SYNCOPE
Dans un nombre assez considérable de cas, la syncope survient dans le cours d'affections très diverses, où nous aurons à la mentionner; mais non moins fréquemment elle est occasionnée par des causes tout à fait accidentelles, et elle constitue un état pathologique très distinct. Elle mérite donc toute l'attention du praticien. Elle a donné lieu à de nombreuses recherches, dans lesquelles il faut choisir ce qui est réellement pratique; car, avant ces derniers temps, on s'est livré à de nombreuses hypothèses que nous pouvons sans inconvénient passer sous silence.
§ I. — Définition, synonymie, fréquence.
La syncope ( deliquium animi, lipothymie, évanouissement; angl. fainting, ail. Ohnmacht, esp. desmayo) doit être définie une suspension plus ou moins longue des mouvements du cœur, des mouvements respiratoires, des fonctions sensoriales et de la locomotion. On voit que, portée à ce degré, la syncope n'est autre chose que la mort apparente qu'on a vue quelquefois se prolonger pendant plusieurs heures. Peut-être vaudrait-il mieux dire : la suspension plus ou moins complète de ces fonctions; car aujourd'hui on ne regarde plus les défaillances, les lipothymies, que comme des degrés de la syncope. Mais il suffit de savoir que cette définition s'applique seulement à la syncope portée à son plus haut degré.
Tout le monde sait combien la syncope est fréquente, ce dont on pourra juget par le grand nombre de ses causes; mais il faut dire que la syncope de courte durée est seule fréquente ; celle qui se prolonge au delà de quelques minutes est au contraire extrêmement rare.
SYNCOPH. — CAUSES.
§ II. — Causes.
Les causes prédisposantes sont peu nombreuses, mais bien tranchées. Un affaiblissement, un épuisement causé par une longue maladie; les affections débilitantes, le sexe féminin, le tempérament nerveux, h (jrossesse, en sont les principales. Elle peut survenir aussi chez les femmes en couches. M. Robert (1) cite, en effet, trois cas de syncope mortelle chez des femmes plus ou moins récemment accouchées. Nous avons déjà signalé les maladies du cœur. Il est quelques sujets qui, en dehors de toutes ces conditions, ont néanmoins des syncopes sous l'influence de causes occasionnelles légères; il y a alors une prédisposition particulière, dont la nature nous est entièrement inconnue.
En revanche, les causes occasionnelles sont extrêmement nombreuses. Sauvages, qui a divisé la syncope suivant ces causes, n'en admet pas' moins de trente-deux espèces, sans compter les lipothymies, dont il fait un ordre à part. Celte division est inutile. Celle de Senac (2) est bien plus importante. Il divise les causes en trois ordres : celles qui ont leur siège, 1° dans le cœur, 2" dans les vaisseaux, 3" dans les nerfs ; h° les causes particulières : troubles de l'estomac, altérations du foie, etc. 31. Ash (3) a suivi cette division, qui est très naturelle, et qui me paraît devoir être adoptée.
Nous dirons peu de chose ici des affections du cœur et des vaisseaux comme cause de la syncope. Il en a été suffisamment question dans l'histoire des maladies de cet organe. Nous nous contenterons de rappeler que la dilatation du cœur, et surtout la communication des cavités droites et gauches, donnent le plus souvent lieu à, cet accident.
Les hémorrhagies abondantes sont une des causes les plus fréquentes de la syncope, et l'on a remarqué que les pertes de sang artériel l'occasionnaient plus facilement, à quantité égale, que les pertes de sang veineux.
Les causes qui agissent principalement sur le système nerveux sont extrêmement variables : diverses odeurs, la vue de certains objets (animaux repoussants, plaies, ordures dans les aliments, etc.), les émotions soudaines, une vive frayeur, une douleur violente et subite, et plusieurs autres impressions de la même nature qu'il serait trop long d'énumérer, par exemple le toucher de certains objets, une trop vive chaleur, une fatigue violente et prolongée, surtout à jeun, en un mot toutes les causes qui agissent en épuisant l'influence nerveuse. Nous n'insisterons pas sur ces causes, qui sont connues de tout le monde.
