‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 122 sur 306 · VISÉVRYS.MES DE LA PORTION ASCENDANTE DE L'AORTE PECTORALE · texte numérisé non relu

VISÉVRYS.MES DE LA PORTION ASCENDANTE DE L'AORTE PECTORALE

celles de M. Bizot, oui prouvé que Corvisari avait été trompé par les apparences. On a vu, en effet, que rien n'était plus rapide, en pareil cas, que la formation d'une fausse membrane simulant parfaitement la membrane interne de l'artère. M. Bizot en a décrit un exemple remarquable. Chez les sujets observés par Corvisart, l'ouverture anévrysmale, après avoir été produite comme dans les cas ordinaires, et après la formation de caillots fibrineux, avait été oblitérée par une de ces fausses membranes qui en avait imposé à l'observateur.

La proximité où se trouve l'aorte ascendante de l'organe qui lance le sang dans son intérieur, l'effort direct qu'elle en éprouve, l'existence des sinus aortiques, la courbure de l'aorte, sont autant de circonstances que l'on doit naturellement regarder comme favorisant le développement des anévrysmes, et l'observation, ainsi qu'on l'a vu, vient confirmer cette manière de voir, puisque cette partie du vaisseau est beaucoup plus fréquemment que toutes les autres le siège de celte lésion.

Enfin il est une lésion qui favorise tout spécialement la dilatation générale de l'aorte : c'est le rétrécissement ou l'oblitération de ce vaisseau dans un point plus ou moins éloigné de son origine. La partie située en de ça de ce point présente alors un calibre souvent très considérable, ainsi que nous le verrons plus loin, quand nous exposerons l'histoire de ces oblitérations.

2° Causes occasionnelles.

Il est impossible, dans un grand nombre des observations particulières, de saisir les causes qui ont pu déterminer la formation de Tanévrysme. Dans SU cas que nous avons rassemblés, nous n'en trouvons que 11 qui nous donnent quelques renseignements à cet égard ; en voici le relevé. Dans 10 cas d'anévrysme faux de l'aorte ascendante, nous trouvons trois fois des violences extérieures : un coup sur la poitrine, une chute de cheval, le passage d'une roue de voiture sur le thorax. Chez un autre sujet, les premiers signes évidents de l'anévrysme se sont produits au moment d'un mouvement brusque. Et enfin, chez d'autres, un effort violent pour soulever un fardeau ou éviter une chute a été immédiatement ou presque immédiatement suivi des premiers symptômes. Un sujet se plaignit d'avoir des rhumes fréquents, et peut-être sera-t-on tenté d'attribuer aux efforts de la toux le même effet qu'aux efforts musculaires dont il vient d'être question ; toutefois les symptômes ne se sont pas manifestés brusquement, comme dans les cas précédents.

Telles sont les seules données que nous ayons sur ce point d'étiologie. Un douzième sujet attribuait, il est vrai, sa maladie à la fatigue et aux chagrins ; mais ce fait isolé n'a point une grande importance.

Lorsque l'on voit, immédiatement après une chute ou une violence extérieure, apparaître les battements de l'aorte, une tumeur dans la poitrine, etc. , on ne peut pas douter que ces causes n'aient donné lieu à la formation d'un sac anévrysmal ; mais on se demande si déjà il n'existait point un commencement d'anévrysme, e! si la cause Uaumatique a l'ait autre chose que lui donner une brusque extension* en produisant la rupture de la membrane moyenne dilatée, ramollie, en partie détruite. Or c'est ce qui ne paraît pas douteux dans un certain nombre de cas où déjà, depuis longtemps, les sujets étaient d'une faible santé, avaient des palpitations, de la dyspnée, se fatiguaient facilement, étaient sujets à des congestions sanguines, etc.

Chez d'autres, au contraire, tels que celui qui éprouva les premiers symptômes de la maladie après avoir eu la poitrine comprimée sous une roue de voilure, la santé avait été bonne jusqu'au moment de l'accident, et l'on est disposé à admettre, dans ce cas, l'existence d'un véritable anévrysme traumatique. »

§ XXI. — Symptômes.

