‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 172 sur 306 · MUGUET. — SYMPTÔMES · texte numérisé non relu

MUGUET. — SYMPTÔMES

soit possible. On n'y trouve que quelques grumeaux blancs, semblables au lait caillé, et différant, par l'aspect et la consistance, de la production pseudo-membraneuse.

Cependant l'érythème fait des progrès ; il envahit les cuisses et même la partie postérieure et interne des jambes, le scrotum et les grandes lèvres. La coloration de la peau varie, dans ces points, du rouge vif au rouge brun. Elle forme sur les fesses et les cuisses des plaques peu saillantes, larges, aux limites desquelles on voit une marge composée de papules saillantes, qui plus tard se confondent pour agrandir les plaques érythémateuses. Parfois on trouve sur celles-ci de petites éle- ■vures portant à leur sommet des points brillants dont on ne peut pas faire sortir de liquide. Lorsque l'érythème est très vif, on voit assez souvent à sa surface des excoriations de 15 à 18 millimètres environ, et plus rarement de véritables ulcérations taillées à pic, intéressant à peu près le tiers du derme. Dans aucune autre maladie, cet érythème ne se montre avec la même intensité; et si l'on considère, d'un autre côté, qu'il peut se manifester avant le début de la diarrhée, et finir avant qu'elle soit supprimée, on sera porté à admettre qu'il y a là quelque chose de propre au muguet, et que cette tendance à l'ulcération, que nous avons déjà trouvée dans la bouche, et que nous retrouverons encore ailleurs, n'est pas seulement sous la dépendance du contact prolongé des selles et des urines avec la peau.

D'autres ulcérations se forment sur les malléoles, ou un peu au-dessus d'elles, ou encore au talon; elles occupent toujours une certaine profondeur dans l'épaisseur de la peau, et, comme l'érythème, elles peuvent disparaître, au moins en partie, avant que la diarrhée se supprime. Ce qui indique encore que, si le frottement est la cause déterminante de l'ulcération, il n'en existe pas moins une prédisposition à cette lésion, qui n'est pas un des phénomènes les moins remarquables de la maladie. Notons en outre que, daus les autres affections, il n'en est pas ordinairement de même.

Du côté de la respiration, on observe une accélération plus ou moins notable, surtout quand il y a de la fièvre. Assez souvent le muguet se complique de pneumonie, et alors apparaissent les signes propres à cette affection, qui n'est que secondaire en pareil cas.

Avant même que le muguet se montre dans la bouche, les symptômes qui le précèdent s'accompagnent, dans presque tous les cas, d'un mouvement fébrile marqué : de 80 à 90 pulsations, le pouls s'élève à 116, 136, 140. A mesure que la maladie fait des progrès, l'accélération du pouls augmente, et le nombre des pulsations peut atteindre 180. Plus lard ce nombre décroît, comme on le verra un peu plus loin. En même temps il y a une agitation marquée qui se manifeste aussi bien spontanément que sous l'influence d'une provocation quelconque, et qui, dans le plus grand nombre des cas, a lieu avant l'apparition du muguet dans la bouche. Ce sont des mouvements désordonnés, des contorsions, des cris continuels, qui, d'abord aigus, deviennent sourds et rauques, lorsque l'exsudation a envahi le pharynx. La chaleur est exagérée, surtout au ventre, et la peau est d'une sécheresse remarquable. Les forces ne paraissent pas sensiblement abattues tant que la maladie est dans son état d'acuité. La face devient pâle; elle prend bientôt un aspect terreux, et les lèvres sont bleuâtres. La maigreur se prononce, les yeux s'excavent; il se forme des rides , principalement sur le front. Les traits de la face ne présentent d'ailleurs aucun signe particulier.

Ou comprendra difficilement, après cette description, comment M; KLronenJ berg(l) peut avoir avancé que nous prétendions n'avoir jamais vu la fièvre dans le muguet. Nous n'avons pu prendre connaissance de son article que dans un extrait qu'en a donné le Journal des connaissances médico-chirurgicales (2). Faut-il attribuer cette erreur au traducteur?

