PROCÉDÉ DE M. NÉLATON
« La malade est couchée sur un lit assez élevé, dans le décubitus dorsal, les jambes et les cuisses fléchies et maintenues par des aides; elle est placée dans la position que l'on domve au\ malades chez qui l'on pratique l'opération de la taille. On introduii dans le vagin un spéculum qui permet de découvrir la tumeur \ors le fond de cet organe à sa paroi postérieure; quelquefois, lorsqu'elle est .volumineuse, elle n'est distante de l'orifice vulvaire que de quelques centimètres. Les rides transversales de la muqueuse sont effacées. Après avoir avec le doigt cherché le point où l'on sent le plus manifestement la fluctuation, on enfonce sur ce point un 'ong trocart dont la canule doit être assez large pour permettre au liquida de s'é-
couler; il faut avoir soin do ne pas trop enfoncer l'instrument dans la poche, de peur de la Lranspercer d'outre en outre et d'aller blesser un organe voisin. Lorsqu'on a retiré la pointe du trocart, il s'écoule par la canule une plus ou moins grande quantité de sang liquide, noir, visqueux, semblable à de la mélasse. La tumeur se vide en partie, mais l'ouverture n'est cas assez large, et le liquide est trop épais souvent pour s'écouler en totalité de cette manière; il faut alors agrandir l'ouverture. Pour cela on retire la canule, puis on introduit,, par l'ouverture faite par le trocart, un litholome à une lame, disposé préalablement de manière à faire une incision suffisante; ce qu'on obtient 'par le degré d'ouverture que l'on permet, au moyen d'une vis, à la lame du lithotome. L'incision doit avoir le plus souvent 3 centimètres d'étendue; on la pratique dans le sens de l'axe du vagin, afin de ne pas blesser les artères utérines ; il faudra avoir eu soin de s'assurer aussi qu'il n'existe pas d'artères dans le point de la paroi sur lequel doit porter l'incision. Cette incision ne doit être ni trop considérable ni trop profonde ; sans cela on aura à craindre la blessure du rectum. Aussi le lithotome sera-t-il préférable au bistouri ; avec lui on pourra donner à l'incision la largeur que l'on jugera convenable et ne pas la dépasser, puisque, avant d'introduire l'instrument, le degré d'écartement qu'on donnera à la lame correspondra à la largeur de l'incision. Avec le bistouri, au contraire, on n'aura pas cette précision ; un mouvement brusque delà malade pourra faire prolonger l'incision, et aller blesser un organe voisin, le rectum, par exemple.
» Par l'incision que l'on vient de pratiquer, le reste du sang liquide qui existait dans la tumeur s'écoule ; le doigt introduit dans la poche constate l'épaisseur de ses parois, et l'existence dans la cavité de caillots qui sont adhérents à ces parois, il peut alors les détacher et même les broyer, puis à l'aide d'injections fortement poussées on les fait sortir de la cavité de la tumeur. M. Récamier recommande de faire, pendant que le liquide sort de la tumeur, une légère compression sur l'abdomen afin de faciliter l'écoulement de ce liquide par le vagin, puis de la continuer ensuite lorsque l'opération est terminée, en appliquant sur l'abdomen des compresses maintenues par un bandage de corps, afin de diminuer, dit-il, les chances de l'introduction de l'air dans le foyer, ce qui, comme nous l'avons vu, expose à des accidents graves, tels que la viciation du liquide, l'inflammation des parois de la tumeur, et enfin la résorption putride. Pour éviter encore l'introduction de l'air, il recommande de maintenir la poche remplie d'eau ; pour cela il pousse la fin de l'injection avec peu de force et maintient le siège de la malade dans une position élevée. Il faudra faire avec soin, dans le foyer, des injections tièdes, émollientes, qu'on répétera plusieurs fois par jour, afin de vider et de débarrasser la cavité de la tumeur du liquide et des caillots qui tendent à s'altérer si vite au contact de l'air.
.) La quantité de sang liquide que l'on retire par le vagin varie suivant le volume de la tumeur et le temps depuis lequel elle est formée. Quelquefois on ne retire que quelques cuillerées de liquide, le reste de la tumeur étant formé par des caillots; d'autres fois, au contraire, comme on a pu le voir dans les observations qui précèdent, 500 et même jusqu'à 1000 grammes de sang liquide se sont écoulés après l'incision. Le sang que l'on a retiré de ces tumeurs était dans tous les cas le même: il était noir, d'une Viscosité assez considérable, se coagulant diffici-