1" Dilatation de l'aorte ascendante.

11 importe de rechercher si la dilatation simple présente quelques symptômes particuliers qui puissent la faire distinguer des autres espèces d'anévrysmes. Or on ne trouve à ce sujet, dans les auteurs, que des renseignements très vagues et li és incomplets. On s'est borné à dire qu'en pareil cas la circulation n'était pas troublée, et que la lésion n'occasionnait d'accidents que par son volume et par la compression qu'elle exerçait sur les organes voisins. Dans deux cas de dilatation simple (1), où les symptômes ont été décrits d'une manière assez complète, voici les seuls signes que nous ayons trouvés : la maladie durait depuis longtemps; il existait dans le trajet de l'aorte un bruit de souffle au premier temps dans un cas, et un frémissement cataire aux deux temps dans l'autre. Ce dernier bruit avait son maximum dans le troisième espace intercostal droit , à côte du sternum. On voyait chez ce sujet un soulèvement marqué de la poitrine à chaque diastole artérielle, dans le point qui vient d'être indiqué, ainsi que dans les creux post-claviculaires. Le pouls était plus faible à gauche qu'à droite. Il y avait chez l'autre malade une dyspnée considérable; la face était violette, et l'on observait les signes d'une asphyxie lente. Ce dernier eut, à plusieurs reprises, une expectoration de crachats sanguinolents, et cependant le pouls était régulier, sans accélération, et conservait sa force normale.

Les signes précédents doivent-ils être considérés comme appartenant en propre à la dilatation simple? Non, sans doute, car nous les retrouverons dans les autres espèces. Toutefois il était bon de les signaler, car, joints à l'absence de toute tumeur, ils peuvent servir à faire diagnostiquer cette espèce d'anévrysme, moins grave, toutes choses égales d'ailleurs, que celles dont il nous reste à parler. Il serait bien à désirer que des recherches méthodiques, faites dans le but de caractériser les diverses espèces d'anévrysmes, vinssent nous éclairer sur un point aussi important.

Sac anécrysmal. — Nous avons vu plus haut qu'on avait divisé les anévrysmes avec dilatation latérale en vrais, en faux et en mixtes. Serait-il possible, d'après les symptômes, de découvrir, pendant la vie, quelle est l'espèce de l'anév rysme soumis à l'observation? Nous verrons à l'article Lésions anatomiques que Panévrysme vrai n'a jamais qu'uue très petite étendue, et que le plus souvent il ne peut donner lieu à aucun signe. Dans quelques cas, il est vrai, on a admis l'existence de cet anévrysme, quoique le sac anévrysmal fût considérable; mais nous ■ivons vu plus haut combien de doutes s'élèvent sur ce fait. Voici, au reste, ce que l'on trouve dans une observation rapportée par M. Bouillaud (2). Après avoir

m L'un d'eux m'a été communiqué par M. Cossy, alors interne des hôpitaux, et aujourd'hui médecin en Suisse, qui l'a recueilli dans le service de M. Louis

^) MéZL sur le diagnostic de V anévrysme de l'aorte (Archives générale, de merfe-

cine, i" série, t. III, p. 549).

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présenté, pendant un temps assez considérable, des palpitations au moindre mouvement et une difficulté notable de respirer, le sujet offrit les symptômes suivants : oppression, orthopnée; battements simples très forts, avec un bruit de souffle sous la clavicule droite ; battements très forts de toutes les artères superficielles dans tout leur trajet; frémissement vibratoire à la partie antérieure de la poitrine dans les derniers jours de la maladie; pouls petit au bras gauche; dur, large, vibrant au bras droit; régulier et sans fréquence; gonflement des jugulaires avec battements isochrones à ceux du pouls; face livide, bouffie; sueur froide; infiltration des deux membres du côté gauche et du bras droit; toux, crachats visqueux, râles muqueux.

Nous discuterons plus loin la question de savoir si, dans les cas de ce genre, il existe réellement ce qu'il faut entendre par le mot anévrysme vrai; notons, quant à présent, l'ensemble de ces symptômes, et voyons si nous en trouverons de différents dans l 'anévrysme faux.

