‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 134 sur 306 · BATTEMENTS NERVEUX DES ARTÈRES · texte numérisé non relu

BATTEMENTS NERVEUX DES ARTÈRES

On n'a point fait de grandes recherches sur cette affection, qui par conséquent est fort peu connue. Cependant Laennec, sous ce titre : De l'impulsion artérielle auqmentée, a cité quelques faits intéressants qui méritent l'attention du praticien ; c'est pourquoi nous allons en dire quelques mots ici, en attendant que des observations plus exactes nous aient mis à même d'en tracer une description plus

complète. .

Tous les médecins savent que chez certains sujets, et en particulier chez les femmes nerveuses, il se produit assez fréquemment des battements artériels incommodes, qui occupent le plus souvent la portion ventrale de l'aorte. Mais, suivant Laennec, les mêmes battements occupent non moins souvent la partie ascendante et la partie descendante de l'aorte pectorale. L'exactitude de cette proposition est bien loin toutefois d'être démontrée ; car, en lisant avec quelque attention l'article de cet auteur, on s'aperçoit bientôt qu'il n'a pas entièrement distingué les battements purement nerveux de l'aorte de ceux qui sont liés à un état chlorotique; et, d'un autre côté, comme il ne connaissait point l'insuffisance des valvules aortiques, il a pu parfois être trompé par les battements exagérés qu'on observe dans les cas de ce genre. Ce. qu'il y a de certain, c'est que Laennec, qui cite plusieurs exemples de battements nerveux de l'aorte ventrale, n'en cite pas un seul de palpitations bornées à une autre partie du vaisseau. Ainsi, sans prétendre que les faits signalés par cet auteur sont absolument impossibles, nous dirons qu'on n'a aucune preuve bien positive de l'existence de battements purement nerveux ayant leur siège ailleurs que dans l'aorte ventrale; ou du moins si, dans certains cas, on peut supposer que les pulsations du système artériel sont en général augmentées, on doit admettre que l'état de plénitude, les sensations désagréables, et tous les symptômes causés par les battements, sont bornés à la région abdominale, et plus particulièrement à la région épigastrique.

Causes. — Les causes de cette affection sont très peu connues. Tout ce que l'on peut dire, c'est que les tempéraments nerveux, les femmes irritables, y sont particulièrement sujets. A l'égard des autres causes, on ne pourrait se livrer qu'à des conjectures qui ne sauraient trouver place ici.

Symptômes. — Tous les symptômes consistent dans l'impulsion plus ou moins violente de l'artère, et dans les incommodités locales qu'elle détermine. Si l'on place la main sur la région épigastrique, on sent très facilement les pulsations de l'aorte, qui s'étendent plus particulièrement depuis l'épigastre jusqu'à l'ombilic. En même temps on voit, à chaque dilatation de l'artère, la paroi abdominale soulevée, et si l'on applique l'oreille sur le point occupé par les battements, on les

316 MALADIES DES VOIES CIIWX LATOlItES.

trouve forts et sonores II est rare qu'eu entende un bruit anormal, à moins de complicat.o... Si Ion cherche a circonscrire l'artère qui bat ainsi ave violence on lui trouve un calibre égal dans toute la partie occupée par les pulsations exaeé' rées. On voit par là que, sauf la violence même des battements, il n'v a point de signe physique important à noter dans cette affection.

Les sensations incommodes qu'éprouve le malade.sonl variables Ce n'est point une véritable douleur, c'est un poids, un sentiment de plénitude dans la ré-ion épigastnque; en un mot, rien n'annonce que les organes soient profondément altérés. En généra], les sujets ne peuvent point porter des vêlements serrés, quelquefois même le poids des couvertures est incommode.

Il est une particularité qui n'a point échappé à Laennec, c'est l'augmentation de tous ces accidents lorsqu'il se développe au-devant de l'aorte, dans l'estomac ou dans le gros intestin, des gaz qui distendent leur cavité; alors les battements paraissent plus violents, la paroi abdominale est plus fortement ébranlée, et les sensations sont plus incommodes. Cette circonstance peut faire naître, en outre, quelques difficultés de diagnostic dont il sera bientôt question.

