MUGUET. — CAUSES
trouvés, et très peu considérable au dehors ; nous verrons plus loin à quelle influence il faut attribuer cette différence si remarquable
Dans la description suivante, nous exposerons d'abord ce qui concerne le muguet des enfants, car c'est à cet âge que la maladie est réellement importante; puis nous indiquerons rapidement ce qui est relatif au muguet des adultes.]
§ II. — Causes.
1° Causes prédisposantes.
On a observé le muguet à tous les âges de la vie, mais dans des proportions très différentes. L'immense majorité des cas cités appartient aux deux premiers mois de l'existence. D'où il suit que, chez les enfants plus âgés, et surtout chez les adultes et les vieillards, c'est une maladie comparativement rare. Guersant et M. Blache (1) remarquent que, dans les cas où la maladie se montre après la première enfance, elle est presque tou jours compliquée de quelque autre maladie plus ou moins grave. Nous allons plus loin, et nous disons qu'il n'existe pas un seul fait bien authentique qui prouve qu'en pareil cas la maladie soit autre chose qu'une affection secondaire surajoutée à l'affection principale. Les faits rassemblés dans l'intéressant mémoire de M. Blache (2) viennent en particulier à l'appui de cette manière de voir, que nous aurons occasion de rappeler plus loin. Après les premiers mois de la vie, le muguet peut-il se présenter dans les mêmes conditions que chez les nouveau-nés, ou n'est-il que la conséquence d'une affection chronique, comme chez l'adulte? C'est ce que semblent démontrer quelques observations citées par les auteurs ; mais ce fait a besoin d'être confirmé.
[La statistique suivante donne une idée des limites d'âge dans lesquelles se rencontre le plus habituellement le muguet. Sur 402 nouveau-nés atteints de muguet observés par M. Seux (3), 394 avaient une huitaine de jours, un avait dix jours, un douze jours, un quinze jours, et un était âgé de dix-sept jours, un d'un mois. MM. Trousseau et Delpech, sur 50 enfants, en ont noté 16 âgés de deux mois et demi à vingt-deux mois. ]
Relativement à la constitution, nous avions trouvé, par l'analyse des faits, qu'on ne pouvait voir ni dans la force ni dans la faiblesse des enfants une prédisposition au muguet. Cependant plusieurs auteurs sont d'une opinion contraire, et M. Godinat l'a exprimée formellement. Guersant et M. Blache, qui partagent cette dernière manière de voir, pensent que nous sommes tombé dans l'erreur, parce que, disent-ils, nous faisons commencer l'affection trop tôt, en regardant comme le début même de la maladie le dévoiement et l'affaiblissement, qui souvent, au contraire, existent longtemps auparavant. Mais c'est là une question qu'on ne peut résoudre qu'en prouvant que la succession des symptômes, telle que nous l'avons établie, est mal fondée, et que les premiers accidents ne tiennent pas à la maladie principale. Ne pourrait-on pas, de la même manière, en avançant que la variole et la scarlatine commencent seulement au moment de l'éruption, dire que ces exan-
(1) Diclionnaire de médecine, t. XX, art. Muguet.
(2) Recherches sur une production particulière de la membrane muqueuse de la bouche ,etc, thèse. Paris, 1824.
(3) Recherches sur les maladies des enfants nouveau-nés. Paris, 1855.
tl2H MALADIES DES VOIES D1GEST1VES.
thèmes se développent uniquement chez des sujets affectés de maladies fébriles sauf a accuser de faire remonter la maladie trop haut celui qui, tenant compte des phénomènes de 1 invasion, établirait une opinion contraire? Nous faisons des vœuv pour que de nouveaux observateurs cherchent à éclaircir cette question importante'car il ne s agit de rien moins que de pouvoir attaquer le muguet à son début
Ce que nous avons à dire des conditions hygiéniques, comme causes prédisposantes du muguet, prouvera que nous n'avons nullement fait de la question prêté dente une question d'amour-propre, car le salut des enfants en dépend Parmi ces conditions hygiéniques, une seule nous a paru avoir une influence réelle c'est la mauvaise alimentation. \ l'époque où nous publiâmes nos premières recherches nous ne pouvions émettre que des probabilités à ce sujet; depuis, nous avons eu occasion d'observer plusieurs fois le muguet, soit à Lourcine, soit en ville et nous avons toujours noté que les enfants avaient été mis à une nourriture féculente. D'un autre côté, nous n'avons jamais vu un enfant nourri exclusivement au sein pendant les premiers mois présenter cette affection, à moins que le lait de la nourrice ne fût mauvais pour lui. Il est à désirer que ces recherches se multiplient.
