‹ Guide du médecin praticien, ou, Résumé général de pathologie interne et de thérapeutique appliquées [electronic resource]Chapitre 2 sur 306 · PLEURÉSIE AI GUE · texte numérisé non relu

PLEURÉSIE AI GUE

Nous ne répéterons pas ce que nous avons dit ù l'article Pneumonie, relativement à l'impossibilité presque complète clans laquelle se sont trouvés les anciens de distinguer cette affection de la pleurésie. Nous avons suffisamment montré que très souvent leur description s'appliquait à l'une ou à l'autre de ces deux maladies indifféremment, et que, par conséquent, tout ce qu'ils avaient dit sur leurs symptômes, leur marche et leur traitement, ne pouvait plus être que d'une utilité très limitée. En vain on cherche à faire remonter jusqu'à Galien, Arétée, Celse, et même Hippocrate, la connaissance précise de la pleurésie et sa distinction d'avec la pneumonie; on voit bientôt, en lisant leurs descriptions, que celte connaissance et cette distinction étaient, plus dans les mots que dans les choses. Hippocrate se borne, en effet, à prononcer le nom de la maladie sans rien indiquer qui la caractérise. Celse la désigne à peine, et Galien attribue les crachats sanguinolents aussi bien à la pleurésie qu'à la pneumonie, ce qui prouve qu'il ne savait réellement pas les distinguer. Quant aux médecins des siècles derniers, nous avons fait voir qu'ils confondaient systématiquement ces deux maladies. Il s'ensuit que, pour tracer l'histoire non erronée de la pleurésie, il faut faire presque entièrement abstraction de tout ce qui a été dit par les anciens , et ne pas remonter au delà de Laennec.

Depuis cette dernière époque, il a paru un très grand nombre de travaux extrêmement importants, et les recherches de MM. Andral, Louis, Stokes, Heyfelder, Hirtz, Barth, etc., sont venues éclairer les points qui avaient pu rester obscurs; des travaux particuliers ont été faits sur la pleurésie des enfants ; en un mot l'étude de la pleurésie, comme celle de toutes les affections de poitrine, a subi l'influence de l'admirable invention de Laennec, Toutefois, chose remarquable, il n'a été fait pour la pleurésie, maladie qui offre un si grand intérêt, aucun de ces grands travaux fondés sur l'observation et l'analyse, dont, dans ces derniers temps, la pneumonie, la phthisie, la fièvre typhoïde, etc. , ont été l'objet. Dans cet état de choses, nous avons dû rassembler le plus grand nombre possible d'observations récemment recueillies, afin de chercher dans les faits la confirmation des diverses assertions émises par les auteurs; nous l'avons fait surtout pour éclaircir les questions en litige.

On divise communément la pleurésie en aiguë et en chronique, et c'est là une division capitale qu'il ne faut pas abandonner. On l'a divisée aussi en pleurésie sèche et en pleurésie avec èpanchement. Ces deux espèces présentent de l'intérêt sous le rapport des signes diagnostiques; aussi nous aurons à les mentionner plus loin. Relativement à la nature de l'épanchement, on a signalé la pleurésie hémorrhagique qui donne lieu à un èpanchement de sérosité plus ou moins sanguinolente; mais ce n'est qu'un léger accident sans importance. Des divisions nombreuses ont encore été établies d'après le siège de la maladie : ainsi on a décrit la pleurésie double, les pleurésies part ielles divisées en costo-pulmonaire, diaphragmutique, médiastine et interlobaire. Enfin, quant à l'absence ou à l'existence de l'expectoration, on a voulu distinguer la pleurésie sèche de la pleurésie humide.

M. Chomel a même indiqué une autre espèce qui porterait le nom de pleurésie purulente, et dans laquelle l'évacuation du pus, par expectoration, aurait lieu à la suite d'une perforation du poumon de dehors en dedans.

De toutes les divisions précédentes, nous ne conserverons que celle qui distingue la pleurésie en aiguë et en chronique; toutes les autres espèces devront trouver l'indication qui leur convient dans la description de ces deux espèces principales. Dans cet article, nous allons nous occuper exclusivement de la pleurésie aiguë.

§1. — Définition, synonymie, Fréquence.

La pleurésie aiguë est une inflammation de la plèvre qui parcourt rapidement ses périodes.

Cette affection a été désignée sous les noms de pleuritis, hydrotliorax, pyotho* rax, empyeme ; on lui a aussi donné le nom de fluxion de poitrine, comme à la pneumonie ; aujourd'hui le nom de pleurésie est généralement admis.

La grande fréquence de la pleurésie est un lait incontestable auquel M Baiïli (1 ) a donné récemment une précision nouvelle par son observation. Il a trouvé : l°que sous le rapport de la fréquence, la pleurésie occupe le cinquième rang parmi les affections aiguës, et se place après la pneumonie, la fièvre typhoïde, la bronchite et les angines. Dans les faits de toute espèce qu'il a rassemblés, les pleurésies forment un peu moins de la vingtième partie du nombre total, et il fait remarquer que cette proportion s'élèverait beaucoup, si l'on rangeait dans les cas de pleurésie tous ceux où l'on trouve des traces de cette affection; car il est peu d'autopsies où l'on n'en rencontre d'anciennes ou de récentes.

§ ZI. — Causes.

1* Causes prédisposantes.

Age. c'est une opinion très ancienne, que la pleurésie est rare chez les eufants. Déjà Arétée (2) avait signalé ce fait. Plus tard, Triller (3) et Morgagni (U) ont émis la même assertion; mais plus récemment Billard, MM. Barthez et Rilliet, et surtout M. Charles Baron (5), ont soutenu que la pleurésie était presque aussi fréquente chez l'enfant que chez l'adulte. Nous croyons que ces dissentiments viennent, en grande partie, de ce que l'on a généralement négligé d'établir une distinction entre les trois périodes de l'enfance. Si nous examinons séparément les enfants nouveau-nés , les enfants âgés de deux à sept ans et les enfants au-dessus de cet âge, nous trouvons d'abord que chez les enfants nouveau-nés la pleurésie est beaucoup plus rare qu'à un âge avancé: c'est ce que m'avaient déjà appris mes recherches (6), ainsi que les nombreuses autopsies pratiquées par MM. Ledibcrder et Vernois,' et ce que le mémoire de M. Baron est venu confirmer ; car chez les enfants de moins d'un an il a trouvé une proportion d'un douzième seulement, tandis que

(1) Chomel, Dictionnnaire de médecine, t. XXV, art. Pleurésie.

(2) De signis et causis acutorum morborum : Depleunh.

(3) Observ. sur la pleurésie, 1740.

(4) De sedibus et causis morborum, episl. xx.

(3) De la pleurésie dans l'enfance, thèse. Paris, 1841.

(n) Clinique des enfants nouveau-nés. Paris, 1838, in-8, p. 198.

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