Enfin àsa pustules, des papules, et même des bulles, peuvent se montrer sur diverses parties du corps ; mais elles n'ont rien qui appartienne eu propre au

muguet

Deuxième période. — La seconde période ne demande pas, à beaucoup près, une description aussi étendue; elle ne consiste guère, en effet, que dans une diminution notable de tous les symptômes précédemment indiqués, et dans une transition rapide à un état tout opposé. L'agitation fait place à un abattement extrême ; le pouls perd peu à peu de sa force et de sa fréquence ; les extrémités et puis le reste du corps se refroidissent; la face est grippée, la maigreur excessive; l'enfant présente l'aspect d'un petit vieillard. La diarrhée diminue, perd ordinairement sa couleur verte pour reprendre la couleur jaune primitive; les vomissements cessent, et le muguet lui-même devient moins abondant; il ne se renouvelle plus avec la même facilité quand on l'enlève. Ces derniers signes précèdent de peu de temps la mort, qui survient sans agitation nouvelle.

Telle est la description du muguet grave, de celui qu'on observe aux Enfants trouvés. Dans les cas que nous avons vus en ville, les symptômes étaient les mêmes; mais quelques auteurs ont vu des cas d'une bénignité telle, qu'ils ne sont pas comparables à ceux que nous avons décrits. Alors, le muguet étant borné à la bouche, son apparition et un peu de gène dans la succion sont presque les seuls symptômes. Il est à désirer que les observations de ce genre soient publiées dans tous leurs détails. Chez les enfants nouveau-nés, les symptômes doivent être cherchés avec grand soin, car ils sont assez souvent difficiles à reconnaître. C'est ce qui nous a fait élever quelques doutes sur la simplicité du muguet dans les cas rapportés par MM. Trousseau et Delpech (3). Nous ne pouvons entrer ici dans une discussion détaillée sur ce point, on peut voir les raisons que nous avons données dans une lettre adressée au rédacteur des Archives (ù); elles nous paraissent devoir être prises en sérieuse considération.

[M. le docteur Seux admet deux variétés de muguet : muguet sans entérite, et muguet avec entérite. La première variété est très bénigne. Elle s'est rencontrée 286 fois sur Zi02 enfants atteints de muguet, et un seul de ces 286 enfants a succombé. L'érythème des fesses existe souvent, même dans ces cas légers. Lorsque la maladie se termine sans érythème, sa durée, à partir de l'apparition de la rougeur de la bouche, est de trois à quinze jours; lorsqu'elle est accompagnée d'érythème, elle dure, à partir de l'apparition de la rougeur de la bouche jusqu'à la disparition de l'érythème, de dix à vingt-cinq jours et plus.]

Muguet des adultes. — Nous avons peu de chose à ajouter relativement au muguet des adultes. Nous avons déjà dit qu'il survenait à une période avancée

(1) Journ. fur die Kinderhrankheilen,2° numéro de novembre 1855.

(2) Numéro de novembre 18-45.

(3) Journal de médecine, janvier, février, mars, avril I8<5.

(4) Archives générales de médecine, Ae série, 1846, t. \, p. 357.

.MUGUET. — MAiRCHE. ^37

d'une autre maladie, soit aiguë, soit chronique. Il se manifeste, comme chez les enfants, par des grains qui ne tardent pas à se réunir. Les malades, pouvant faire part de leurs sensations, se plaignent de picotements, d'ardeur à la bouche et de gêne de la déglutition, lorsque la couche crémeuse envahit le voile du palais et du pharynx.

§ IV. — Marche, durée, terminaison de la maladie.

D'après ce qui précède, il est facile de comprendre la marche du muguet. C'est une maladie dont les progrès sont incessants. Nous l'avons divisée en deux périodes ; mais en regardant les symptômes du début comme formant une période, on pourrait en faire trois, comme nous l'avons proposé (1), et les désigner sous le nom de période d'invasion, d'accroissement et de coLlapsus. Au reste, il faut se rappeler que, dans le muguet comme dans la plupart des maladies, il n'est pas rare de rencontrer quelques phénomènes d'une période dans une des deux autres. La durée de la maladie, chez les enfants, est d'autant plus longue que les symptômes sont moins violents; elle est très variable, puisque, dans les cas que nous avons observés, elle a été de sept à trente-sept jours. Si l'on ne voulait admettre l'existence du muguet qu'au moment de l'apparition de l'exsudation pseudo-membraneuse dans la bouche, elle serait de deux à trente-cinq jours; mais cette courte durée de deux jours est, par elle-même, une preuve que cette manière de voir n'est pas exacte; car une affection locale de cette nature n'emporterait pas les enfants en si peu de temps.