Marche, durée, terminaison. — Comme toutes les affections de nature nerveuse, celle-ci a une marche irrégulière et une durée indéterminée. On voit des sujets qui, pendant de longues années, éprouvent ces battements à des intervalles très inégaux. On n'a pas cité un seul exemple de terminaison fâcheuse due exclusivement à cette affection. Il est inutile d'ajouter que l'anatomie pathologique n'a rien fait découvrir qui rendît compte des symptômes observés pendant la vie.

Diagnostic, pronostic. — Nous avons dit plus haut que le diagnostic pouvait quelquefois présenter des difficultés ; on en voit un exemple dans le fait suivant rapporté par Laennec.

« J'ai vu, dit-il, il y a environ dix-huit ans, en consultation avec Bayle, une jeune personne attaquée d'une fièvre pernicieuse tierce. En portant la main sur le ventre pour m'assurer si l'épigastre n'était pas douloureux, je trouvai, au bas de cette région, une tumeur du volume du poing, rénitenle, donnant des pulsations fortes, isochrones à celles du pouls, et accompagnées d'un mouvement de dilatation générale bien marqué. Bayle répéta l'observation, et nous ne doutâmes, ni l'un ni l'autre, que la malade ne fût attaquée d'un anévrysme de l'aorte vers la hauteur de l'artère cœliaque. Nous donnâmes cependant le quinquina pour parer aux accidents les plus urgents de la fièvre, qui fut coupée très facilement. Pendant plus d'un mois la tumeur présenta les mêmes battements. La malade, quoique sans fièvre, restait toujours très faible et éprouvait beaucoup d'agitation nerveuse. Ce ne fut qu'environ six semaines après la cessation des accès qu'elle commença à reprendre des forces et à se sentir en pleine convalescence. Vers celte époque, j'examinai de nouveau le ventre, et je fus surpris de ne plus trouver ni la tumeur ni les battements qui existaient encore quelques jours auparavant. Je fis part de cette singulière observation à Bayle, qui ne trouva, non plus que moi, aucun vestige de l'anévrysme que nous avions cru reconnaître. J'ai eu souvent occasion de revoir et d'examiner le sujet de cette observation, qui n'a plus présenté rien d'analogue. »

On voit que, si l'on n'examine pas bien attentivement les sujets, il est possible de tomber dans des erreurs. Pour les éviter, Laennec conseille surtout d'avoir

BATTEMENTS NEUVEUX DES AUTÈIU-.S.

— TRAITEMENT. 317

ferà au calibre de l'artère. Si ce calibre est facile à sentir, et s il para égal dans fnn les points où l'aorte est accessible à l'exploration, on rejettera 1 idée d un névrvs.ne Cet auteur rapporte deux autres observations parmi plusieurs qui 'étaient offertes h lui, et dans lesquelles, par ce moyen, il est arrive a un dia-

•rnostic précis.

° On y arrivera bien mieux encore si l'on pratique méthodiquement la percussion. Nous avons vu, en effet, que la cause de l'erreur se trouvait ordinairement dans le développement de gaz occupant une cavité située au-devant de l'artère; en pareil cas la percussion fait entendre une sonorité augmentée là où l'on trouverait de la matité s'il s'agissait d'une tumeur solide : une poche anévrysmale pleine de sang coagulé par exemple. Par le même procédé, on reconnaîtrait toute autre tumeur solide placée au-devant de l'artère non dilatée, et, de plus, la mobilité de cette tumeur, la possibilité de reconnaître le calibre de l'artère sous-jacente, viendraient lever tous les doutes. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'insister davantage sur ce diagnostic, qui devient facile lorsque l'exploration est faite méthodiquement. .

On n'a pas cité, je le répète, un seul exemple qui prouve que cette maladie peut par elle-même avoir des résultats fâcheux. A moins de complication, elle doit être rangée parmi les simples incommodités.

