ANGINE DE POITRINE. — MARCHE, DURÉE
sorte compliquée; c'est que la névralgie a pris de l'extension, et qu'au lieu de rester bornée aux nerfs cardiaques, elle a gagné le pneumogastrique. On voudrait voir celle proposition, si importante dans la théorie que M. Lartigue défend après Laennec, appuyée sur une analyse plus rigoureuse des faits. Il est à regretter que cet auteur ait envisagé les observations d'une manière trop générale, d'où résulte un certain vague dans la démonstration de son opinion. Ce qu'il y a de certain, c'est que, dans plusieurs des cas rapportés par les auteurs, à la douleur précordialc s'est jointe, dès les premiers temps de la maladie, une gène considérable de la respiration. Quant aux cas où cette gêne est le symptôme dominant, où il y a jactitation et où dès le principe les phénomènes durent longtemps, il faut reconnaître, avec l'auteur que nous venons de citer, qu'il s'agit d'autre chose (l) que d'une angine de poitrine, et que si on les a pris pour tels, c'est que le diagnostic n'avait pas été établi sur des bases assez solides.
relativement à la circulation, il faut distinguer, et sous ce point de vue plus que sous tout autre , les cas compliqués des cas non compliqués. Dans les cas non compliqués, le pouls est, pendant les accès de longue durée surtout, un peu fréquent, serré, mais sans régularité ni intermittences; dans les cas compliqués de maladie du cœur, au contraire, le pouls présente tous les phénomènes pathologiques qui appartiennent aux affections de cet organe. C'est faute d'avoir tenu compte de cette distinction que beaucoup d'auteurs ont attribué l'angine de poitrine à une maladie du cœur ou des gros vaisseaux , tandis qu'un examen attentif ne peut pas, comme on le verra plus loin, faire admettre une pareille manière de voir.
Dans un certain nombre de cas, on a observé, surtout vers la fin de l'accès, des éructations. M. Lartigue (2) ne voit dans ce phénomène qu'un effet sympathique dû aux anastomoses des nerfs affectés avec les nerfs de l'estomac.
Enfin, chez un certain nombre de sujets, on a remarqué quelques troubles légers delà sécrétion urinaire et un peu de gêne dans la vessie; mais ces symptômes ont peu d'importance.
§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La description précédente pourrait presque nous dispenser de parler de la marche de la maladie. Le début est brusque, et, comme nous l'avons dit, l'intermillencs est très tranchée, de telle sorte que dans les intervalles les malades paraissent jouir (le la plus parfaite santé. A mesure que la maladie fait des progrès, les accès se rapprochent et deviennent plus longs et plus pénibles, surtout quand les complications font elles-mêmes des progrès rapides. En pareil cas, c'est principalement après les repas que l'accès se reproduit. Dans les cas de guérison ou d'amélioration, il n'est pas rare, au contraire, de voir les accès s'éloigner et devenir moins intenses avant de disparaître complètement.
■La durée de la maladie est très variable. Il résulte d'un tableau présenté par M. Lartigue que, dans les cas de mort, la durée varie de deux mois et demi à dixsept ou dix-huit ans; mais les cas où cette durée est de deux à six ou sept ans sont
(1) Asthme nerveux, hystérie, etc.
(2) Loc. cil.
Valleix, 1e édit. — III. 17
^b MALADIES DES VOIES ClRCULATOJltES.
les plus fréquents. Ajoutons toutefois que les nombres sur lesquels a été dressé ce tableau sont très peu considérables. Dans cinq cas terminés par la gUérison , |a maladie a duré de quelques mois à deux ans.
La mort est la terminaison que l'on observe le plus souvent dans l'angine de poitrine. Dans les cas simples, et dans ceux où la maladie est compliquée d'une affection organique du cœur ou des gros vaisseaux, la mort est assez souvent subite ou presque subite. Dans les autres, les malades succombent entre deux accès, après avoir présenté des symptômes graves. Dans un petit nombre de cas, on obtient une amélioration marquée qui permet aux malades de vivre encore longtemps, sans grande incommodité. Enfin, chez quelques sujets, on a constaté la guérison, et dans quelques-uns des cas de ce genre, ou a signalé comme coïncidence remarquable l'apparition d'un gonflement du testicule.
§ V. — Iiésions anatomiques.
