‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource] (volume 2)Chapitre 71 sur 344 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

ARTICLE Ier.

<J\ ARITE.

On a distingué l'ovariteeu simple ou idiopalkique, en puerpérale, qu'on peut, comme Chomel l'a fait pour la métrite, diviser en puerpérale proprement dite cl en postpuerpérale, et enfin en symptomatique d'une autre affection. Or il y a une circonstance capitale à considérer : ou bien l'ovarite se termine par résolution, comme cela arrive clans l'ovarite simple, ou bien elle se termine par suppuration. Dans ce dernier cas, il y a un abcès de la fosse iliaque, et il est bien plus important pour la pratique de ne tenir compte que de cet abcès, en rangeant l'inflammation de l'ovaire parmi les causes des lésions de ce genre, que de décrire la maladie tout entière, pour avoir ensuite à y revenir à propos des abcès de la fosse iliaque Nous n'avons donc à nous occuper ici (pie de la première espèce.

OVARITE A Kl II".

1° OVARITE A1GUF,. .

§ I, — Définition, synonymie, fréquence.

M. Chereau (1), qui a réuni les observations d'ovari te les plus importantes, n'a cité que sept cas de ce genre, et encore, en y regardant de près, on ne peut s'empêcher de conserver des doutes sur quelques-uns d'entre eux. Nous n'en avons observé qu'un seul, dont nous parlerons plus loin. Quant à l'ovarite qui survient pendant les couches, le diagnostic en est si difficile, que quelques auteurs, et en particulier Lisiïanc (loc. cit.), ont renoncé à décrire à part l'inflammation de l'ovaire, et ont réuni dans leur description cette inflammation à celle des autres annexes de l'utérus.

§ II. — Causes.

Les causes de l'inflammation idiopathique de l'ovaire sont des plus obscures. M: Chereau a rapporté quelques cas où il a paru que les efforts de la menstruation, dans lesquels il y a congestion sanguine de l'ovaire, peuvent être suivis d'une inflammation de l'organe congestionné. Le fait n'a rien d'invraisemblable, mais sa démonstration demanderait de nouvelles recherches; car, ainsi que nous le verrons plus loin, Je diagnostic aurait eu besoin d'être mieux précisé qu'il ne l'a été dans les observations rapportées. La suppression subite des menstrues aurait le même effet, d'après deux observations citées par M. Chereau (2). M. Copland (3) a signalé une ovarite rhumatismale ; mais rien ne prouve qu'en pareil cas le principe rhumatismal fût pour quelque chose dans la production de la maladie. M Louis (4) a trouvé, dans plusieurs cas de ces maladies fébriles, un peu de rougeur et de tuméfaction des ovaires, mais jamais de lésions assez graves pour mériter une description particulière.

On a encore cité comme causes de l'ovarite les coups, les chutes, les plaies, l'emploi des aphrodisiaques; mais on n'a pas rapporté les faits à l'appui.

Parfois l'ovarite est due à l'extension de l'inflammation blennorrhagique à un ovaire. M. le docteur Bourand (5) en a signalé des exemples intéressants.

L'ovarite survient parfois sans cause appréciable. C'est ce que nous avons constaté chez une femme de plus de soixante ans, chez laquelle, comme on le verra plus loin, l'existence d'une ovarite n'a pas été douteuse.

Tout le monde sait que dans le cours d'une fièvre puerpérale, l'ovaire peut s'enflammer ; mais, en pareil cas, c'est une affection secondaire. Quelque temps uprès l'accouchement, cet organe peut également être pris d'une inflammation qui se termine par résolution ou par suppuration. Le second cas nous occupe seul ici.

La maladie dont il s'agit se produit principalement pendant la grande période de la menstruation; cependant le fait que nous venons de citer prouve que celte règle n'est pas sans exception.

(1) Mémoire pour servir à l'étude des maladies des ovaires. Paris, 184*.

(2) Loc. cit., p. 131.

(3) Journal médico-chirurgical. I.ondon, 1830.

(4) Recherches sur la fièvre typhoïde, 2e édit. Paris, 1841 , 2 volumes in-8. (!J) Thèse. Paris, 1847.

§ III, — Symptômes,

Dans tous les cas cités, il y a eu une douleur spontanée assez vive, et surtout une douleur violente sous la pression; c'est au point qu'un attouchement un peu fort sur la région iliaque malade est tout à fait insupportable. La douleur spontanée peut s'irradier dans les lombes et même dans les cuisses ; elle est parfois pulsative. Les mouvements du membre inférieur causent de la douleur dans la partie malade, et le membre reste immobile et à demi fléchi.

Une tumeur, dont les auteurs comparent généralement le volume à celui d'un œuf de poule, mais qui peut, comme nous l'avons vu, être plus considérable au commencement de la maladie, se montre dans une fosse iliaque, bien rarement dans les deux à la fois. La position de celte tumeur n'a pas été indiquée d'une manière bien précise par les auteurs. Dans les faits cités par 31. Chereau, il est dit que la tumeur était mobile, et dans quelques-uns seulement, qu'elle pouvait être limitée de manière à faire reconnaître la forme de l'ovaire tuméfié. Voici ce que nous avons vu dans le cas soumis à notre observation. Les deux premiers jours, nous avons trouvé dans la fosse iliaque droite une tumeur qui avait 6 ou 7 Centimètres de diamètre, et qui occupait cette région de manière qu'il n'y avait aucun intervalle entre elle et l'os iliaque correspondant. La tumeur était immobile, et nous crûmes à la formation d'un phlegmon de la fosse iliaque non encore suppuré; puis la tumeur se limita, un intervalle souple existait entre elle et l'os iliaque, et l'on sentait une dureté ovoïde parfaitement limitée. Les jours suivants, la tumeur diminua rapidement de volume, de sorte qu'en dix ou douze jours elle avait complètement disparu, sans évacuation d'aucune espèce. Dans une observation due à M. Harisson, de Louisville (1), il est dit que la tumeur était située au-dessous de la protubérance du sacrum, ce qui nous paraît difficile à comprendre.

Le toucher par le rectum peut être utile pour constater la position de la tumeur; mais nous ne trouvons pas de renseignements suffisants sur ce point.

La tumeur est résistante; elle donne un son mat à la percussion, qui doit Cire pratiquée légèrement dans les premiers temps, à cause de la douleur vive qu'elle occasionne.

Dans les cas où la maladie survient après les couches, les symptômes locaux sont les mêmes d'abord; il n'y a, en effet, rien de particulier sous ce rapport, que la terminaison par suppuration dans certains cas.

Les autres (symptômes locaux signalés par quelques auteurs étaient dus a des lésions des organes voisins, et appartenaient par conséquent à des complications dont nous ne devons pas nous occuper ici.

Les symptômes généraux sont très variables suivant les cas. Si la maladie est survenue spontanément, elle peut ne déterminer qu'un simple malaise et un mouvement fébrile insignifiant. Dans les cas où elle vient pendant une menstruation difficile, il y a les signes de la dysménorrhée, et de plus un mouvement fébrile assez prononcé. C'est ce qui avait lieu chez les malades observées par M. Chereau ; la fièvre, avec brisement des membres, céphalalgie, soif, troubles digestifs, accompagnait les ovarites survenues à la suite d'une suppression des règles. Enfui

(1) The American Journ. of the mcd. sciences, 1835.

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