Les causes diverses, celles surtout qui agissent sur d'autres organes que le cœur et les nerfs, ne sont guère moins nombreuses et moins variées. L'ingestion de certains aliments dans l'estomac, l'action de l'émélique, les flux séreux ou rnuqueux trop abondants, la soustraction rapide d'une collection séreuse, comme dans la paracentèse, etc., produisent parfois la syncope. Il en est de même de certains miasmes.
Il faut remarquer que cette division, bien que la plus naturelle, n'est pas n^an-"
(1) Voy. Bulletin général de Ihérapeulique, 30 janvier 18'>2.
(2) Maladies du cœur, t. II, p. 106 et suiv.
(3) Cyclopœdiaof pract. med., vol. IV, art. SYNCOPE.
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moins si p.ufaite, que toutes les causes placées dans un des {rois ordres soient entièrement étrangères aux deux autres. Dans les portos de sang, par exemple 1 action «lu système nerveux n'est-elle pas évidente? Ce qui prouve qu'il en esi ainsi' c'est que la facilité avec laquelle se produit la syncope n'est pas en raison directe de l'abondance du sang tiré. On sait qu'une saigné,, pratiquer. le malade étant deboul ou assis, produit quelquefois la syncope avant qu'on ait exilait 100 grammes de sang, tandis qu'une soustraction de 500 grammes n'a pas le même effet dans le décubitus. N'y a-t-il pas là une action nerveuse? On a voulu expliquer le fait par la diminution de la quantité de sang arrivant au cerveau ; mais, sans nier qu'il y ail là une cause dont il faut tenir compte, trop de faits prouvent qu'elle ne saurait être la seule, pour qu'il soit nécessaire d'insister sur ce point.
S — Symptômes.
Les symptômes de la syncope ne méritent guère qu'une indication, tant ils sont simples. Parfois ils se produisent si rapidement, que le sujet perd ses sens avant d'avoir été prévenu par aucun malaise. Plus souvent un sentiment de faiblesse générale se fait sentir, les yeux se troublent, les oreilles bourdonnent, la vue et l'ouïe s'affaiblissent avant que le malade lombe privé de tout sentiment. Lorsque la cause se trouve dans un autre organe que le cœur et les nerfs, les premiers symptômes peuvent être différents : ainsi la douleur, la plénitude de l'estomac, de violentes coliques, etc.
Nous avons déjà dit qu'au moment où la syncope est complète, on observe l'état de mort apparente. Abolition de la respiration, point de pouls, pas de battements du cœur, pâleur de la face, froid des extrémités, tels sont les phénomènes que présente le sujet. Parfois il y a des évacuations involontaires.
Lorsqu'il n'y a qu'une simple défaillance ou lipothymie, la respiration peut encore s'exercer, quoique irès faiblement; ei l'on pense avec raison que dans les cas où la syncope a duré plusieurs heures el même des jours entiers, la circulation et la respiration n'étaient pas entièrement abolies, car autrement on aurait grande peine à comprendre, en pareil cas, le maintien de la vie.
Dans un travail remarquable récemment publié, M. Bouchul (1) a démontré que toutes les prétendues résurrections après des morts de plusieurs heures ou de plusieurs jours doivent être rangées parmi les fables. Cet auteur a constaté que lorsque par l'auscultation attentive on s'est assuré que le pouls a cessé de battre pendant cinq minutes, on peut être certain que la mort est réelle.
^ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.
La durée ordinaire de la syncope est d'une minute ou moins; il n'est cependant pas rare de la voir se prolonger un peu au delà de ce terme. Quelquefois plusieurs syncopes consécutives ont lieu à divers intervalles, et cet étal peut durer assez longtemps. Il est rare que la syncope se termine parla mort. Les batte-
(1) Traité des signes de la mort et des moyens de prévenir les enterrements prématurés. Paris, 1849, p. 62.