La terminaison est bien fréquemment funeste, du moins à l'hospice des Enfants trouvés. Sur 140 cas qui se sont montrés dans les salles de M» Baron, il n'y a eu que 29 guérisons, et sur 22 malades observés par nous, 2 seulement ont guéri. Les mauvaises conditions dans lesquelles se trouvent les enfants, et que nous avons vu être favorables au développement du muguet, sont sans doute pour beaucoup dans cette grande mortalité. C'est un point sur lequel nous reviendrons à l'article du traitement. Lorsque la maladie doit se terminer par la guérison, la fièvre tombe, les forces se maintiennent, les symptômes intestinaux disparaissent; puis le muguet diminue, et disparaît aussi. Il n'y a donc pas de période de collapsus.

[La statistique donnée par Valleix est de nature à faire penser que le muguet est une affection des plus graves; cependant Valleix ne laisse pas ignorer au lecteur que ses observations ont été principalement recueillies à l'hospice des Enfants trouvés, où la mortalité est toujours très considérable. Il n'y a pas de maladie, si légère qu'elle doive être, qui ne puisse, à l'hospice des Enfants trouvés, déterminer la mort. C'est une vérité depuis longtemps démontrée, et si un pareil état de choses, affligeant au plus haut degré, persiste encore aujourd'hui, il ne faut s'en prendre qu'à l'indifférence publique.

Il ne faudrait pas croire qu'il en fût de même ailleurs. Les enfants de la ville et de la campagne, élevés chez leurs parents ou chez de bonnes nourrices, succombent bien rarement au muguet; et même, clans les établissements hospitaliers, la proportion des cas mortels est loin d'être considérable. M. Seux s'exprime ainsi à ce sujet : « Auvity avait observé que, sur 10 enfants affectés de muguet, il en mou-

(1) Clinique des maladies des enfants nouveau-nés. Paris, 183.8). p- 412.

'l iS MA1A0IBS m» VOIES DIGESTIVES.

rail Baron, sur IÀ0, eu a patin 109. Je comprends que, sous l'impression de semblable, résultats, ces médecins aient soutenu que le muguet était une maTadi d une grande gravité; mais toutes les statistiques sont loin de donner les mêmes proposons. MM. Trousseau et Delpech ont obtenu 23 guérisons sur 4 8 cas Sur les 402 fa.ts que j ai recueilhs à l'hospice de la Charité, du 1« février 1852 au 1" février 1853, je n'ai perdu que 20 malades, encore dois-je observer nue 3 de ces derniers ont succombé à la suite de complications, telles que l'hépatite l'érvsi pèle phJegmoneux, la gangrène des oreilles. Durant l'année 1854, sur 230 enfants atteints de muguet, je n'ai eu que là décès qui aient pu lui être attribués »1

On pense généralement que le muguet qui survient chez les adultes se termine toujours par la mort; mais cela n'est vrai que dans les cas de muguet survenu à la lin des maladies chroniques, ainsi que nous le ferons voir plus loin.

§ V. — Lésions anatomi

ques.

Les lésions anatomiques sont très nombreuses et très variées dans le muquet des enfants.

[L'apparence de la cavité buccale, après la mort, ne s'éloigne guère de celle qu'elle a présentée pendant la vie; cependant à la rougeur succède la pâleur à l'humidité la sécheresse. Le muguet s'enlève facilement, tandis qu'on ne saurait' le détacher sans effort pendant la vie. On n'observe que très rarement l'érosion delà membrane muqueuse. Le pharynx est assez souvent le siège du muguet, environ dans la moitié des cas où la terminaison a été fatale.]

Dans l'œsophage, on voit de gros grains de muguet, tantôt disséminés, tantôt sous forme de zones, plus ou moins serrés, et quelquefois confluents. Ils s'arrêtent à une certaine distance du cardia. Rarement on y voit des ulcérations. L'estomac et les intestins présentent un ramollissement presque constant de la muqueuse, occupant une plus ou moins grande étendue de ces organes, fréquemment avec rougeur, ramollissement et épaississement de la membrane. Dans un petit nombre de cas, on y trouve des ulcérations, bien plus rarement encore quelques grains de muguet plus ou moins rapprochés.

[Quelquefois le muguet s'arrête brusquement au cardia. On le rencontre assez rarement dans le duodénum et dans le gros intestin.]

On voit sur la peau des fesses et des cuisses des traces de l'érythème, consistant en rougeur foncée, injection du derme, quelquefois des ulcérations. Vers les malléoles se retrouvent des ulcérations intéressant plus ou moins profondément le derme, quelquefois couvertes d'une croûte, et quelquefois en voie de cicatrisation.

