HYPERTHOPH LE DES MAMELLES
On voit, par ce qui précède, que les causes de l'hypertrophie des mamelles sont mal connues, mais que quelques auteurs les rapportent volontiers à des modifications survenues dans les fonctions génitales.
§ V, — Symptômes, marche, terminaison.
Le début de l'hypertrophie ne présente aucune particularité digne d'être notée, et cet accroissement de volume n'est point douloureux d'abord; aussi n'existe-t-il dans les premiers temps aucune préoccupation. Cependant, lorsque la marche de l'affection est assez rapide, il y a une sensation de tiraillement, et des douleurs névralgiques s'irradiant vers l'aisselle; quelquefois la peau, au début, est rouge et douloureuse au loucher; peu à peu, suivant M. Scanzoni (1), les douleurs cessent, et l'accroissement de la mamelle fait des progrès plus lents. Lorsque le volume est considérable, les malades éprouvent une gêne qu'il est facile de comprendre. On a vu, en effet, une seule mamelle acquérir le poids énorme de 30 livres; ces organes tendent alors à se pédiculer et peuvent pendre jusqu'au niveau des genoux. Parmi les symptômes propres à cette affection, les plus intéressants sont ceux qui se montrent du côté des organes génitaux. D'après M. Velpeau, en pareil cas, <- les règles perdent de leur abondance, et ne reviennent pas à des époques aussi exactes ; souvent même elles se suppriment tout à fait (2). »
Le pronostic est en général fâcheux. II faut d'abord tenir compte de la difformité et de la gêne qui résulte de ce poids considérable ; en outre, l'expérience montre que les dégénérescences ou altérations organiques des éléments du sein se produisent souvent en pareil cas; enfin il peut résulter, de l'affection seule, un amaigrissement, un trouble profond des fonctions digestives et le marasme. Lorsque la maladie a fait des progrès notables, la guérison paraît difficile à obtenir. Un fait important à signaler, c'est que cette hypertrophie a été notée comme étant un obstacle à la conception.
§ VI. — Traitement.
Le traitement qui a été le plus employé dans ces dernières années est l'iode, qui paraît jouir de la propriété d'atrophier certaines glandes, surtout les mamelles. L'iode, l'huile de foie de morue, l'huile iodée, la ciguë, l'iodure de potassium, l'iodure de fer, paraissent à M. Velpeau les meilleurs remèdes à employer dans les premiers temps. On a conseillé la compression méthodique. L'extirpation de la mamelle est une opération grave, et à laquelle il ne faut avoir recours que dans des cas où cette dernière ressource paraît, en raison du bon état des malades, devoir offrir des chances suffisantes de succès, et aussi dans des conditions déterminées, ainsi que l'indique très bien M. Velpeau. Ce chirurgien ne propose l'extirpation que chez les malades où la tumeur, plus ou moins mobile, est pendante et douée d'une sorte de racine, c'est-à-dire quand l'hypertrophie porte plutôt sur le tissu glanduleux que sur les autres éléments de la région, ou quand les téguments sont assez, souples, assez sains pour permettre d'en conserver la quantité, l'étendue nécessaires au rapprochement des lèvres de la plaie. .
(1) Lac. cit.
(2) Traité des maladies du sein. Paris, 1858, p. 210.
AKTICLK vu.
DOULEURS NÉVRALGIQUES DES MAMELLES (mastodynie). § X. — Considérations générales.
Nous ne traiterons pus ici des douleurs provoquées et entretenues par la présence d'une tumeur du sein : or, on sait qu'un grand nombre de tumeurs, principalement les tumeurs dures, squirrheuses, peuvent donner lieu à des dpuleurs vives. Nous laisserons également de côté la question, d'ailleurs importante, des névromes, du moins de ces petites tumeurs insignifiantes et bénignes en elles-mêmes, mais dont le développement en certains points, peut-être sur le trajet des nerfs sensibles, donne lieu à des douleurs. Cette maladie est purement chirurgicale, et l'ablation de ces tumeurs est le seul remède efficace.
Il existe une autre affection du sein, consistant dans des douleurs névralgiques qui ne paraissent pas tenir à une tumeur ni à une altération locale quelconque, et qui sont sympathiques ou constitutionnelles. Nous en dirons quelques mots.
§11. — Causes, siège.
On doit supposer à priori que le siège de ces douleurs névralgiques est dans les nerfs sensibles qui se distribuent à la mamelle, mais il n'est p?s toujours facile d'en limiter exactement le siège : ainsi M. Velpeau avoue avoir en pareil cas exploré en pure perte avec les doigts le trajet des nerfs intercostaux et des filets venant du plexus cervical. Tout ce que l'on peut dire, c'est que ces douleurs partent rarement d'un point précis, qu'elles sont habituellement sans siège fixe, et que la mamelle tout entière, et quelquefois les régions voisines, sont endolories. Tous les auteurs sont d'accord pour dire que celle affection ne se rencontre que cbez les jeunes femmes de vingt à quarante ans, principalement les chlorotiques, ou dans les cas de dysménorrhée ; en un mot, dans les conditions où se rencontre la névralgie, quel qu'en soit le siège. Les femmes nerveuses, irritables, impressionnables, celles en un mot qui sont affectées de névrosisme, y sont surtout prédisposées. M. Velpeau, qui s'est occupé de celte maladie en 1838, et plus récemment en 1858 (1), pense qu'elle se rencontre souvent vers l'âge de retour et chez les femmes de trente à quarante ans.
§ III. — Diagnostic, symptômes, marche.
Le diagnostic de cette affection ne présente pas de difficultés sérieuses. Il ne faut pas s'attendre à trouver en pareil cas une modification dans le volume, la forme, la coloration de la mamelle, pas plus qu'il n'existe de modification apparente des tissus dans les cas de névralgie en général. Le caractère de la douleur est l'irradiation en divers sens, soif vers l'épaule, l'aisselle, la hanche, soit en arrière, au dos; il n'est pas rare de voir tout un côté du corps occupé par la névralgie. Ces douleurs sont rarement, continues; le plus souvent elles sont mler-
(1) Traité des maladies du sein, p. 3'ii