2° Anévrysme faux de l'aorte ascendante.

Début. — Suivant que la maladie se forme tout à coup par suite d'une violence extérieure, ou qu'elle se produit graduellement, par suite des lésions des membranes de l'aorte, le début est très différent. Dans le premier cas (et nous n'examinons ici que les faits dans lesquels la maladie a été produite par une cause traumatique chez des sujets antérieurement bien portants, du moins en apparence), il se développe dans la poitrine une douleur plus ou moins vive; la respiration est gênée, les battements de l'artère sont pénibles, et enfin, au bout d'un certain temps, tous les signes de l'anévrysme se manifestent. Chez un sujet il survint, dès le second jour après l'accident, des troubles notables de la circulation; chez d'autres ce ne fut qu'au bout d'un certain temps. Bans le second cas, il y a, pour ainsi dire, deux temps dans le début : l'un lent et graduel, qui résulte du travail interne par lequel se produit un commencement d'anévrysme partiel ou une dilatation générale, et l'autre brusque, qui coïncide avec la formation d'une tumeur ordinairement considérable, produite par la rupture des membranes interne et moyenne, et souvent apparente en peu de temps à l'extérieur. On constate, à ce moment de la maladie, les mômes signes que dans le début traumatique.

Symptômes. — La douleur n'a que rarement fixé l'attention des observateurs ; elle n'est mentionnée que dans huit des cas que nous avons rassemblés, et qui la présentaient d'une manière plus ou moins notable. Une seule fois elle était bornée à la région précordiale, mais le plus souvent elle siégeait à l'épaule droite, où elle était parfois très intense. Chez quelques sujets elle consistait dans un élancement qui s'irradiait dans le côté droit du cou et de la poitrine. D'autres se plaignaient de douleurs à l'épigastre, dans l'hypochondre gauche et dans les lombes ; mais il est difficile de s'assurer si ces douleurs étaient réellement occasionnées par l'anévrysme, ou si elles n'étaient que de simples complications. M. Robert Law (1) regarde comme un caractère des plus importants une douleur incessante, très aiguë, avec sensation de pesanteur et élancements. Il y a de l'exagération dans

(1) Dublin Journal of med. sc.j mai 1844.

~7S MALADIES DI'.S VOIKS Cl ItCdl.ATOlItlïS.

cette opinion. Dans un cas que nous avons actuellement sous le* yeux; ranévrysme n'a donné [jeu, pendant quatre ans, qu'à un seul symptôme : une douleur lancinante s'irradient dans les nerfs du cou, do l'épaule ci du liras gauche, qui a été pendant longtemps pvhe pour une névralgie,

Auscultation. — Les brutts qui se produisenl dans l'intérieur de la poitrine ma été décrits avec beaucoup de soin dans les articles généraux; mais dans les observations, ces signes importants n'ont généralement pas été indiqués d'une manière satisfaisante. D'après les auteurs, on entend sous le sternum, et suivant le trajet d'une ligne qui remonterait delà base du cœur vers l'articulation sterno-claviculaire droite, un bruit fort, éclatant, isocbrone aux battements du pouls, et coïncidant avec un soulèvement étendu de la poitrine. Un bruit semblable n'a été signalé (pie cbez six sujets parmi ceux dont nous avons rassemblé les observations: mais sans doute il l'aurait été plus souvent si l'auscultation avait été convenablement pratiquée. Parmi les bruits anormaux, le bruit de souffle et le frémissement cataire sont les plus importants à étudier. Le premier a été signalé chez six sujets, dont trois présentaient des tumeurs externes bien plus propres à faire diagnostiquer Panévrysme de l'aorte que tout autre signe. Quant au frémissement cataire ou vibratoire, il a été mentionné dans cinq cas, et ce bruit était non-seulement entendu à l'aide du stéthoscope, mais encore sensible à la main. C'est vers le bord droit du sternum, au-dessus de la troisième côte, que ces bruits ont leur siège principal. Dans un cas que nous avons récemment observé, il y avait un bruit musical entendu à une grande distance de la poitrine, et ayant lieu au second temps.