De nombreuses lésions anatomiques ont été trouvées chez les sujets qui ont succombé à l'angine de poitrine. On a noté l'ossification des artères coronaires (Black, Parry, Kreysig), une lésion organique du cœur (hypertrophie, ossification, cariilaginification, etc.), des artères (ossification, cartilaginification, inflammation); la stase du sang dans le cœur, le développement du foie, l'ossification des cartilages costaux, des épanchements dans le péricarde et les plèvres.
La variété et la multiplicité de ces lésions sont déjà de nature à nous faire douter de leur valeur. On en doute bien plus encore quand , en examinant les faits , on voit que beaucoup de cas dans lesquels ces lésions ont été trouvées n'étaient pas des angines de poitrine : nous citerons, par exemple, les observations de 31. Corrigan (1), dans lesquelles on a constaté l'existence d'une aortite, mais dans lesquelles aussi l'existeuce de l'angine de poitrine est loin d'être évidente, comme nous l'avons fait voir ailleurs (2). Ces doutes prennent plus de force encore lorsque l'on se rappelle un fait cité par M. Gin trac, et dans lequel l'angine a guéri, bien que l'affection de l'aorte, à laquelle on aurait pu la croire liée, ait persisté.
Enfin, et c'est là un argument péremptoire, on a vu des cas dans lesquels aucune des lésions qui viennent d'être indiquées n'ont été rencontrées.
Il résulte de tout cela que l'angine de poitrine est une névrose qui, par ses cai ictères, se rapproche des névralgies, et que, pour cette raison, plusieurs auteurs ont rangée parmi les névralgies anomales.
Maintenant, quel est le siège de cette affection? On est porté à le placer, avec Laennec et M. Lartigue, dans les nerfs cardiaques; mais, pour que le fait fût hors de toute contestation, il serait nécessaire d'avoir une analyse de faits mieux observés, et rapportés avec plus de détails que le plus grand nombre de ceux que nous possédons. Parfois la maladie envahit, soit en même temps, soit succe>sm ment, le nerf pneumogastrique et les nerfs cervicaux et intercostaux; il y a alors réunion de plusieurs affections nerveuses (névralgie anomale des nerfs cardiaques et pneumogastriques, et névralgie des nerfs cervico-brachiaux et dorso-intercostaux). Telle est la manière dont l'affection nous paraît devoir être considérée dans
(1) Archives gèn. de méd., 3e série, 1838, t. I, p. 71.
(2) Ibid., p. 81.
ANGINE DE POITRINE. — TRAITEMENT. 2jJ
l'état actuel de la science. Quant aux complications trouvées du côté du cœur et de l'aorte, elles peuvent être regardées comme des causes prédisposantes ou excitantes de la maladie, mais non comme essentiellement liées avec elle.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
.Nous avons vu, dans le cours de cet article, que de nombreuses erreurs de diagnostic ont été commises; mais cela vient de ce que les caractères essentiels de l'angine de poitrine n'ont pas été toujours rigoureusement appréciés. Il fut surtout une époque où presque toutes les affections suffocantes étaient regardées comme des cas de celte affection : ce fut peu de temps après l'apparition du mémoire de Heberden. Wichmann s'exprime en ces termes à ce sujet : v Aussitôt que quelqu'un se plaint d'une gêne, d'une constriction de la poitrine ou d'une courte haleine, on désigne tout de suite l'angine de poitrine, et l'on écrit une observation sous ce nom. » II est évident qu'avec une semblable préoccupation, on devait fréquemment se tromper.
Mais que l'on se rappelle les caractères précédemment décrits, et l'on ne tombera plus daus de semblables erreur* Que l'on n'oublie pas surtout que l'accès survient tout à coup, qu'il est caractérisé par une douleur poignante qui force le malade à s'arrêter et qui ensuite l'abandonne en un instant, et, en y réfléchissant, on verra qu'aucune autre affection ne ressemble parfaitement à celle-là. Nous avons vu, il est vrai, la névralgie dorso-intercostale donner lieu à des phénomènes à peu près semblables; mais, ainsi que le fait remarquer M. Lartigue, il n'y avait pas identité parfaite. Lorsque l'angine existe avec d'autres affections, le diagnostic demande un peu plus d'attention ; mais il n'est pas difficile de faire la part des deux maladies. La dyspnée pour Y asthme nerveux, les points douloureux pour les névralgies thoraciques, cervico-brachialcs, n'empêchent pas l'angine de poitrine d'avoir ses caractères propres. Toutefois il serait nécessaire, pour que toute obscurité silice point fût dissipée, que de nouveaux faits fussent recueillis et étudiés avec toute la rigueur de l'observation moderne.
