‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 156 sur 306 · ALTÉRATIONS DIVERSES DES VEINES · texte numérisé non relu

ALTÉRATIONS DIVERSES DES VEINES

[Phlébite crurale des phthisiques. — « Chez les sujets atteints d'œdème des membres inférieurs, on trouve des désordres qui n'ont pas encore fixé l'attention des pathologisles; cependant ils sont loin d'être rares dans les derniers instants de la vie des phthisiques. M. Andral assigne aux hydropisies que l'on remarque chez eux les causes communes aux autres hydropisies, et parle de l'oblitération de quelques troncs veineux et d'affection hépatique.... Les principales veines du membre inférieur droit ou gauche, et plus rarement des deux à la fois, contiennent, dans toute leur étendue, un caillot formé par du sang noirâtre, coagulé, et encore assez friable pour être aisément détaché avec le doigt; il reste adhérent à la paroi interne de la veine, surtout dans les points où existent les valvules et où s'abouchent d'autres veines, au moyen de couches fibrineuses plus résislantcs et plus solidement organisées, qui conslitucnl en quelque sorte l'enveloppe corlicale du Caillot. [1 n'y a rien clans ce caillot qui rappelle l'existence du pus; cependant l'un

1 de nous a trouvé, chez un jeune phthisique mort avec un œdème de tout le membre abdominal gauche, un caillot qui obturait toute la veine iliaque gauche, et qui contenait une proportion fort considérable de pus verdâtre et sanicux; il y avait en

i même temps une phlcgmasie bien évidente de la paroi veineuse. Mais ce cas diffère, sous ce rapport, de ceux que l'on rencontre le plus ordinairement. La coagulation toute spontanée du sang constitue la lésion caractéristique de l'œdème que Valleix, 4e édit. —III, 24

370 MAi.Auiics des voies ciiu;ijr,AT()ii;i:s.

nous éludions; tout le calibre du vaisseau est oblitéré; ses parois snni un peu épaissies, mais sa tunique interne conserve la coloration et le poli qui lui sont naturels. Le fait de la coagulation du sang chez les phtbisiques est un des plus singuliers et en même temps un des plus obscurs de la pathologie... (1). »

On commence de nos jours à mieux interpréter les faits que nous venons de rappeler. Dans l'immense majorité des cas il ne s'agit pas d'uni; phlébite, au inoins primitive; et les travaux de MM. Leberl (2), Charcot (3), ont démontré que la matière d'appareuce purulente trouvée au centre des caillots était constituée essentiellement par les globules blancs du sang. Les traces d'inflammation des parois veineuses sont consécutives à la formation des caillots.

L'œdème résulte de la coagulation spontanée du sang, et celle-ci a pour cause le ralentissement de la circulation ; nous avons signalé l'importance de cette cause à l'article Embolies (voy. , t. IU, p. 329). L'atrophie du cœur chez les ph'thif siques, la diminution delà masse sanguine, l'affaiblissement des veines, sont le point de départ de ces coagulations. Enfin on devra remarquer que l'oblitération porte presque toujours sur la veine crurale gauche, et nous devons, à cet égard, rappeler l'opinion de M. Piédagnel, médecin de l 'Hôtel-Dieu. Selon ce médecin, le passage de la veine iliaque gauche entre l'aorte et la colonne vertébrale, et la compression que cette veine doit subir chez les sujets amaigris cl dont la masse sanguine est diminuée, expliqueraient la fréquence de l'obliléralion des veines du côté gauche et de l'œdème consécutif du membre abdominal correspondant.

Quelquefois l'œdème dont il est question est indolent ; d'autres fois il est accompagné de vives douleurs et de chaleur; et l'on peut sentir, au niveau de l'aine, un cordon volumineux formé par la veine crurale oblitérée.

Phlébite des sinus de la dure-mère. — La coagulation du sang dans ces sinus n'est presque jamais accompagnée d'inflammation des parois veineuses. C'est, selon toutes probabilités, un phénomène ultime de l'agonie, et depuis longtemps on a nié la valeur des opinions de M. ïonnellé à cet égard.

Oblitération de la veine cave inférieure. — Cette lésion peut naître par suite de la coagulation spontanée du sang, comme cela a lieu dans les veines crurales ; mais aussi elle peut dépendre de la pénétration d'une masse cancéreuse dans le calibre de la veine (P. Bérard), ou enfin d'une compression exercée par une cause extérieure. Les symptômes sont ceux de l'oblitération simultanée des deux veines crurales, c'est-à-dire qu'il y a œdème des deux membres inférieurs. Et selon que l'oblitération remonte plus ou moins haut, l'œdème remonte seulement à la région pelvienne ou jusqu'à l'épigaslre. Enfin , on voit se développer le réseau veineux sous-cutané, qui rapporte le sang des veines inférieures dans des affluents de la veine cave supérieure.

Oblitération de la veine porte. — L'effet principal de cette lésion est de produire d'abord une hydropisie ascite; l'œdème des membres inférieurs ne survient que quand Fépanchement abdominal comprime la veine cave inférieure.

Oblitération des veines rénales. — Dans ces derniers temps, M. Gubler a signalé

(1) Compendium de médecine pratique, l. VI, p. 500.

(2) Traité d'analomie pathologique générale et spéciale. Paris, 1855, t. I, p. 5-8 et suiv.

(3) Remarques sur les kystes jibrineux (Mémoires de la Société de biologie, 2' série, t. I, 1854, Paris, 1855, p. 302 et suiv.).

Page 1