Très rarement on a trouvé dans les méninges des traces d'inflammation. Les poumons présentent les lésions de la pneumonie secondaire, assez fréquente dans cette maladie. Les autres organes n'offrent rien de remarquable.

La multiplicité de ces lésions, le grand nombre de points occupés par les ulcérations, ne viennent-ils pas prouver que la maladie est plus générale qu'on ne l'a pensé, et que la lésion de la bouche est habituellement une conséquence de cette affection générale? Cette manière de voir a de plus pour elle l'analogie, qu'on peut invoquer dans ce cas; car, dans le muguet des adultes, on voit les lésions de la bouche survenir sous l'influence d'un état morbide général, et c'est précisément

MUGUET. — DIAGNOSTIC. ft39

parce qu'il en est ainsi d'une manière bien évidente, qu'à un âge avancé, le muguet, simple accident secondaire, n'exige pas une description particulière.

Chez les adultes, le muguet ne s'étend pas ordinairement à l'œsophage, comme chez les nouveau-nés.

[Le muguet peut-il se montrer ailleurs que dans les voies digestives? Plusieurs auteurs très recominandables pensent l'avoir vu se développer au sein des nourrices; d'autres en citent des cas observés au prépuce, à la vulve (Trousseau et Delpech). Ces faits, rares et observés sans que le microscope intervînt pour déterminer la nature ^ raie du produit morbide, ne sauraient être passés sous silence, mais ne doivent être toutefois acceptés qu'avec réserve. En tout cas, ils ne sont pas de nature à embarrasser le médecin, et il n'est parlé nulle part d'un muguet généralisé : ce ne seraient là que des accidents isolés, qui n'engendreraient par euxmêmes aucun danger sérieux.]

§ VI. — Diagnostic, pronostic.

Le diagnostic du muguet ne présente pas de difficultés sérieuses. Les aphthes s'en distinguent par l'ulcération et l'absence de pseudo-membrane; la stomatite conenneuse , par la formation d'une pseudo-membrane sous forme de couche dès le début; les autres affections de la bouche, par des caractères trop tranchés pour qu'il soit nécessaire de les indiquer ici. N'oublions pas d'ailleurs que le muguet a son siège principal sur la langue, ce qui ne se rencontre pas dans les autres maladies de la cavité buccale.

Avant les recherches auxquelles nous nous sommes livré , il aurait paru fort étrange qu'on voulût distinguer le muguet de X entérite des nouveau-nés; mais si, comme nous le croyons d'après les faits, le muguet n'est ordinairement qu'une suite d'entérite, ou plutôt qu'une lésion faisant partie d'une affection plus générale, dont l'entérite est un des principaux phénomènes, on comprend que la question change de face. Nous avons vu des cas où la maladie, n'ayant pendant longtemps .présenté que les signes d'une entérite intense, quelques grains de muguet se sont montrés sur la fin de la vie. Cette dernière affection ne s'est-elle produite qu'au moment même de leur apparition? Non, si, comme on est entraîné à l'admettre par l'observai ion, il existe un ordre régulier de succession entre la première maladie et le muguet, qui n'en est qu'un épiphénomène. La présence ou l'absence de l'inflammation pseudo-membraneuse constitue la seule différence. Dans les cas où le muguet est purement local, il est évident que ce diagnostic différentiel ne doit pas même être mis en question. Il est inutile de présenter un tableau synoptique pour un diagnostic si peu embarrassant.

Pronostic. — L'effrayante mortalité signalée plus haut, dans le mur/uet des enfants, prouve assez combien l'affection est grave dans les conditions où se trouvent les enfants nouveau nés des hospices. Quelques fails que nous avons observés hors de l'hospice m'ont prouvé qu'on pouvait assez efficacement, par une bonne hygiène et par des moyens thérapeutiques que nous indiquerons plus loin, s'opposer aux effets de la maladie, alors même qu'elle se présente avec des symptômes très intenses. Espérons que la mortalité diminuera à mesure que l'on placera les enfants dans des conditions plus favorables.

U(i0 MALADIES DES VOIES DÏGESTIVES.

