MUGUET. — SYMPTÔMES
a-t-ilde commun ètttfê tous les cas morbides, si différents par là nature de la cause pathogéiiique, par le siège, le symptôme, la gravité? « Rien autre chose que ceci : l'aridité habituelle et très prononcée des liquides qui lubrifient les cavités muqueuses, principalement le tube digestif. La présence de Y oïdium albicuns n'a donc pas d'autre signification. »
Cette manière exclusive de voir a été combattue par M. Seux, lequel établit que : 1° la bouche des nouveau-nés en bonne santé est acide; 2° cette acidité normale esl d'aiilant plus prononcée, que les nouveau-nés sont avancés en âge ; 3" l'allaitement n'est pour rien dans cette acidité. Ainsi il n'y aurait pas lieu de considérer l'acidité de la bouche des nouveau-nés comme un fait morbide précédant le muguet, tout au plus faudrait-il voir là chez les enfants une cause prédisposante.
Quant à l'acidité anormale de la bouche chez les adultes, comme cause de muguet, les observations de M. Gubler conservent toute leur valeur.]
§ III. — Symptômes.
Muguet chez les enfants. — Il est très important de fixer le début de cette affection. Les auteurs ne le font pas remonter au delà de l'apparition des premiers symptômes du côté de la bouche. L'analyse de nos observations m'a prouvé qu'il n'en était pas ainsi. Voici ce qu'elles nous ont appris.
Début. — Dans la grande majorité des cas, il survient, quelques jours avant l'apparition du muguet dans la bouche, un éry thème des fesses, quelquefois très étendu, très vif et se propageant aux cuisses. On a dit que cet érythème était dû au contact des fèces sur ces parties, lorsqu'il y avait diarrhée. Nous avons vu dans quelques cas cet érythème survenir chez les petits malades sans qu'il y eût aucune apparence de diarrhée. Quant au concact de l'urine et des matières fécales, sans nier que ce soit la cause déterminante du symptôme, nous ferons observer que l'érythème ne se produit chez les autres sujets qu'avec beaucoup de difficulté; qu'il est généralement , dans les cas qui nous occupent, beaucoup plus intense et plus étendu, et que, par conséquent, il y a dans ces cas une bien plus grande tendance à sa production , ce qui esl un des caractères de la maladie. Peu de jours après survient une diarrhée. plus ou moins abondante; le mouvement fébrile se déclare, et enfin apparaissent les premiers symptômes buccaux. Dans quelques cas, il est vrai, les choses ne se passent pas absolument ainsi, et les symptômes du côté du tube digestif apparaissent presque tous à la fois. Mais la règle générale que nous venons d'indiquer n'en existe pas moins, et il y a une liaison telle entre les symptômes dont il s'agit, ils se succèdent si régulièrement, qu'on ne peut , sans apporter en preuve de nouveaux faits bien observés, se refuser à faire remonter Je début (le l'affection' à l'apparition des premiers phénomènes dans la partie inférieure du canal intestinal. Toutes les pneumonies ne commencent pas par des troubles digestifs et un violent mouvement fébrile, et cependant, lorsqu'il en est ainsi, on n'hésite pas ii fixer le début au moment où ces symptômes se montrent.
Quelques auteurs ont cité des faits en faveur de l'existence d'un muguet purement local, qui commence par les symptômes de la bouche et reste borné à cette cavité. Ces faits prouvent que, dans certaines circonstances qui nous sont inconnues, le muguet, ordinairement symptomatique , se montre sous la forme idiopa-
thique. Il peut se faire, quoique je n'en connaisse pas d'exemples, que le muguet des nouveau-nés soit symptomatique d'une affection étrangère à la cavité buccale • dans ces cas, que l'on pourrait comparer à ceux qu'on a observés chez les adultes' on remarquerait d'abord nécessairement les symptômes propres à la maladie nrimi' l.vc ; mais y aurait-il aussi des symptômes du côté de la partie inférieure du tube digestif?
[M. Seux (1), dont nous citerons souvent les travaux dans le cours de cet article consKlère également le muguet comme une manifestation d'un état morbide dont le tube digestif est le plus souvent le siège. Suivant cet auteur : 1° L'inflammation joue un rôle très important dans le muguet 2° Cette inflammation se porte principalement sur la bouche, mais, dans un certain nombre de cas, elle atteint aussi le pharynx, l'œsophage, l'estomac et surtout l'intestin.
3° Cette inflammation n'est pas une phlegmasie ordinaire : au contraire elle a quelque chose de spécial, puisqu'elle est accompagnée d'une moisissure qu''on ne rencontre pas dans toutes les phlegmasies des voies digestives.