SYiSCOPE. — TRAITEMENT. 375
Lents du cœur se reproduisent faiblement et lentement d'abord , ainsi que les mouvements respiratoires; puis les sens reviennent, les perceptions sont vagues pendant quelques instants, el enfin tout rentre dans l'ordre, quoique habituelle-? ment un certain malaise et un peu de faiblesse succèdent pendant quelque temps à l'évanouissement.
§ V. — Lésions anatomiques.
On a cberché si la syncope donnait lieu à des lésions anatomiques, mais quelques caillots dans le cœur et dans les vaisseaux son! les seules qu'on doive lui rapporter. Toutes les autres appartieimentaux maladies dans le cours desquelles elle s'est produite.
§ VI. — Diagnostic, pronostic.
On comprend facilement que le diagnostic ait peu occupé les médecins ; les caractères de la syncope sont si frappants, que l'erreur n'est guère possible. Aussi n'est-ce que par excès de précautions qu'on a indiqué la manière de distinguer l'évanouissement de l'apoplexie et de l'asphyxie, Dans l'apoplexie, l'action du cœur et la respiration existent encore; clans l'asphyxie, la syncope peut exister, mais c'est un simple accident d'un étal qui se distingue par des caractères si tranchés.
Mais il est une question beaucoup plus importante : Peut-on s'assurer si la mort est réelle ou s'il n'y a qu'une syncope complète? Cette question a été bien souvent agitée, et, malgré tous les signes qu'on a donnés, on était arrivé à cette conclusion, que la putréfaction seule est le signe certain de la mort, lorsque M, Bouchut, dans l'ouvrage cité , a montré que l'absence des battements du cœur pendant plus de cinq minutes, h une auscultation attentive, était un signe certain. La dépression, la flaccidité de la cornée est un phénomène qui a aussi une grande valeur. Récemment, M. Legranda tiré parti du résultai des expériences faites dans ces dernières années sur la reproduction de la lumière d'une bougie dans l'œil. On sait que lorsqu'on place une bougie allumée devant l'œil, il se produit trois images. Ce médecin a constaté qu'après la mort ces images disparaissent en commençant par la plus profonde.
Le précepte qu'il faut tirer de ce fait, c'est que, dans les cas où chez un sujet la suspension de toutes les fonctions a lieu, sans qu'une maladie antérieure ou une grave lésion en rende raison , il faut employer avec persévérance tous les moyens de le rappeler à la vie, sans avoir égard à la longue durée de l'évanouissement.
§ VII. — Traitement.
Le traitement de la syncope est composé de moyens bien connus.
Ouvrir un libre accès à l'air, ou transporter les malades dans un lieu aéré ; délier ou couper les vêtements trop serrés; placer les malades dans le décu bit us horizontal, la tète basse; projeter sur la face de l'eau froide, en faire boire; y ajouter quelques gouttes d'ammoniaque, d'éther, de vinaigre, d'alcool; faire respirer ces substances, l'eau de Cologne, l'eau de ileur d'oranger, en frotter les tempes; donner au malade de brusques secousses : tels sont les moyens vulgairement, employés, et presque toujours avec succès.
370 MAl.AIMI'.S DES VOIES CmeOIfATOIHES.
Si la syncope se prolonge, pratiquer des frictions sèches, aromatiques alcooliques, sur la région épigastrique et sur les extrémités. L'opium, le laudanum en particulier, esi souvent employé en Angleterre. Les lavements stimulants avec le sel commun, le vinaigre, sont aussi mis en usage. Dans les cas où une hémorrha^ gie très abondante est la cause de l'accident, comme cela a lieu après l'accouchèmenl , la ligature des membres rétablit les fonctions des principaux organes en refoulant vers le centre le sang qui tend à gagner les extrémités, Ouelques médecins oui craint que, dans certains cas, clans les maladies du cœur par exemple un traitement actif n'ait des inconvénients ; mais ce sont là de vains scrupules, car,' avant tout, il faut rappeler les malades à la vie.
Enfin , dans les cas particuliers, on agira sur les organes affectés. Dans l'indigestion, on donnera un vomitif; dans les coliques, un lavement laudanisé, etc.
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