Lorsque le muguet a duré longtemps, les lésions se multiplient, la pneumonie survint souvent, et l'issue fatale est plus à craindre. En général, la gr nie nu des symptômes locaux annonce une grande gravité de la maladie. Ls signe T penode de collapsus doivent faire craindre une mort prochaine

On a dit, et c'est une opinion que les intéressantes recherches de M. Blachc ont beaucoup contribue a répandre, que l'apparition du muguet chez les adlts tan un indice de mort prochaine ; mais il faut remarquer que cet auteur n'a étudié le muguet des adultes que dans les maladies chroniques, où effectives les choses se passent : ainsi. Dans les maladies aiguës, il n'en est pas de même, comm le prouvent les observations de M. Louis (1), qui, dans la fièvre typhoïde en pa ticuher, a vu cette affection de la bouche se produire chez un assez grand nombre de sujets qui cependant ont guéri. Tout ce qu'il est permis de dire, c'est que l'apparition du muguet se lie à une assez grande gravité de l'affection principale.

§ VU. — Traitement.

C'est avec raison que Guersant et M. Blache ont divisé le traitement en prophylactique et curatif. Ce qui a été dit plus haut prouve, en effet, qu'une bonne hygiène et des soins bien entendus donnés aux enfants rendent le muguet infiniment plus rare. Examinons donc le traitement sous ces deux points de vue différents.

1° Traitement prophylactique. — Il faut que les enfants ne soient pas trop longtemps abandonnés dans leur berceau ; qu'on les promène quand ils sont éveillés, et surtout qu'on leur fasse respirer un air pur, sans les exposer au froid. On doit veiller à ce qu'ils soient propres et à ce qu'ils ne souffrent pas de la faim.

Le point le plus important est dans la nourriture qu'on leur donne. Lorsque les enfants ont une bonne nourrice, le sein leur suffit; il est inutile de leur donner d'autres aliments, comme on ne le fait que trop souvent. Leurs organes digestifs les supportent avec peine. Depuis que nous avons vu ce qui se passe aux Enfants trouvés, nous avons toujours conseillé de tenir les enfants exclusivement au sein, jusqu'à l'âge de quatre mois au moins, et nous les avons toujours vus prospérer, sans qu'il en résultât aucun inconvénient pour la nourrice. Les bouillies, les potages au salep et les autres substances féculentes sont d'une trop difficile digestion avant cet âge. S'il est démontré que la mauvaise qualité du lait peut produire le muguet, ce qui résulte de quelques faits rapportés par M. le docteur Girard (de Marseille), on sent quel soin il faut apporter dans l'examen de la nourrice, examen qui ne doit pas finir lorsque l'allaitement est commencé, mais continuer dans son cours. M. Donné a cité quelques exemples qui prouvent qu'avec de l'attention on peut découvrir, dans les qualités du lait de la nourrice, la cause de la maladie de l'enfant. Lorsque toutes ces précautions seront prises dans les hospices consacrés aux enfants trouvés, il est probable que le muguet fera beaucoup moins de ravages. Nous n'avons pas besoin d'ajouter qu'on doit surtout insister sur les moyens prophylactiques dans les mois les plus chauds de l'année. On n'a pas oublié, sans doute, que c'est à cette époque que la maladie se multiplie dans une immense proportion.

(1) Recherches sur l'affection typhoïde. Paris, 1841, 2e édition, 1. 1, p. .M l.

MUGUET

— TRAITEMENT

2° Traitement curatif. — Il peut être divisé en traitement local ou externe, et en traitement général ou interne.

Traitement local. — Les auteurs qui ont regardé le muguet comme une maladie purement locale ont naturellement insisté sur ce traitement. Nous allons retrouver ici plusieurs moyens employés contre la stomatite en général.

Les gargarismes adoucissants et mucilagineux sont recommandés par tous les auteurs. La décoction d'eau de guimauve, de graine de lin, de pépins de coing, de figues grasses, etc. , sert pour ces gargarismes, qui, chez les enfants nouveaunés, doivent nécessairement être appliqués par le médecin ou par les personnes chargées de l'enfant. C'est à l'aide d'un tampon de linge ou d'un pinceau de charpie bien imbibé qu'on porte, à plusieurs reprises, le liquide sur les diverses parties de la bouche. Il faut revenir très souvent à cette application, surtout quand il y a une grande sécheresse à la paroi buccale.

Lorsque la bouche paraît très douloureuse, on peut rendre ces gargarismes calmants, en y joignant une décoction de tête de pavot, ou en les composant ainsi qu'il suit :

Of Décoction de guimauve. ) . . . 0(, (Laudanum de Sydenham 4 gouttes.

Mêlez.

On pourra craindre que les mouvements de succion, auxquels l'enfant se porte presque malgré lui, lui fassent avaler une portion de ce mélange opiacé; mais cette crainte n'est pas fondée : d'une part la quantité d'opium ingérée est très petite, et de l'autre cette substance est loin d'avoir les résultats fâcheux qu'on lui attribue trop facilement.