U° Le cryptogame qui forme le caractère pathognomonique de la maladie, comme la fausse membrane forme celui de la diphthérite, peut se rencontrer dans tous les points des voies digestives ; mais on le rencontre par ordre de fréquence dans la bouche, l'œsophage, le pharynx, l'estomac, l'intestin grêle et le gros intestin.
M. Seux va plus loin encore : non-seulement il conçoit comme nécessaire un état général prédisposant au muguet, mais il considère la maladie comme étant toujours générale, et pour ainsi dire infectieuse; il la compare aux fièvres éruptives, disant que le muguet est à l'état général ce qu'est la pustule dans la fièvre varioleuse, et, ayant rencontré des altérations des plaques de Peyer et des follicules de Brùnner chez les enfants atteints de muguet, il rapproche cette maladie de la fièvre typhoïde. Sans doute cet auteur n'admet pas l'assimilation absolue entre des états morbides si différents, mais il semble cédera une conviction basée sur une longue expérience, lorsqu'il insiste sur l'état des fonctions digestives chez les enfants atteints du muguet, et lorsqu'il repousse l'idée que la lésion locale soit toute la maladie.]
Symptômes. — Nous croyons devoir diviser la maladie, sous le rapport de la description des symptômes, en deux périodes, parce qu'il survient un moment où les principaux phénomènes changent totalement, et où les enfants présentent un état de collapsus qui ne ressemble en rien à l'état d'excitation qui a été noté jusqu'alors.
La maladie une fois établie, on constate les symptômes suivants, du moins dans les cas de muguet grave, tel qu'on l'observe à l'hospice des Enfants trouvés.
Pi *emière période. — La bouche rougit, excepté dans des cas rares où le muguet est très peu abondant. La rougeur est surtout remarquable sur la langue ; elle fait des progrès sensibles à mesure que l'exsudation pseudo-membraneuse prend de l'extension. Lorsque, dans le cours de la maladie, on enlève mécaniquement le muguet, la langue devient d'un rouge de sang, et prend un aspect lisse et poli, comme si, après l'enlèvement de l'épithélium, il s'en était formé un nouveau. Souvent même l'arrachement de la plaque de muguet occasionne un léger écoule-
(1) Recherches sur les maladies des enfants nouveau-nés. Paris, 1855.
MUGUET. — SYMPTÔMES. 'l33
ment de sang qui se manifeste par des gouttelettes isolées, et finit par couvrir la langue.
Les papilles de la langue se gonflent et deviennent notablement saillantes peu de temps après l'apparition de la rougeur ; assez souvent même ces deux phénomènes se montrent en même temps. Le gonflement des papilles va ensuite en augmentant jusqu'à ce que les symptômes du collapsus viennent h se manifester, époque à laquelle elles s'affaissent,, en même temps que la rougeur diminue. On vient de voir que l'enlèvement mécanique du muguet les fait disparaître.
Un ou deux jours après, dans la grande majorité des cas, le muguet se montre. Il se présente d'abord sous forme de grains qui paraissent sur la langue au sommet des papilles gonflées; puis sous forme de petites masses, sur la face interne des lèvres et des joues, et de feuillets sur la voûte palatine et le voile du palais. Au bout d'un temps ordinairement court (trois ou quatre jours), les grains et les plaques augmentent de largeur et d'épaisseur, se rapprochent et forment une couche plus ou moins épaisse, qui recouvre en tout ou en partie la cavité buccale. C'est principalement sur la langue que le muguet se montre sous forme de couches considérables. Le siège primitif de cette altération a été recherché.
[Les auteurs ont émis deux opinions longtemps rivales. Les uns croyaient que le muguet se déposait à la surface de l'épithélium; pour les autres, il y avait soulèvement de la couche épithéliale par les fausses membranes. Billard croyait que le muguet était sécrété par les follicules. M. Gubler et 31. Bazin (1) pensent que le champignon du muguet naît dans les glandules buccales ; tandis que M. Ch. Robin, combattant cette opinion, établit que l'on rencontre le muguet dans l'intervalle des glandes. Ce même auteur admet que le muguet se développe à la surface de l'épithélium, et M. Seux a été amené par de longues études à partager cette opinion. Il ne paraît pas nécessaire à la production du muguet que l'épithélium soit ulcéré, ainsi que le pensaient MM. Delpech et Trousseau (2).]