Percussion. —La percussion a été bien rarement pratiquée d'une manière convenable. Nous ne trouvons ses résultats mentionnés que cinq fois, et cependant elle a fourni des signes importants, puisque dans ces cinq cas, et notamment dans un qui a été recueilli par Mope, on a trouvé une matité complète sous le sternum, remontant vers le côté droit de la poitrine, et remarquable surtout en dehors du sternum, entre la deuxième et la troisième côte. On comprendra toute l'importance de ce signe, si l'on considère qu'il a servi à faire diagnostiquer la maladie en l'absence de toute tumeur externe. C'est donc un point sur lequel on ne saurait trop appeler ['attention des observateurs.

Lorsqu'il n'existe point encore de tumeur, il importe d'examiner avec soin la force des battements ou Y impulsion de l'artère. Dans les observai ions (pie nous avons rassemblées, l'impulsion a été bien rarement examinée. Nous ne la trouvons mentionnée que dans un seul cas, où elle était forte et soulevait la poitrine au premier temps; mais il existait en même temps une hypertrophie considérable des ventricules, et comme le soulèvement se montrait principalement au sternum et dans un point rurrespondant à la base du cœur, tout porte à croire que c'était à la contraction exagérée des ventricules qu'il était dû. Ainsi, dans l'état actuel delà science, lorsqu'il n'existe point de tumeur aux parois de la poitrine, on ne trouve dans la force des battements de l'artère aucun signe positif pour le diagnostic.

En même temps (pièces symptômes se manifestent, on constate, dans les cas où il existe une tumeur, comme dans ceux où il ne s'en est point encore formé, mêsenée du bruit respiratoire dans un point plus ou moins étendu du Côté droit de la poitrine. Elle a ordinairement son maximum auprès du sternum et dans le troisième espace intercostal. Toutefois SOU siège varie suivant le lieu occupé par la

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poche anévrysmale. Nous verrons plus loin ce qui arrive lorsqu'il existe une compression des bronches ou de la trachée.

Tumeur externe. — A une époque plus ou moins avancée de la maladie, U survient, dans un assez grand nombre de cas, une tumeur qui vient lever tous les doutes sur l'existence de l'anévrysme. Sur quatorze cas dans lesquels des détails suffisants ont été donnés, neuf fois la tumeur s'est produite. Elle varie beaucoup pour la grosseur. Quelquefois c'est une simple voussure occupant un espace compris entre la troisième et la première côte; c'est là son premier degré. Plus souvent, au moment où on l'examine, elle se présente sous la forme d'une élévation circonscrite, arrondie et sans changement de couleur à la peau. Dans les observations citées par MM. Dusol et Legroux (1), elle faisait une saillie de 2 à k centimètres; mais quelquefois elle acquiert des dimensions bien plus considérables. C'est ainsi que dans une observation de Rosinus Lentilius (•«) elle avait acquis le volume d'une tête d'enfant, et que dans une autre, rapportée par Wagner (3), elle avait la grosseur d'une mamelle de femme.

C'est par degrés que la tumeur acquiert ce développement. Cependant, dans les cas que nous avons cités, on l'a vue, à certains intervalles, et ordinairement à la suite d'efforts considérables ou de grandes fatigues, faire tout à coup des progrès rapides qui s'arrêtaient ensuite sous l'influence du repos.

Le siège de cette tumeur, lorsqu'elle est peu volumineuse, se trouve ordinairement au niveau du troisième ou du second espace intercostal; elle est alors sans changement de couleur à la peau, et présente soit une fluctuation obscure, soit une assez grande dureté. Lorsqu'elle a acquis un développement considérable, elle occupe une grande étendue du côté droit de la poitrine, depuis la clavicule jusqu'au niveau de la quatrième côte. Alors elle peut être bosselée,' comme nous en avons trouvé un exemple dans les observations, et, par suite de ses progrès, la peau devient amincie, violacée, et quelquefois finit par se rompre.

