MALADIES DES ARTÈRES SECONDAIRES
Les artères internes, dont il nous reste à étudier maintenant les maladies, sont en si petit nombre, et les recherches faites sur ces maladies sont si incomplètes, nue nous aurons très peu de renseignements précis à consulter. L'étude des maladies de l'aorte a presque entièrement absorbé l'attention des médecins; ce qui se conçoit du reste très bien , ces affections étant de beaucoup les plus fréquentes et les plus importantes. ,
Dans une partie de leur étendue , les artères qui prennent naissance a la crosse de l'aorte pour se distribuer aux parties supérieures, et celles qui sont formées par sa bifurcation , doivent être rangées parmi les artères internes; toutefois les anevrysmes dont elles peuvent être le siège n'étant pas inaccessibles aux moyens chirurgicaux, ces affections sont tombées dans le domaine delà chirurgie. Nous nous bornerons donc, au sujet de ces artères, à dire quelques mots de leur inflammation et de leur oblitération. Il en est d'autres, telles que le tronc cœliaque et la mésentérique supérieure, qui sont entièrement du domaine delà pathologie interne; et comme nous possédons quelques exemples de tumeurs anévrysmales développées dans ces canaux artériels , nous présenterons quelques considérations sur elles. Quant aux artères externes, et principalement aux artères des membres, il me suffira de parler de leur inflammation et des altérations chroniques dont elles sont le siège : car, sous tous les autres rapports, leurs maladies appartiennent exclusif vement à la pathologie externe.
ARTICLE Ier.
ARTÉRITE AIGUË.
Dans tous les traités, on a étudié l'artérite aiguë presque exclusivement dans l'aorte. Il est certain que, si l'on n'a égard qu'aux lésions anatomiques, à la marche de la maladie, aux effets qu'elle produit sur la circulation , il n'y a point de différence notable entre l'inflammation de l'aorte et celle des autres artères; mais, envisagée sous un autre point de vue , l'inflammation des petites artères présente des particularités importantes. Par cela même que ces vaisseaux ont un calibre très inférieur à celui de l'aorte, l'inflammation dont elles sont le siège détermine avec beaucoup plus de facilité leur obstruction, leur oblitération et leur réduction en cordons fibreux, d'où certains symptômes qu'il importe de connaître. Malheureusement, il suit de la négligence qu'on a apportée dans les recherches sur l'inflammation des petites artères, que nous n'avons pas sur ce point les renseignements désirables. Nous allons exposer en peu de mots ce que nous savons de plus positif dans l'état actuel de la science.
Fréquence. — L'inflammation des artères, et surtout leur inflammation développée spontanément, n'est point une maladie très fréquente. Dans ces dernières années, l'anatomie pathologique en a fait connaître un certain nombre de cas,
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mais qui se trouvent isolés dans les divers recueils et qui n'ont point été analysés Causes. - Parmi les causes qui peuvent produire l'inflammaUon d'une arlère celles qui sont les plus connues sont les lésions mécaniques et le développemen! dune inflammation dans les tissus voisins. Quelques expériences incessantes ont été fanes à ce sujet, et principalement par Sasse (1) et par M Gendrin (•>) Le premier de ces observateurs, en appliquant sur les vaisseaux artériels la teinture de canthandcs et d'euphorbe, produisit une inflammation intense avec rougeur de la membrane interne, coagulation du sang, oblitération des vaisseaux, etc ; le second a répété ces expériences avec les mêmes résultats.
On a cité de nombreux exemples d'oblitération des artères au-dessus du point oh siège un anevrysme, mais on se demande si, en pareil cas, il a existé véritablement une inflammation, ou si l'oblitération n'a point été un résultat pur et simple de l'arrêt du sang, de sa coagulation et de son organisaiion consécutive.
Enfin, quelquefois on voit, sans qu'on puisse en découvrir la cause, une artère s'enflammer et présenter tous les symptômes qui vont être décrits.
Sijmptômes. — Les symptômes de cette maladie, lorsqu'elle n'occupe qu'une artère de petite dimension [car il faut faire ici abstraction de ces cas où presque tout le système artériel est malade, comme ceux qui ont été rapportés par G. Breschet (3)], sont presque tous locaux, et si l'artère est profonde et hors de la portée de l'exploration directe, il est souvent assez difficile de les reconnaître.
La douleur a été signalée par tous les patliologistes, mais elle a été fort diversement appréciée. Ainsi, tandis que les uns ont signalé simplement un engourdissement, de la gêne, des fourmillements dans le point occupé par l'inflammation, d'autres, tels que Broussais (/*), assignent à l'inflammation des artères des douleurs très violentes, qui souvent se propagent dans les muscles cl déterminent des élancements, des crampes, des mouvements convulsifs. Il est, comme on le voit, très difficile de se prononcer sur des opinions si diverses, surtout quand des observations bien exactes et bien précises nous manquent entièrement. Dans les observations d'artérile simple que nous avons consultées, la douleur est loin d'être ' telle qu'elle a été décrite par Broussais. Elle était simplement gravalive, et l'on est porté à croire que cet auteur a été trompé par des complications, telles que l'inflammation du tissu cellulaire circonvoisin. Lorsque l'on peut presser sur l'artère malade, on détermine une douleur plus ou moins vive, bornée au point où exisle l'inflammation, et cette pression fait reconnaître en outre les modifications qui se sont produites dans la circulation.