Le défaut de propreté, de soins, d'un exercice journalier à l'air pur, la nourriture au biberon ou à la cuiller, exercent-ils une influence semblable ? Il est permis de le penser, puisque ce sont là précisément les conditions dans lesquelles se trouvent les enfants des hospices, si souvent atteints du muguet; mais les preuves directes ne sont pas suffisantes. En somme, quoique les recherches manquent d'une certaine précision qu'elles auront par la suite , il faut du moins l'espérer, il n'est pas douteux que les conditions hygiéniques mauvaises dans lesquelles se trouvent les enfants ne soient la principale cause du muguet; car, par voie d'exclusion, on est forcé d'arriver à cette conclusion. Or , s'il en est ainsi , on sent combien serait dangereuse l'opinion que je combattais plus haut , en supposant qu'elle ne soit pas fondée. Si, en effet, on admettait que les enfants forts et robustes ne sont que rarement affectés du muguet , on pourrait être plus indifférent sur l'hygiène relativement à eux, tandis que, dans l'opinion fondée sur mes recherches, tous les enfants sans exception ont besoin des mêmes précautions pour échapper à la maladie.
[Il n'est pas facile de déterminer exactement le degré de force ou de faiblesse que présente un enfant nouveau-né. Tout au plus pourrait-on établir que les enfants nés avant terme sont nécessairement plus faibles que les autres. Quant au poids et aux dimensions des enfants, ils ne sont pas en raison de la force réelle, si par force on entend la résistance à la maladie et la vitalité. Tel enfant présente toutes les conditions apparentes de la force qui n'a ni vivacité ni ardeur, et qui est prêt à contracter toute espèce de maladies , tandis que des enfants en apparence chétifs ont une viabilité bien supérieure. Ce qu'il faut savoir, c'est que l'affaiblissement, la dépression des forces vitales sont en raison directe des mauvaises conditions hygiéniques où l'on place les enfants, et que, de toutes, la pire est l'habitation dans un hôpital, foyer de toute infection morbide.
Sur 5U7 enfants entrés dans le cours d'une année à la Charité de Marseille, U02 ont été atteints du muguet (1).]
(1) Seux, Recherches sur les maladies des enfants nouveau-nés, 1855.
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[Saisons, — Les opinions les plus divergentes ont longtemps régné sur l'influence que les saisons exercent sur la production du muguet. MM. Blache et Guersant pensent avoir observé cette maladie plus fréquemment dans les temps froids et humides. Valleix, dans la précédente édition de cet ouvrage, s'exprimait ainsi : « J'ai pu rechercher l'influence des saisons sur un grand nombre de malades, et j'ai vu que plus de la moitié des cas avaient eu lieu dans les trois mois les plus chauds de l'année, proportion immense qui établit le fait sur des bases solides. » M. Bouchut (1) dit qu'on observe plus souvent le muguet en hiver et dans les temps humides. Les travaux de M. Seux, établis sur uu nombre de faits considérable et sur une observation rigoureuse, viennent tout à fait confirmer l'opinion de Valleix quant à l'influence de la chaleur sur la production du muguet. Boorhaave avait déjà dit qu'un temps chaud et humide rendait plus fréquents les aphthes des enfants. Suivant M. Seux, non-seulement les saisons influent sur le nombre des cas de muguet, mais encore sur leur intensité: ainsi, de même que, durant les saisons chaudes et humides, les cas observés par cet auteur se multipliaient, de même aussi ils s'accompagnaient de phénomènes plus graves. Le muguet serait également plus fréquent dans le Midi que dans le Nord. Voici à cet égard les chiffres donnés par M. Seux : tandis que dans le Nord, à Paris, on ne voit que 23,50 sur 100 enfants, atteints de cette maladie ; dans le Midi, à Marseille, on en voit 73,50 (il ne s'agit, bien entendu, que de la population des hospices).]
On sait que le muguet des adultes se développe dans le cours des maladies graves, aiguës ou chroniques. Cette lésion se manifeste lorsque la maladie a fait d'assez grands progrès, et que la faiblesse est considérable.
[Les fièvres éruptives et typhoïdes, les phlébites surtout à la suite des couches, .sont parmi les maladies aiguës celles dans le cours ou vers la fin desquelles on a le plus souvent observé le muguet. Parmi les affections chroniques, les cancers et la phihisie pulmonaire présentent souvent ce signe ultime.]
2° Causes occasionnelles.