A quelque époque qu'on examine la tumeur, on y trouve des pulsations larges, occupant toute son étendue, et visibles à l'œil. Cependant il y a des degrés assez marqués dans l'intensité de ces pulsations, ce qui dépend de la plus ou moins grande abondance des caillots solides qui se forment dans l'intérieur du sac anévrysmal. Lorsqu'elle est molle et qu'elle présente une fluctuation sensible, comme dans deux des cas cités par MM. Dusol et Legroux, elle est réductible, au moins en partie; et si alors, comme c'est le cas ordinaire, il y a déperdition de substance dans les os qui forment la paroi thoracique, on peut sentir, en la réduisant, la mobilité de ces os, l'ouverture qui résulte de leur perforation, et parfois un peu de crépitation.

Si l'on ausculte la tumeur ou les parties voisines, on entend ordinairement un bruit sonore, clair, correspondant au premier temps des mouvements du cœur, et parfois aussi des bruits anormaux, tels que le bruit de souffle, le bruit de rouet, de râpe, un bruit musical, etc. Malheureusement, il n'est qu'un petit nombre d'observations qui renferment des détails suffisants à cet égard, et dans ce petit nombre nous trouvons les bruits anormaux tantôt au premier, tantôt au second

(1) Archives gén. de médecine, 3e série, 1839, t. V, p. 443.

(2) Ephem. natur. curios., centuria I, ann. i, p. 188.

(3) Miscellan. nalur. curios., dec. 3, ann. v et VI-

temps, et tantôt à l'un ei à l'autre, sans qu'il soit possible de dire rien de précis cet égard. 1 a

M. Barker (1) a rapporté deux cas dans lesquels, selon lui, il n'y avait ni balte mente ni bruits anormaux (2). Le rédacteur des Archives générales de méde cine (3) a fait remarquer, avec raison, que ces signes ont échappé à l'investigation ou qu'ils ont peut-être été regardés comme étant de trop peu d'importance.

Qu'il y ait ou non une tumeur externe, la respiration est plus ou moins altérée Dans les observations que nous avons rassemblées, il n'y a qu'une seule exception a cette règle. Une dyspnée ordinairement violente, continue, mais offrant des exacerbations marquées, commence avec les premiers svmptômes, et va ensuite en augmentant. Souvent elle est portée jusqu'à l'orthopnée, et les malades ne peuvent pas supporter le decubitus horizontal. Chez quelques sujets la respiration est sifflante, et parfois on les croirait atteints d'un accès d'asthme. Lorsque la gêne de la respn-ation est portée à ce point, il y a en même temps une oppression marquée qui se fait sentir le plus souvent dans la partie moyenne de la poitrine. C'est dans la production de ce symptôme que la compression des organes voisins joue peutêtre le plus grand rôle. Nous avons sous les yeux une observation qui nous a été communiquée par M. Louis, et qui, sous ce rapport, comme sous plusieurs autres, offre un grand intérêt. II s'agit d'un anévrysme ayant son siège immédiatement audessus des valvules sigmoïdes, et faisant saillie à la fois à droite et en avant, de sorte que la compression s'exerçait directement sur le tronc de l'artère pulmonaire. Dans la poche anévrysmale, qui était d'une étendue considérable, puisqu'elle avait environ 47 millimètres de profondeur et 5 centimètres de diamètre, on ne trouvait pas de caillots ; d'où il résultait nécessairement que la compression devait s'exercer rfvec violence à chaque contraction du cœur, à chaque ampliation de l'artère dilatée ; que le cours du sang dans l'artère pulmonaire était alors considérablement gêné, et que le sang devait stagner dans les poumons. Or, chez ce sujet, les accès de dyspnée, au moins vers les derniers temps de la maladie, étaient si violents et si fréquents, qu'il n'avait aucun repos, était désespéré, et désirait la mort.