S'il faut en croire quelques auteurs, et en particulier Broussais cl M. Roche, au début de l'artérite il se manifeste des pulsations violentes dans l'artère enflammée. Nous devons dire que les observations sont loin d'être concluantes à cet égard; en effet, dans presque toutes celles qui sont citées, il est question de fièvres intenses, h la suite desquelles on n'a presque jamais trouvé qu'une rougeur plus ou moins étendue du système artériel. Les cas rapportés par P. et .1. Frank nous en offrent
(1) De vas. sanguif. inflarnmal. Halle, 1797.
(2) Hist. anatom. des inflammations. Paris, I82G, 2 vol. in-8.
(3) Histoire des phlegmasies des vaisseaux, ou de l'angiite (Journ. des progrès, t. XVII,
(4) Cours de pathologie.
un k r. m: algue — symptOmbs.
principalement des exemples. Or, sur ce point s'élèvent plusieurs difficulté* D'abord v avait-il artérite? C'est ce .qui paraîtra douteux à ceux epu connaissent le peu de valeur d'une simple rougeur développée dans le système artériel. En second ]i,u après avoir admis l'existence de l'artérite, on se démande s. 1 augmentation des battements n'est pas simplement un phénomène fébrile. Il faudrait, pou. que. l'existence de ce symptôme fut démontrée, qu'on eût trouvé l'exagération des battements bornée à l'artère enflammée, et c'est ce qu'on n'a pas établi d une manière positive..
La palpation fait reconnaître d'autres phénomènes qui, d'après les observations, méritent bien plus d'être notés : c'est la dureté de l'artère, son augmentation de calibre apparente ou réelle, et enfin {'anéantissement des pulsations artérielles. Ces symptômes annoncent qu'il s'est formé un caillot dans l'intérieur du vaisseau, d'où résulte la suspension de la circulation, que l'on peut encore reconnaître a l'absence des battements dans tous les points de l'artère situés au delà de la partie malade. Ce symptôme doit être considéré comme un des principaux; car s'il est bien démontré que les phénomènes se passent dans l'intérieur de l'artère, on ne peut pas douter de l'existence de l'inflammation. Le. gonflement que l'on peut observer lorsque l'artère est superficielle est ordinairement plus considérable et ne présente d'ailleurs rien de particulier à noter.
A la douleur précédemment indiquée, et qui est le résultat pur et simple de la lésion locale, il s'enjoint d'autres qui sont dues à l'arrêt de la circulation : ainsi les picotements, Y engourdissement, les tiraillements dans les diverses parties où l'artère malade va se diviser. C'est à la même cause qu'il faut rapporter la $ensa-> tioa de froid éprouvée par les malades dans les mêmes parties, et la difficulté de.; mouvements dans le membre affecté. Mais il est un résultat beaucoup plus grave encore de cette oblitération artérielle : c'est la gangrène du membre, qui a été désignée par les professeurs Delpech et Dubrueil (1) sous le nom de gangrène momifique, parce que les tissus se dessèchent et deviennent noirs comme ceux des momies égyptiennes. Un assez grand nombre de faits ont, en effet, démontré que les artères qui doivent apporter le sang aux parties affectées par cette gangrène se trouvent complètement oblitérées. On a, il est vrai, fait quelques objections à cette manière de voir, et, en particulier, on a dit que l'oblitération des artères était non pas la cause, mais la conséquence de la gangrène. A ce sujet, les observations rapportées par M. François ont une grande valeur, puisque plusieurs d'entre elles prouvent que l'oblitération des artères a réellement précédé la mortification des parties.
Tels sont les symptômes qu'on peut appeler locaux; mais, en outre, un certain nombre de symptômes généraux ont été assignés à cette affection. Ce sont : un mouvement fébrile plus ou moins intense, des frissons avec des alternatives de chaleur, un état d'excitation plus ou moins marqué. Mais ici s'élèvent encore de nouvelles difficultés ; car on n'a point distingué suffisamment les cas, et dans un grand nombre d'observations on trouve dans des complications plus ou moins graves la cause du mouvement fébrile. Il résulte de quelques faits où l'inflammation artérielle
(1) Mémorial des hôpitaux du Midi, 1829.— Dubrueil, Des anomalies artérielles considérées dans leurs rapports avec la pathologie et les opérations chirurgicales. Paris, 1 8 i 7 .
Valleix, V édit. — lit. 2t