Traitement. — On a très peu fait pour le traitement de cette affection, qui n'a pas assez fixé l'attention des médecins. Le traitement employé par Laennec, et qui lui a parfaitement réussi, consiste uniquement en un petit nombre de saignées, deux ou trois applications de sangsues à l'anus, et l'usage d'un régime délayant. Il semble que, dans une maladie nerveuse, la saignée ne devrait pas être généralement indiquée; cependant les observations de Laennec sont positives ; ce serait se refuser à l'évidence que de ne pas reconnaître les bons effets de ce moyen. Laennec paraît attribuer l'amélioration à la déplélion que produisent les émissions sanguines chez des sujets dont le système artériel contenait une trop grande quantité de sang; mais, quelle que soit l'explication, c'est le fait surtout qu'il importe de considérer. Toutefois il faudra bien prendre garde, dans l'application de ce traitement, de confondre les battements exagérés dont il est ici question avec ceux que peuvent présenter les individus anémiques et les sujets affectés d'insuffisance des valvules aortiques.

Les antispasmodiques ont été naturellement prescrits dans des cas semblables; le musc, l'asa fœtida, le camphre et Yéther sont les moyens de ce genre le plus fréquemment administrés. On peut prescrire dans ce but un des deux lavements suivants :

If Musc 0,50 gram. | Décocté de graine de lin 250 gram.

Jaune d'œuf n" 1.

Ou bien :

If Camphre 4 gram.

Jaune d'œuf n" 1.

Infusion de sureau 250 gram.

A l'intérieur , on peut employer les mêmes médicaments , mais Yéther est plus souvent administré. Une potion ôthérée, ou seulement quelques cuillerées de sirop d'éther suffisent quelquefois pour calmer des battements violents.

Laennec assure avoir prescrit avec avantage les bains iièdes fréquemment renouvelés.

Nous n'en dirons pas davantage sur ce traitement, sur lequel nous ne possédons COinme <>n le voit, rien de précis, et qu'en général il faut laisser à l'appréciation du médecin. Nous donnerons seulement deux ordonnances où entreront les priucipaux moyens.

Ire Ordonnance.

CHEZ UN SUJET QUI PRÉSENTE UNE CERTAINE RÉPLÉTION DU SYSTÈME CIRCULATOIRE.

1° Pour boisson, légère infusion de tilleul édulcorée avec le sirop de fleur d'oranger.

2° Une ou deux saignées du bras; appucation de sangsues, répétées jusqu'à ce que les symptômes aient disparu.

3° Tf Eau distillée de tilleul. ) (Sirop de gomme 30 gram.

— de fleur d oranger. ) 8 ' | EUier sulfurique de 2 à 4 gram.

A prendre par petites cuillerées, toutes les demi-heures.

Le soir, un des deux lavements indiqués plus haut, ou bien un lavement d'asa fœtida.

U° Un bain deux ou trois fois par semaine. 5° Régime doux et léger.

IIe Ordonnance.

CHEZ UN SUJET TRÈS IRRITABLE, ET QUI NE PRÉSENTE POINT DE SIGNES DE RÉPLÉTION SANGUINE.

1° Mêmes boissons que dans l'ordonnance précédente.

2° Musc 0,30 gram. Gomme arabique Q. s.

Oxyde de zinc 1,50 gram.

Faites des pilules de 0,15 gram., dont on prendra trois ou quatre par jour.

3° ^ Asa fœtida 8 gram.

Dissolvez dans :

Jaune d'œuf n° 1. | Décoction de guimauve. ..... 250 gram.

Pour un lavement à prendre le soir.

W Matin et soir, quelques cuillerées de sirop d'éther. 5° Bains et régime comme dans l'ordonnance précédente. [On peut ajouter à ces moyens l'application d'un emplâtre de thériaque, ou d'extrait de ciguë, d'opium, de belladone, à la région épigastrique.]

RÉSUMÉ SOMMAIRE DU TRAITEMENT

Émissions sanguines; émollients; antispasmodiques, bains; régime modéré.

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