ne parle pas de la douleur à la pression ; car, dans quelques cas, elle existe dans cette maladie, comme dans les névralgies, ainsi que nous l'avons vu plus haut.

§ VI. — Traitement.

Les bains sulfureux donnés tous les jours, pendant sept ou huit jojirs, ou plus, si le cas l'exige, sont, d'après l'expérience, un des moyens auxquels on doit avoir le plus de confiance.

Il résulte des expériences de MM. Guillot et Melsens (1) que Xiodure de potassium a une très grande efficacité contre l'intoxication saturnine. Depuis l'époque où ils ont fait leur communication à l'Institut, nous avons plusieurs fois employé ce sel à la dose de 2 grammes par jour chez des sujets affaiblis, cachectiques, éprouvant des douleurs dans plusieurs parties du corps, et ce traitement a toujours été suivi promptement des meilleurs effets. On ne saurait donc trop engager les praticiens à le mettre en usage.

ARTICLE XX

PARALYSIE SATURNINE.

C'est encore à M. Tanquerel que nous devons l'histoire détaillée de la paralysie saturnine, qui, avant lui, avait été indiquée, mais non décrite.

Il est rare que cette paralysie se déclare primitivement; presque toujours elle se montre après la colique et l'arthralgie. Une sensation de froid, d'engourdissement, de la difficulté dans les mouvements, annoncent pendant un temps variable la paralysie.

§ I. — Symptômes.

M. Grisolle ayant donné un bon résumé de la symptomatologie, d'après les travaux de M. Tanquerel, nous croyons devoir lui emprunter le passage suivant :

« La paralysie est rarement générale et complète ; mais le plus souvent elle est bornée à un système de muscles ; elle peut même être circonscrite à un seul muscle, ou à un seul de ses faisceaux. Les membres supérieurs sont cinq ou six fois plus souvent atteints que les inférieurs; il n'est pas rare que les quatre membres soient simultanément affectés : presque toujours la paralysie est bornée aux muscles extenseurs; elle s'étend fréquemment aussi aux muscles qui concourent à l'articulation de la voix. Ainsi les malades qui peuvent encore se tenir debout, tremblent sur leurs jambes; leurs mouvements sont incertains; leurs jambes et leurs cuisses sont fléchies à cause de la paralysie des muscles de la partie antérieure (muscles extenseurs) ; les membres supérieurs sont pendants le long du tronc, si la paralysie est complète ; mais le plus souvent celle-ci n'atteint guère que les muscles extenseurs du poignet et des doigts. Ces parties sont alors fléchies ; les malades ne peuvent plus saisir aucun objet, tandis qu'ils conservent les mouvements de l'épaule et du bras.

(1) Voy. Bulletin général de thérapeutique, mars 1849.

'y,J- INTOXICATIONS.

n Chez ces individus, les lèvres sont ordinairement tremblantes ; la langue semble se mouvoir difficilement, la parole est embarrassée, il y a parfois, du bégayement ; si la paralysie porte sur quelques muscles du larynx, il peut y avoir aphonie, mais cet accident est rare. Il en est de même de la paralysie des muscles intercostaux, qui, lorsqu'elle existe, amène bientôt la mort par asphyxie. La sensibilité est presque toujours intacte dans les membres paralysées; mais chez un vingtième des malades environ, les parties privées de mouvement sont également insensibles. Cette insensibilité peut n'atteindre que la peau, ou frapper en même temps les parties profondes.

» Lorsque la paralysie est devenue complète et persiste depuis longtemps, les muscles finissent par s'atrophier. Si la paralysie n'affecte qu'un système de muscles, ceux-ci sont les seuls qui s'atrophient ; ce qui fait un contraste fort remarquable avec les reliefs que forment les muscles des mêmes parties qui ne sont pas paralysés. Ceux-ci alors, en imprimant à une certaine région du corps comme au poignet, par exemple, un état de flexion forcée, et en les tiraillant, déterminent le déplacement et la saillie des tendons et même des os du carpe. Lorsque la paralysie saturnine est très étendue, la nutrition générale languit, les malades s'affaiblissent , s'étiolent, les digestions se dérangent, les membres s'infiltrent, des eschares se développent sur les parties qui supportent la pression du corps pendant le décubilus; enfin la mort survient dans le marasme. »

Cette paralysie est une de celles où les muscles ne se contractent pas sous l'influence de l'excitation électrique, ainsi que l'a démontré M. Duchennc (de Boulogne) ; ce qui n'empêche pas, ainsi qu'on le verra plus loin, l'électricité d'agir comme moyen curalif.

Nous ajouterons, pour terminer cette descrip'ion, que la paralysie du sentiment, que nous venons de voir se montrer avec la paralysie du mouvement, peut quelquefois exister seule. Elle a été décrite par M. Tanqucrel, sous le nom d'anestkésie saturnine. Elle est complète ou incomplète, et occupe une plus ou moins grande étendue du corps. Son siège de prédilection est aux membres. Il résulte des recherches de M. Beau que l'anesthésie est beaucoup plus fréquente qu'on ne le croyait. Il est rare, en effet, de trouver un sujet sous l'influence du plomb qui n'ailla sensibilité de la peau, surtout aux bras, plus ou moins affaiblie. Uamaurose peut aussi se montrer isolée a\ant ou après d'autres accidents saturnins.

§ II. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

La paralysie se produit plus ou moins rapidement; mais ordinairement sa marche est lente, et sa durée est ensuite illimitée. Par un traitement actif, on obtient, dans un certain nombre de cas seulement, une guérison complète ou incomplète.

§ III. — Diagnostic, pronostic.

Le diagnostic ne présente pas de difficultés, car, en supposant qu'on n'ait pas de renseignements., ce qui ne paraît guère probable, la forme de la paralysie la distingue de toutes les autres.

Le pronostic est grave, car souvent la paralysie est incurable; souvent aussi on

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