Il faut bien se garder d'imiter la pratique de quelques personnes qui, en faisant usage de ces gargarismes, cherchent à détacher la pseudo-membrane à l'aide du linge mouillé. Nous avons constaté, en effet, que l'arrachement de cette production morbide n'a aucun effet sur la marche de la maladie ; que la fausse membrane se reproduit avec promptitude, et que, d'un autre côté, on augmente la douleur, on rend l'inflammation plus vive, on fait saigner la bouche, et par suite on ajoute à l'agitation des enfants.

Quelques médecins, au lieu d'appliquer le gargarisme comme nous venons de le dire, font des injections dans la bouche avec une petite seringue. Nous n'avons jamais vu employer ce moyen, qui ne nous paraît pas remplir les conditions nécessaires. Si, en effet, on ne pousse l'injection que par un petit jet et sans force, on ne peut pas la faire pénétrer partout, et, clans le cas contraire, on risque de faire parvenir dans le pharynx une quantité de liquide assez grande pour avoir des inconvénients.

Guersant et M. Blache recommandent d'employer les gargarismes adoucissants dans la première et dans la seconde période, et de ne passer à l'emploi des stimulants et des astringents que dans la troisième. Mais ce n'est point ainsi qu'on agit généralement. Les uns n'usent que des topiques émollients pendant toute la durée de la maladie, et les autres ont recours aux stimulants, aux astringents et même aux cathérétiques, dès le début de l'exhalation pseudo-membraneuse. Dans l'état actuel

^2 MALADIES DES VOIES DIGKSTIVIiS.

ÎwCpaS ^dimCiIe ^ " P— 8Ur CC ; d- pences suffisantes Fréquemment on ajoute aux gargarismes du sucre, du sirop dégomme du siron

de grés, ou du W rosat. Ces substances ont une action' médicam nteus^ <Z h le. M. Blache et Guersant ont trouvé que dans es deux premières périodes

on 1 mouvement de dessécher la bouche. On peut donc les supprimer Dans la seconde période, ces médecins prescrivent le mélange suivant :

* Décoctit>» ^ graine de lin. 200 gram. | Chlorure de chaux liquide. . . 50 gram. Mêlez. On peut remplacer le chlorure de chaux par le jus de citron.

Voici ce que nous disions en 1838 (1) relativement à l'emploi du gargarisme chloruré : « Nous avons vu employer ces lotions, et jamais nous nWrlrqu qu elles eussent d autre effet que de jaunir la couche pseudo-membraneuse ; eUes ne m ont point paru hâter le moment où la pseudo-membrane se détachait d'elle-

Z 2 ' n .eSPe^ g3rgariSme D'aVait pas de meille"r résulfi* <P* les autres. . Depuis lors, il n est venu à notre connaissance aucun fait qui puisse nous engager a modifier cette manière de voir.

Des gargarismes composés ont aussi été prescrits. Le borate de soude jouit en particulier d une grande réputation. On prescrit la préparation suivante :

y Décoction de guimauve. . . 200 gram. | Borate de soude 8 gram.

Faites dissoudre; ajoutez :

¥ Sirop de miel 30 gram.

Aucun fait ne prouve que ce médicament ait une vertu particulière. Nous en dirons autant de ceux qui vont suivre, que nous présentons cependant parce qu'il y a encore beaucoup à faire sur le traitement du muguet, et qu'il est important que l'on connaisse bien les divers moyens prescrits, pour qu'on puisse multiplier les expériences sur le traitement local.

L'alun a été également employé sous forme de gargarisme. Il faut le prescrire dans les proportions suivantes :

^ Alun 2 gram. [Miel rosat 20 gram.

Décoction d'orge 200 gram. |

Quelques gouttes d'acétate de plomb dans un demi-verre d'eau peuvent aussi être prescrites; mais il faut surveiller les mouvements de succion de l'enfant, et ne point trop imbiber le linge ou le pinceau. Il en est de même quand on emploie le gargarisme acidulé avec V acide hydrochlorique ou nitrique. M. le docteur Coudray (2) a obtenu la guérison du muguet en touchant la muqueuse buccale avec X acide lu/drochlurique pur. Ce moyen, endélachant la fausse membrane, permit ^ l'enfaut de reprendre le sein.

(1) Clinique des maladies des enfants nouveau-nés. Paris, 1838, in-8, p. 454.

(2) Bulletin général de thérapeutique, décembre 1845.

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