La toux est loin d'être rare dans l'anévrysme de l'aorte ascendante. La plupart des observations signalent ce symptôme, sur lequel la compression de la trachée, des brouches et du poumon a une notable influence; mais il y a de très grandes différences dans sa fréquence et dans son intensité. Chez quelques sujets elle est rare, légère et sèche; chez d'autres, au contraire, elle est fréquente, intense, douloureuse, et s'accompagne de crachats ordinairement muqueux. Dans le tiers des cas environ, les malades ont eu quelques hémoptysies peu abondâmes, et consistant le plus souvent dans quelques crachats teints de sang. Lorsqu'il s'agira de la terminaison de la maladie, nous dirons un mot des cas assez rares dans lesquels l'ouverture de l'anévrysme dans la trachée-artère détermine nue hémorrhagie foudroyante, dont Corvisart et Hope ont cité des exemples.

L'auscultation des voies respiratoires ne fait entendre ordinairement qu'un peu de râle muqueux; mais lorsque la tumeur comprime une grosse bronche, il peut

(1) Londonmed. chir. Trans., 1845, t. XXVIII.

(2) Archives de mëd., 18*6, 4« série, t. XII, p. 205.

(3) Numéro d'octobre 184G, mAme volume, p. 208.

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arriver un phénomène qui mérite d'être signalé. On a trouvé, en pareil cas, une absence complète de la respiration, sans augmentation ni diminution de sonorité a la percussion, dans les points où allait se rendre la bronche comprimée. C'est surtout lorsqu'une compression semblable a lieu que la dyspnée a une intensité extrême; lorsqu'elle porte sur la trachée, la suffocation est complète, et le malade succombe dans un état d'asphyxie.

Si l'anévrysme comprime un des nerfs récurrents, il peut en résulter 1 extinction de voix. Le docteur Banks (1) cite un cas de ce genre. Cette compression ayant déterminé ['atrophie des muscles du larynx du côté correspondant, le malade offrait une altération particulière de la voix ; c'était une raucité avec extinction.

On a beaucoup parlé de l'état du pouls dans l'anévrysme de l'aorte, et dans les articles généraux on a cité comme un des signes les plus constants l'inégalité des pulsations des deux artères radiales, l'intermittence du pouls, son défaut d'isochronisme avec les battements du cœur; mais malheureusement les observations manquent trop souvent de détails sur ce point important. Dans celles que nous avons rassemblées, il n'en est que onze qui en fassent mention, et les résultats de leur analyse sont très variables. Ainsi nous avons trouvé le pouls intermittent une seule fois; faible, concentré ou imperceptible, trois fois ; présentant un défaut d'isochronisme, c'est-à-dire battant sensiblement plus lard que le cœur, une fois ; fort et vibrant à droite et faible à gauche, une fois; et enfin régulier, présentant sa largeur ordinaire, en un mot, à l'état normal, cinq fois. On voit par ce relevé que les signes tirés de l'état du pouls n'ont pas une valeur aussi grande qu'on l'a supposé. Toutelois le défaut de rigueur dans les observations ne permet d'avancer cette pro position que d'une manière provisoire. Les recherches ultérieures viendront sans doute nous éclairer à ce sujet. Nous devons ajouter que, dans les observations, nous n'avons trouvé aucun rapport entre l'étendue de l'anévrysme et l'état particulier du pouls.

L'état des veines n'a point été étudié avec plus de soin. Sept fois seulement on les a trouvées tendues au cou, à la poitrine, et même à l'abdomen. Dans quatre de ces cas, on a constaté à l'autopsie une compression des grosses veines ou une altération notable de l'orifice auriculo-ventriculaire droit , qui rendait compte de cet état de la circulation veineuse. Il est très possible que, dans la plupart des autres ras, on n'ait pas fait mention de ces vaisseaux, parce qu'ils étaient à l'état naturel; niais à ce sujet on ne peut former que des conjectures. Nous avons en ce moment sous les yeux un malade qui a un anévrysme de la fin de la crosse avec tumeur externe, et chez lequel il s'est produit un réseau de veines dilatées sur la partie antérieure de la poitrine et de l'épaule gauche. Cette lésion, due manifestement à la compression de la veine mammaire, n'a pas été signalée par les auteurs.

