KYSTES DES OVAIRES. — CAUSES
§ XI. — Causes.
1° Causes prédisposantes.
Parmi les causes prédisposantes, on a rangé Y âge de vingi à quarante-cinq ans; mais nous n'avons pas à ce sujet de relevés de faits concluants. On dit aussi qu'une circonstance qui favorise beaucoup sa production est une ou plusieurs grossesses antérieures et le rapprochement des sexes (Lisfranc). Mais qui ne voit que, pour établir l'existence de ces causes, il faudrait pouvoir se fonder sur des chiffres extrêmement nombreux? Qu'y a-t-il, en effet, de surprenant que la maladie se montre le plus souvent dans les circonstances où presque toutes les femmes se trouvent placées? Rien ne prouve mieux la légèreté avec laquelle ces questions ont été étudiées, que de semblables propositions dont la naïveté est presque incroyable. Suivant Meckel, l'ovaire gauche serait plus fréquemment affecté que le droit ; mais il résulte d'un relevé de faits présentés par le docteur Bloff (1), que, dans 54 cas, l'ovaire droit a été affecté 31 fois et l'ovaire gauche 23 fois seulement. Sans doute il serait bon d'avoir un plus grand nombre de faits ; mais ceux qu'a rassemblés M. Bloff démontrent que l'assertion de Meckel aurait besoin de preuves.
2° Causes occasionnelles.
Les causes occasionnelles sont, suivant les auteurs, les violences extérieures , les excès vénériens, et tout ce qui peut occasionner Y inflammation des organes génitaux ; mais rien n'est moins prouvé que l'exactitude de ces assertions.
3° Conditions organiques.
L'opinion la plus générale est que. les kystes de l'ovaire sont le résultat de la distension et de la dégénération d'une ou de plusieurs vésicules ovariques. Suivant Delpech, et, après lui, M. Cruveilhier (2), certains kystes multiloculaires constitueraient une forme de cancer à laquelle le dernier de ces auteurs, qui regarde l'affection comme une altération des extrémités veineuses, a donné le nom de cancer aréolaire.
•■ " • § XXI. — Lésions anatomiques (3).
Le tissu de l'ovaire est hypertrophié, dénaturé, le plus souvent endurci. Dans les cas de kyste uniloculaire volumineux, il peut avoir complètement disparu, et l'on ne trouve plus qu'une poche à parois minces et membraneuses. Dans les cas de kystes multiloculaires, ce tissu forme des cloisons incomplètes plus ou moins épaisses ; et dans les cas de kystes multiples , le tissu altéré, parfois évidemment cancéreux, sépare les cavités par des cloisons complètes dont l'épaisseur est aussi très variable.
Les cavités des kystes ont une capacité extrêmement variable ; on en a trouvé qui n'admettaient pas le petit, doigt, et d'autres qui pouvaient contenir jusqu'à 50 kilo- Ci ) Journal V Expérience, l. I.
(2) Anatomie pathologique du corps humain, t. Il, livr. XXV, Maladies de l'ovaire.
(3) Consultez, à ce sujiit : Anatomie -pathologique des kystes de Vovair0, par L.-J. Bauchet, (Mémoire de l'Acad. de médecine, Paris, 1859, in-4", t. XXIII, p, 19 el suiv.).
grammes de liquide, el plus encore. Les kystes uniloculaires sont en général les plus grands. Les parois des kystes sont ordinairement lisses à l'intérieur.
Ces poches contiennent une matière qui varie suivant les cas, sous tous les rapports. C'est un liquide transparent, blanc et coulant comme de l'eau ; une sérosité citrine ; un liquide lactescent; ou bien un liquide épais, gélatineux, couleur de café ou de chocolat ; ou encore une matière demi-liquide semblable à du miel, à de la colle, à du suif, à de la graisse, etc. La quantité de cette matière est en rapport, non avec le volume de la tumeur, mais avec la capacité des kystes. On a extrait quelquefois, parla ponction, jusqu'à 50 et 60 kilogrammes de sérosité. Par- Ibis ces kystes contiennent quelques gaz, ce qui est dû à la décomposition de la matière qu'ils renferment.
On trouve des adhérences de la tumeur avec les organes voisins , ainsi que les résultats de la compression des organes et des accidents précédemment mentionnés,
§ IV. — Symptômes.
Début. — Le début des kystes de l'ovaire est toujours latent* Ce n'est que lorsque la tumeur a déjà acquis un volume assez considérable, qu'elle donne lieu à certains phénomènes et à certains signes qui en font reconnaître l'existence. Cette remarque prouve déjà combien on est peu fondé à attribuer la maladie à une inflammation, quelque faible qu'on la suppose; car s'il en était ainsi, on la verrait, au moins quelquefois, occasionner des accidents assez notables dès son début.
Symptômes. — Il est rare que ces kystes des ovaires causent de la douleur : cependant la chose n'est pas impossible. INous avons vu une jeune femme qui, portant un kyste de l'ovaire droit, gros comme la tête d'un fœtus, éprouvait, dans la fosse iliaque et le flanc de ce côté, des douleurs extrêmement vives, qui toutefois n'étaient pas continues, et se dissipaient après deux ou trois jours de durée, pour se reproduire après un espace de temps plus ou moins considérable.
Ordinairement les malades n'éprouvent d'abord qu'un peu de pesanteur dans la région affectée, et souvent c'est par hasard qu'elles découvrent la tumeur qu'elles ont dans l'abdomen. Lorsque la tumeur devient très considérable, l'abdomen peut être un peu douloureux. Il est quelques sujets qui ont des tiraillements dans les lombes, les aines et les cuisses. S'il survient une inflammation dans la tumeur ou dans une partie voisine, la douleur est vive; mais elle est due alors à un accident qui arrive assez rarement.
La pression, la percussion, les grands mouvements et la fatigue causent ordinairement un peu de douleur dans la région occupée par la tumeur, mais ce n'est presque toujours que lorsque celle-ci est assez volumineuse pour distendre l'abdomen.
La palpation exercée sur le ventre ne fournit quelques renseignements que lorsque la tumeur a acquis un certain volume. Alors on trouve celle tumeur déforme plus ou moins bien arrondie, et présentant des caractères différents suivant sou volume. Est-elle encore d'un volume médiocre, ne dépasse-t-ellc pas, par exemple, le volume de la tète d'un fœtus, on la sent très bien circonscrite dans un des côtés de l'abdomen, et la main, pressant fortement par son bord cubital sur la paroi antérieure dé cette cavité, peut la saisir du côté de l'ombilic, où l'on trouve son