MUGUET. — DÉFINITION
lieu, si la lésion de la bouche n'est pas toute la maladie, du moins elle en est un caractère des plus constants et des plus frappants. Ces raisons nous ont paru d'autant plus suffisantes pour nous déterminer à agir ainsi, que la question de savoir si une affection doit être placée dans tel ou tel point du cadre nosologique est en réalité d'une importance secondaire pour le praticien. L'essentiel, c'est qu'il puisse en trouver facilement la description. Ces réserves faites, nous pouvons passer à l'étude de la maladie.
Faut-il, avec Billard, diviser le muguet en autant d'espèces qu'on lui trouve de sièges différents, et décrire le muguet de la bouche, de l'œsophage, de l'intestin ? Non, sans doute, puisque l'étude de la maladie nous fera voir que ces parties sont envahies successivement dans le cours d'une seule et même affection, et que l'étendue du muguet dans le tube intestinal est seulement en raison directe des progrès du mal. Mais, puisque l'on voit quelquefois le muguet borné à la bouche, ne conviendrait-d pas de distinguer ces cas, sous le nom de muguet idiopathique, de ceux où la maladie locale n'est qu'une conséquence d'une maladie plus générale, et donner à ces derniers le nom de muguet symptomatique ? Dans la description suivante, on verra que cette distinction n'a pas l'importance qu'on pourrait lui attribuer au premier abord.
§ I. - — Définition, synonymie, fréquence.
Le muguet est une maladie particulièrement caractérisée par une exsudation concrète de la muqueuse buccale, et qui donne, en outre, ordinairement lieu à un grand nombre d'autres symptômes du côté du tube digestif, dont plusieurs autres points peuvent être envahis par la production pseudo-membraneuse.
[Si l'on n'a égard qu'à la lésion locale connue sous le nom de muguet, on verra qu'elle a été interprétée de bien des façons différentes. Longtemps on l'a considérée comme constituée par des productions analogues aux aphlhes, à la diphlhérite; d'autres auteurs, comme Billard, y voyaient une altération de sécrétion ; d'autres, comme Baron, Guersant, Blache, y voyaient une pseudo-membrane. Le végétal parasite ayaut été découvert (Gruby, Ch. Robin) (1), les opinions anciennes furent reliées à la nouvelle, et l'on admit un travail morbide dont le muguet n'était pas la cause, mais l'effet, et les fausses membranes ou les portions d'épithélium altéré furent considérées comme le terrain sur lequel venait, soit nécessairement , soit accidentellement, s'implanter le muguet. Cependant on continua à voir dans cette maladie autre chose qu'un état local , et , tout en faisant la part d'importance qui leur revient aux travaux des naturalistes et des anatomistes, les médecins doivent, dans cette maladie, s'inquiéter de l'état général, et ne pas borner leur attention au symptôme local.
Voici, en peu de mots, la description du muguet, aux points de vue de sa signification morbide et de son histoire naturelle.
Voici comment s'exprime à cet égard M. Gubler (2) :
« 1" Les concrétions d'apparence pultacée, connues des cliniciens sous le nom de
(1) Histoire naturelle des végétaux parasites. Paris, 1853.
(2) Études sur la mucedinée du muguet {Mém. de l'Acad. de méd., Paris, 1858, t. XXII, p. 41 3 et suiv.).
MAUMKS Di:s VOIES DIGKSTI VKS.
fixent à l'entrée dp tube digestif et s'y Jl^ f * ^"l™ s, Cet auteur admet aussi l'inoculation par contact; il reconnaît néanmoins (me la maladie a besoin, pour se produire, d'un état général morbide, don e ffi mi une expression, un épiphénomène. .« Les maladies dans lesque le on a le n souvent trouve le muguet sont les dérangements des voies d gestives cl ez en ants du premier âge, et chez les adultes, la phthisie pulmonaire à » i période, la fièvre typhoïde, les angines. Dans ces affections diverses, on et • u un caractère commun : c'est l'état morbide des voies digestives !
Voie, quels son., d'après Ch. Robin (1), les principaux caractères du végétal parasite du muguet (Oïdium albicans, Ch. Robin) : g
Synonymie : Spepies Sporotrichi admis (Gruby) (2); Cn/ntormnm du muanet ou Aphtapkyte (Gruby) (3). - . Fila in cespitibus1 Iaxis, S » albis, dein sordide fulvis, vel fuscis, vel UWflavis in.ertexta; iotus lev "r grâ-
,>ni, OSa;IaL1.0 ''0UZl;lonS- °"m'050 ad 0 '.600. Sporidïa plerumquc rotunda » aut v,x oval.a, ex art.culis secedentibus; haud raroovalia or.a. - Hab in mem- » brana mucosa ons, faucium et œsophagi puerorum lactantium, neenon adulto- » rum cacheclicorum in extremis vitae. »
L'examen, fait à l'aide du microscope, de ces niasses blanchâtres parasitaires montre qu elles sont composées de filaments tpbuienx sporifères cylindriques formés de cellules allongées articulées. Au niveau des articulations ou étranglements naissent les ramifications. L'extrémité libre en esl renflée, terminée par une où plusieurs cellules ovoïdes, qui sont des spores près de se détacher.
Les spores sont libres et flottantes, ou adhèrent à la muqueuse ; ce sont des cellules de 0«'"\005 à 0»'"\007 de diamètre, un peu allongées, contenant une fine poussière douée du mouvement brownien.]
Les noms A' aphtha lactantium (Plenck), aphtha lactamen (Sauvages), aphtha infantilis (Baleman), donnés à cette aflèction, prouvent combien on était peu éclairé sur sa nature. Auvity (h) n'était pas mieux fixé sur ce point, lorsqu'il a décrit le muguet sous le nom de maladie ephtkeuse des nouveautés. On lui a aussi imposé les noms de millet et de blanchet, à cause de la forme et de la couleur de l'exsudation pseudo-membraneuse : celui de muguet lui a été donné pour les mêmes raisons; et enfin Billard l'a décrite sous le titre de stomatite pseudomembraneuse, qui ne lui convient ordinairement pas, ainsi que nous l'avons déjà dit. De toutes ces dénominations, celle qu'il faut conserver est celle de muguet, sous laquelle la maladie est le plus généralement connue.
La fréquence du muguet est très grande dans les hospices destinés aux enfants
(1) Histoire naturelle des végétaux parasites. Paris, 1853.
(2) Recherches analomiques sur une plante cryptogame qui constitue le vrai muguet des enfants (Comptes rendus del'Acad. des sciences, Paris, 1842, t. XIV).
(3) Ibidem, t. XIV, p. 613.
(4) Mémoires de la Société royale de médecine. Paris, 1787-88.