Lorsque le muguet est rassemblé en masses volumineuses et en couches, on trouve la production morbide avec les caractères suivants : C'est une matière ordinairement blanche, quelquefois jaunâtre, et, d'après quelques auteurs, présentant parfois une couleur plus foncée. Elle est molle, s'écrase sous les doigts comme du fromage frais, ne présente aucune trace d'organisation, et ne tient aux parties sousjacentes par aucun filament. Cependant on a vu plus haut que parfois on éprouvait une assez grande difficulté à l'arracher. Lorsqu'on l'enlève, elle a une grande tendance à se reproduire. Sa présence occasionne une telle gêne, que les enfants font avec la langue des mouvements continuels comme s'ils voulaient se débarrasser du corps étranger. Il y a une sorte de mâchonnement qui est d'autant plus marqué et plus persévérant, que la couche est plus considérable. Lorsque le muguet ne consiste qu'en quelques grains épars, ce symptôme n'a pas lieu.
On ne peut pas douter de l'existence d'une douleur assez vive de la bouche, et proportionnée à l'intensité du mal. Lorsqu'on introduit le doigt dans la bouche, l'enfant, si la lésion locale est considérable, loin de le serrer, ouvre largement les mâchoires, se rejette en arrière et pleure. Dans le cas contraire, il exerce quel-
(1) Recherches sur la nature et le traitement des teignes. Paris, 1853.
(2) Journal de médecine, 1845.
Valleix, 4e étlit. — W.
ques mouvements «le succion, et lâché bientôt pris,, n en psi A» , - i
veut lui faire prendre le sein ou le biberon. Wême lors<lu o^
UffAo/êwr de la bouche, vers la fin, est remplacée nar un r.n i de cette partie. empiacee pai un froid remarquable
Cepcndani V humidité de la paroi buccale h*i»t „ souvent encore elfe présente une ^
str- e,,duit °rdinaire de ,a -
Enfin on observe dans la cavité buccale une autre lésion bien digne de remaroue • c est apparition d'une ou de plusieurs » fond blancg
a boids tailles a pic ovalaires, siégeant sur la ligne médiane du p lais ou au S de la langue. Ces ulcérations se montrent, dans la majorité des Z TZ^nZl 'apparition des premiers grains du muguet, et il n'est pas 22 dans le cours de la maladie, alors même que la terminaison est fâcheuse Lorsque )e voile du palais et la base de h , ^
quantité de muguet, ou observe des vomissements opiniâtres, formés dTma ère! incolores, qui ne sont autre chose que les matières alimentées ou le boS uigurgitées. Sans doute la présence du muguet dans l'œsophage est aussi Z beaucoup dans ces vomissements ; mais à une époque moins avancée de la naladTe
jaunes ou verdâtres ,,,„ co.nc.denl avec une sensibilité marquée de l'épigastre et
Z^TlnïTT" de restomac- Alors' en eiïet> * --e S I
pharynx m dans I œsophage rien qui puisse les déterminer
Le ventre est sensible et tendu dans la grande majorité des cas. C'est à une époque assez avancée de la maladie que se manifestent ces phénomènes. La percussion démontre que la tension est due à une accumulation de gaz dans les intestins Une douleur plus ou moins vive occupe l'abdomen; d'abord bornée à la osseihaque droite et à l'épigastre, elle s'étend, lorsque la maladie est intense, à tout 1 abdomen ( ). Cette douleur est dénotée par la pression, dans la majorité des cas. Mais quelquefois on voit les enfants se tordre, s'agiter, et pousser des cris avant 1 expulsion des selles, puis rester dans le calme, ce qui doit faire admettre 1 ex1Stence de coliques plus ou moins vives. C'est au moment de l'apparition des premiers grains de muguet qu'on voit se manifester ce symptôme. Il est difficile de savoir si 1 appétit est diminué ou perdu, ou si l'enfant refuse les aliments à cause de a douleur de la bouche. L'existence des symptômes fébriles doit faire admettre celle de ces symptômes digestifs.
Les selles, d'abord demi-liquides, deviennent bientôt nombreuses, abondantes, uquides, ordinairement jaunes d'abord, puis vertes, quelquefois vertes dès le commencement. Il n'y a eu, dans les cas que nous avons observés, qu'une seule exception à cette règle; elle s'explique par la bénignité de la maladie, et déplus, il faut noter que, dans ce cas exceptionnel même, plusieurs autres symptômes du côté de l'estomac et des intestins n'en existaient pas moins. Jamais nous n'avons pu constater la présence du muguet dans les selles, quoiqu'on ait dit que la chose
(1) Voy. pour la constatation de cette douleur, le chapitre de ma Clinique des enfants nmveau-nes, consacré à l'exploration clinique.