Pronostic. — D'après ce que nous avons dit plus haut, le pronostic de l'angine de poitrine, envisagé d'une manière générale, est très grave. 11 l'est un peu moins dans les cas d'angine purement nerveuse ou idiopathique que dans les cas compliqués d'une affection organique.
S VII. — Traitement.
C'est surtout pour l'appréciation du traitement de l'angine de poitrine qu'il serait nécessaire d'avoir une analyse bien faite d'un nombre suffisant de faits bien caractérisés, et malheureusement le peu de précision du diagnostic, dans beaucoup de cas, s'oppose à ce que l'on puisse encore tracer avec précision les règles à suivre dans celte médication.
Emissions sanguines. — Plusieurs auteurs ont préconisé les émissions sanguines ; mais, ainsi que le fail remarquer M. Lartigue, tout porte à croire que l'on aurait tort d'y avoir recours dans les cas d'angine purement nerveuse, soit pendant l'accès, soil dans l'intervalle. Dans les cas compliqués, on peut, au contraire, être autorisé à les employer; c'est au médecin à juger de leur opportunité.
Z0U MALADIES DES VOrES CIRCULATOIRES:
Narcotiques. — Les narcotiques ont de très bons effets dans presque tous les cas.; aussi sont-ils très vivement recommandés. L'opium est fréquemment mis eu usage; il faut l'administrer à doses croissantes.
Le docteur Batten (1) recommande spécialement la belladone. La jusquiame, la poudre de Dower (Jurine), Veau distillée de laurier-cerise (Pitschaft), sont données dans le même but, et l'on a cité des cas où l'on a obtenu une amélioration marquée par l'emploi des sels de morphine par la méthode endermique. Sclilesinger (2) associait l'extrait de laitue vireuse à la digitale, de la manière suivante :
Tf Extrait de laitue vireuse. 0,10 gram. | Extrait de digitale 0,03 gram.
A prendre toutes les deux heures, lorsqu'on a lieu de redouter l'apparition de l'accès, ou lorsqu'il s'est produit.
Antispasmodiques. — La liste des antispasmodiques administrés contre l'angine de poitrine est très longue. Wichmann et Jurine recommandent la poudre de valériane; Perkins donnait le sulfate de zinc uni à l'opium, ainsi qu'il suit :
If Sulfate de zinc 0,03 gram. | j^pium 0,02 grain.
Prendre cette dose matin et soir.
Viennent ensuite le musc (llécamier), ïasa fœlida, le castoréum, le camphre, Yacide cyanhydrique, etc.
Toniques, antipériodiques, ferrugineux. — Nous nous contentons d'indiquer ces moyens, qui ne doivent pas être prescrits dans les cas d'angine de poitrine compliquée d'une maladie organique du cœur. On prescrit le quinquina, le sulfate de : quinine, le carbonate, le sulfate de fer, etc.
Excitants. — C'est surtout pendant l'accès que l'on a recours à ces inédica- ■ ments. C'est ainsi que Heberden (3) donnait, pendant l'accès, des liqueurs spiri- . tueuses, du vin. On a encore prescrit l'ammoniaque, Veau de mélisse, de menthe, . Ycther.
Vomitifs. — Les vomitifs, et surtout Y cinétique, sont recommandés par plusieurs auteurs, et en particulier par Parry, dans les accès violents; mais il y a lieu i de croire que, dans les cas où ils ont eu un succès notable, il s'agissait principale- •! ment d'accès d'asthme accompagnés de douleur thoracique.
Nitrate d'argent. — Le nitrate d'argent a été d'abord employé par Cappe. Plustard, les docteurs H aider et Zipp (h) ont eu recours à ce moyen; mais on ne peut, . avec le peu de faits que nous connaissons, se prononcer sur son efficacité, tandis! que l'on connaît ses inconvénients; c'est pourquoi nous n'y insistons pas.
La solution arsenicale de Fowler est recommandée par Alexander et le docteur llarless. Le premier l'administrait à la dose de six gouttes, trois fois par jour, dans* une potion cordiale. On peut faire, au sujet de ce médicament, les mêmes remar-i ques que pour le précédent.
(1) The Lancet, juin 1S34.
(2) Hufelancl's Journ., 1819.
(3) Loc. cit.
(4) Voy. Verrnischt. Abhand., etc. Pctersbourg, 1830.