On a vu, par ce que nous avons dit du grand nombre d'enfants affectés du muguet en un court espace de temps, que cette maladie se présente avec des caractères en apparence épidémiques. Le sout-ils réellement? Les épidémies ont ordinairement une cause générale inconnue, et les faits précédents démontrent ici l'action, sur un grand nombre d'individus, d'une cause particulière. Ce ne serait donc pas là une véritable épidémie. Cependant on peut, jusqu'à un certain point, soutenir cette opinion, à cause de la prédisposition particulière acquise par les enfants à une certaine époque de l'année.
[Contagion. — Les meilleurs auteurs ont été longtemps en désaccord sur la question de la contagion du muguet.
Dans la précédente édition de cet ouvrage , Valleix disait : « Cette contagion n'est établie sur aucun fait positif; quant à moi, j'ai vu des enfants très éloignés les uns des autres, sans contact entre eux , être affectés en même lemps, et d'autres, au contraire, ne pas gagner le muguet , quoique nourris avec la même cuiller que
(1) Traité des maladies des nouveau-nés, 3' édition. Paris, 1855.
1rs énfeifts tnilâdes. » M. Gtiefsâtil ci ôlôcÊë (1) ne croicntpasàla contagion du muguet Dugès noyau à la crjflfàglon par l'intermédiaire d'une nourrice commune à deux enfants. Double, Gardien, Frank, m. Andral , ont écrit que le rttriëuê était contagieux ; c est aussi l'opinion de M. Trousseau, de M. Bouchot do M |fê tonneau, de M. Jlayer, qui ont cité des cas de transmission du muguet de la bouche de l'enfant an séiri delà nourrice, et du sein delà nourrice à la bouche d'un autre enfant. Des laits semblables sont cités par Hœnerlropf. Une question se présente ici : Les maladies des bouts de sein chez les nourrices consistent en crevasses ulcérations, plaques blanchâtres, et l'on a certainement trouvé su. ces plaques unê espèce particulière de végétaux parasites, mais est-ce Vnidium albicans? Suivant M. Seuv, ces pëHicules seraient constituées par des filaments se rapportant à l'algue filiforme de la bouche, telle que la décrit Ch. Robin. Aussi Seux n'admet-il pas que le muguet puisse se fixer et végéter sur le mamelon, mais il admet que les sporules de Voiduim alôicâfiè peuvent être déposées sur le mamelon ou sur un biberon, et être ainsi transmises à la bouche d'un enfant.
Il y a, dit M. Gubler (2), un mode propagateur que démontrent les expériences suivies de succès, dans lesquelles des filaments byssoïdes, empruntés à la bouche d'un enfant malade et portés dans la bouche saine d'un autre enfant, ont reproduit le muguet chez celui-ci.
De ce qui précède il résulte que le plus grand nombre des auteurs a admis lâ contagion du muguet, soit théoriquement , soit par suite des faits observés, et que Cette opinion est confirmée par les données scientifiques les plus capables d'entraîner la conviction. Nous admettrons donc que le muguet peut se transmettre au moyen d'un corps intermédiaire, et à plus foi le raison par le contact direct.
Est-il aussi évident que le muguet puisse se transmettre par l'intermédiaire du milieu ambiant? I n grand nombre de médecins hésitent encore à se prononcer sur ce point : ils admettent que l'insalubrité d'une salle d'hôpital peut engendrer et entretenir des conditions favorables au développement de l'oïdium, mais ils ne croient pas que chaque individu atteint de la maladie puisse, étant transporté dans un milieu sain, devenir lui-même centre d'infection. Cependant, si l'on pense que le muguet soit produit par des spores disséminées dans l'atmosphère, il deviendra évident que ces spores peuvent se transporter par l'intermédiaire du milieu aitt? biant d'un individu malade à un indiv idu sain : le danger sera d'autant plus grand qu'un nombre plus considérable de personnes atteintes de muguet sera assemblé dans un même lieu.
En résumé , nous dirons avec M. Seux : Les causes du muguet sont de deux ordres : dans le premier, se rangent celles qui, agissant sur l'organisme entier, déterminent un état général sous l'influence duquel se développe la maladie ; dans le second, viennent se ranger celles qui facilitent ou hâtent ce développement.
Parmi ces dernières, l'acidité de la bouche a été signalée, dans ces derniers temps, comme jouant un rôle considérable, à tel point même qu'un auteur dont les travaux ont un caractère de rigueur scientifique peu commune, M. Gubler, s'est cru autorisé à en faire le caractère essentiel de la maladie. Pour M. Gubler (3), qu'y
(1) Dictionnaire de médecine en 30 volumes, art. Muguet.
(2) Éludes sur la mucédinée du muguet. Paris, 1858.
(3) Loc. cit.