La face est ordinairement vultueuse, bouffie; les lèvres sont violettes; en un mot, il existe une congestion veineuse évidente. Sur treize cas dans lesquels il est fait mention du faciès, il se présentait dix fois avec ces caractères; dans les trois autres, la face était naturelle ou seulement remarquable par sa pâleur. C'est dans les anévrysmes les plus volumineux , dans ceux qui présentent une tumeur saillante

(1) Dublin quarterhi Journ. of med., août 1851 .

582 MAf.ADIKS DR S VOIKS CIRCULATOIRES.

à l'extérieur, cl dans lesquels la circulation veineuse est très gênée, par suite de h compression, qu'on remarque principalemènl cet état de la face huueae'a

Vibration des extrémités es. beaucoup moins fréquen.c'. Danshuil 11 ™ "sl fai1 mentlon' elle raan(Iuait complètement trois lois, et dans les autres eue avait rarement acquis un degré très considérable. C'est par les extrémités infé r.eures et par la face qu'elle avait commencé. Une fois seulement il v avait une accumulation peu considérable de sérosité dans la poitrine, et les parois de t'ab domen étaient infiltrées. On voit que l'anasarque est bien moins notable dans cette affection que dans les cas de rétrécissement des orifices du cœur •

Il est rare que quelques signes d'anxiété ne se joignent pas à ceux qui viennent d être indiqués; il y a ordinairement de Vinsomnie, parfois des réveils en sursaut Chez quelques sujets on a noté des étùurâissements , des vertiges, de la stupeur • mais ces cas sont assez rares, soit que les auteurs n'aient pas fixé leur attention sur ce point, soit que ces symptômes aient réellement manqué. M. le docteur Pereira (d'Orléans) a insisté principalement sur les syncopes auxquelles sont sujets les malades. Il résulte, en effet, de deux observations qu'il a recueillies (1) et des faits qu'il a trouvés dans les auteurs, que ce symptôme est beaucoup plus fréquent et plus remarquable que ne pourraient le faire croire les descriptions données par les auteurs. M. Pereira pense que la formation de caillots, de concrétions sanguines s'accumulant au niveau des parois dilatées, n'est pas étrangère à ces svncopes. Chez un sujet il y a eu, vers la fin de la maladie, un véritable délire, et un autre, qui avait une dilatation simple de l'aorte, a été pris d'une aliénation mentale. Un petit nombre a présenté une céphalalgie tantôt continue , tantôt revenant par intervalles. Ces symptômes n'ont qu'une valeur secondaire.

Du côté des voies digestives on n'a, dans la plupart des cas, rien trouvé de remarquable. Lorsque la tumeur anévrysmale comprime fortement la H achée, on conçoit que la compression puisse se faire sentir sur l'œsophage et rende la déglutition difficile : c'est un fait que nous n'avons pas trouvé dans les observations; mais nous l'avons observé tout récemment chez un malade qui ne présentait pas de mmeur à l'extérieur. Le passage des aliments, et même des boissons, causait une très vive douleur, dans un point correspondant, à peu près au milieu de la hauteur du sternum. La perte de l'appétit, dans deux cas, de la constipation dans un autre, un peu de diarrhée chez un quatrième sujet, tels sont les symptômes peu importants qu'ont présentés les voies digestives, qui n'offrent ordinairement d'altérations fonctionnelles qu'à une époque avancée de la maladie.

Parmi les congestions locales que l'on observe quelquefois dans le cours de l'anévrysme de l'aorte, celle du foie mérite d'être mentionnée ; mais elle est beaucoup plus rare que dans les affections du cœur et surtout dans le rétrécissement des orifices, puisqu'elle n'a été observée qu'une seule fois sans lésion concomitante de l'organe central de la circulation.

Dans la description précédente, nous avons indiqué les principaux signes qui résultent de la compression exercée sur les parties environnantes par une tumeur anévrysmale volumineuse. Pour les résumer, il nous suffît de dire que, dans les cas où le développement de l'anévrysme a lieu à la partie postérieure de l'artère, la

(t) Archives gén. de médecine, 1845, 4* s(':rie, t. VIII, p. 305.

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